Politique Internationale - La Revue n°104 - ÉTÉ - 2004

sommaire du n° 104
Tbilissi entre Moscou et Washington
Article de Marie Jégo
Correspondante du Monde en Turquie.
en français
in english
en español
en français

Situé entre la mer Noire et la mer Caspienne, pris en étau entre la Russie, la Turquie et l'Iran, le sud du Caucase - passage obligé de toutes les invasions, laboratoire de la politique étrangère des puissances environnantes, vivier d'antagonismes latents - est une zone hautement instable. En 1991, à peine sortie de l'orbite russe, toute la région bascula dans une spirale de guerres nées de revendications séparatistes locales soutenues par Moscou. Treize ans après l'euphorie des indépendances, les trois républiques de Transcaucasie (Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan) portent encore les stigmates des affrontements armés qui les déchirèrent au moment de l'écroulement de l'URSS. Ces conflits intestins les empêchent toujours d'élaborer une véritable coopération régionale, notamment en matière de sécurité.
L'Arménie et l'Azerbaïdjan s'ignorent à l'ombre du conflit gelé du Haut-Karabakh (1) tandis que la Géorgie, dépossédée de plus d'un tiers de son territoire depuis que l'Ossétie du Sud (au nord) et l'Abkhazie (au nord-ouest) ont, de facto, fait sécession (2), se trouve au bord de l'éclatement. Marquée par les fractures religieuses et ethniques, soumise aux jeux des alliances entre les grandes puissances, la " Montagne des peuples " est en quête d'équilibre. Zone volatile où les braises des confrontations passées ne demandent qu'à être ravivées, le sud du Caucase n'est pourtant pas resté en dehors des bouleversements en cours.
L'amarrage à l'Occident
La guerre contre la menace globale représentée par le terrorisme, la crise du système international, la mondialisation de l'économie y ont éveillé de nouvelles dynamiques. Certes, l'Arménie, fille chérie de la Russie, s'est contentée de renforcer ses liens avec le grand voisin du Nord ainsi qu'avec l'Iran - sans toutefois renoncer à établir des relations privilégiées avec Washington. À l'inverse, l'Azerbaïdjan et la Géorgie n'ont eu de cesse, ces dernières années, de se chercher une place sous le parapluie américain. À Bakou comme à Tbilissi, la mémoire des conflits séparatistes encouragés en sous-main par l'élite politico-militaire russe reste vive, d'où leur désir d'échapper à l'étreinte du " grand frère ". C'est pourquoi ces deux États post-soviétiques ont, chacun, lors du sommet de Prague en 2002, fait acte de candidature à l'Otan.
Ces dernières années, les liens entre l'Alliance et les républiques de l'ex-URSS se sont renforcés, en particulier par le biais de manœuvres militaires conjointes conduites dans le cadre du " Partenariat pour la paix " instauré il y a tout juste dix ans. Mais cette coopération n'a pas l'heur de plaire à Moscou, plus que jamais alarmé par l'attrait que l'Otan exerce sur ses anciennes marches. L'élite politico-militaire russe - qui ne s'est jamais consolée de la perte de l'empire, tsariste ou soviétique - a très mal réagi à l'expansion de l'Alliance, récemment élargie à sept nouveaux membres issus de l'ancien bloc soviétique et l'a qualifiée d'" erreur " (3). Dominer l'espace post-soviétique, reconquérir cette zone considérée par la Russie comme relevant de " la sphère de son intérêt traditionnel " (4) : tel est l'un des objectifs affichés par le Kremlin à l'aube du second mandat de Vladimir Poutine. La " doctrine Ivanov ", du nom du ministre russe de la Défense, illustre parfaitement cette stratégie, elle qui place tout l'espace post-soviétique à la merci de " frappes préventives " et envisage un " recours automatique à la force " en cas d'agression extérieure contre l'un des membres de l'alliance militaire qui unit la Russie à cinq républiques de l'ex-URSS (5). Sur fond de désaccord à propos de l'Irak, la Russie et les États-Unis s'affrontent désormais à pas feutrés sur les terres de l'ex-bloc communiste.
À la faveur du nouveau partenariat russo-américain contre le terrorisme, c'est pourtant avec la bénédiction du Kremlin que des " boys " ont pris pied dans plusieurs États des marches sud de la Russie, le long d'un arc de cercle allant du nord de la Turquie aux portes de la Chine. Au Kirghizistan, les soldats russes de la base de Kvant (6) sont voisins des forces américaines stationnées depuis la guerre d'Afghanistan à Ganci. En Géorgie, jadis siège de l'état-major des forces militaires soviétiques en Transcaucasie, 200 " bérets verts " sont à pied d'œuvre depuis 2002, chargés de former quatre régiments de l'armée géorgienne à la lutte anti-terroriste. De plus, selon les termes d'un accord de partenariat américano-géorgien ratifié par le Parlement de la petite république au printemps 2003, tout militaire américain est désormais dispensé de formalités consulaires pour entrer ou sortir de Géorgie, autorisé à transporter des armes à travers tout le pays et exempté de toutes poursuites pénales !
