Politique Internationale - La Revue n°91 - PRINTEMPS - 2001

sommaire du n° 91
NOUVELLE RUSSIE, NOUVEAU MENSONGE
Article de Galia Ackerman
Russie
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Elena Bonner est la fille d'un activiste du parti communiste arménien, Guevork Alikhanov. Lors des grandes purges de 1937, ses deux parents ont été arrêtés et internés dans les camps staliniens. Elle a servi dans l'armée Rouge de 1941 à 1945 en tant qu'infirmière. Invalide de guerre, elle reprend néanmoins ses études une fois la paix revenue, devient médecin et épouse l'académicien Andreï Sakharov - père de la bombe H soviétique. Dans les années 60, ce grand scientifique est l'une des premières personnalités à entrer en dissidence. Elena Bonner a été, elle-même, une figure essentielle de la lutte pour les droits de l'homme: elle est l'auteur de centaines de lettres et pétitions en faveur des dissidents jetés en prison, envoyés dans des camps ou des hôpitaux psychiatriques. Elle fut, avec d'autres, à l'origine du Comité Helsinki en Union soviétique. C'est elle, en outre, qui a créé un fonds d'aide aux enfants de prisonniers politiques. Lorsqu'Andreï Sakharov fut assigné à résidence à Gorki (1980 à 1986), elle a été, un an et demi durant, le seul lien entre l'académicien et le monde extérieur, avant d'être jugée à son tour et condamnée à partager son exil.


Dans la période post-soviétique, Elena Bonner a fait paraître plusieurs livres, dont les oeuvres d'Andreï Sakharov, ainsi que ses propres mémoires. Elle a continué son combat pour les droits de l'homme et les libertés dans la Russie post-communiste en fondant, à Moscou, le centre Sakharov. Cette institution, financée par des dons privés, édite notamment des livres consacrés à l'histoire et à la culture des peuples opprimés sous le régime soviétique. En pointe dans le mouvement d'opposition à la guerre de Tchétchénie, le centre Sakharov a publié de nombreux livres, recueils collectifs, et autres albums de photos consacrés à la petite république caucasienne.

Notes :

(1) Les Tatars de Crimée forment un groupe ethnique spécifique, de religion musulmane, qui disposait de sa propre république autonome en Crimée. Accusés de collaboration avec les nazis, ils ont été déportés en 1944 sur l'ordre de Staline, essentiellement en Asie centrale. La Crimée, qui appartient aujourd'hui à l'Ukraine indépendante, a vu revenir ses Tatars au cours de ces dernières années, malgré les réticences d'une population locale majoritairement russophone.
(2) La Meskhètie est une région de la Géorgie conquise par l'Empire ottoman au XVIe siècle et annexée par l'empire russe au XIXè. Les Meskhètes sont, en fait, des Géorgiens musulmans.
(3) Les Allemands de la Volga, installés en Russie depuis le XVIIIe siècle, avaient leur propre république autonome au sein de la Fédération de Russie. En 1941, ils ont été accusés par Staline de collaboration avec les nazis et déportés. Leur république a été dissoute.
(4) Elena Bonner fait allusion à l'arrestation de deux membres de l'état-major électoral de Boris Eltsine durant la campagne pour les présidentielles de1996. Les deux individus portaient une boîte en carton contenant 500 000 dollars en espèces. Cet argent devait servir à financer une série de concerts ainsi que la campagne publicitaire télévisée du candidat Eltsine dont le slogan était « Vote Eltsine, sinon tu perdras ». Le lendemain de leur arrestation, les « convoyeurs de fonds » étaient relâchés, après une intervention personnelle du chef de l'administration présidentielle, M. Tchoubaïs. Nombreux sont ceux qui considèrent que l'élection de 1996 a été truquée, notamment parce que la campagne du président candidat aurait été partiellement financée par des détournements de fonds publics.
(5) Ce journal anglophone de Moscou a publié, au mois de septembre 2000, des révélations sur les faux décomptes de voix lors de l'élection présidentielle : il en ressort que Vladimir Poutine n'aurait pas dû être élu dès le premier tour.
(6) Mikhaïl Molostvov (né en 1934) enseignait l'histoire au moment de son arrestation. Il a été condamné à sept ans de camps pour avoir soutenu le soulèvement populaire anti-communiste en Hongrie en 1956. Il a purgé sa peine de 1958 à 1965. Il a été réhabilité en 1988.
(7) Nombre d'élus — pour qui ces appartements de fonction n'étaient même pas leur résidence principale — avaient déjà bénéficié du droit à la privatisation de leur appartement.
(8) Sergueï Kovalev (né en 1930) est biologiste de formation. Il a passé plus de dix ans en prison et en camps. Député de la Douma, défenseur actif des droits de l'homme, partisan de l'arrêt des hostilités en Tchétchénie, il a condamné — lors de la première comme de la seconde guerre tchétchène — les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre commis par l'armée fédérale dans la petite république du Nord-Caucase.
(9) Youli Rybakov (né en 1946) est artiste peintre. Il a passé cinq ans dans les camps pour avoir écrit en lettres géantes le slogan « URSS–prison des peuples » sur les murs de la forteresse Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg. Il siège aujourd'hui à la Douma où il s'occupe essentiellement des questions de droits de l'homme.
(10) Formation réunissant divers petits partis et mouvements favorables aux réformes libérales et à l'économie de marché. Elle a été constituée, à la hâte, à la veille des législatives de décembre 1999.
(11) Ancien gouverneur de Nijni-Novgorod, ancien ministre, député à la Douma et chef du groupe de l'Union des forces de droite.
(12) Vice-présidente de la Douma. Cette économiste, ancienne secrétaire général du parti des Libertés économiques, est l'un des leaders de l'Union des forces de droite.
(13) Prononciation russe déformée de Nokhtchis (auto-appellation des Tchétchènes).
(14) Konstantin Pobedonostsev (1827-1907) fut, de 1880 à 1905, le haut procureur du Saint-Synode de Russie. Auteur du manifeste de 1881 où il prônait le renforcement de l'autocratie et exprimait son aversion pour le libéralisme occidental. Grâce à son ascendant sur l'empereur Alexandre III, dont il avait été le précepteur, il demeura très influent jusqu'à la fin des années 1880. Il fut le persécuteur de Lev Tolstoï, des vieux croyants, des baptistes et d'autres sectes. Il tenta, en outre, de renforcer le cléricalisme dans l'enseignement scolaire.
(15) Jouissant aujourd'hui d'une autorité dont elle avait été complètement privée à l'époque soviétique, l'Église orthodoxe russe est en train d'accroître rapidement son patrimoine : elle n'hésite pas à réclamer des églises qui ne lui ont jamais appartenu, comme les cathédrales du Kremlin — propriété historique des tsars — ou les anciennes églises privées de l'aristocratie russe. Pendant quelques années, l'Église orthodoxe a également profité d'un privilège accordé par l'État : le droit à l'importation détaxée de tabac et d'alcool, ainsi qu'à la vente de ces produits au prix du marché — ce qui représentait une source de revenus énorme. Ce privilège fut aboli en 1998.