Politique Internationale - La Revue n°155 - PRINTEMPS - 2017

sommaire du n° 155
IRAN : LES DEFIS DU PROCHAIN PRESIDENT
Article de Jean-Paul BURDY
Historien, ancien élève de l'École normale supérieure. Maître de conférences associé au master « Méd
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Quelle que soit l'issue du scrutin présidentiel iranien de ce printemps 2017 - reconduction pour un second mandat du « conservateur modéré » Hassan Rohani (1) ou élection, plus inattendue, d'un candidat « conservateur », voire « ultra-conservateur » -, les enjeux sont connus depuis des mois (2). En politique intérieure, le nouvel élu devra gérer les tensions sociales liées à une reprise économique qui tarde à se concrétiser ; affronter une crise environnementale devenue très problématique dans certaines régions ; prendre position, avec une marge de manoeuvre très limitée, sur les sujets sensibles que sont les questions sécuritaires et judiciaires, ainsi que la corruption. En politique extérieure, alors que le président n'est qu'un acteur parmi d'autres dans un organigramme décisionnel complexe, il devra ajuster la politique iranienne au nouveau contexte créé par l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche ; et assumer, mais en deuxième ligne, les engagements massifs de l'Iran en Irak et en Syrie. Bien évidemment, comme dans toute élection nationale, la personnalité du président sorti des urnes pèsera sur l'atmosphère générale et donc sur la manière dont la population accueillera ses choix politiques.

Des enjeux clairement hiérarchisés pour le nouveau président

Le socle sur lequel repose la vie politique depuis 2013 est celui des négociations liées au nucléaire. Elles ont commencé par des discussions secrètes entre Iraniens et Américains, qui se sont tenues au sultanat d'Oman à partir de la fin 2012. La précision chronologique n'est pas anodine. Elle montre que, si les pourparlers officiels ont bien été conduits sous la présidence de M. Rohani (élu le 14 juin 2013 et entré en fonctions le 4 août) (3), la décision stratégique de les engager a été prise, elle, par le Conseil suprême de sécurité nationale, donc par le Guide suprême Ali Khamenei dès 2012. Le président Mahmoud Ahmadinejad, qui avait poussé les feux du programme d'enrichissement d'uranium, n'avait pas pu s'y opposer.

Hassan Rohani appartient depuis les années 1990 à la faction des « reconstructeurs », qui sont à la fois des « légitimistes », attachés aux principes et aux modes de fonctionnement du régime, et des « réalistes », tenants d'une certaine libéralisation économique et d'une ouverture internationale. C'est un homme du sérail, qui a été de 1989 à 2005 secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale, proche du Guide et du Bureau du Guide (la vaste administration qui l'entoure). C'est à ces titres qu'il a été adoubé en 2013 par Ali Khamenei pour mener à bien les négociations, réintégrer l'Iran dans la communauté internationale et relancer une économie handicapée par les sanctions.

L'accord sur le nucléaire a été signé à Vienne le 14 juillet 2015, pour une durée de dix ans. Placé sous le contrôle étroit de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), il permet une levée progressive et conditionnelle des sanctions onusiennes et européennes contre l'Iran. En revanche, il ne concerne pas les sanctions américaines. La majorité des Iraniens savent gré au président Rohani (et peut-être plus largement au régime) de cet accord, mais ils en attendent toujours les retombées économiques promises.

Comment relancer l'économie iranienne ?

Au-delà des dimensions stratégiques de l'accord de 2015, s'il fallait ne retenir que deux aspects symboliques de la réintégration de l'Iran sur la scène internationale, ce serait : d'une part, le défilé ininterrompu des délégations économiques à Téhéran, pressées de (re)trouver leur place sur un marché prometteur ; d'autre part, l'ouverture au tourisme. Alors que celui-ci s'est effondré dans tout le Moyen-Orient et dans la Turquie voisine, l'Iran, pays « stable et sûr » qui échappe au terrorisme devient, avec la libéralisation des visas, une destination prisée et accueillante (4). Mais le tourisme ne suffit évidemment pas à sortir du marasme. La levée des sanctions, à partir du début 2016, ainsi que la décision de l'OPEP, en novembre, de réduire sa production pour faire remonter les cours du baril, tout en augmentant les quotas de production attribués à l'Iran, ont permis le retour de Téhéran sur le marché pétrolier mondial (5). Le pétrole représente 80 % des exportations en valeur et contribue pour moitié aux recettes budgétaires. D'où l'envolée du taux de croissance en 2015 et 2016, que le FMI, dans son dernier rapport, fin février 2017, évalue à 4,5 % (contre 6 % annoncés par le gouvernement). Le président Rohani, qui rappelle régulièrement l'état calamiteux de l'économie dont il a hérité en 2013, a souligné pendant la campagne la baisse de l'inflation, qui est passée de 40 % en 2013 à moins de 10 % en 2016. La presse réformiste a fait grand cas de la tonalité positive du rapport du FMI, mais n'a pu éviter de remarquer qu'il appelle aussi à de rudes efforts : une réforme urgente et drastique du réseau bancaire (le nombre d'agences bancaires dans les rues iraniennes dépasse l'entendement !) ; l'augmentation des recettes fiscales ; une hausse des prix des carburants ; une lutte renforcée contre le blanchiment de capitaux, etc. Autant de mesures de « vérité des prix » qui ne seront pas faciles à faire accepter par les ménages.

L'Iran a accueilli peu de nouveaux investissements étrangers opérationnels depuis 2015. L'ouverture est complexe, et le temps de l'économie n'est pas celui des politiques. On en est encore très souvent au stade exploratoire, même si certains contrats majeurs et à forte visibilité sont finalisés (Airbus et Boeing (6) ; Peugeot), et que d'autres avancent (Total). Mais tout est lent, pour des raisons juridiques et procédurales (l'Iran se tient à l'écart des normes internationales depuis des décennies, et la bureaucratie iranienne est fort tatillonne), le blocage persistant des banques internationales n'arrangeant rien. Échaudées par les énormes amendes infligées par le Trésor américain qui leur reprochait d'avoir contourné les sanctions, ces dernières hésitent à reprendre des relations avec l'Iran. D'autant que lesdites sanctions ont été reconduites pour dix ans par un président Obama en toute fin de mandat. C'est là un enjeu majeur à la fois pour Téhéran et pour tous les États qui souhaitent voir leurs entreprises reprendre pied dans la république des mollahs. Le gouvernement iranien met l'accent sur la reprise de certaines productions, dans l'automobile, par exemple (7) ; ou sur l'ouverture croissante de l'économie nationale grâce aux zones franches créées au bord du golfe Persique et de la mer d'Oman. Mais, là encore, les projets tardent à prendre corps (8). De même, Téhéran bruisse du dynamisme de start-up spécialisées dans la conception d'applications pour téléphones mobiles, dans un pays largement connecté à Internet et suréquipé en smartphones. Leurs utilisateurs sont devenus experts en logiciels de cryptage et d'anonymisation des adresses IP, ce qui permet de contourner pour partie interdictions et censure. Du coup, les conservateurs se répandent en critiques contre ces start-up dans lesquelles ils décèlent l'« influence néfaste de l'Occident ».

