Politique Internationale - La Revue n°107 - PRINTEMPS - 2005

sommaire du n° 107
Zimbabwe : une tyrannie sans fin
Article de Daniel Compagnon
Professeur de science politique à Sciences Po-Bordeaux
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Notes :

(1) Le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) a été inauguré à Abuja le 23 octobre 2001 et adopté par l'Assemblée générale de l'ONU comme nouveau cadre des initiatives en faveur du développement africain. Le plan a été ensuite endossé par les sommets du G8. Il bénéficie du soutien actif de plusieurs pays occidentaux, dont la France. Sa mise en œuvre achoppe cependant sur le manque de crédibilité des engagements africains dans le domaine de la démocratie et de la bonne gouvernance.
(2) Ayant remporté les élections de 1964 à la tête du Rhodesian Front, Ian Smith, ancien pilote de la RAF devenu colon en Rhodésie du Sud, proclama en 1965 l'indépendance unilatérale de la colonie contre la volonté de Londres. S'appuyant sur la minorité blanche et excluant les Noirs de la vie politique, son régime mena une lutte sans merci contre la guérilla nationaliste noire. Lâché par ses alliés de Pretoria, il signa à contrecœur les accords de Lancaster House fin 1979. Ceux-ci organisaient l'indépendance du Zimbabwe en avril 1980, après des élections sous supervision internationale.
(3) Voir note (2) ci-dessus.
(4) La meilleure source reste le rapport publié par la Commission catholique justice et paix du Zimbabwe et la Legal Resources Foundation : Breaking the Silence, Building True Peace : A Report on the Disturbances in Matabeleland and the Midlands, 1980 to 1988, CCJP/LRF Printers, Harare, février 1997.
(5) Hevina S. Dashwood, Zimbabwe : The Political Economy of Transformation, Toronto, University of Toronto Press, 2000.
(6) John Makumbe, Daniel Compagnon, Behind the Smokescreen : The Politics of Zimbabwe's 1995 General Elections, University of Zimbabwe Publications, Harare, 2000.
(7) Daniel Compagnon, " Le rôle de la société civile dans l'émergence d'une opposition démocratique : le cas du Zimbabwe ", Revue internationale de politique comparée, vol. 9, no 2, 2002, pp. 261-275.
(8) En raison des choix effectués par le gouvernement, le programme d'ajustement structurel négocié avec le FMI s'était traduit, au milieu des années 1990, par la dégradation des services sociaux dans les campagnes, la fin des subventions aux tracteurs et aux intrants agricoles et l'accroissement des écolages.
(9) Sur les conditions historiques de l'accumulation de richesses par cette élite, voir : Daniel Compagnon, " Discours et pratiques de "l'indigénisation" de l'économie : une comparaison Zimbabwe-Malaisie ", Revue internationale de politique comparée, vol. 6, no 3, 1999, pp. 751-776 ; Daniel Compagnon, " "Mugabe and Partners (PVT) Ltd" ou l'investissement politique du champ économique ", Politique africaine, no 81, mars 2001, pp. 101-119 ; Brian Raftopoulos, Daniel Compagnon, " Indigenisation, the State Bourgeoisie and Neo-authoritarian Politics ", in Staffan Darnolf, Liisa Laakso eds., Twenty Years of Independence in Zimbabwe : From Liberation to Authoritarianism, Palgrave Macmillan, 2003, pp. 15-33.
(10) Daniel Compagnon, " La prétendue "réforme agraire" au Zimbabwe : à qui profite le crime ? ", Études, mars 2003, pp. 297-307 ; voir également : Jean-Pierre Cling, " Réforme agraire et démagogie électorale au Zimbabwe ", Afrique contemporaine, no 197, janvier-mars 2001, pp. 64-75.
(11) Le président Mugabe l'a récemment reconnu lui-même publiquement, en reprochant aux bénéficiaires de la redistribution des terres de n'avoir mis en culture qu'à peine 44 % du total. Daily Telegraph, 3 mars 2005.
(12) Sur la base d'un enregistrement vidéo inaudible et visiblement trafiqué, réalisé par un aventurier canadien d'origine israélienne, Ari Ben Menashe, le gouvernement accusait Morgan Tsvangirai d'avoir planifié l'assassinat de Mugabe. Quand la défense a établi l'inconsistance des preuves et mis en évidence que Menashe avait été grassement payé par la CIO pour piéger les dirigeants MDC, il a fallu encore un an au président de la cour pour oser prononcer l'acquittement.
(13) La SADC est une organisation régionale de coopération économique et de sécurité, créée en 1992, à la suite de l'organisation des " États de la ligne de front " en lutte contre le régime de l'apartheid. Élargie en 1994 à l'Afrique du Sud démocratisée, puis en 1997 à la république démocratique du Congo, elle a intégré ensuite l'île Maurice et les Seychelles. Son secrétariat se trouve à Gaborone, capitale du Botswana.
(14) The Financial Times, 21 février 2005.
