Politique Internationale - La Revue n°155 - PRINTEMPS - 2017

sommaire du n° 155
TRUMP OU L'INVENTION DU LIBERAL-PROTECTIONISME
Article de Jean-Michel QUATREPOINT
Journaliste
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« Nous avons fait la prospérité des autres nations, alors que la richesse, la puissance et la confiance de notre nation se sont évaporées. » Jamais on n'aurait imaginé un tel spectacle. Durant seize minutes, ce 21 janvier 2017, le nouveau président des États-Unis, Donald Trump, s'est livré à un réquisitoire contre la politique suivie par ses prédécesseurs et les élites dirigeantes américaines depuis un quart de siècle. Un discours non policé, dont chaque mot était une flèche. Il suffisait de voir les mines des personnalités assises derrière lui, dans la tribune, pour prendre la mesure de cette rupture que représente l'élection du 45e président des États-Unis.

Le microcosme de Washington n'était pas habitué à se faire ainsi morigéner. Le nouvel hôte de la Maison-Blanche était son ennemi avant le scrutin. Il l'est encore plus depuis. Pourtant, le constat de Donald Trump sur la situation de son pays n'est pas dénué de fondement. Quant à sa politique économique, elle peut être résumée en quelques idées simples. Simplistes, diront ses détracteurs.

L'héritage d'Obama

« J'hérite d'un pays qui doit faire face à de gigantesques trous », déplore-t-il, faisant allusion à la dette et aux déficits commerciaux. Pour les résorber, recréer de l'emploi aux États-Unis, notamment dans l'industrie manufacturière, récupérer de la matière fiscale (les multinationales américaines ont délocalisé 2 400 milliards de dollars dans les paradis fiscaux), Donald Trump remet en cause le dogme libre-échangiste à l'oeuvre depuis le début des années 1990. La date est importante car le nouveau président s'inscrit dans les pas de Ronald Reagan, qui fut le chantre du nouveau paradigme économique de cette économie de l'offre et du triomphe des idées de Milton Friedman par rapport à celles de John Maynard Keynes.

Ronald Reagan, en 1980, avait organisé sa campagne électorale autour de deux grands thèmes : America great again et la réindustrialisation du pays. Avec comme corollaire la dérégulation, la baisse de la fiscalité sur les entreprises et une offensive contre le Japon, soupçonné d'accumuler les excédents commerciaux, de manipuler sa monnaie et de vouloir coloniser les États-Unis. Ce sont, très exactement, ces mêmes thèmes qu'a repris Donald Trump, à cette différence près que la Chine a remplacé le Japon. Au début des années 1980, les industriels japonais de l'automobile et de l'électronique tenaient le haut du pavé. Dans le secteur clé de l'électronique de défense, les Américains allaient s'apercevoir de leur dépendance à l'égard de firmes comme Sharp pour les écrans à cristaux liquides. Bref, la mise en oeuvre des Reaganomics passait par un bras de fer avec Tokyo et la relance sur le sol américain d'un certain nombre de filières industrielles.

Il est vrai que le monde a changé. La globalisation est passée par là. Mais après l'euphorie des années 1990 qui ont vu l'ouverture des frontières, les traités de libre-échange, l'OMC et les délocalisations massives qui s'ensuivirent, le nouveau millénaire a apporté sa part de désenchantement. Après une quinzaine d'années de prospérité ce fut une décennie de déclin, la faillite de Lehman Brothers en 2008 n'ayant été que le facteur déclenchant d'un phénomène bien plus profond. Le système économique basé sur le libre-échange absolu, la mise en concurrence totale, la libre circulation des capitaux, des marchandises et des personnes couplée à une immigration massive, se trouvait - et se trouve toujours - dans une impasse. Certes, la globalisation a permis l'émergence d'une vaste classe moyenne en Chine et dans quelques pays asiatiques. Certes, l'Allemagne se porte bien. Et le Japon, malgré sa dette faramineuse, son vieillissement et Fukushima, garde la tête hors de l'eau. Certes, aux États-Unis, les GAFAM et les NATU (1) règnent sur le numérique mondial (sauf en Chine).

Mais cette globalisation de l'économie a fait beaucoup de perdants et quelques gros gagnants. Les perdants ? Les classes moyennes occidentales, y compris dans les pays émergents d'Amérique du Sud. Les gagnants ? Les multinationales qui se sont organisées pour profiter à plein des délocalisations et de l'optimisation fiscale et le monde de la finance - hedge funds, traders, banquiers - qui a accumulé des profits peu taxés dans des proportions inconnues jusqu'alors.

On a pu croire, début 2009, que Barack Obama allait changer les choses. Sans doute l'a-t-il espéré. Sans doute l'a-t-il même voulu. Las ! Il s'est bien vite coulé dans le moule, se contentant de gérer la crise, de l'accompagner, sans s'attaquer à la racine des problèmes. Il a laissé à la Fed et à sa politique monétaire le soin d'acheter du temps en inondant le marché de liquidités. La planche à dollars a fonctionné à plein. On a évité l'effondrement, mais ces trillions de dollars ont gonflé les dettes publiques. Ils ont été captés, pour l'essentiel, par le système financier au détriment de l'économie réelle. À l'actif d'Obama il restera (malgré toutes ses imperfections) l'Obamacare, le sauvetage de General Motors, quelques tentatives ici ou là de régulation de la finance et une nouvelle politique énergétique, qui allait de pair avec sa volonté de se désengager du Proche et du Moyen-Orient.