Depuis la signature du " contrat du siècle ", conclu il y a dix ans (7) entre des sociétés pétrolières occidentales et l'Azerbaïdjan, cette région reculée de l'Eurasie se trouve au cœur d'un vaste projet de " corridor énergétique " censé transporter les hydrocarbures de la Caspienne vers les marchés mondiaux. En 2005, l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, qui reliera l'Azerbaïdjan à la Turquie via la Géorgie, entrera en service. Cher à Washington puisqu'il contourne la Russie et l'Iran, ce pipeline (8) est perçu par les élites locales comme la garantie du désenclavement de la zone et par les populations comme la promesse d'une prospérité à venir (9). Critiquée pour son coût élevé (3,5 milliards de dollars) et sa réalisation difficile le long de zones instables, la construction du BTC est sur le point d'être achevée. Son tracé se doublera, en 2007, de celui d'un nouveau gazoduc, le BTE, qui reliera, toujours via la Géorgie, le champ gazier offshore de Shah Deniz en Azerbaïdjan à la région d'Erzurum en Turquie. Clé de voûte de la politique américaine dans la région, ce double corridor énergétique est-ouest vise avant tout à arrimer les pays concernés - l'Azerbaïdjan et la Géorgie - à la Turquie, deuxième armée de l'Otan et meilleur allié des États-Unis dans la zone. Aux yeux des stratèges de Washington, ce rapprochement est supposé faire contrepoids à l'axe Moscou-Erevan-Téhéran.
La Géorgie, un État fragile
De plus en plus liée aux États-Unis, la Géorgie est devenue le terrain d'expérimentation du projet américain de " pluralisme géopolitique ". Ce concept, développé tout spécialement pour les pays post-soviétiques par Zbigniew Brzezinski sous l'Administration Clinton, est resté d'actualité sous George W. Bush. Au cours de ces cinq dernières années, l'ancienne Colchide, pays de Jason et de la Toison d'or, est devenue le deuxième plus gros bénéficiaire de l'aide américaine par habitant, après Israël (10). Pour se convaincre de l'importance que revêt ce pays outre-Atlantique, il suffit de faire quelques pas en dehors de Tbilissi et de jeter un œil à la nouvelle ambassade des États-Unis actuellement en construction : un bâtiment imposant, sans doute à la mesure des attentes américaines vis-à-vis de la région. C'est par la Géorgie - pays de transit par excellence - que passent toutes les marchandises destinées à l'Arménie, victime d'un blocus de la part de la Turquie et de l'Azerbaïdjan. Portion cruciale du futur oléoduc, la Géorgie est l'objet des convoitises croisées de la Russie, prompte à la voir comme l'une de ses arrière-cours, et des États-Unis, pressés d'y asseoir leur influence.
Exsangue économiquement (11), rongé par le règne des clans et de la corruption, le pays est menacé de démembrement. Au nord-ouest, la région littorale d'Abkhazie, l'Eden géorgien, indépendant de facto depuis 1992, s'adonne au trafic d'armes et de cigarettes ; non loin de là, l'Ossétie du Sud, sécessionniste elle aussi, excelle dans la contrebande de voitures, de carburant et d'alcool venus de la Fédération de Russie, avec laquelle elle partage une frontière. Ses 100 000 habitants " tiendraient dans un stade ", aime à souligner Édouard Kokoïty, leur " président ". Au sud-est, la région de Djavakhétie, contiguë à l'Arménie, est en butte aux spéculations de partis nationalistes arméniens qui réclament pour elle une plus grande autonomie. Une base militaire russe, installée depuis l'époque de l'URSS, y occupe une partie de la population locale (arménienne) et quelques officiers russes - en tout, plus de 4 000 personnes. Conformément aux accords signés par la Russie au sommet d'Istanbul de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE) en 1999, la base devrait, à terme, être démantelée. Mais le sera-t-elle vraiment et, si oui, quand ? Erevan et Moscou craignent qu'après son évacuation la base puisse héberger un contingent de l'Alliance atlantique (des soldats turcs par exemple), organisation à laquelle la Géorgie a demandé à adhérer.
La mise au pas de l'Adjarie
Au sud-ouest, le sort d'une autre base russe est aussi en question : celle de Batoumi en Adjarie, une région tropicale des bords de la mer Noire peuplée de Géorgiens musulmans restés sujets de l'Empire ottoman jusqu'en 1921. Forte d'un contingent de 3 000 hommes (officiers russes et soldats géorgiens détenteurs de la nationalité russe), ce camp militaire fut, à l'époque de la guerre entre Tbilissi et les forces séparatistes abkhazes, la plaque tournante d'un juteux trafic d'armes. Appelée, selon les termes de l'accord d'Istanbul, à être démantelée, la base de Batoumi a longtemps échappé au contrôle du pouvoir central. En effet, la petite " république autonome " d'Adjarie excluait, depuis 1991, de se soumettre à l'autorité de Tbilissi. Son " patron ", Aslan Abachidze, 65 ans, un ancien directeur de collège hissé au rang de " président ", s'était certes bien gardé de proclamer l'indépendance de la province ; mais il jouissait, dans les faits, de tous les attributs de celle-ci : par exemple, il refusait de verser au budget fédéral géorgien les revenus du poste de douane de Sarpi (le principal poste frontière avec la Turquie), ainsi que ceux du port de Batoumi sur la mer Noire.