De fortes attentes sociales difficiles à satisfaire

Faiblesse et lenteur des investissements étrangers ; investisseurs nationaux qui préfèrent la spéculation immobilière et les banques privées aux projets industriels ; lourdeurs structurelles d'une économie en partie administrée et souvent aux mains de « fondations » (bonyad) défiscalisées et aux structures opaques : les freins à la croissance sont multiples. Or la population attendait des retombées concrètes et rapides de la levée des sanctions, en contrepartie des promesses faites entre 2013 et 2015 pour légitimer les concessions sur le nucléaire. Les ménages estiment que leur niveau de vie continue à se dégrader. De fait, une croissance annuelle de 4 à 5 % est insuffisante pour combler les retards accumulés pendant une décennie de sanctions et ne remédiera pas aux défauts structurels d'une économie de rente. Officiellement de 10 %, le taux de chômage est sans doute plus proche des 20 %. L'absence de débouchés professionnels pour les diplômés de l'université génère une impressionnante « fuite des cerveaux » vers l'étranger. Le sous-emploi des femmes est manifeste et les tensions sociales palpables : les inégalités se creusent, comme le montre le boom de l'immobilier de luxe dans les hauts quartiers de Téhéran, loin des quartiers populaires du sud de l'agglomération. La fixation par le ministère du Travail du salaire minimum 2017 à 265 dollars par mois a entretenu les récriminations. Les grèves dans les entreprises (dans l'automobile, le sucre, la chimie) et les services publics (enseignants, chauffeurs des transports publics) se multiplient : de nombreux salaires ne sont pas versés, et les militants syndicaux sont maltraités. Les impatiences ou les revendications sociales sont exploitées par les ultra-conservateurs qui, opposés à l'accord nucléaire (sans pouvoir le critiquer ouvertement puisqu'il a été voulu par le Guide), évoquent volontiers « les temps heureux du président Ahmadinejad » et ses distributions de « paniers de la ménagère »...

Dans ses deux messages de Nouvel An, à Téhéran puis à Meched, les 20 et 21 mars, Ali Khamenei a pointé les résultats insuffisants de la politique économique du président Rohani (9) : « Je ressens la douleur des classes pauvres et modestes avec mon âme, à cause de l'inflation, du chômage et des inégalités (...). Le gouvernement a pris des mesures positives, mais elles ne répondent pas aux attentes du peuple ni aux miennes. » Une prise de position inédite pour un Guide en principe « au-dessus des partis », qui promet aussi une « Année de l'économie de résistance : production et emploi ». Une promesse et un vocabulaire qui résonnent agréablement aux oreilles des ultra-conservateurs et des Gardiens de la révolution, nostalgiques de l'économie d'autosuffisance planifiée à partir de 1979 pour contrer l'isolement du pays et les embargos successifs. Cette idéologie « développementiste » s'oppose à la libéralisation économique et à l'ouverture aux investissements étrangers préconisées par les réformateurs. Mais, dans ces mêmes discours, le Guide a dénoncé la « léthargie » de ceux qui, dans le système, « oublieux des idéaux de la révolution », contribuent à la faible productivité de l'économie nationale. Cette double critique - l'insuffisance des mesures gouvernementales et les résistances au changement de certains acteurs - devrait, en principe, tracer deux axes de travail pour le nouveau président. À ceci près que les nécessaires réformes structurelles, outre qu'elles porteraient atteintes aux puissants privilèges des fondations, risquent d'attiser le mécontentement social sous l'effet de l'augmentation des prix des denrées de base et des carburants.

Comment contenir une crise environnementale majeure ?

Si le Guide désapprouve les orientations économiques du président sortant, il soutient en revanche les politiques écologiques menées depuis 2013 pour endiguer la catastrophe environnementale qui frappe le pays (10). En partie due au réchauffement climatique, celle-ci est surtout liée aux choix économiques opérés après la révolution. L'objectif d'autosuffisance alimentaire en zone aride supposait un développement de l'agriculture inondée gourmande en intrants chimiques. La construction de très nombreux barrages (par des entreprises qui appartiennent aux Gardiens de la révolution) et la mise en service de centaines de milliers de pompes épuisant les nappes phréatiques ont conduit à un gaspillage effréné des ressources en eau, à la disparition des zones humides, au bouleversement des écosystèmes, à des sécheresses récurrentes et à la multiplication d'interminables tempêtes de poussière, auxquelles s'ajoute une pollution catastrophique de l'air urbain. Pour le président Ahmadinejad, les revendications écologiques tenaient du « complot de l'étranger ». Il a, au sens premier du terme, ouvert les vannes en vidant de sa substance la loi de nationalisation de l'eau de 1966 : dans une logique clientéliste, il a transféré la gestion des ressources aux autorités régionales et locales, lesquelles se sont majoritairement empressées de lever toutes les limitations et tous les contrôles qui entravaient les forages de nouveaux puits. Le président Ahmadinejad a également autorisé le transfert par aqueducs de l'eau de certains bassins (dont celui de la rivière Zayandeh, à Ispahan) vers des régions déficitaires : une péréquation régionale qui a évidemment aggravé les déficits hydriques dans les régions sollicitées.

