Politique Internationale - La Revue n°107 - PRINTEMPS - 2005

sommaire du n° 107
Chine : une apocalypse hydraulique
Article de Pierre Bailet
Sinologue et journaliste indépendant
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L'explosion démographique des années 1950 ; la rénovation par le Parti communiste chinois de l'idéologie légiste qui présida à la naissance de l'empire ; et les moyens technologiques modernes au service de cette pensée, associés au réchauffement global de la planète : tous ces éléments ont fait prendre à cette catastrophe, depuis quinze ans, un tour exponentiel. À court terme, la Chine se trouvera dans une situation hydrologique intenable dont les conséquences humaines, sociales et économiques sont incalculables.
Une idéologie qui n'a cure de l'environnement
Un modèle ancien...
La République populaire de Chine a pris modèle sur les premiers empires légistes, auxquels elle emprunte ses principaux axiomes idéologiques. Aujourd'hui comme il y a deux millénaires, le mot d'ordre est d'" enrichir l'État et renforcer l'armée " (fuguo qiangbing). Le système politique est centralisé et autocratique. Sa mise en place s'est accompagnée, dans l'Antiquité comme à l'époque contemporaine, de l'éradication de la culture et de la société civile traditionnelles, de déportations massives de populations, de campagnes d'annexion... et de gigantesques travaux d'infrastructures hydrauliques. La catastrophe hydrologique à l'œuvre actuellement semble faire écho à celle qui prit forme lorsque ce modèle d'État donna pour la première fois sa mesure, il y a plus de deux mille ans, au centre et sur le pourtour du plateau des Ordos, dans le nord de la boucle du fleuve Jaune.
C'est au IVe siècle av. J.-C., sous l'impulsion des penseurs et hommes d'État légistes, que le royaume de Qin, au creux de la grande boucle du fleuve Jaune, entreprit de convertir marais et prairies - jusqu'alors dévolus aux pâturages et à la chasse - en terrains agricoles. Il s'agissait ainsi, conformément à la doctrine du fuguo qiangbing, de faire fructifier le " cheptel démographique " et d'augmenter la production céréalière en sédentarisant par la coercition les populations semi-nomades qui vivaient à l'extérieur des cités. Les surplus démographiques et céréaliers ainsi dégagés furent à leur tour utilisés pour constituer une puissante infanterie qui pratiquait la guerre à outrance et permit au royaume de Qin de soumettre d'autres populations et d'autres cités.
Cette idéologie porta ses fruits à la fin du siècle suivant, lorsque le roi Yin Zhen de Qin annexa les différents royaumes au nord du Yangtsé et installa des têtes de pont sur les pourtours côtiers du sous-continent. Ainsi naquit le premier empire chinois qui se substitua à une pluralité de royaumes morcelés en de nombreux fiefs où le pouvoir s'exerçait de façon collégiale et où la guerre se pratiquait selon les antiques règles courtoises.
Sa dynastie ne survécut pas à ce tyran - devenu, depuis cinquante ans, le parangon du nationalisme chinois - mais la restauration Han qui lui succéda paracheva son œuvre et poursuivit pendant 350 ans la colonisation du sud de ce qui est devenu la Mongolie intérieure. Pendant le seul règne de l'empereur Wu (157-87 av. J.-C.), ce sont deux millions de colons, soldats, paysans, défricheurs et irrigateurs, leurs familles ainsi que de nombreux forçats qui y furent déportés. Quant aux pasteurs nomades qui y résidaient, ils furent convertis par la contrainte à l'agriculture intensive.
Finalement, en 150 de notre ère, ces terres épuisées furent massivement abandonnées par les colons chinois sous le triple effet de la chute de leur rentabilité agricole, des révoltes des tribus soumises et de la poussée militaire des nomades du Nord.
On peut aujourd'hui, quand on se rend d'Europe à Pékin par la voie des airs, prendre la mesure des résultats de cette politique lorsque, deux heures durant, on survole d'immenses étendues de buttes lunaires que le vent ne finit pas d'abraser, là où un jour s'étendaient prairies, forêts et marécages. Spectacle sinistre qui semble préfigurer le devenir à court terme d'une Chine qui, depuis les années 1950, a renoué avec la dynamique d'expansion de son modèle politique.
...toujours d'actualité
Depuis sa création, la République populaire de Chine s'emploie à rendre irréversible son emprise - jusque-là fluctuante - sur les marches septentrionales (Mongolie intérieure) et occidentales (Turkestan oriental et plateau tibétain) de l'empire en les submergeant sous le nombre des colons et en créant un environnement économique nouveau basé sur la déprédation des ressources naturelles (1). Conversion de la prairie en fermes céréalières en Mongolie et sur le plateau tibétain, culture intensive du coton au Turkestan, déforestation... Avant sa colonisation par les Chinois, le plateau tibétain représentait un vaste et complexe réseau de rivières, de forêts, de lacs et de prairies où des peuples semi-nomades faisaient paître leurs troupeaux. En cinquante ans, le régime communiste y a fait construire 178 barrages. Leur énergie alimente des scieries qui débitent le bois de coupes forestières dont nul ne sait au juste combien de centaines de milliers d'hectares de forêts disparues elles représentent (2). Autour de nombreux points d'eau, la prairie a été clôturée puis défoncée pour créer de grandes fermes céréalières d'État irriguées par l'eau de lacs qui s'assèchent en quelques années (3). La terre, que ne protège plus sa couverture d'herbe, ne retient plus l'humidité et se change alors en poussière volatile selon le phénomène bien connu du dust bowl.