Assoiffé de pouvoir, fort de ses appuis dans la capitale russe, le " Lion " adjar (12) gérait son fief comme sa propriété personnelle, nommant aux postes clés les membres de son clan et de celui de son épouse (13), faisant museler les journalistes et tous ceux qui osaient lui résister. L'homme n'aimait-il pas faire remarquer que sa lignée régnait sur la province depuis le XVe siècle ? Grand amateur d'armes à feu - un travers partagé par de nombreux Caucasiens -, le " Khan " local n'hésita pas, en 1993, à abattre froidement de plusieurs balles de pistolet, dans son cabinet de travail, un interlocuteur par trop récalcitrant. Recevant, six ans plus tard, un envoyé des douanes britanniques (14) venu en mission d'inspection à Batoumi, il resta muet sur les revenus du port, mais invita son hôte à admirer... les pitbulls de son chenil ! Costume blanc et mocassins vernis blancs assortis, le " roitelet " adjar en imposait malgré sa petite taille, se faisant obéir d'un claquement de doigt de sa nuée de valets, comme le constata l'auteur de ces lignes, conviée en mai 2000 à passer une demi-journée en sa compagnie.
Depuis des mois, la discorde couvait entre Aslan Abachidze et le jeune président géorgien, Mikhaïl Saakachvili. Auréolé par sa victoire écrasante à la présidentielle du 4 janvier (15), " Micha ", comme le surnomment affectueusement les Géorgiens, n'avait pas fait mystère de ses priorités : réunifier le pays et en finir avec le règne des " seigneurs de guerre ". À ses yeux, le " Lion " adjar n'était guère plus qu'un " dirigeant féodal ", voire un " baron de la drogue " (16). Retiré dans son camp retranché de Batoumi, celui-ci disait " attendre la guerre ". Le 2 mai, le dynamitage de trois ponts séparant l'Adjarie du reste de la Géorgie et le démantèlement de la voie ferrée Tbilissi-Batoumi, effectués sur son ordre, allaient ramener le pays aux heures sombres des guerres séparatistes de 1991-1993. Routes bloquées ; présence de milices armées ; tirs nourris dans les rues de Batoumi à la tombée de la nuit ; protestations de rue... L'espace d'un instant, l'Adjarie se retrouva en situation de guerre civile. De part et d'autre de la rivière Tcholoki, qui marque la délimitation administrative entre la Géorgie et l'Adjarie, la milice du " Lion ", toute de cuir noir vêtue, faisait face à l'armée géorgienne, en manœuvre ce jour-là aux abords de la frontière. La réaction des autorités de Tbilissi ne se fit pas attendre.
Des troupes furent massées à la frontière et un ultimatum fut lancé au " Lion " : il était sommé de désarmer ses unités paramilitaires dans les dix jours. Puis, dans un scénario en tous points semblable à celui de la " révolution de velours " survenue à Tbilissi quelques mois plus tôt, la population adjare prit son destin en main. La dispersion sans ménagement de quelques manifestations d'étudiants de l'université de Batoumi qui réclamaient la démission d'Aslan Abachidze suffit à échauffer les esprits. Après le dynamitage des ponts, les protestations de rue reprirent de plus belle. Mais alors que les partisans de " Micha " étaient de plus en plus nombreux à s'époumoner au centre de Batoumi, où près de 10 000 personnes s'étaient rassemblées le 4 mai, les rangs des admirateurs du vieux " Lion " s'étiolaient. Combien étaient-ils à monter la garde autour de la " présidence " du micro-État adjar en ce 4 mai ? 200, tout au plus. Le 5, le " maître " en personne s'adressa à ses admirateurs, leur conseillant de se disperser afin d'éviter un éventuel affrontement avec les forces géorgiennes en marche sur Batoumi.
Lorsque, le 6 mai, celles-ci apparurent dans le périmètre de la villa présidentielle - coiffées de casques estampillés du sigle " NATO " (17) -, Aslan Abachidze était déjà loin. Assoiffée de revanche, la foule se livra au pillage de la villa avec des cris de joie, allant jusqu'à mettre le feu au fauteuil de travail encore tiède du tyran déchu. Quelques heures auparavant, ce dernier avait soudainement pris le chemin de l'exil. Après un règne absolu de quatorze années, son pouvoir s'était écroulé comme un château de cartes. Le président géorgien Mikhaïl Saakachvili pouvait savourer sa victoire : " La Géorgie est libre désormais ! ", devait-il clamer à sa descente d'avion à l'aéroport de Batoumi. " Micha ! Micha ! ", scandait la foule en réponse. Comme il le racontera plus tard, au plus fort de la crise avec le chef adjar protégé de Moscou, le jeune président géorgien avait pris soin de contacter le Kremlin : " J'ai appelé Vladimir Poutine. Tout en le remerciant pour sa neutralité, je lui ai demandé s'il voulait bien donner l'asile à Aslan Abachidze. " Le président russe aurait accepté tout en s'assurant que Tbilissi n'allait pas, par la suite, réclamer l'extradition de l'ancien dirigeant adjar.
Belgrade 2000 - Tbilissi 2003 : même combat ?
Par une incroyable ironie de l'Histoire, c'est Igor Ivanov, l'actuel secrétaire du Conseil russe de sécurité, qui, après quatre heures de discussions dans la nuit du 5 au 6 mai, avait su ramener le vieux " Lion " à la raison, le persuadant de profiter de son avion personnel pour se réfugier à Moscou (18). Sans dire un mot, le patron de l'Adjarie avait pris place dans l'appareil du haut fonctionnaire russe, avec son fils et une centaine de ses " centurions ". Six mois plus tôt, c'est à Tbilissi qu'Igor Ivanov, alors ministre des Affaires étrangères de la fédération de Russie, avait exercé ses talents de médiateur : il avait alors accompagné la démission d'un autre vieil acteur caucasien, le président géorgien Édouard Chevardnadze, poussé vers la sortie par la " révolution de la rose ". Trois ans auparavant, c'est à Belgrade qu'Igor Ivanov - encore lui ! - avait été dépêché, dans le cadre d'une mission de bons offices, cette fois auprès de Slobodan Milosevic, " le boucher des Balkans ", lui aussi contraint à la démission par la force du mécontentement populaire.