À l'inverse, à partir de 2013, le président Rohani s'est saisi du dossier pour lancer une politique de « gouvernement vert », en s'appuyant sur les nombreuses ONG environnementales iraniennes, jusque-là souvent réprimées, et sur l'expertise des agences onusiennes de Téhéran. Ces politiques publiques sont soutenues ouvertement par le Guide. Celui-ci a ainsi approuvé, par plusieurs tweets, la participation iranienne à la COP21 à Paris, puis l'accord de Paris sur le climat, que Téhéran a signé et ratifié. À l'occasion de la Semaine des ressources naturelles, en mars 2017, Ali Khamenei, pour qui « la nature est un don de Dieu confié aux hommes », a planté des arbres fruitiers devant micros et caméras, appelant tous les Iraniens à se mobiliser pour la protection de la nature, la reforestation et l'utilisation parcimonieuse de l'eau. Sur ce terrain environnemental où on ne l'attendait pas, le Guide prend à revers tous ceux qui, pour des raisons à la fois idéologiques et financières, sont partisans de l'extension continue des surfaces cultivées. Le nouveau président iranien ne pourra pas faire l'économie de mesures environnementales dont la nécessité est perçue par une large partie de la population, directement touchée par la crise de l'eau et la pollution atmosphérique. Même les agriculteurs, largement bénéficiaires pendant des décennies des politiques publiques d'accès à l'eau et aux intrants chimiques à très bas coût, sont désormais confrontés aux conséquences des sécheresses, des déficits hydriques, de la salinisation des sols ou de la pollution des nappes phréatiques. Certains commencent à prendre conscience de l'impasse actuelle. Pour le nouveau président - sauf à défendre des positions idéologiques comparables à celles qui fondent les récents décrets à contre-courant du président Trump en matière de réchauffement climatique et de protection des ressources (11) -, la question environnementale restera une urgence.

Faire progresser les droits de l'homme et lutter contre la corruption ?

En 2013, le candidat Rohani avait fait des promesses implicites sur les droits de l'homme, sujet hautement sensible dans un régime sécuritaire et répressif. Depuis lors, l'absence de progrès est évidente : l'Iran reste, par exemple, en deuxième position derrière la Chine au palmarès des exécutions (314 en 2012 ; 977 en 2015) (12). Cet immobilisme peut être interprété de diverses manières. Les organes sécuritaires et judiciaires, bastions des conservateurs, dépendent in fine du Guide suprême et échappent par conséquent au président de la République. La répression - qui prend pour cibles aussi bien les opposants que les journalistes, les gestionnaires de réseaux sociaux, les syndicalistes, les artistes, les écologistes, etc. - ne saurait donc lui être imputée. Mais certains rapports estiment que le président sortant n'a pas déployé d'efforts démesurés pour faire évoluer la situation. On lui reproche, par exemple, de ne pas avoir obtenu, contrairement à ses promesses, la fin de la mise en résidence surveillée sans jugement depuis 2011 des deux dirigeants du mouvement Vert Mir-Hossein Moussavi (ancien premier ministre, candidat malheureux à la présidentielle de 2009) et Mehdi Karroubi (ancien président du majlis, candidat en 2005 et 2013) (13). Les soutiens de Rohani répondent que leur libération se heurte à « des forces hostiles » non précisées, laissant entendre que les droits de l'homme seraient la priorité d'un second mandat. Mais, en la matière, l'Iran reste imperméable aux critiques internationales, Téhéran continuant à condamner toute intervention de commissions onusiennes. Compte tenu de l'opacité des rouages institutionnels concernés, cette question des droits de l'homme ne semble guère pouvoir progresser par l'action du président de la République, quelles que soient les aspirations ou les revendications d'une partie de la population.

La corruption alimente des polémiques entre les branches du pouvoir, dont seuls quelques éléments émergent sur la place publique. On sait ainsi que de vifs échanges ont opposé le président Rohani au clerc Sadegh Larijani, chef de l'Autorité judiciaire. Ils portaient sur l'homme d'affaires et multi-milliardaire Babak Zanjani, condamné à mort en 2016 pour le détournement de plus de 2,7 milliards de dollars générés par la vente de pétrole sur les marchés internationaux en contravention des sanctions. On ignore toujours quelles autorités ont couvert ces trafics et qui en sont les autres bénéficiaires : les sommes auraient servi à financer des campagnes électorales ainsi que des opérations extérieures clandestines. La corruption est omniprésente jusqu'au plus haut niveau de l'appareil d'État et de l'économie. C'est l'un des héritages de la révolution, qui a permis à des fondations et à des holdings aux organigrammes totalement opaques de monopoliser près de la moitié du produit intérieur. Les Gardiens de la révolution, qui sont des acteurs économiques majeurs, résistent aux tentatives de réforme visant à plus de transparence et freinent toute ouverture au secteur privé (14). Le système judiciaire ne traite jamais publiquement ces affaires de corruption. Sur ces dossiers, Hassan Rohani peut sans doute compter sur le soutien d'une partie de l'opinion publique : aux législatives de 2016, les électeurs ont ainsi envoyé au majlis une courte majorité de réformateurs fidèles au président (133 réformateurs contre 131 conservateurs, et 26 indépendants). Mais on ne doit pas s'attendre, après cette élection, à de grandes campagnes anti-corruption à l'initiative de la présidence : comme en Chine, les arrestations et les condamnations résultent surtout des évolutions invisibles du rapport des forces au sommet de l'État, et de luttes de clans ou de personnalités.

Pas de remise en cause de l'accord sur le nucléaire

Depuis 2015, les « principalistes » - les tenants conservateurs ou ultra-conservateurs des principes idéologiques, religieux et politiques sur lesquels repose le régime - attaquent Rohani sur la faiblesse, sinon la naïveté, dont il a fait preuve dans les négociations sur le nucléaire. Ils lui reprochent non pas l'accord en soi (qui, on l'a dit, a été autorisé par le Guide sur la base d'un consensus majoritaire au sein du Conseil de sécurité nationale), mais les faibles bénéfices qu'il a procurés à l'Iran. La politique de Washington les conforte dans leurs critiques : le président Obama a renouvelé pour dix ans les sanctions américaines et, pendant sa campagne, le candidat Trump a promis de « déchirer ce mauvais accord ». En revanche, la signature par le nouveau locataire de la Maison-Blanche d'un décret sur l'immigration vite surnommé le « Muslim Ban », particulièrement humiliant pour l'Iran, alors qu'il épargne les Saoudiens, a vigoureusement revitalisé le nationalisme iranien (15) et l'argumentaire anti-américain des factions conservatrices. Jamais abandonné, le slogan historique « Mort à l'Amérique ! » est à nouveau bruyamment scandé, par exemple lors du 38e anniversaire de la révolution, le 10 février, où le nom du président Rohani a été hué. Les conservateurs essaient de tirer parti de l'élection de Donald Trump, dont l'imprévisibilité totale introduit un facteur d'insécurité dans les relations internationales, pour retrouver une influence sur les dossiers stratégiques. Le Guide Ali Khamenei, constant dans son tropisme anti-américain, a vite désigné Trump comme « le vrai visage de l'Amérique ». Les Gardiens de la révolution, qui contrôlent les programmes stratégiques, ont décidé de « tester » Washington en procédant à plusieurs essais de missiles balistiques « non concernés par les accords signés par l'Iran » et à diverses « gesticulations » autour de la flotte américaine dans le détroit d'Ormuz. Certes, le (bref) discours de Norouz prononcé le 20 mars par le président Trump, principalement en direction de la communauté des Irano-Américains (il a soigneusement évité de prononcer le nom de la République islamique d'Iran), ne s'est pas, pour une fois, caractérisé par des formules agressives à l'emporte-pièce ; mais il n'a pas calmé les inquiétudes pour autant (16). L'accord sur le nucléaire, valable pour dix ans, est trop important pour être remis en cause unilatéralement par la partie iranienne. En tout cas, il ne saurait être contesté par le président de la République, qui n'a aucune autorité en la matière. Seuls des événements extérieurs qui menaceraient gravement le territoire national iranien pourraient éventuellement conduire Téhéran à réviser sa position.