Dans la région des sources du fleuve Jaune, un tiers de la prairie a déjà disparu. Les surfaces désertifiées ont quadruplé au cours des quinze dernières années. En vingt ans, la moitié des 4 077 lacs et les rivières qui les alimentent ont cessé d'exister. Plus bas, dans la partie tibétaine de la province du Gansu, le réservoir géant de Hong Yuanshan (le plus grand de ce type en Asie) est désormais à sec. Sur les 27 principaux affluents du cours supérieur du fleuve, 11 sont définitivement asséchés et les autres ne coulent plus que par intermittence. Le débit du cours supérieur du fleuve Jaune a chu de 40 % (4). Résultat : le fleuve est définitivement privé du quart de son volume et emporte chaque année avec lui 88 millions de tonnes de la terre qui constituait naguère l'humus des prairies et des forêts. Un problème de turbidité (charge excessive des eaux en alluvions), qui ne s'exerçait jusque-là que sur les cours moyen et inférieur, est désormais apparu sur l'ensemble du fleuve.
Cet assèchement des sources - conjugué au ponctionnement effréné, à des fins agricoles et industrielles, des cours moyen et inférieur - a transformé le fleuve Jaune, jadis impétueux, en un immense oued, sans doute le plus grand du monde. De gigantesques ouvrages hydrauliques perturbent encore un peu plus son cours. Désormais, un tiers de l'année, il se tarit à plusieurs centaines de kilomètres de son estuaire.
Barrages gigantesques, conséquences désastreuses
Dans la grande tradition légiste, la République populaire de Chine s'est fait une spécialité de pharaoniques travaux d'infrastructures hydrauliques qui auraient à ce jour, selon les estimations de Jasper Becker (5), provoqué le déplacement ou la déportation de 13 millions de personnes. L'Empire du Milieu s'enorgueillit aujourd'hui de quelque 80 000 barrages et réservoirs géants. D'autres sont encore en projet ou en cours de réalisation. Les plus importants d'entre eux, comme le barrage des Trois Gorges et le triple canal de diversion des eaux du Yangtsé vers le fleuve Jaune, avaient été programmés par Mao. Les dirigeants successifs de la RPC en ont fait à leur tour une " affaire personnelle " qui atteste une remarquable continuité politique au sein du pouvoir chinois. Cette continuité transcende les changements d'orientation économique impulsés par tel ou tel leader depuis cinquante ans et révèle la permanence d'archaïsmes impériaux qui ont survécu jusqu'à l'époque moderne.
Vallée de la Huai
Le premier grand chantier du Parti, lancé dans les années 1950, fut l'" aménagement " de la vallée de la Huai. On mobilisa des centaines de milliers de paysans pour y bâtir 36 barrages de grande importance, 159 de moyenne importance et 4 000 réservoirs géants. Construits à la hâte, sans études préalables, ces édifices résistèrent mal à l'épreuve du temps et des eaux. Selon Jasper Becker, 3 000 d'entre eux se seraient effondrés,
engendrant souvent la ruine et la désolation chez les populations riveraines (6).
Les lacs des cours moyen et inférieur du Yangtsé furent également les victimes de la frénésie de Mao et de ses émules qui décidèrent de réduire leur taille et leur nombre pour créer de nouvelles terres agricoles. Deux tiers de ces lacs ont tout simplement disparu et leur superficie globale est passée, en cinquante ans, de 18 000 à 7 000 km2 (7).
Traditionnellement, ces déversoirs naturels du Yangtsé et de ses affluents permettaient de pondérer les effets des inondations. La réduction drastique de leur capacité de retenue - aggravée par le dépôt de sédiments dû au lessivage des sols, privés de leur couverture végétale - a multiplié les effets catastrophiques de crues rendues plus violentes et imprévisibles par l'effet de la déforestation.
Sanmenxia
Mais le chef-d'œuvre des années Mao reste sans conteste la mise en place, sur le fleuve Jaune, du complexe hydraulique de Sanmenxia, qui inaugura une série - non close à ce jour - d'ouvrages gigantesques. La construction de ce complexe - censé réguler une crue millénaire, produire de l'électricité et créer un réseau d'irrigation - fut entreprise en 1957 avec l'aide de l'Union soviétique, sans que des plans définitifs aient été établis au préalable. Pour réaliser cette opération, des centaines de milliers de paysans du cru furent déportés dans les confins désolés du Gansu et du Ningxia. Les mises en garde de quelques hydrauliciens chinois sur les risques d'ensablement qui rendraient le barrage caduc et même dangereux furent ignorées. Le zèle que révélait chaque membre du Parti dans son soutien au projet était considéré comme une preuve de loyauté vis-à-vis du président. Ceux qui avaient émis des réserves furent stigmatisés comme " droitiers " - prélude au fameux mouvement " antidroitier " que Deng Xiaoping diligenta pour le compte de Mao.