À y regarder de plus près, les deux révolutions - celle du 6 octobre 2000 à Belgrade et celle des 22 et 23 novembre 2003 à Tbilissi - ont plus d'un aspect en commun. En dépit de leur apparente spontanéité, toutes deux ont été élaborées, au détail près, avec l'aide de l'Open Society du financier américain George Soros. Entre août et novembre 2003, l'organisation du milliardaire d'origine hongroise aurait ainsi consacré 42 millions de dollars au soutien de l'opposition géorgienne (19). C'est elle, aussi, qui rémunère aujourd'hui les membres du nouveau gouvernement local, appelé " cabinet Soros " par la population. Trois ans auparavant, l'Open Society avait, de la même façon, conseillé et financé le mouvement estudiantin serbe " Otpor " (" Résistance " en serbo-croate) qui contribua au renversement pacifique de Slobodan Milosevic. Guidée et financée à son tour par l'Open Society, l'association estudiantine Kmara ! (" Assez ! " en géorgien) s'inspira des méthodes d'Otpor pour sonner l'hallali contre le régime corrompu et vacillant d'Édouard Chevardnadze.
Le contact entre Belgrade et Tbilissi s'est établi au printemps 2003, lorsque deux militants serbes d'Otpor arrivèrent en Géorgie pour y animer des séminaires d'initiation à la lutte pour la démocratie. Les jeunes Géorgiens de Kmara apprirent de leurs camarades comment communiquer avec les médias, comment négocier avec les forces de l'ordre ou encore de quelle façon se comporter en cas d'arrestation. Leur symbole, un poing fermé noir sur fond blanc, est d'ailleurs l'exacte réplique de celui de l'Otpor serbe. S'inspirant du déroulement des événements serbes d'octobre 2000, les étudiants de Kmara, associés aux partis d'opposition géorgiens et appuyés par la chaîne de télévision privée Roustavi 2 (20), déclenchèrent la révolution, à la mi-novembre 2003, en organisant une marche de protestation sur la capitale géorgienne.
C'est autour du " Davitiani ", le drapeau du roi géorgien David, dit " le Bâtisseur " car il forgea l'unité du pays au XIIe siècle, que 10 000 mécontents, poussés à bout par la fraude électorale à laquelle le pouvoir venait de se livrer, se rassemblèrent au cœur de Tbilissi, la " Florence du Caucase ". Leur étendard, celui des croisés géorgiens en route vers Jérusalem, frappé de cinq croix rouges sur fond blanc, était devenu, depuis peu, le symbole du parti d'opposition Mouvement national de Mikhaïl Saakachvili, un jeune avocat polyglotte de 36 ans, porteur d'un projet politique novateur pour son pays. Qui aurait pu croire, à l'automne 2003, que ce géant en veste de cuir, occupé à sillonner la campagne géorgienne dans son 4x4, un porte-voix à la main, allait changer le cours de l'histoire de son pays ?
Saakachvili, le nouveau souffle
Lorsque " Micha " fait irruption dans le Parlement géorgien en ce 22 novembre 2003, ébouriffé et une rose à la main, sa détermination et celle de son entourage ne trompent pas. En une fraction de seconde, le destin du pays bascule. Au plus fort de l'échauffourée entre l'opposition et les députés fidèles au pouvoir, le président Édouard Chevardnadze, 75 ans, est précipitamment évacué par ses gardes du corps. Mikhaïl Saakachvili se rue à la tribune. En sueur à cause du gilet pare-balles qu'il porte sous sa veste, il s'empare de la tasse de thé encore fumante de Chevardnadze et la porte à ses lèvres. Le président déchu est sous le choc : " Il a bu mon thé ! ", confiera-t-il plus tard aux médias. Dans les rues de Tbilissi, la foule fraternise avec les forces de l'ordre et avec l'armée. Après avoir régné sur la Géorgie pendant trente ans (21), Édouard Chevardnadze quitte le pouvoir, non sans avoir reçu de l'opposition l'assurance de son immunité et la jouissance de la villa présidentielle où il demeure encore aujourd'hui.
Pourtant, celui qui avait été le chef de la diplomatie soviétique à l'époque de la perestroïka avait senti le danger venir. Conscient de son impopularité, le " renard du Caucase ", comme on le surnommait à l'époque de sa splendeur, avait bien tenté, avant les troubles, de s'assurer de la fidélité de ses troupes, ordonnant la distribution de quelques gratifications. Mais ces " primes ", détournées par les intermédiaires chargés de les répartir, n'arrivèrent jamais à destination. À l'inverse, l'ONG Kmara s'arrangea pour faire parvenir quelques pourboires aux hommes chargés du maintien de l'ordre... Le régime d'Édouard Chevardnadze a fini par périr du mal qui le rongeait : la corruption. Dans les rues de Tbilissi, les policiers se rallièrent aux manifestants, lesquels leur offraient des roses. Retransmise en direct à la télévision, la " prise " du Parlement fut suivie par des millions de Géorgiens. Après des années de guerre civile, de corruption, de népotisme et de misère, le pays voulait croire en sa renaissance, incarnée désormais par " Micha " et sa " révolution de la rose ".