Pas de changement en Irak et en Syrie

Les interventions régionales de la République islamique sont les grandes absentes du débat public. La présence iranienne en Irak, gain stratégique majeur pour Téhéran, est le résultat direct de l'intervention américaine de 2003, qui a abouti à la disparition du régime arabe baasiste de Saddam Hussein et laissé l'Iran en tête à tête avec l'Arabie saoudite. En Syrie, la présence iranienne est plus ancienne. Elle remonte à une alliance nouée dès 1979-1980 pour des raisons stratégiques indépendantes des affinités confessionnelles entre les chiites persans et les alaouites syriens : elle permettait aux deux parties de sortir de leur isolement régional et de prendre Saddam Hussein à revers. L'Iran a pu, via la Syrie, construire et ravitailler le Hezbollah chiite au Liban, et peser comme acteur dans le conflit régional israélo-palestinien. Cette alliance a pris une nouvelle tournure depuis 2011 et la montée en puissance d'une contestation qui menaçait le régime de Bachar al-Assad. Les Iraniens, aidés par le Hezbollah, se sont donc engagés de manière croissante dans la guerre civile syrienne.

L'intervention iranienne est d'abord militaire : des cadres d'Al-Qods sont présents sur le terrain, ainsi que des contingents des pasdaran et des bassidji ; ces forces sont appuyées par des milices chiites qui peuvent être locales, mais qui dépendent des Iraniens pour leur formation, leur encadrement et leur financement. Elle est ensuite politique et s'exerce à travers le soutien à certains partis ou certaines personnalités, à commencer par le premier ministre irakien, le chiite et très sectaire Nouri Al-Maliki, que Téhéran a porté à bout de bras de 2006 à 2014. L'influence iranienne peut aussi être religieuse, comme c'est le cas en Irak, où le retour des pèlerins iraniens dans les villes saintes chiites de Najaf et de Kerbala s'est accompagné de gros investissements immobiliers et hôteliers autour des mausolées. En Syrie, où les chiites sont peu nombreux (1 à 2 % de la population), l'Iran a développé sa présence autour de quelques lieux importants. Enfin, la dimension économique et financière est de plus en plus marquée : les entreprises iraniennes (dont beaucoup sont directement liées au système par leur appartenance à la nébuleuse des Gardiens de la révolution) ont largement investi en Irak et en Syrie. Au point de susciter des réactions nationalistes, que l'on a entendues par exemple à Bagdad en 2015 lors des grandes manifestations anti-corruption. En Syrie, le poids de Téhéran dans le système militaire, milicien et sécuritaire du régime de Bachar al-Assad est décisif. Dénoncé par les groupes d'opposition, il suscite des tensions au sein même du régime. Toutes ces interventions ont un coût, impossible à chiffrer, mais qui grève assurément les budgets iraniens.

L'intervention en Irak fait apparemment l'objet d'un consensus en Iran, en raison de la proximité géographique et de la menace djihadiste. L'intervention en Syrie visant à sauver Bachar al-Assad est sans doute moins consensuelle, bien que les pasdaran insistent sur la nécessité de « protéger les lieux saints chiites », comme le mausolée de Sayyeda Zeinab à Damas, maintes fois attaqué par les djihadistes sunnites. Téhéran accorde d'ailleurs aux combattants iraniens tombés en Syrie et en Irak (ils seraient 2 000 depuis 2011) des funérailles de « martyrs de la révolution », revivifiant ainsi l'un des socles idéologiques, symboliques et nationalistes auquel s'adosse le régime depuis la guerre avec l'Irak. Mais, là encore, le président de la République n'est pas politiquement en mesure d'intervenir sur ce dossier. Les questions régionales sensibles et conflictuelles sont en effet gérées, au sein des organes de sécurité stratégique, par le Guide, son Bureau et les Gardiens de la révolution. Il est d'ailleurs significatif que, depuis des décennies, les ambassadeurs iraniens à Beyrouth, Damas et Bagdad aient toujours été des pasdaran : l'ambassadeur nommé à Bagdad en mars 2017, Iraj Masjedi, brigadier-général de la Force Al-Qods des pasdaran, ne fait pas exception à la règle.

Trois hommes d'influence

Dans une intervention récente, le Guide Ali Khamenei a confirmé que la plupart des discussions politiques et stratégiques se déroulaient « derrière les rideaux », c'est-à-dire hors de la scène publique. Pour autant, l'évolution des rapports de force entre les différents courants dépend largement des hommes qui les animent. À cet égard, trois personnalités se détachent : la première a beaucoup compté ; la deuxième est encore influente ; la troisième pourrait peser dans l'avenir.