Dès sa mise en œuvre, en 1957, le barrage commença à sédimenter. Lorsqu'il fut achevé, en 1962, ce problème avait pris une telle ampleur que de nombreuses portes durent être percées pour permettre aux alluvions de s'écouler. Les turbines, inutilisables, furent démontées pour être installées ailleurs. La remontée de la nappe phréatique provoqua, sur les pourtours du réservoir, une alcalinisation qui stérilisa les sols. La sédimentation se poursuivit tout de même et d'autres aménagements eurent lieu en 1965 et 1967, sans cependant régler le problème. Le réservoir se retrouva comblé dans la quasi-totalité de sa capacité. Au confluent du fleuve Jaune et de la rivière Wei, le lit se suréleva de près de cinq mètres. Les sédiments remontèrent sur 200 kilomètres le long de l'affluent, l'empêchant de se déverser normalement dans le fleuve et provoquant, en période de crue, un mascaret géant qui se solde régulièrement par des inondations plus ou moins dévastatrices dont la dernière remonte à 2003 (8).
Xiaolangdi
La faillite avérée du barrage de Sanmenxia n'empêcha pas le Parti communiste chinois d'entreprendre, plus de quarante ans plus tard, en 1999, l'édification d'un deuxième barrage, un peu plus bas sur le cours du fleuve, sur le site de Xiaolangdi. Cette fois, c'est la Banque mondiale qui apporta son concours à l'opération en finançant à hauteur de un milliard de dollars cette entreprise pour laquelle 400 000 paysans furent chassés de leurs terres. Encore plus grand que le premier, l'ouvrage de Xiaolangdi affichait les mêmes prétentions : lutter contre les inondations, générer de l'électricité et fournir de l'eau pour l'irrigation. Il produisit le même fiasco en matière d'irrigation, de production électrique et de sédimentation. Sitôt achevé, son réservoir commença à se remplir de sable, ce qui perturba encore davantage le cours du fleuve. Ce phénomène fut, dans un premier temps, salué comme un succès : en février 2003, une dépêche de la très officielle Agence Chine Nouvelle annonçait que " le barrage permet de piéger les sédiments pour soulager le cours inférieur du fleuve ". Moins d'un an plus tard, la sédimentation était cette fois considérée comme un problème majeur auquel on avait porté remède et la non moins officielle Beijing Review déclarait que l'on avait finalement trouvé le moyen de chasser les sédiments du barrage en le laissant ouvert en période de crue...
Les Trois Gorges
Cette pratique qui consiste à créer des catastrophes pour tenter de les résoudre vaut également pour le grand barrage des Trois Gorges qui fut mis en chantier malgré la fronde sans précédent d'une fraction des députés de l'Assemblée populaire consultative et d'un grand nombre d'ingénieurs hydrauliciens chinois. À plusieurs reprises, ces derniers avertirent la direction du Parti du risque d'accumulation de sédiments dans le lac de retenue. Le barrage fut néanmoins mis en chantier au nom, entre autres préoccupations, de la lutte contre les inondations. Cette fonction disparut de la légitimation officielle du projet lorsqu'il fut en voie d'achèvement et commença à s'envaser petit à petit. La solution au problème fut promptement trouvée : en octobre 2004, au terme d'un savant symposium, le ministère des Ressources en eau annonça que les vannes du barrage seraient ouvertes en grand en période d'inondation afin de favoriser l'évacuation de 40 % des 530 millions de tonnes de sédiments qui s'y accumulent chaque année...
Le triple canal
Le dernier en date de ces projets titanesques est le triple canal Sud-Nord de diversion des eaux du bassin du Yangtsé vers le fleuve Jaune. Sa construction a démarré en 2002. Il devrait, à terme, transporter chaque année vers le Nord 45 milliards de mètres cubes d'eau, soit l'équivalent du débit actuel du fleuve Jaune. De l'aveu de Huang Yukong, l'ancien directeur pour la Chine de la Banque mondiale (9), ce projet ne parviendra pas à régler le problème de l'eau dans le nord de la Chine où 400 millions de personnes sont menacées par la désertification. En revanche, certaines agences spécialisées en hydrologie, aussi bien chinoises qu'étrangères, craignent que ce détournement massif ne fasse subir au Yangtsé le sort actuel du fleuve Jaune. Ils sont d'autant plus fondés à redouter une telle issue que la construction de huit barrages de grande importance, programmée sur le cours supérieur du fleuve Bleu (l'autre nom du Yangtsé), en amenuisera fortement le débit. L'Agence d'État pour la protection de l'environnement (SEPA), l'équivalent de notre ministère de l'Environnement, a même osé exprimer des réserves en rappelant que " la plupart des pays avaient renoncé à entreprendre des projets de diversion d'eau à grande échelle car ils provoquaient de graves conséquences environnementales ". Dans un pays où l'unanimité est de mise pour saluer les décisions de la direction du Parti, on mesure, à la lecture d'une telle déclaration en demi-teinte, les risques que comporte ce projet pour lequel aucune étude d'impact sérieuse n'a pu être menée...
