Politique Internationale - La Revue n°91 - PRINTEMPS - 2001

sommaire du n° 91
NOUVELLE RUSSIE, NOUVEAU MENSONGE
Article de Galia Ackerman
Russie
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Ex-épouse du premier et du plus célèbre des opposants soviétiques - Andreï Sakharov -, Elena Bonner fut, elle aussi, de toutes les résistances à la barbarie communiste. Aujourd'hui, elle est l'une des rares ex-dissidentes à poursuivre le combat pour la liberté dans la Russie nouvelle. Au cours de l'interview qu'elle a accordée à Galia Ackerman, elle revient sur le rôle de la dissidence du temps de l'Union soviétique. Pour elle, ses camarades de lutte n'avaient pas de projet de conquête du pouvoir ; leur message était avant tout d'ordre existentiel : il s'agissait de vivre dans la dignité et en accord avec sa conscience. Elena Bonner dénonce, ensuite, les impasses et les mensonges de la transition. A ses yeux, la Russie nouvelle ne mérite pas d'être qualifiée de démocratique, car ses institutions sont dévoyées. La veuve de Sakharov n'a pas de mots assez durs pour dénoncer la faillite de l'intelligentsia russe (qui aurait perdu le sens du sacrifice), la corruption des élites politiques et religieuses, sans oublier le silence complaisant des Occidentaux sur la Tchétchénie, comme sur les autres graves maladies du géant russe.

Notes :

(1) Les Tatars de Crimée forment un groupe ethnique spécifique, de religion musulmane, qui disposait de sa propre république autonome en Crimée. Accusés de collaboration avec les nazis, ils ont été déportés en 1944 sur l'ordre de Staline, essentiellement en Asie centrale. La Crimée, qui appartient aujourd'hui à l'Ukraine indépendante, a vu revenir ses Tatars au cours de ces dernières années, malgré les réticences d'une population locale majoritairement russophone.
(2) La Meskhètie est une région de la Géorgie conquise par l'Empire ottoman au XVIe siècle et annexée par l'empire russe au XIXè. Les Meskhètes sont, en fait, des Géorgiens musulmans.
(3) Les Allemands de la Volga, installés en Russie depuis le XVIIIe siècle, avaient leur propre république autonome au sein de la Fédération de Russie. En 1941, ils ont été accusés par Staline de collaboration avec les nazis et déportés. Leur république a été dissoute.
(4) Elena Bonner fait allusion à l'arrestation de deux membres de l'état-major électoral de Boris Eltsine durant la campagne pour les présidentielles de1996. Les deux individus portaient une boîte en carton contenant 500 000 dollars en espèces. Cet argent devait servir à financer une série de concerts ainsi que la campagne publicitaire télévisée du candidat Eltsine dont le slogan était « Vote Eltsine, sinon tu perdras ». Le lendemain de leur arrestation, les « convoyeurs de fonds » étaient relâchés, après une intervention personnelle du chef de l'administration présidentielle, M. Tchoubaïs. Nombreux sont ceux qui considèrent que l'élection de 1996 a été truquée, notamment parce que la campagne du président candidat aurait été partiellement financée par des détournements de fonds publics.
(5) Ce journal anglophone de Moscou a publié, au mois de septembre 2000, des révélations sur les faux décomptes de voix lors de l'élection présidentielle : il en ressort que Vladimir Poutine n'aurait pas dû être élu dès le premier tour.
(6) Mikhaïl Molostvov (né en 1934) enseignait l'histoire au moment de son arrestation. Il a été condamné à sept ans de camps pour avoir soutenu le soulèvement populaire anti-communiste en Hongrie en 1956. Il a purgé sa peine de 1958 à 1965. Il a été réhabilité en 1988.
(7) Nombre d'élus — pour qui ces appartements de fonction n'étaient même pas leur résidence principale — avaient déjà bénéficié du droit à la privatisation de leur appartement.
(8) Sergueï Kovalev (né en 1930) est biologiste de formation. Il a passé plus de dix ans en prison et en camps. Député de la Douma, défenseur actif des droits de l'homme, partisan de l'arrêt des hostilités en Tchétchénie, il a condamné — lors de la première comme de la seconde guerre tchétchène — les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre commis par l'armée fédérale dans la petite république du Nord-Caucase.
(9) Youli Rybakov (né en 1946) est artiste peintre. Il a passé cinq ans dans les camps pour avoir écrit en lettres géantes le slogan « URSS–prison des peuples » sur les murs de la forteresse Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg. Il siège aujourd'hui à la Douma où il s'occupe essentiellement des questions de droits de l'homme.
(10) Formation réunissant divers petits partis et mouvements favorables aux réformes libérales et à l'économie de marché. Elle a été constituée, à la hâte, à la veille des législatives de décembre 1999.
(11) Ancien gouverneur de Nijni-Novgorod, ancien ministre, député à la Douma et chef du groupe de l'Union des forces de droite.
(12) Vice-présidente de la Douma. Cette économiste, ancienne secrétaire général du parti des Libertés économiques, est l'un des leaders de l'Union des forces de droite.
(13) Prononciation russe déformée de Nokhtchis (auto-appellation des Tchétchènes).
(14) Konstantin Pobedonostsev (1827-1907) fut, de 1880 à 1905, le haut procureur du Saint-Synode de Russie. Auteur du manifeste de 1881 où il prônait le renforcement de l'autocratie et exprimait son aversion pour le libéralisme occidental. Grâce à son ascendant sur l'empereur Alexandre III, dont il avait été le précepteur, il demeura très influent jusqu'à la fin des années 1880. Il fut le persécuteur de Lev Tolstoï, des vieux croyants, des baptistes et d'autres sectes. Il tenta, en outre, de renforcer le cléricalisme dans l'enseignement scolaire.
(15) Jouissant aujourd'hui d'une autorité dont elle avait été complètement privée à l'époque soviétique, l'Église orthodoxe russe est en train d'accroître rapidement son patrimoine : elle n'hésite pas à réclamer des églises qui ne lui ont jamais appartenu, comme les cathédrales du Kremlin — propriété historique des tsars — ou les anciennes églises privées de l'aristocratie russe. Pendant quelques années, l'Église orthodoxe a également profité d'un privilège accordé par l'État : le droit à l'importation détaxée de tabac et d'alcool, ainsi qu'à la vente de ces produits au prix du marché — ce qui représentait une source de revenus énorme. Ce privilège fut aboli en 1998.