La disparition d'Hachemi Rafsandjani : un coup dur pour les réformateurs

Les courants conservateurs modérés et réformateurs ont perdu, le 8 janvier 2017, un « parrain » de premier plan, avec la mort, à 82 ans, d'Ali-Akbar Hachemi Rafsandjani. Surnommé « le requin » pour son absence de barbe, ou encore « le grand roi » pour son influence tentaculaire, il était le plus connu des « reconstructeurs » qui ont tenté d'occuper une place centrale et « centriste » après 1989. Son itinéraire politique se confond avec l'histoire du régime islamique. Sous Khomeini, dont il était très proche, il a tenu une ligne dure et répressive. Après la disparition du père de la révolution, il a exercé deux mandats de président de la République (1989-1997), incarnant une ligne « réaliste pragmatique ». Sans se brouiller avec le Guide Khamenei, il devient alors peu à peu une incontournable éminence grise. Multi-milliardaire, le « roi de la pistache » (le lobby des pistachiers est l'un des plus puissants du pays) a enrichi son clan à travers une nébuleuse d'entreprises dans tous les secteurs de l'économie. Il a contribué à l'élection de son successeur, le président réformiste Mohammad Khatami (1997-2005). En 2005, il se représente à la présidentielle : donné favori, il n'obtient que 36,76 % des suffrages face à Mahmoud Ahmadinejad. En 2009, il soutient le mouvement Vert et met en doute publiquement l'honnêteté de la réélection de M. Ahmadinejad dès le premier tour, pourtant validée par le Guide. Dès lors, bien qu'il continue à présider le Conseil de discernement de l'intérêt supérieur (chargé d'arbitrer entre le majlis et le Conseil des Gardiens, et de conseiller le Guide), il est considéré par les « ultra-conservateurs » comme suspect. Trop influent pour être déchu, il subira un harcèlement à l'iranienne, « étouffé dans du coton » : son fils Mehdi, puis sa fille Faezeh, se retrouvent en prison (17). Alors qu'on lui prête l'ambition cachée de succéder au Guide, il est interdit de candidature à la présidentielle de 2013 par le Conseil des Gardiens « à cause de son âge avancé » : il mobilise alors ses réseaux en faveur d'Hassan Rohani. Ses obsèques, le 10 janvier 2017, ont donné lieu à un immense rassemblement à Téhéran, estimé officiellement à plus d'un million de personnes (18). Le caractère national de la cérémonie permettait à tous d'y participer. Mohammad Khatami, ministre de la Culture sous Rafsandjani, et qui lui devait pour partie son élection en 1997 puis en 2001, n'a pas pu prendre la parole mais son nom a été scandé par certains manifestants. On y a entendu des slogans en faveur du Vert Mir-Hossein Moussavi, toujours en résidence surveillée, que les partisans du Guide ont couverts par les habituels « Mort à l'Amérique ! Mort à Israël ! ». Le Guide lui-même, dans son discours, n'a pas témoigné d'une grande empathie envers son « compagnon de lutte ». Homme de tous les réseaux, Rafsandjani était très influent au sein du pouvoir iranien : sa disparition affaiblit les modérés et les réformistes rassemblés autour de Hassan Rohani.

Ahmadinejad, écarté de la présidentielle, mais toujours actif

Le 12 juin 2009, le Guide suprême avait validé dès le soir du premier tour la réélection contestée du président Ahmadinejad, ouvrant ainsi une crise politique majeure. Ancien pasdaran, inspiré par un mysticisme chiite hors norme, celui-ci, tout en menant une politique populiste dite du « panier de la ménagère » (rendue possible par le cours élevé du baril de pétrole), a clivé et polarisé la société iranienne en s'appuyant sur des principalistes radicaux. Par ses vitupérations anti-impérialistes et anti-sionistes (en réalité antisémites) et l'accélération du programme d'enrichissement de l'uranium, il a renvoyé la République islamique à son isolement des origines. Les conservateurs se sont, dès lors, divisés entre fidèles inconditionnels du président et critiques de plus en plus sévères. Ces derniers se sont rapprochés des réformateurs : c'est le cas d'Ali Larijani, président conservateur du majlis qui, depuis 2013, a souvent soutenu le président Rohani. La désapprobation croissante du Guide à l'endroit du président Ahmadinejad permet de comprendre pourquoi, en septembre 2016, dans une démarche tout à fait exceptionnelle, Ali Khamenei a sommé Mahmoud Ahmadinejad de ne pas se représenter, pour « [éviter que] sa candidature ne divise à nouveau le peuple iranien en aggravant les tensions ». Malgré cette demande sans appel, M. Ahmadinejad n'a cessé de manifester sa très forte envie de revenir sur le devant de la scène, avec « l'audace d'un homme se sacrifiant pour Dieu et pour son peuple ».

Alors que le président américain décrétait l'interdiction d'accès aux États-Unis des ressortissants iraniens, M. Ahmadinejad a adressé, le 26 février, un long courrier à Donald Trump, empreint de mysticisme et saturé de références à Dieu. Coutumier de ce genre de missive (il avait déjà écrit à G. W. Bush, à Barack Obama et à Angela Merkel), il commence par lui reconnaître un certain nombre de qualités (la dénonciation de la corruption des institutions américaines ; la défense prioritaire de l'intérêt national ; le refus des influences extérieures néfastes) - manière indirecte, bien évidemment, de critiquer à la fois l'accord sur le nucléaire et l'ouverture de l'Iran sur le monde promue par Rohani. Puis il finit, toujours dans la même lettre, par dénoncer le « Muslim Ban » du président Trump et lui reprocher... sa misogynie !

Autre irruption médiatique remarquée de l'ancien président : le 5 mars, il ouvre son propre compte Twitter, où il se présente comme « mari, père, grand-père, professeur à l'université, président, maire, iranien et fier de l'être ». Dans la foulée, il poste une vidéo en anglais sur les réseaux sociaux invitant les internautes à le suivre : « C'est moi. Paix et amour. Meilleurs voeux ! » Une mise en avant de soi quelque peu surprenante en Iran, où l'on évite habituellement d'exposer sa vie privée. Partagés entre le rire et l'exaspération, nombre d'Iraniens ont rappelé que c'est le même Ahmadinejad qui avait interdit Twitter en 2009 !

Par ses postures radicales, M. Ahmadinejad a contribué à fracturer le courant des « principalistes ». Les « conservateurs modérés » ont estimé que ce radicalisme sapait certains principes de fonctionnement du pouvoir, en particulier la recherche du consensus interne. En 2017, Ahmadinejad continue cependant à sévir en s'appuyant sur les partisans qu'il a conservés au sein de l'appareil d'État et sur des clientèles nostalgiques parmi les couches populaires. Celles-ci gardent le souvenir des généreuses politiques de subvention pratiquées sous sa présidence pour les produits de base et les carburants ; mais aussi des distributions de numéraire ou de « paniers de la ménagère ». Toutes dépenses permises, à l'époque, par le prix élevé du baril de pétrole, mais qui ont fortement déséquilibré les finances publiques et alimenté la corruption.

Qassem Soleimani : un prétorien en réserve de la République ?