Contrecoups écologiques
La continuité entre la période maoïste et l'époque actuelle dépasse largement la mise en œuvre d'ouvrages pharaoniques. La doxa en usage dans les cercles dirigeants reprend la même rhétorique qu'au temps du " grand bond en avant ". Il s'agit aujourd'hui, comme dans les années 1950, de " rattraper puis de dépasser l'Occident " et d'" avancer dans l'obscurité et la confusion sans crainte de se tromper ". Si la RPC a changé de tactique, elle n'a pas, pour autant, changé de stratégie. Jadis, le modèle était soviétique : la voie du triomphe économique consistait à le doubler par l'extrême gauche dans une hystérie collectiviste. À présent, le modèle est capitaliste : il s'agit de doubler l'Occident par l'extrême droite en disposant d'une population pléthorique comme d'une matière première qu'aucun État de droit ne protège.
À la volonté des bureaucrates locaux de se faire bien voir de leurs supérieurs est venue s'ajouter la perspective des prébendes. Il en va de l'industrie hydraulique comme de l'ensemble des secteurs économiques. Ce zèle productiviste se pare aujourd'hui de rationalité économique en une course généralisée aux points de croissance de PIB - une compétition fortement dopée par la mise en œuvre anarchique de travaux d'infrastructures, notamment hydrauliques (10). Si, contrairement au premier " grand bond en avant ", cette course effrénée au PIB porte ses fruits dans une perspective purement arithmétique, elle accélère, comme sa devancière, la dilapidation des ressources en eau du pays. La rapidité de cette déprédation est telle que, dans un futur prévisible, elle pourrait provoquer une crise majeure de la société et de l'économie chinoises, tant les contradictions entre les besoins humains, industriels et agricoles sont fortes...
L'eau malade de l'agriculture
La Chine, qui était devenue autosuffisante en matière agricole depuis le début des années 1980, se voit à nouveau contrainte d'importer des céréales. Depuis 1998, la production est tombée de 512 millions à 430 millions de tonnes. Le pays accuse désormais un déficit entre la production et la demande intérieure. Il doit donc puiser dans ses réserves pour limiter ses importations (11). Pour assurer sa fonction impériale traditionnelle de garant de la souveraineté agricole, le Parti poursuit une fuite en avant qui aggrave la désertification de la Chine du Nord et du Nord-Est et accélère l'épuisement des ressources aquifères. En septembre 2004, le ministère de l'Agriculture a rendu public un plan entré en vigueur il y a quelques années qui consiste à créer, annuellement, en Mongolie intérieure 4,5 millions d'hectares de plaines à blé irriguées par les eaux du plateau tibétain. Malgré des précédents désastreux en la matière, le piètre rendement de ces cultures (3,6 tonnes par hectare) et l'épuisement rapide des sols, le pouvoir autiste reste prisonnier de sa logique de fuite en avant. Selon Jasper Becker, dans la Grande Plaine du Nord (qui représente à elle seule la moitié de la production de blé de la Chine), 3,6 millions de puits ont été creusés ces dernières années pour pallier la pénurie d'eaux de surface, trop rares ou trop polluées pour servir à l'irrigation. La nappe phréatique, qui se situe déjà à 90 mètres de profondeur, continue de descendre au rythme de 3 à 6 mètres par an.
Au Turkestan, la production intensive de coton pour l'industrie textile a entraîné, en trente ans, la disparition des deux tiers de la rivière Tarim. Dans le même temps, le réseau d'irrigation traditionnel alimenté par la nappe phréatique a rétréci de 1 784 à 614 kilomètres.
Pollution des villes, pollution des champs
Frénésie, déprédation et gaspillage caractérisent pareillement la production industrielle. La Chine use de son monde rural comme les pays développés disposent du tiers-monde. Ce qu'elle ne peut plus se permettre en termes d'industries ultra-polluantes dans ses grands centres urbains, elle le transfère à la campagne. Ces usines ne sont pas dotées de systèmes de purification ou ne les utilisent pas, car ces coûts supplémentaires réduiraient leur compétitivité. Selon le ministère des Ressources hydrauliques, les rejets d'eaux usées dans le Yangtsé ont augmenté de 35 % au cours de la période 1998-2003. Huang Yukong déclare que " 75 % des rivières et des lacs de Chine sont pollués au point que leurs eaux sont non seulement impropres à la consommation humaine mais également à la pisciculture et à l'usage agricole ". Selon la langue de bois chantournée du régime, " 300 millions de Chinois boivent de l'eau non potable qui s'avère dangereuse pour la santé de 190 millions d'entre eux ". Plus spécifiquement, et s'exprimant sous couvert d'anonymat, des responsables de la santé dans le bassin de la rivière Huai où vivent 150 millions de ruraux confiaient, fin 2004, au correspondant du New York Times que, depuis quinze ans, les cas de cancers des voies digestives avaient augmenté de 4 000 %. Encore convient-il de préciser qu'en milieu rural, faute de moyens, seulement 40 % de la population s'adressent aux services de santé en cas de maladie...