À 36 ans, l'enfant de l'intelligentsia de Tbilissi, diplômé de Columbia et de George Washington, incarne une nouvelle génération de Géorgiens résolument tournés vers l'Occident. Diplômés des universités américaines ou européennes (22), polyglottes, parfaitement à l'aise avec les nouvelles technologies, ils souhaitent tous arrimer leur pays au " monde civilisé ". Leurs aspirations ? Une nouvelle Géorgie intégrée à l'espace européen, amie des États-Unis et débarrassée de ses contentieux avec la Russie. " Ni pro-russe ni pro-américain, mais pro-géorgien ", aime à répéter Mikhaïl Saakachvili. À peine élu, le jeune président, soucieux de rompre avec la politique de son prédécesseur, change la symbolique de l'État et fait adopter le " Davitiani " à la place du drapeau précédent, celui de la première république géorgienne (1918-1921). L'homme est volontiers théâtral. Ne va-t-il pas, à la veille de son investiture, prêter serment en privé sur la tombe du " Bâtisseur ", ce roi médiéval qui unifia la Géorgie en son temps ? Le symbole est limpide...
Amadouer la Russie
Fidèle à sa volonté de rompre avec la politique suivie par son prédécesseur, Mikhaïl Saakachvili cherche avant tout à apaiser les relations tumultueuses que son pays entretient depuis des années avec le puissant voisin du Nord. " N'étant pas Chevardnadze, je suis incapable de conduire une politique byzantine ", s'empresse-t-il de déclarer lors de sa première visite officielle à Moscou, à la mi-février 2004. Après quatre heures passées en tête-à-tête avec le président russe, Mikhaïl Saakachvili ressort du Kremlin " impressionné par la grande force interne " de son interlocuteur. Changement de cap ou simple manœuvre tactique ?
Le président géorgien le sait : la clé des principaux problèmes de la Géorgie se trouve à Moscou. Depuis la fin de l'URSS en 1991, la Russie s'est efforcée, coûte que coûte, de maintenir son influence sur cette zone stratégique du Caucase, riche d'une frontière directe avec la Turquie et d'une large façade maritime sur la mer Noire. Pour y parvenir, le Kremlin a joué sans vergogne des tendances séparatistes qui ont déchiré la Géorgie dans les années 1990. Il a, en particulier, soutenu militairement (23) les Abkhazes et les Ossètes en rupture de ban avec le pouvoir central de Tbilissi, lequel se trouvait alors en pleine crise nationaliste - " La Géorgie aux Géorgiens ", clamait le président de l'époque, Zviad Gamsakhourdia.
Ces territoires - contigus à la Fédération russe - sont des enjeux d'envergure pour l'élite politico-militaire de Moscou. Nombreux sont les généraux qui possèdent une maison de vacances sur la riviera abkhaze, perçue depuis le XIXe siècle comme le jardin d'été de la noblesse, puis de la " nomenklatura ". De temps à autre, le Kremlin se permet de convoquer les chefs séparatistes dans la capitale russe, leur réservant un accueil digne de vrais chefs d'État. Et lorsque Tbilissi se rebiffe, la Douma russe n'hésite pas à brandir son épée de Damoclès en mettant à l'ordre du jour de sa session l'" examen de la demande de rattachement de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud à la Fédération de Russie ". D'après leur " président ", 98 % des Ossètes du Sud sont déjà détenteurs d'un passeport de la Fédération. En outre, des contingents russes de " maintien de la paix " restent déployés sur place. En sommeil, mais non résolus, ces conflits ont donné naissance à des micros-États autoproclamés, totalement opaques dans leur fonctionnement. Ils sont, en réalité, traversés par toutes sortes de trafics qui grèvent l'économie géorgienne. Non seulement la résolution du statut de ces " confettis " d'empire, placés sous la protection du grand voisin du Nord, prendra du temps mais, en plus, cette résolution ne pourra avoir lieu sans la participation active de Moscou.
La délicate question des bases militaires russes
Autre levier de l'influence russe en Géorgie : les deux bases militaires installées sur le territoire géorgien depuis l'époque soviétique. Fortes de 7 000 hommes en tout (pour la plupart des autochtones munis de passeports russes), les bases de Batoumi (Adjarie) et d'Akhalkalaki (près de la frontière arménienne), ainsi que celle de Giumri (à la frontière entre la Géorgie, l'Arménie et la Turquie) dessinent une ligne de défense continue face à la Turquie, donc face à l'Otan. Militairement insignifiantes, ces garnisons, " quelques centaines de soldats munis de chars obsolètes et de déchets métalliques ", selon l'expression de Mikhaïl Saakachvili, ont derrière elles une longue histoire de déstabilisation. Les Géorgiens sont formels : c'est via la base de Vaziani, non loin de Tbilissi, que furent exfiltrés vers la Russie les auteurs des attentats de 1995 et 1998 contre Chevardnadze (24), parmi lesquels l'ancien chef des services de sécurité géorgiens, Igor Gorgadze, installé depuis à Moscou. Situées dans des régions où les risques de conflits sont importants, ces garnisons constituent, par surcroît, un facteur d'insécurité non négligeable.