(15) Déclaration de Donald Payne, représentant Démocrate (noir) du New Jersey, lors du débat sur le " Zimbabwe Democracy and Economic Recovery Bill ", devant le sous-comité pour l'Afrique de la Chambre des représentants, le 28 novembre 2001.
(16) Toutefois, en juillet 2004, le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Union africaine a adopté un rapport très critique sur les violations des droits de l'homme au Zimbabwe. Même si le Conseil des chefs d'État de l'organisation n'en a tiré aucune conséquence immédiate, cette critique pourrait préfigurer un changement d'attitude de l'UA à l'égard du Zimbabwe.
(17) Issu en 1959 d'une scission de l'ANC, dont il rejetait la ligne multiraciale, le PAC, interdit en 1960, défendait " l'Afrique aux Africains ". Sa branche armée opéra à partir du Zimbabwe avec le soutien de la ZANU. N'ayant abandonné la lutte armée qu'en 1993, trois ans après l'ANC, le PAC a été laminé dans les élections démocratiques suivantes.
(18) Alors que le gouvernement et la ZANU-PF sont omniprésents dans les programmes d'information audiovisuels, le MDC a été simplement autorisé - contrairement à 2002 - à placer des spots publicitaires, qui plus est à des prix exorbitants.
(19) Le gouvernement a brutalement fermé toutes les radios indépendantes qui ont vu le jour depuis 2000. SW Radio Africa, qui émet en ondes courtes depuis Londres, est systématiquement brouillée depuis début mars, semble-t-il avec l'aide d'experts et de matériel iraniens (Business Day, 15 mars 2005).
(20) La participation de soldats et policiers en uniforme aux passages à tabac, viols et tortures de partisans du MDC a été documentée par de nombreux rapports d'organisations de défense des droits de l'homme depuis 2000, mais aussi par le Département d'État américain. Voir : Zimbabwe : Country Report on Human Rights Practices, 25 février 2004, rapport annuel du Département d'État américain.
(21) Officiellement, il s'agit d'un service national de la jeunesse, sur une base volontaire, mis en place en 2001 pour contrer l'influence du MDC chez les étudiants et les jeunes urbains.
(22) Voir : " Taught to Hate ", Mail & Guardian, 19 août 2004. Le site www.zwnews.com a publié de nombreux témoignages de jeunes gens passés par ces centres, y compris de jeunes filles qui y furent utilisées comme esclaves sexuelles. Voir notamment le rapport publié sur Internet, en mars 2003, par Tony Reeler, ancien directeur de l'ONG Amani Trust, poussé à l'exil fin 2002 par la police politique : " The role of militia groups in maintaining ZANU-PF's political power ", 42 p.
(23) Par cette déclaration, Mbeki s'est attiré le commentaire suivant du principal quotidien d'affaires sud-africain : " Mbeki is talking nonsense. The forthcoming election in Zimbabwe is already unfree and unfair ", Business Day, 4 mars 2005.
(24) Après le Commonwealth et l'Union européenne, le Forum des parlementaires de la SADC a été récusé par Harare, vraisemblablement parce qu'il avait rendu un verdict très négatif sur la présidentielle de 2002. Le très respecté Electoral Institute of Southern Africa a été exclu, de même que la Fédération régionale des syndicats, dont la COSATU est la cheville ouvrière. La crédibilité des observateurs invités par Mugabe, en particulier les représentants du gouvernement sud-africain, s'en trouve définitivement amoindrie. En 2002 déjà, le rapport officiel de la mission d'observation sud-africaine avait été rédigé conformément aux attentes du président Mbeki, de façon à conclure à la légitimité d'un scrutin condamné par tous les observateurs indépendants.
(25) Après l'intervention, en août 1998, de l'armée zimbabwéenne en RDC, aux côtés du régime de Laurent-Désiré Kabila, qu'elle a contribué à sauver de l'offensive conjointe des armées rwandaise et ougandaise, le président de la RDC a attribué une série de concessions minières et de contrats publics à des sociétés zimbabwéennes. Celles-ci n'étaient que les paravents des intérêts financiers de l'élite dirigeante à Harare. Fort de son expérience de trésorier du parti, Mnangagwa coordonnait cet " effort de guerre " un peu particulier.
(26) Comme Edgar Tekere, exclu en 1988, qui fonda le premier parti d'opposition postérieur à l'accord de l'unité (le ZUM) ; Sidney Malunga, probablement assassiné pour son zèle anti-corruption en 1994 ; Margaret Dongo, exclue en 1995, qui fut la première à exposer la fraude électorale ; Edison Zvobgo, progressivement marginalisé et réduit au statut de " backbencher " (député de base) en 2000, en raison de ses critiques contre la dérive autocratique... La liste est longue.
(27) Sur cette notion, voir par exemple : Jean-François Médard, " L'État néo-patrimonial en Afrique noire ", in Jean-François Médard (dir.), États d'Afrique noire : formations, mécanismes et crise, Karthala, 1991, pp. 323-354.