Mais la pollution des campagnes a également de graves répercussions sur l'approvisionnement des villes. À cet égard, le cas de la ville de Leshan, dans la province du Sichuan, est emblématique. Le 14 janvier, les responsables du bureau provincial de protection de la santé ont signalé à la presse chinoise que les papeteries installées le long de la rivière Qingyi, bien que dotées de systèmes de purification d'eau, ne les utilisaient pas et rejetaient leurs déchets toxiques tels quels dans la rivière, mettant ainsi en péril la santé des 2,5 millions d'habitants de la ville de Leshan située en aval.
Sur les 669 grandes villes que compte la Chine, plus de 400 connaissent des problèmes d'alimentation en eau. Même Pékin n'est pas épargnée : les dix-sept réservoirs qui l'alimentaient sont à sec ou trop pollués. La capitale doit à présent compter sur le seul réservoir de Miyun pour assurer l'essentiel de ses besoins en eau potable. Dans la région de Tianjin, la rivière Hai et la plupart de ses 300 affluents se sont taris. Tianjin, la deuxième municipalité de Chine, doit détourner les eaux du fleuve Jaune sur 580 kilomètres pour satisfaire à ses besoins car les trente réservoirs qu'elle a fait construire depuis les années 1970 sont désormais trop pollués pour être utilisables. Le prélèvement intensif de la nappe aquifère a épuisé ses capacités de stockage et provoqué la subsidence (affaissement des sols suscité par l'épuisement de la nappe phréatique) de 60 % du territoire municipal. Plus de cinquante villes de la côte orientale sont frappées par ce phénomène. Le lac Dianshan, qui fournit 70 % de son eau potable à Shanghai, est - selon un communiqué sibyllin de l'Agence Chine Nouvelle - pollué aux niveaux 2 et 3 (le niveau 2 représentant le standard minimal de potabilité).
Le spectre de la sécheresse
Le climat tropical et subtropical de la Chine des moussons devrait théoriquement lui épargner la sécheresse. Pourtant, depuis une dizaine d'années, cette immense région - la plus peuplée et la plus développée de Chine - est frappée avec une vigueur croissante par cette calamité. La déforestation généralisée, le comblement des lacs, la pollution chimique et organique et le prélèvement de plus en plus inconsidéré d'eau pour l'alimentation des mégapoles industrielles ont détruit son riche complexe hydrographique, délicatement aménagé par l'homme depuis plus de mille ans.
Le cas de la rivière Lijiang, qui arrose la ville de Guilin, dont dépendent 1,4 million de Chinois pour leur approvisionnement en eau potable, est symptomatique de cette évolution. Le caractère pittoresque et le fort potentiel touristique des paysages qui l'entourent ont valu à cette rivière l'attention de la presse officielle chinoise, ce qui permet d'illustrer un phénomène général dans la Chine du Sud-Est. Ces dernières années, la longueur de son cours navigable s'est réduite de 25 %. La déforestation de ses sources dans les monts Mao'er, qui ont perdu plus de la moitié de leur couverture forestière depuis 1958, en est la principale cause. Comme la forêt n'est plus là pour stocker les pluies abondantes, mais très regroupées dans le temps, la rivière est désormais entièrement fermée à la navigation durant trois mois de l'année.
Des spécialistes chinois des eaux et forêts prônent l'afforestation par des feuillus, dont 28 000 hectares permettraient un stockage équivalant à celui des réservoirs et revitaliseraient la rivière. Cependant, le Guilin Water Conservancy Bureau a entrepris la construction de trois réservoirs sur le cours supérieur de la rivière et deux de ses affluents pour la somme de 1,8 milliard de dollars afin, comme toujours, de " contrôler les inondations, produire de l'électricité et approvisionner la rivière en période d'étiage " malgré les préventions de certains experts mis à la retraite qui soutiennent que la construction de ces barrages ne fera qu'aggraver la dégradation hydraulique de la région.
Les campagnes de reboisement, quant à elles, relèvent la plupart du temps de simples tours de passe-passe bureaucratique. Lorsqu'en 1992, en mission pour Médecins sans frontières, je sillonnai la province méridionale du Jiangxi caractéristique de l'ensemble géographique de la Chine du Sud-Est - où la sécheresse alterne avec de brèves inondations torrentielles dues aux pluies saisonnières -, je pus me rendre compte de l'ampleur de la déforestation et du caractère pathétique des prétendues " campagnes de reboisement ". Pendant des jours entiers, je traversai en 4×4 des zones montagneuses pelées dont toute couverture arable avait été lessivée par le ravinement des pluies, pour laisser le socle de calcaire argileux à vif. Çà et là, d'étiques conifères bonsaïs, inaptes à reconstituer l'humus originel, semés par hélicoptère depuis une quinzaine d'années, représentaient l'unique témoignage de ces millions d'arbres qui ne reboisent que les statistiques.
D'année en année, la situation empire dans les zones tropicales et subtropicales du sous-continent. L'effet " buvard " de la dessiccation du nord et de l'ouest du pays, combiné au réchauffement climatique, contribue probablement à accentuer ce phénomène.
Dans la province du Fujian, ce sont à présent 200 réservoirs qui se trouvent à sec. Un assèchement qui affecte près de 200 000 hectares de riziculture. Du coup, 670 000 habitants manquent d'eau potable... À Chongqing, cette pénurie frappe plus de un million de personnes.