En novembre 1999, au sommet de l'OSCE à Istanbul, Boris Eltsine s'était bien engagé, sous la pression des Occidentaux, à les évacuer. Deux d'entre elles l'ont été (25), mais le sort des deux autres reste incertain (26). Moscou se fait prier, surtout depuis que les Américains ont fait connaître leur intention de redéployer les bases de l'Otan en Europe centrale et orientale - Pologne, Roumanie, Bulgarie -, notamment autour de la mer Noire. Les bases sont un " élément stabilisateur pour la situation interne en Géorgie et pour ce qui est de nos intérêts dans le Caucase " (27), répète à l'envi l'élite militaire russe. Ainsi, l'actuel ministre russe de la Défense, Sergueï Ivanov - un proche de Vladimir Poutine, issu comme lui du KGB et du contre-espionnage (28) -, s'est empressé de préciser que l'évacuation des bases russes de Géorgie ne pourrait avoir lieu " avant 2014 " et qu'elle ne pourra se faire sans le soutien financier des États-Unis (la somme de 500 millions de dollars aurait été avancée par Moscou) afin d'aider au relogement des troupes.
" Nous ne recommencerons pas ce qui a été fait en Allemagne ", martèle l'ancien espion, tandis que la presse russe parle, elle, de " traumatisme ". À l'époque, 500 000 soldats et officiers russes avaient prestement quitté leurs cantonnements en " République démocratique allemande ", emportant avec eux tout ce qu'ils pouvaient arracher (tuyauteries et câbles, portes et fenêtres, sanitaires) dans l'espoir d'en tirer quelque argent. Leur retour au pays fut particulièrement difficile : certains durent vivre pendant des années dans des baraquements de fortune, malgré les cinq milliards de dollars versés par les autorités de Bonn à la Russie (29) pour leur relogement et leur réorientation professionnelle ! Washington, qui ne perd pas une occasion de voler au secours de Tbilissi, n'a de cesse de rappeler aux Russes leurs engagements de 1999. Recevant Mikhaïl Saakachvili à la Maison-Blanche le 25 février 2004, le président américain George Bush alla jusqu'à qualifier la présence militaire russe en Géorgie de " problème " (30).
Tensions russo-américaines
Contrairement à ce que pouvait laisser penser la présence côte à côte à Tbilissi, le 25 janvier 2004, des ministres russe et américain des Affaires étrangères, Igor Ivanov et Colin Powell, venus assister de concert à la cérémonie d'investiture du nouveau président géorgien, la relation russo-américaine ne va pas sans nuages. L'Irak, la coopération nucléaire avec l'Iran, l'élargissement de l'Alliance atlantique à l'Est ou encore la présence militaire américaine dans les républiques méridionales de l'ex-URSS sont autant de contentieux qui opposent les deux pays. La guerre froide a beau être révolue, la crispation nationaliste est palpable à Moscou, où les législatives du 7 décembre 2003 (31) ont ramené sur le devant de la scène des partis nationalistes xénophobes et chauvins, tandis que l'antienne de la " nostalgie impériale " a fait son retour (32). Depuis les rives du Potomac, les politologues américains ont beau vanter les bienfaits du " pluralisme géopolitique " pour la région, leurs homologues russes, eux, caressent, depuis les bords de la Moskova, l'idée du retour sur les anciennes terres de la Russie impériale. La paranoïa, que l'on croyait jetée aux oubliettes depuis la fin de l'affrontement Est-Ouest, refait surface. Ainsi, selon le général Nikolaï Kovalev, un ancien chef du FSB (ex-KGB) aujourd'hui député à la Douma, des " camps d'entraînement financés par les États-Unis ont été ouverts dans les environs de Belgrade ". D'après lui, c'est dans l'un de ces camps que le nouveau président géorgien aurait reçu une formation " de six mois " en vue du renversement d'Édouard Chevardnadze. Comme lui, " d'autres hommes politiques d'autres États de la CEI " (33) auraient reçu le même entraînement, toujours au dire du général Kovalev...
Tout récemment, les États-Unis, notamment par la voix de Colin Powell (34), se sont alarmés de la tournure prise par la transition post-soviétique en Russie. Les arrestations d'oligarques, les atteintes à la liberté de la presse, la victoire des nationalistes aux législatives et la guerre interminable en Tché-
tchénie ont achevé de convaincre les Américains de la nécessité de se montrer plus fermes envers le Kremlin. Washington craint, en particulier, que les ex-républiques soviétiques fassent les frais de la crispation en cours à Moscou. " Nous voudrions être certains que la Russie est partie prenante en faveur d'une solution et non pas partie prenante des problèmes de la région du Caucase du Sud ", explique l'ancien secrétaire d'État américain, Strobe Talbott. Mikhaïl Saakachvili a-t-il choisi son camp ? Après sa visite à Moscou, le jeune " croisé " du XXIe siècle s'est empressé de se rendre à Washington. Sa visite a été l'occasion de renforcer un peu plus encore la coopération militaire de la Géorgie avec les États-Unis (35). Visiblement, l'accueil reçu à la Maison-Blanche ne l'a pas laissé indifférent : " Les Américains ont à cœur de créer une ceinture de pays démocratiques autour du Moyen-Orient et, aussi, autour de la Russie. La géopolitique américaine ne consiste pas à vouloir établir des bases militaires, c'est plus compliqué que cela. Ce que veut Washington, c'est mettre en avant un modèle de gestion économique et politique fondé sur les valeurs démocratiques qui sont celles des États-Unis et de l'Europe " (36).
Vers l'Union européenne ?
Quoi qu'en dise Mikhaïl Saakachvili, le sort de la Géorgie semble dépendre, chaque jour un peu plus, des aléas de la relation russo-américaine. Pourtant, la " révolution de la rose " a eu une autre conséquence : elle a brusquement placé ce pays dans l'orbite d'un autre acteur, l'Union européenne. Jusque-là peu concernée par ce qui se passait au Caucase (37), Bruxelles vient de rendre public son projet de " voisinage élargi de l'Union " visant à établir des liens privilégiés avec les pays du pourtour européen. Ce document stratégique adopté à la mi-mai par la Commission propose une forme de " partenariat privilégié " aux pays de l'Europe orientale laissés aux portes de l'Union après son dernier élargissement - la Russie, la Biélorussie, l'Ukraine et la Moldavie - et invite également les trois pays du sud du Caucase - la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan - à y prendre part.