Sollicité de tous côtés pour se présenter à la présidentielle, le major-général Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods des Gardiens de la révolution (pasdaran), a déclaré le 15 septembre 2016 « [vouloir] rester un simple soldat servant l'Iran et la Révolution islamique ». Dont acte. Mais ce non-candidat, né en 1957, mérite que l'on s'intéresse à lui, ne serait-ce que pour sa subite et spectaculaire émergence sous les feux de la rampe. La Force Al-Qods est le bras armé du corps des Gardiens de la révolution. Vouée aux opérations extérieures et clandestines, elle ne laisse filtrer aucune information sur ses structures et ses effectifs. Qassem Soleimani en a pris le commandement entre 1997 et 1999. Jusqu'en 2014, on ne savait pratiquement rien de celui qui était surnommé « le commandant caché » - une double référence à l'Imam caché de l'eschatologie chiite et à la pratique de la dissimulation, la taqieh, traditionnellement attribuée aux chiites. Or, au printemps 2015, cet homme de l'ombre surgit brusquement en pleine lumière. Les clichés de Soleimani se multiplient de manière virale sur les réseaux sociaux, d'abord en Irak et au Liban, puis dans les médias iraniens, et enfin dans les médias occidentaux. Il devient omniprésent, doté d'un don d'ubiquité à laisser pantois, sautant du front irakien aux batailles syriennes, passant un jour à Beyrouth et le lendemain à Moscou. Il apparaît comme le principal stratège et tacticien des interventions régionales de l'Iran, l'adversaire résolu des Américains en Irak après 2003, combattant depuis 2014 le même ennemi que la coalition occidentale : Daech. La mise en scène est toujours soignée : il est représenté au plus près des combats (il a été blessé en Syrie), dans des tenues sans signe distinctif, partageant le thé avec des soldats et des miliciens de toutes origines. Apparaissent aussi des clichés du jeune Soleimani durant la guerre avec l'Irak, dans les années 1980. Et des photos très récentes du citoyen Soleimani, en civil, dans des costumes bien coupés et dans des poses travaillées dignes des studios Harcourt, en train de prier ou de méditer, souvent aux côtés du Guide...

Cette exposition médiatique sans précédent porte ses fruits : Soleimani est devenu un personnage public très populaire, et pas seulement pour sa ressemblance étonnante avec l'acteur Sean Connery alias Marko Ramius, le commandant barbu du sous-marin soviétique Octobre rouge (1990). En Iran, il est familièrement surnommé « Hadj Qassem » et a été désigné « homme de l'année 2015 » par le site conservateur Khabaronline. On compare son intelligence politique à celle d'Ali Khamenei ou d'Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah. En 2016, une maison d'édition liée aux pasdaran publie ses Mémoires dans une collection consacrée aux « Martyrs de la République islamique » : aux côtés de quinze martyrs de la guerre Irak-Iran, il est le seul auteur vivant avec... le Guide suprême (19) ! Dans un pays où l'usage et la diffusion des images en général, et de celles des personnages publics en particulier, sont très surveillés, cette sur-exposition interroge : construction d'un héros positif compensant les défaillances initiales de l'Iran face à l'État islamique ? Remobilisation morale et idéologique au moyen d'une actualisation de la guerre Irak-Iran ? Mise en valeur des forces spéciales des Gardiens pour rappeler qu'ils restent le pilier central du régime, même après l'accord nucléaire ? Ce personnage charismatique mais peu loquace incarne aux yeux des principalistes toutes les valeurs révolutionnaires fondatrices du régime : l'engagement personnel et le courage dans les pires épreuves ; la fermeté idéologique et la piété religieuse chiite ; la modestie et la proximité avec le peuple combattant ; l'obéissance à l'autorité du Guide suprême ; la résistance et la résilience face aux ennemis de l'Iran. Pour une partie des réformateurs et de l'opinion publique, il est l'un des acteurs qui, à une période décisive, a protégé l'Iran et les chiites de périls majeurs - l'irruption de l'État islamique à la frontière occidentale du pays ; la menace d'attentats djihadistes sur le territoire national - tout en restant à l'écart des jeux politiques de Téhéran. À ce stade, on ne peut guère aller plus loin dans l'analyse. Sinon pour considérer que le régime islamique garde peut-être dans sa manche la carte d'un prétorien en réserve de la République.

En guise de conclusion...

Dans une République islamique qui repose à la fois sur le pouvoir des religieux et sur des institutions « séculières » issues du suffrage universel, le président de la République ne dispose que d'une marge de manoeuvre politique limitée. Il doit tenir compte des rapports de force et du poids fondamental de la religion chiite. Il ne faut donc ni le sous-estimer (en le comparant, par exemple, à un simple premier ministre de la Ve République française) ni le surestimer (en lui attribuant la capacité de prendre des décisions stratégiques en politique intérieure ou en politique étrangère). C'est en ayant présent à l'esprit cet arrière-plan institutionnel et politico-religieux si singulier qu'il faudra décrypter les orientations du prochain président iranien.

(1) La catégorisation en « réformateurs », « conservateurs », « ultra-conservateurs », etc., est utilisée par commodité pour des courants aux contours mobiles (les partis sont interdits). Au majlis (parlement), les alliances trans-courants sont fréquentes.

(2) Les candidatures à la présidentielle ont été validées le 26 avril par le Conseil des gardiens de la Constitution sur des critères juridiques et politiques, religieux et de moralité. Le premier tour se tiendra le 19 mai, en même temps que les élections municipales.

(3) En 2013 comme en 2017, Rohani a été soutenu par le Conseil de coordination du front des réformes, qui regroupe depuis 1999 une trentaine de groupes réformistes cléricaux ou « séculiers », parmi lesquels l'Association des clercs combattants, l'Association des partisans de la ligne de l'Imam, l'Assemblée des étudiants et chercheurs du séminaire de Qom, l'Association des femmes de la République islamique, des associations d'enseignants, d'ingénieurs, de médecins ; ou encore la Maison des travailleurs, fédération intersyndicale de facto, affiliée à la Fédération syndicale mondiale.

(4) Alors que, depuis 1979, Téhéran était pratiquement la seule porte d'entrée aérienne en Iran, le gouvernement, pour promouvoir le tourisme, a ouvert une dizaine d'aéroports régionaux aux vols internationaux directs, avec délivrance de visas touristiques à l'arrivée.

(5) Le gaz est, pour l'essentiel, consommé par le marché intérieur. La Turquie est le seul client étranger important, en attendant la mise en service d'un gazoduc Iran-Inde, mais qui doit traverser un Pakistan visiblement réticent.