La province du Zhejiang connaît de fréquentes coupures de courant, car les principaux réservoirs des centrales hydrauliques sont plus qu'à moitié vides. Au Jiangxi, 10 millions de personnes sont frappées par une sécheresse qui n'a connu sa pareille dans l'Histoire qu'en 1991. 1,5 million de paysans sont à court d'eau potable. La quantité d'eau se déversant dans le lac Poyang - le plus grand du pays - a diminué de plus de moitié. 1,3 million d'hectares de rizières en sont directement affectés, et la perte économique s'élève à 1,2 milliard de yuans.
Dans la province du Guangxi, 2,15 millions d'habitants n'ont plus d'eau potable. Dans l'île de Hainan, la quasi-totalité des rivières se sont taries et la faiblesse du débit de son seul grand fleuve provoque la remontée de la mer sur une dizaine de kilomètres dans son estuaire.
Dans la province de Canton, 1 000 réservoirs d'importance moyenne sont à sec. Le stock des trente plus grands réservoirs continue de baisser à raison de un milliard de mètres cubes tous les trois jours. De nombreuses centrales hydrauliques ont dû fermer, ce qui a aggravé la pénurie d'électricité chronique de cette région. La rivière Donjiang - l'un des affluents principaux de la rivière des Perles qui alimente en eau potable 36 millions d'habitants de la province - a vu son débit chuter de 80 % par rapport à l'année précédente. Le bureau provincial des ressources hydrauliques déclare que les villes de Guangzhou (ou Canton, la capitale provinciale), Shenzhen, Zhuhai, Huizhou, Dongguan, Zhongshan et Macao, qui constituent le cœur de l'" usine du monde " d'où nous arrivent tant de produits " Made in China ", sont confrontées à des pénuries d'eau. L'effondrement du débit de la rivière des Perles a entraîné dans son delta un taux de salinisation qui la rend impropre à la consommation humaine et industrielle. 16 millions de Cantonais sont menacés par un déficit d'eau évalué à 12 milliards de mètres cubes. La diversion des eaux du réservoir de Tianshuiqiao, situé à plus de 1 300 kilomètres de là, dans la province du Guizhou, devrait compenser partiellement cette pénurie... mais spolie de ses réserves cette province qui souffre elle-même de la sécheresse au point d'enregistrer de sévères coupures de courant !
Lorsque les 10 milliards de mètres cubes de ce réservoir seront épuisés, il conviendra alors d'en mettre un autre en perce pour continuer à alimenter l'usine du monde...
Une dynamique irréversible ?
Nombreux sont ceux en Chine qui perçoivent l'ampleur de cette catastrophe en marche. Wang Hao, directeur du China Institute of Water Resource and Hydropower, a confié à la correspondante du Business World de Delhi " y penser nuit et jour ". Les questions environnementales sont l'un des rares sujets délicats que les médias peuvent aborder de façon critique - à condition, toutefois, de s'abstenir de mises en cause spécifiques. C'est, d'ailleurs, grâce à des données recueillies dans la presse chinoise que cet article a pu être élaboré. Mais la guérilla que mènent les responsables d'agences environnementales contre ces déprédations massives est vaine, car ces agences dépendent financièrement ou politiquement de ceux-là mêmes qu'elles sont censées contrôler.
La locution " la SEPA, dépourvue de moyens d'action " est devenue, dans les médias chinois, la formule consacrée pour se référer au ministère chinois de l'Environnement.
Le fonctionnement de l'État-parti qui règne sur la Chine, son démembrement en réseaux d'intérêts politico-industriels étroitement intriqués, sa corruption endémique qui gangrène chaque échelon du pouvoir, l'autocensure plus puissante que la censure, l'absence de société civile et d'État de droit, rendent caduque toute velléité de réforme. L'échec avéré du projet de dépollution du bassin de la rivière Huai, où vivent 150 millions d'habitants, est un exemple à très grande échelle de la faillite des politiques environnementales menées par la Chine depuis dix ans. Ce projet avait démarré avec un budget de 20 milliards de dollars en 2001. Il fut rapidement salué par la direction du Parti comme étant un " succès " et bénéficia alors d'une nouvelle ligne budgétaire de 60 milliards. Pourtant, fin 2004, une dépêche de l'Agence Chine Nouvelle admettait que la Huai avait été, en l'espace d'une décennie, " transformée en un dépotoir " et que la situation avait encore empiré depuis un an. La SEPA, pour sa part, allait jusqu'à déclarer que les eaux du réseau hydrographique de la Huai étaient tellement polluées qu'elles étaient même devenues impropres à un usage industriel...
La doctrine qui domine en matière de dépollution est inspirée par les grands groupes spécialisés dans l'énergie et les travaux publics qui se sont constitués au début des années 1980, lorsque des entreprises d'État furent " privatisées " au bénéfice du Parti et offertes en héritage aux enfants des gérontes du régime. Cette doctrine consiste à prôner la construction de barrages toujours plus nombreux et le percement de nouveaux canaux pour détourner des cours d'eau de montagne encore propres afin de diluer les effluents chimiques qui empoisonnent rivières et lacs ou de revitaliser des cours d'eau asséchés. Cette pratique de pis-aller ne s'attaque pas aux causes mais altère toujours plus la plomberie hydrologique de l'Empire du Milieu. Le plus puissant de ces lobbies est le conglomérat ayant " rang de ministère " constitué par la " Three gorges project corporation " et son avatar énergétique, la " Huaneng ", qui a la haute main sur la construction des barrages. Administrée par le clan de l'ancien premier ministre Li Peng et dirigée par le fils de ce dernier, cette société bénéficie d'une influence politique telle qu'elle peut se permettre de narguer les consignes de la SEPA, pourtant soutenue en principe par le gouvernement.