Mikhaïl Saakachvili est prêt à relever le défi. À l'instar de la majorité de ses concitoyens, il considère l'ancrage au Vieux Continent comme un retour dans le giron de la famille européenne. À Tbilissi ou à Batoumi, nul n'a oublié à quel point le pays fut, durant sa brève indépendance (1918-1921), proche de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne et de la France. N'est-ce pas à Paris que sont enterrés les membres du gouvernement menchevik géorgien ? Avant tout, le projet d'ancrage européen de la Géorgie est indissociable d'une plus grande intégration régionale. Le jeune président géorgien l'a compris, lui qui n'a eu de cesse, ces derniers temps, de multiplier les contacts avec ses homologues arménien et azéri. Le désir d'Europe sera-t-il assez puissant pour contraindre la " Montagne des peuples " à éteindre définitivement les braises des conflits qui couvent encore sous la cendre ?

Notes :

(1) Le Haut-Karabakh est une enclave majoritairement peuplée d'Arméniens située à l'intérieur de l'Azerbaïdjan. Entre 1989 et 1994, elle a fait l'enjeu d'une guerre qui provoqua entre 30 000 et 35 000 morts.
(2) L'Ossétie du Sud a fait sécession en 1991 et l'Abkhazie en 1992.
(3) " Nous n'étions pas favorables à l'élargissement et nous regrettons qu'il ait tout de même lieu. Cet élargissement est une erreur ", a affirmé, le 2 avril à Bruxelles, le nouveau chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, venu participer à un Conseil Otan-Russie. " Nous n'en faisons pas une tragédie ", a-t-il indiqué, reconnaissant cependant que " la présence de soldats américains dans des pays voisins conduit à une sorte de paranoïa chez nous " (AFP du 2 avril 2004, 20h40).
(4) Cette formule revient souvent dans les médias russes. Elle a remplacé l'expression " étranger proche ", utilisée dans les années 1990 pour qualifier les anciennes républiques soviétiques.
(5) Cette alliance militaire - en russe " ODKB " - unit, depuis 1992, six pays : Arménie, Kazakhstan, Tadjikistan, Biélorussie, Russie et Kirghizistan.
(6) Il s'agit de la base où est stationnée la force de réaction rapide des États membres de l'Organisation du traité de sécurité collective. Cette base est distante de seulement trente kilomètres de la base américaine.
(7) En 1994, le président azerbaïdjanais Gueïdar Aliev, en visite aux États-Unis, signa un contrat pétrolier de 7,5 milliards de dollars entre la SOCAR (compagnie d'État d'Azerbaïdjan), Amoco (États-Unis) et BP (Royaume-Uni). Ce contrat porte, en particulier, sur l'exploitation de gisements offshore en mer Caspienne.
(8) Long de 1 750 km, le tube, une fois en service en 2005, pourra transporter jusqu'à un million de barils/jour jusqu'au port turc de Ceyhan, sur la mer Méditerranée. Sur les dix-quinze prochaines années, il devrait rapporter à la Géorgie un milliard de dollars en investissements et 580 millions de dollars en revenus du transit - une vraie manne pour l'économie locale, dépourvue de ressources énergétiques, rongée par l'économie grise (45 % du PNB) et par la corruption.
(9) 49 % des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté (soit avec moins d'un dollar par personne et par jour) selon la Banque mondiale. Étranglé par sa dette extérieure (1,75 milliard de dollars), le pays est " virtuellement en défaut de paiement " avait reconnu, en août 2003, le président de l'époque de la Banque centrale géorgienne, Irakli Managadze. Son sort dépend de la bonne volonté de ses créanciers (principalement la Russie et la Turquie). 66 millions de dollars d'échéances dues à la fin de 2003 n'ont pas été honorées. La collecte fiscale est insuffisante et les revenus douaniers sont indigents en raison de la perméabilité des frontières et de la corruption.
(10) Le secrétaire d'État adjoint Lynn Pascoe a indiqué, en janvier, que l'aide des États-Unis à la Géorgie totalisait 2 milliards de dollars depuis 1992, une somme conséquente pour un pays de 4,4 millions d'habitants (agence de presse UPI, dépêche du 6 mai 2004).
(11) Même si le PNB géorgien est en hausse constante (8,6 % en 2003), il ne représente que 40 % de son niveau de 1989.
(12) Aslan, prénom très usité et en Turquie et dans le Caucase, signifie " lion " en turc.
(13) Les clans Abachidze et Goguitidze (le nom de jeune fille de feu Mme Abachidze) détenaient tous les postes clés en Adjarie. Aslan Abachidze avait récemment nommé son fils maire de Batoumi et un parent de sa femme, Djemal Goguitidze, était ministre de l'Intérieur.
(14) Les douanes britanniques avaient alors remporté un appel d'offres du gouvernement de Tbilissi pour la modernisation de l'ensemble du système douanier en Géorgie.
(15) Mikhaïl Saakachvili fut élu président de la Géorgie avec 96,41 % des voix, le 4 janvier 2004.
(16) Dima Bit-Suleyman , " By St George ", Transition on line (www.tol.cz), 10 mai 2004.