(6) La presse iranienne a fait grand cas de la récente livraison à la compagnie nationale Iran Air de ses trois premiers Airbus neufs. Les embargos ont empêché l'acquisition d'appareils neufs pendant trois décennies, au prix d'un vieillissement inquiétant de la flotte. Néanmoins, les compagnies privées apparues depuis 1990 ont acquis sur le marché international de l'occasion de nombreux appareils relativement récents. La réception d'avions occidentaux neufs début 2017 a donc une valeur plus symbolique que de nécessité vitale pour l'Iran. Pour son aviation militaire, et plus largement dans le domaine des armements, l'Iran s'adresse depuis des années exclusivement à la Russie, qui a repris ses livraisons dès la levée des sanctions.

(7) Avec environ 1,5 million de véhicules par an, la production (pour partie exportée) est dominée par Khodro (partenaire historique de Peugeot et de Renault-Dacia) et Saipa (un producteur et assembleur appartenant aux Gardiens de la révolution). Les sanctions ont dégradé la qualité déjà relative des productions locales et fait le bonheur d'investisseurs chinois, malaisiens ou sud-coréens, désormais en joint-ventures avec des assembleurs locaux.

(8) Les joint-ventures irano-omanaises dans le domaine gazier actées en 2014 ne paraissent guère progresser ; non plus que le port-franc de Chahabar, projet irano-indien sur le golfe d'Oman, au Baloutchistan iranien, en concurrence directe avec le projet portuaire pakistano-chinois de Gwadar, au Baloutchistan pakistanais.

(9) Le discours de Meched le 21 mars : http://en.abna24.com/news/iran/imam-khamenei-delivers-annual-address-in-imam-rezas-holy-shrine_819126.html

(10) Cf. Jean-Paul Burdy, « La crise environnementale en Iran », Diplomatie, no 86, mai-juin 2017 ; Franck Galland, « L'importance stratégique de l'eau en Iran », Les Grands dossiers de Diplomatie, no 37, février-mars 2017.

(11) Le président Trump a signé, le 28 mars 2017, l'« Energy Independence Executive Order », un décret sur l'indépendance énergétique engageant le démantèlement du Clean Power Plan, adopté par son prédécesseur en 2015. Celui-ci, pour lutter contre le réchauffement climatique, imposait aux centrales thermiques une forte réduction de leurs émissions de dioxyde de carbone et promouvait le développement des énergies renouvelables.

(12) Les deux tiers des exécutions concernent des trafiquants de drogue. Le dernier tiers porte, pour l'essentiel, sur des affaires de meurtres.

(13) Moussavi et Karroubi sont en résidence surveillée en raison de leur soutien aux « printemps arabes ». Accusé de « diffusion de propagande contre l'État », le fils de Karroubi a été condamné en mars 2017 à six mois de prison pour avoir publié une lettre ouverte de son père réclamant au président Rohani un « procès public ».

(14) Les Gardiens ont démontré leur capacité à freiner certains projets. Ainsi l'ouverture à Téhéran du nouvel aéroport international Imam Khomeini (IKIA) a-t-elle été retardée pendant près de deux ans parce que sa construction avait été confiée majoritairement à des entreprises turques, et qu'il était envisagé, pour la gestion aéroportuaire, de faire appel à des prestataires occidentaux. Ils ont aussi bloqué l'ouverture par un opérateur turc d'un réseau de téléphonie mobile. Les Gardiens ne cherchent pas nécessairement à avoir le monopole des marchés publics ou privés, mais entendent garder le contrôle des flux financiers qu'ils génèrent.

(15) Le 26 février 2017, lors de la remise des Oscars à Hollywood, le réalisateur Asghar Farhadi s'est vu décerner le prix du meilleur film étranger pour Le Client. Il a boycotté la cérémonie pour dénoncer le « Muslim Ban ». Son geste a été salué en Une des médias iraniens, toutes tendances confondues. Or, habituellement, Farhadi est une bête noire des ultraconservateurs...

(16) Une tradition inaugurée par Barack Obama veut que le président des États-Unis présente le 20 mars ses meilleurs voeux (et ceux des États-Unis) à tous ceux qui célèbrent le Nouvel An kurdo-iranien (Norouz), comme il le fait pour les autres grandes fêtes religieuses. Le discours est simultanément traduit en persan. Le message de Norouz du président Obama, en 2009, particulièrement empathique, avait été considéré comme une main tendue de Washington à Téhéran. Qui, évidemment, n'avait pas été saisie par le président Ahmadinejad.

(17) Au début des années 2000, alors à la tête de la compagnie nationale Iran Gaz, Mehdi Rafsandjani est accusé de recel de corruption. En 2012, il est emprisonné « pour son rôle dans la sédition de 2009 ». En 2013, il est condamné à 15 ans de prison pour « crimes économiques et affaires liées à la sécurité nationale ». À travers le fils, ces « affaires » visaient clairement le père, son népotisme, mais surtout son glissement vers les réformateurs. Sa fille Faezeh Rafsandjani, journaliste, activiste des droits des femmes, députée, a été détenue en 2009 pour sa participation à la contestation et condamnée en 2012, puis en 2017, à 6 mois de prison pour « propagande anti-régime ».

(18) Hachemi Rafsandjani a été inhumé au mausolée de l'Imam Khomeini, au sud de Téhéran, aux côtés d'autres figures de la révolution. Mitoyen du plus grand cimetière d'Iran (Behesht-e Zahra), où de vastes carrés sont réservés aux martyrs de la révolution et de la guerre Irak-Iran, et plus récemment des interventions en Irak et en Syrie, ce complexe est toujours en travaux 28 ans après la mort de l'Imam.

(19) Mozdabaadi Ali Akbari, Hadj Qassem, Une promenade dans la mémoire de Hadj Qassem Soleimani, Éditions YahZarah, Collection « Nobles camarades et martyrs », no 17, Téhéran, 2016 (en persan).

 


Notes :


(1) La catégorisation en « réformateurs », « conservateurs », « ultra-conservateurs », etc., est utilisée par commodité pour des courants aux contours mobiles (les partis sont interdits). Au majlis (parlement), les alliances trans-courants sont fréquentes.

(2) Les candidatures à la présidentielle ont été validées le 26 avril par le Conseil des gardiens de la Constitution sur des critères juridiques et politiques, religieux et de moralité. Le premier tour se tiendra le 19 mai, en même temps que les élections municipales.

(3) En 2013 comme en 2017, Rohani a été soutenu par le Conseil de coordination du front des réformes, qui regroupe depuis 1999 une trentaine de groupes réformistes cléricaux ou « séculiers », parmi lesquels l'Association des clercs combattants, l'Association des partisans de la ligne de l'Imam, l'Assemblée des étudiants et chercheurs du séminaire de Qom, l'Association des femmes de la République islamique, des associations d'enseignants, d'ingénieurs, de médecins ; ou encore la Maison des travailleurs, fédération intersyndicale de facto, affiliée à la Fédération syndicale mondiale.