L'un des plus scandaleux exemples de cet état de fait est la construction du barrage de Xiluodu - mis en œuvre par la Three gorges project coorporation -, destiné à diluer la pollution du lac Dianchi de Kunming, situé à 400 kilomètres de là. Cette construction fut entreprise en 2004 - sans l'autorisation du gouvernement central ni enquête préalable - sur le cours supérieur du Yangtsé au lieu-dit du " Saut du Tigre ", inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Au terme d'actions menées par des intellectuels chinois et par les populations locales frappées d'expulsion, il finit cependant par attirer l'attention du gouvernement central.
Le 18 janvier 2005, la SEPA émettait une circulaire qui ordonnait, pour complément d'information sur leur impact environnemental, la suspension de trente projets hydrauliques, y compris celui de Xiluodu. Tout juste un mois plus tard, le 19 février, vingt-sept de ces chantiers bénéficièrent d'un nouveau feu vert. Le cas des trois autres projets, parmi lesquels celui de Xiluodu, resta dans les limbes. La SEPA, écartelée entre l'énormité de la catastrophe écologique à venir et la puissance de l'adversaire, ne put que s'abstenir de statuer. Actuellement, les travaux - théoriquement suspendus - de ce barrage se poursuivent, comme l'a révélé au début de l'année l'hebdomadaire chinois Beijing News, qui précise toutefois que les contrevenants s'exposent à une amende de 24 000 dollars pour un projet qui en engage 5 milliards...
En guise de conclusion...
La catastrophe devrait donc se poursuivre inexorablement et entraîner, dans les trois à cinq prochaines années - comme le souligne Huang Yukong -, " un conflit entre les intérêts du monde rural, des villes et de l'industrie ".
Ce cataclysme se soldera-t-il par un exode incontrôlé des campagnes vers les villes ? Provoquera-t-il un effondrement de la croissance industrielle ? Exacerbera-t-il la frustration des urbains chômeurs ou retraités, chassés des centres villes et relégués dans les banlieues où ils font les frais des problèmes d'approvisionnement en eau potable ? Des paysans chinois victimes des maladies de la pollution mourront-ils à petit feu par dizaines de millions ? Des tensions politiques interrégionales aiguës, couplées à des révoltes plus massives de " gueux " déjà à cran, verront-elles le jour ?
Les propos - surprenants de franchise - de Pan Yue, le vice-ministre chinois de l'Environnement, recueillis le 7 mars dernier par le magazine allemand Der Spiegel, recoupent explicitement plusieurs de ces conjectures. Ainsi, on apprend entre autres que " le miracle [économique] chinois s'arrêtera bientôt " par l'effet de la pollution, mais que les tenants de la croissance à tout crin " mènent toujours le jeu ". " En cinquante ans, sous l'effet de la désertification et de l'expansion des villes, les terres habitables et cultivables ont diminué de moitié ", constate ce haut fonctionnaire. Conséquence : " 186 millions de Chinois auront besoin d'être déplacés [de régions et de villes trop polluées ou rattrapées par le désert] vers des régions et des villes qui ne peuvent en absorber que 33 millions "... Un flux de " 150 millions de réfugiés environnementaux " sera ainsi voué à l'errance...
Mais cette apocalypse aquifère est également appelée a déborder hors des frontières de l'empire. Les vents de sable chinois, fruits de la désertification de la Chine du Nord, menacent à présent régulièrement le Japon et atteignent jusqu'à la côte Ouest des États-Unis. En 2004, le fleuve Jaune et le Yangtsé ont charrié 11,45 millions de tonnes de déchets toxiques dans la mer de Chine orientale. Le volume des eaux côtières contaminées a ainsi augmenté de 6 % par rapport à l'année précédente. Mais l'avenir des voisins méridionaux de l'Empire du Milieu est plus préoccupant encore. Le Bhoutan, le Bangladesh, la Birmanie, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Vietnam dépendent pour la majeure partie de leurs ressources en eau des grands fleuves qui prennent leur source sur le plateau tibétain. La République populaire de Chine, qui vient officiellement de programmer la construction de cinq barrages géants sur le cours supérieur du Mékong, a pour l'instant mis en sommeil ses autres projets hydrauliques sur le Gange et le Brahmapoutre. Mais une information, diffusée le 28 octobre 2004 sur la télévision nationale faisait, entre autres, état d'une vingtaine de projets hydroélectriques " de grande importance dans des régions riches en eau ", sans spécifier leur emplacement précis... Il est à redouter que, dans un futur proche, l'Empire du Milieu, sûr de la suprématie politico-militaire qu'il est en train de s'assurer, n'hésite pas à infliger à ces pays le sort qu'il a réservé à son propre environnement hydraulique.