(17) Service russe de la BBC, émission du 6 mai 2004 à 8h00 GMT.
(18) À Moscou, Aslan Abachidze jouit de nombreux appuis, y compris de celui de Iouri Loujkov, le maire de la capitale russe, qui l'hébergea au premier jour de son exil moscovite. À la mi-mars, alors que la tension montait entre le baron adjar et le président géorgien, Iouri Loujkov n'avait pas ménagé son soutien à son ami Abachidze : il s'était même rendu à Batoumi par la route, via la Turquie (Radio Free Europe / Radio Liberty, Caucasus Report, 19 mars 2004).
(19) Richard W. Carlson, " George Soros's Potemkin Revolution ", The Weekly Standard, 24 mai 2004.
(20) À Belgrade, en 2000, le même rôle avait été dévolu à la radio B-92. Quant à la chaîne indépendante géorgienne Roustavi 2, elle fut, durant la " révolution de la rose ", le porte-voix de l'opposition. En tant que telle, elle fut frappée d'interdiction en Adjarie et sa diffusion dans la province fut interrompue le 25 novembre 2003 sur ordre d'Aslan Abachidze.
(21) À l'époque soviétique, Édouard Chevardnadze fut ministre de l'Intérieur de la République socialiste de Géorgie (de 1965 à 1972), puis premier secrétaire du parti communiste géorgien (de 1972 à 1985). De 1992 à novembre 2003, il fut le président de la Géorgie indépendante.
(22) Quatorze membres de l'actuel gouvernement géorgien ont étudié ou séjourné aux États-Unis grâce à des bourses ou à des programmes d'échanges.
(23) À l'été 1993, Soukhoumi, la capitale de l'Abkhazie, fut bombardée par des avions " dépourvus de signes de reconnaissance ", comme l'écrivaient les médias russes à l'époque. La résistance abkhaze étant totalement privée d'aviation et l'armée géorgienne n'étant pas mieux lotie, ces avions ne pouvaient être que russes. Le bombardement de Soukhoumi consacra la défaite de l'armée géorgienne, contrainte de se retirer d'Abkhazie en drainant dans son sillage 250 000 réfugiés géorgiens qui n'ont jamais pu réintégrer leurs foyers.
(24) En août 1995, Édouard Chevardnadze est victime à Tbilissi d'une tentative d'assassinat. Peu de temps après, le chef des services de sécurité, Igor Gorgadze, est limogé, et un mandat d'arrêt est émis contre lui. Il trouve alors refuge à Moscou, où il vit toujours. Il aurait été exfiltré via la base russe de Vaziani. Le 9 février 1998, le président géorgien échappe de peu à un nouvel attentat, lorsque sa Mercedes blindée est victime d'une embuscade armée qui fait trois morts.
(25) La base de Vaziani a été évacuée en 2002. C'est là que se sont installés les " bérets verts " américains chargés de la formation de l'armée géorgienne. Pour celle de Goudaouta, la situation est plus floue, car la base située en Abkhazie échappe au contrôle international et géorgien.
(26) Celle de Batoumi, en Adjarie, et celle d'Akhalkalaki, dans la région de Géorgie majoritairement peuplée d'Arméniens.
(27) Déclaration du général Leonid Ivachov, cité par une dépêche AFP du 6 mai 2004, 15h52.
(28) En 1982, il fut expulsé de Grande-Bretagne comme " espion ".
(29) Sophie Lambroschini, " Moscow may be stalling any withdrawal from Georgian bases ", Radio Free Europe / Radio Liberty, www.rferl.org, 15 janvier 2004.
(30) Dépêche AFP du 25 février 2004, 22h54.
(31) Les législatives du 7 décembre ont vu le succès des partis nationalistes, xénophobes et chauvins, comme le parti communiste russe de Guennadi Ziouganov (12,7 % des voix), le parti libéral démocrate (LDPR) de Vladimir Jirinovski (11,8 %) et le nouveau parti fascisant " Patrie " (Rodina) de Dimitri Rogozine (9 %).
(32) L'idée qu'une plus grande intégration avec les républiques de l'ex-URSS est indispensable a fait son chemin en Russie. Voir, en particulier, l'ouvrage : Geopolitika i polititcheskaïa geografia (Géopolitique et géographie politique) de V. A. Kolosov et N. S. Mironenko, Moscou, 2002.
(33) Interviewé par la chaîne de télévision publique russe RTR le 30 novembre 2003.
(34) " Maints aspects de la politique intérieure de la Russie, que ce soit en Tchétchénie ou vis-à-vis de ses voisins jadis membres de l'URSS, suscitent notre inquiétude ", a souligné le secrétaire d'État américain Colin Powell lors d'une visite à Moscou, en janvier. AFP du 26 janvier 2004, 11h27.
(35) Un nouvel accord d'assistance à la formation des militaires géorgiens a été signé en février 2004 entre Washington et Tbilissi. Cet accord prévoit la formation de 10 000 soldats géorgiens sur cinq ans. Moscow Times, 24 février 2004.
(36) Interview de Mikhaïl Saakachvili lors de son passage à Paris, Le Monde, 8 mars 2004.
(37) Le projet de " voisinage élargi " élaboré précédemment - en 2003 - ne mentionnait pas le sud du Caucase. Dans le nouveau projet, il s'agit de proposer aux pays du pourtour de l'UE élargie une large participation dans tous les domaines " sauf aux institutions ", a précisé le président de la Commission, Romano Prodi.