(4) Alors que, depuis 1979, Téhéran était pratiquement la seule porte d'entrée aérienne en Iran, le gouvernement, pour promouvoir le tourisme, a ouvert une dizaine d'aéroports régionaux aux vols internationaux directs, avec délivrance de visas touristiques à l'arrivée.

(5) Le gaz est, pour l'essentiel, consommé par le marché intérieur. La Turquie est le seul client étranger important, en attendant la mise en service d'un gazoduc Iran-Inde, mais qui doit traverser un Pakistan visiblement réticent.

(6) La presse iranienne a fait grand cas de la récente livraison à la compagnie nationale Iran Air de ses trois premiers Airbus neufs. Les embargos ont empêché l'acquisition d'appareils neufs pendant trois décennies, au prix d'un vieillissement inquiétant de la flotte. Néanmoins, les compagnies privées apparues depuis 1990 ont acquis sur le marché international de l'occasion de nombreux appareils relativement récents. La réception d'avions occidentaux neufs début 2017 a donc une valeur plus symbolique que de nécessité vitale pour l'Iran. Pour son aviation militaire, et plus largement dans le domaine des armements, l'Iran s'adresse depuis des années exclusivement à la Russie, qui a repris ses livraisons dès la levée des sanctions.

(7) Avec environ 1,5 million de véhicules par an, la production (pour partie exportée) est dominée par Khodro (partenaire historique de Peugeot et de Renault-Dacia) et Saipa (un producteur et assembleur appartenant aux Gardiens de la révolution). Les sanctions ont dégradé la qualité déjà relative des productions locales et fait le bonheur d'investisseurs chinois, malaisiens ou sud-coréens, désormais en joint-ventures avec des assembleurs locaux.

(8) Les joint-ventures irano-omanaises dans le domaine gazier actées en 2014 ne paraissent guère progresser ; non plus que le port-franc de Chahabar, projet irano-indien sur le golfe d'Oman, au Baloutchistan iranien, en concurrence directe avec le projet portuaire pakistano-chinois de Gwadar, au Baloutchistan pakistanais.

(9) Le discours de Meched le 21 mars : http://en.abna24.com/news/iran/imam-khamenei-delivers-annual-address-in-imam-rezas-holy-shrine_819126.html

(10) Cf. Jean-Paul Burdy, « La crise environnementale en Iran », Diplomatie, no 86, mai-juin 2017 ; Franck Galland, « L'importance stratégique de l'eau en Iran », Les Grands dossiers de Diplomatie, no 37, février-mars 2017.

(11) Le président Trump a signé, le 28 mars 2017, l'« Energy Independence Executive Order », un décret sur l'indépendance énergétique engageant le démantèlement du Clean Power Plan, adopté par son prédécesseur en 2015. Celui-ci, pour lutter contre le réchauffement climatique, imposait aux centrales thermiques une forte réduction de leurs émissions de dioxyde de carbone et promouvait le développement des énergies renouvelables.

(12) Les deux tiers des exécutions concernent des trafiquants de drogue. Le dernier tiers porte, pour l'essentiel, sur des affaires de meurtres.

(13) Moussavi et Karroubi sont en résidence surveillée en raison de leur soutien aux « printemps arabes ». Accusé de « diffusion de propagande contre l'État », le fils de Karroubi a été condamné en mars 2017 à six mois de prison pour avoir publié une lettre ouverte de son père réclamant au président Rohani un « procès public ».

(14) Les Gardiens ont démontré leur capacité à freiner certains projets. Ainsi l'ouverture à Téhéran du nouvel aéroport international Imam Khomeini (IKIA) a-t-elle été retardée pendant près de deux ans parce que sa construction avait été confiée majoritairement à des entreprises turques, et qu'il était envisagé, pour la gestion aéroportuaire, de faire appel à des prestataires occidentaux. Ils ont aussi bloqué l'ouverture par un opérateur turc d'un réseau de téléphonie mobile. Les Gardiens ne cherchent pas nécessairement à avoir le monopole des marchés publics ou privés, mais entendent garder le contrôle des flux financiers qu'ils génèrent.

(15) Le 26 février 2017, lors de la remise des Oscars à Hollywood, le réalisateur Asghar Farhadi s'est vu décerner le prix du meilleur film étranger pour Le Client. Il a boycotté la cérémonie pour dénoncer le « Muslim Ban ». Son geste a été salué en Une des médias iraniens, toutes tendances confondues. Or, habituellement, Farhadi est une bête noire des ultraconservateurs...

(16) Une tradition inaugurée par Barack Obama veut que le président des États-Unis présente le 20 mars ses meilleurs voeux (et ceux des États-Unis) à tous ceux qui célèbrent le Nouvel An kurdo-iranien (Norouz), comme il le fait pour les autres grandes fêtes religieuses. Le discours est simultanément traduit en persan. Le message de Norouz du président Obama, en 2009, particulièrement empathique, avait été considéré comme une main tendue de Washington à Téhéran. Qui, évidemment, n'avait pas été saisie par le président Ahmadinejad.

(17) Au début des années 2000, alors à la tête de la compagnie nationale Iran Gaz, Mehdi Rafsandjani est accusé de recel de corruption. En 2012, il est emprisonné « pour son rôle dans la sédition de 2009 ». En 2013, il est condamné à 15 ans de prison pour « crimes économiques et affaires liées à la sécurité nationale ». À travers le fils, ces « affaires » visaient clairement le père, son népotisme, mais surtout son glissement vers les réformateurs. Sa fille Faezeh Rafsandjani, journaliste, activiste des droits des femmes, députée, a été détenue en 2009 pour sa participation à la contestation et condamnée en 2012, puis en 2017, à 6 mois de prison pour « propagande anti-régime ».

(18) Hachemi Rafsandjani a été inhumé au mausolée de l'Imam Khomeini, au sud de Téhéran, aux côtés d'autres figures de la révolution. Mitoyen du plus grand cimetière d'Iran (Behesht-e Zahra), où de vastes carrés sont réservés aux martyrs de la révolution et de la guerre Irak-Iran, et plus récemment des interventions en Irak et en Syrie, ce complexe est toujours en travaux 28 ans après la mort de l'Imam.

(19) Mozdabaadi Ali Akbari, Hadj Qassem, Une promenade dans la mémoire de Hadj Qassem Soleimani, Éditions YahZarah, Collection « Nobles camarades et martyrs », no 17, Téhéran, 2016 (en persan).