Politique Internationale - La Revue n°111 - PRINTEMPS - 2006

sommaire du n° 111
ALBANIE : LE GRAND NETTOYAGE
Entretien avec Sali BERISHA
Premier ministre de la République d'Albanie depuis juillet 2005.
conduit par
Pascal Drouhaud
Éditorialiste et Ilda Mara
Journaliste à Courrier International
in english
en español
en français

In this interview with Ilda Mara and Pascal Drouhaud, Sali Berisha, Albania's first post-communist president (1992-1997) and new prime minister recalls his career and outlines his principal policies. He explains how, on becoming prime minister, he was confronted with an economically weakened country ravaged by corruption and in the control of a handful of mafia-style families. In just a few months, Sali Berisha has set about instigating change, by reducing government expenditure; fighting against organized crime and nepotism; reforming the legal system, education and the police, and ensuring transparent processes and calls for tender. Conducted at a hectic pace, this big clean-up has started to have an effect. The stakes are high. By transforming Albania into a modern country capable of attracting foreign investment, Sali Berisha intends to prepare the country's entry into the European Union, a process he hopes will be as rapid as possible.

Notes :

(1) Drita était l'hebdomadaire des artistes et des écrivains albanais.
(2) Le système des pyramides est aussi simple que pervers : on confie une somme d'argent à des institutions financières qui, en retour, promettent aux déposants des taux d'intérêt faramineux. Les dépôts les plus anciens sont rémunérés grâce aux plus récents. Et, bien évidemment, la pyramide enfle jusqu'à ce que les dépôts se tarissent. C'est alors que se produit la catastrophe : il est impossible de rembourser les derniers déposants. On estime généralement que plus de 30  % du PIB albanais (soit un milliard de dollars) ont disparu dans cette machinerie infernale. Soutenues artificiellement par l'argent des trafics mafieux, ces pyramides se sont effondrées fin 1996, provoquant de violentes émeutes et entraînant le président Berisha dans leur chute.
(3) Économiste de formation, âgé de 54 ans, Fatos Nano a dirigé le gouvernement albanais en 1991-1992, 1997-1998 et 2001-2005. Il a été emprisonné par Sali Berisha, le président de l'époque, prétendument pour avoir détourné des fonds publics entre 1993 et 1997. Sali Berisha lui reproche d'avoir érigé la corruption en méthode de gouvernement.  
(4) Il s'agit des dépenses du Bureau du premier ministre. Berisha a supprimé certains privilèges de son équipe (voitures de fonction, réduction des forfaits téléphoniques, per diem lors des missions et des déplacements, etc.).
(5) Il semblerait que ce projet soit en contradiction avec la Constitution. Une expertise étrangère a été demandée.
(6) Berisha estime que le procureur de la République n'est pas suffisamment actif sur ces dossiers. Quelques plaintes ont été déposées contre des ministres et des hauts  fonctionnaires de l'équipe précédente (le ministre de l'Économie, le ministre de l'Intérieur, le directeur d'Albtélécom, la directrice générale des Postes...), mais, pour le moment, une seule mise en examen a été prononcée : celle de l'ancien vice-ministre de l'Économie. L'opposition dénonce une justice instrumentalisée par le pouvoir politique. 
(7) Pour l'instant, le FMI n'est pas favorable à une baisse des impôts. Les discussions reprendront cet été au vu des performances économiques du pays. Par ailleurs, un projet de loi facilitant la création d'entreprise (les procédures administratives seraient réduites à huit jours au lieu de quarante-cinq actuellement) a été soumis au Parlement.
(8) La libéralisation de l'enseignement supérieur consiste à donner à toute personne titulaire du baccalauréat la possibilité de s'inscrire dans une université. Auparavant, l'admission se faisait sur concours.