Notes :

(1) Le profil sociologique des colons chinois envoyés en terre tibétaine depuis cinquante ans est assez comparable à celui de leurs prédécesseurs qui occupèrent le sud de la Mongolie intérieure pendant la dynastie Han. Ce sont principalement des soldats, des paysans paupérisés déplacés des provinces centrales, des forçats et des relégués qui, ayant purgé leur peine, n'ont d'autre choix que de rester sur place. Soumis à des conditions de vie très dures, leur sort n'est guère enviable et leur nombre exact demeure un secret des mieux gardés.
(2) Jean Leclerc du Sablon, ancien correspondant en Chine de L'Express et du Figaro, raconte qu'en 1998, après avoir été victime d'un arrêté d'expulsion à Yu Shu (Gyêgu) dans la région des sources du Yangtsé où il voyageait " illégalement ", il fut raccompagné à Xining par la police. Le convoi emprunta, sur plus de 500 kilomètres, une route qui ne figurait pas sur les cartes. Pendant tout le trajet, le journaliste a pu se rendre compte de l'activité débordante de l'armée chinoise qui procédait à de gigantesques travaux de génie civil. Une noria de camions transportant les billes de bois prélevées sur des forêts censées être vierges de toute exploitation forestière témoignait de la poursuite accélérée du déboisement du plateau tibétain.
(3) Après avoir été chassés de leur point d'eau et du meilleur de leur pâture, les éleveurs nomades sont ensuite accusés par les pouvoirs publics de détruire la prairie restante en " surpâturant ". Leurs troupeaux sont alors confisqués et ils sont déportés à plusieurs centaines de kilomètres de leur lieu de vie. Une dépêche en français de l'Agence Chine Nouvelle du 22 mars nous apprend que les plus chanceux d'entre eux se voient allouer 300 m2 de terrain dans la banlieue de la ville de Golmud et remettre 600 euros en manière de compensation. Certains sont invités à se reconvertir dans le " tourisme folklorique " et dans la production d'articles d'" art ethnique " tandis que " le surplus (...) ira travailler ailleurs ".
(4) Les statistiques citées dans cet article - lorsqu'elles ne font pas l'objet de notes ou de commentaires spécifiques - proviennent pour l'essentiel de sources chinoises officielles (Agence Chine Nouvelle, Quotidien du Peuple, Bureau national des statistiques, etc.) ou de leur recoupement. Il convient donc de ne les considérer que comme des indicateurs tendanciels d'une réalité qui peut s'avérer, dans les faits, plus dramatique encore.
(5) Jasper Becker est un journaliste et historien britannique, spécialiste de la Chine contemporaine, qui a collaboré au Guardian, au South China Morning Post et à The Independent. Il est l'auteur, entre autres publications, d'un ouvrage référence sur le grand bond en avant, traduit en français sous le titre : La Grande Famine de Mao, Dagorno, 1998. Les citations qui lui sont empruntées proviennent d'un article qu'il publia dans l'Asia Times Online en 2004, intitulé " The ruined land ".
(6) On retiendra l'exemple des réservoirs de Shimantan et de Banqiao dans la province du Henan, dont l'effondrement provoqua, en 1975, selon les travaux de Jasper Becker, la mort par noyade de 240 000 paysans.
(7) La taille du lac Dongting, le deuxième de Chine, est passée de 4 350 km2 en 1950 à 2 619 km2 en 1983. Sur la même période, le lac Hong Hu a rétréci de moitié. Le lac Poyang - le plus grand de Chine - a subi le même sort, passant de 5 100 km2 en 1950 à 3 900 km2 en 1997 et à seulement 2 567 km2 en 2004. Le niveau de ses eaux continue actuellement de baisser.
(8) Selon l'Agence France Presse, cette catastrophe fort peu naturelle détruisit 700 000 hectares de récoltes, occasionnant ainsi 717 millions de dollars de perte économique. Elle frappa 5 millions de personnes, laissant 500 000 d'entre elles définitivement sans abri ni ressources et suscita des révoltes paysannes.
(9) Huang Yukong est l'ancien directeur pour la Chine de la Banque mondiale, où il occupe toujours d'importantes fonctions de conseiller. Les citations utilisées dans cet article (rendues publiques par une dépêche d'Associated Press) ont été tirées d'une déclaration qu'il fit lors d'un séminaire organisé par le Singapore's Institute for Southeast Studies le 6 janvier 2005, à Singapour.
(10) Selon les estimations de Jasper Becker, le barrage des Trois Gorges, les infrastructures afférentes et les détournements de fonds auraient coûté en tout 70 milliards de dollars au lieu des 30 milliards dont il est officiellement question. Ce barrage représenterait donc à lui seul 5 % du PIB chinois.
(11) Selon la Beijing Review, la Chine a fait face, en 2004, à un déficit de 55 millions de tonnes de céréales. À la périphérie des villes, le développement inconsidéré d'infrastructures immobilières a provoqué un rétrécissement drastique des terrains agricoles. Officiellement, sur les cinq dernières années, ce sont plus de 6 % de la totalité des terrains agricoles qui ont disparu en vertu de ce phénomène. 70 millions de paysans auraient été ainsi dépossédés de leurs terres.