Les États-Unis se sont fixé pour but de ne plus dépendre des importations grâce à l'exploitation massive des gaz et pétroles de schiste. Avec un objectif à terme : devenir exportateurs de gaz liquéfié, notamment vers l'Europe, afin que cette dernière soit moins dépendante du gaz russe. Entre 2008 et 2015, les États-Unis ont augmenté leur production de pétrole de 75 % et sont redevenus le premier producteur mondial. Ils produisent presque 100 % de leur consommation de gaz. Ce boom des gaz et pétroles de schiste a, dans un premier temps, dynamisé l'activité dans des États du Middle West. Mais cette nouvelle ruée vers l'or noir a entraîné un double effet pervers : l'utilisation de techniques d'extraction risquées pour l'environnement (fracturation hydraulique) ; et des méthodes souvent expéditives pour obtenir l'accord des populations locales. Pis : elle a été, comme de coutume, financée à crédit. Les quatre grandes compagnies pétrolières américaines ont accumulé 185 milliards de dettes supplémentaires. Les PME du secteur n'ont pas été en reste.

Lorsque les prix du pétrole se sont effondrés après 2014, tombant de 100 dollars le baril à quelque 30 dollars, de nombreux puits ont fermé, leur seuil de rentabilité tournant autour de 50 dollars. À l'euphorie a succédé le plongeon. Paradoxalement, c'est grâce à l'Opep, à l'Arabie saoudite et à la Russie, qui se sont unies en 2016 pour faire remonter les prix, que l'activité de gaz et de pétrole de schiste a été sauvée aux États-Unis. Avec un cours stabilisé autour de 50 dollars, l'exploitation a repris. Reste que Barack Obama, sensible aux lobbies du big business, l'était également à ceux des écologistes et des innombrables ONG. Sous leur influence, il a multiplié les réglementations et bloqué la construction d'oléoducs, au grand dam des industriels du secteur qui vont trouver auprès de Donald Trump une oreille complaisante.

Des déficits persistants

En bonne logique, cette amélioration considérable de la balance énergétique américaine aurait dû se retrouver dans les chiffres de la balance commerciale. Tel n'a pas été le cas. Comme si ce que les États-Unis gagnaient d'une main, ils le reperdaient de l'autre. Cette incapacité à rétablir durablement la balance des comptes courants restera comme le grand échec des deux présidences Obama. De 2006 à 2010, le déficit cumulé des États-Unis avait atteint 2 600 milliards de dollars. En 2011, le trou était toujours de 600 milliards. Depuis, chaque année, le déficit de la balance des comptes courants tourne autour des 500 milliards. En 2016, le déséquilibre a atteint 502,2 milliards de dollars. Si la balance commerciale des services est excédentaire de 247 milliards, le déficit commercial pur a atteint le chiffre record de 750 milliards de dollars.

Les économies sur les importations d'énergie, les revenus des capitaux, des brevets et services n'ont donc pas compensé les déficits commerciaux purs. Bien au contraire. Lorsqu'on se penche sur les échanges commerciaux des États-Unis, pays par pays, on constate que les déficits concernent toujours les mêmes pays : au premier rang la Chine, qui accumule année après année 350 milliards de dollars d'excédents sur les États-Unis, suivie par l'Allemagne et le Japon, avec quelque 70 milliards, puis par le Mexique, dont la balance commerciale est positive d'environ 60 milliards.

Toute la stratégie de Donald Trump et ses propos provocateurs reposent sur l'analyse de ces statistiques. Il n'a pas accusé nommément le Japon pour des raisons diplomatiques. Mais, en ciblant la Chine et l'Allemagne, il désigne les deux pays qui ont fondé leur prospérité sur une politique mercantiliste. Dans le cas du Mexique, les multinationales, essentiellement américaines, sont directement visées. Avec le Nafta, cet accord de libre-échange signé en 1994 entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, elles se sont massivement délocalisées pour profiter de la main-d'oeuvre mexicaine bon marché. Le phénomène est particulièrement spectaculaire dans l'industrie automobile : 72 % des véhicules assemblés au Mexique (le coût horaire moyen y est de moins de 10 dollars contre 29 de l'autre côté de la frontière) sont vendus aux États-Unis. Les équipementiers ont suivi le mouvement. Toutes les chaînes de valeur se sont réorganisées autour de ces délocalisations. Dans l'électronique et l'informatique, la Chine est devenue le pivot. Pour l'automobile, c'est le Mexique.

Or l'économie est un jeu, en principe, à somme nulle. Les excédents des uns sont les déficits des autres. Lorsqu'un pays accuse un déficit de ses comptes courants, il doit le compenser par... de la dette, qu'elle soit publique ou privée. C'est ainsi que l'on a vu, sous Obama, exploser la dette publique : de 10 000 milliards de dollars en 2008, elle est passée à 20 000 milliards, soit autour de 100 % du PIB. La dette privée, notamment celle des ménages, qui avait atteint des sommets en 2008, n'a pratiquement pas diminué. Après une légère décrue due à la baisse des mortgages (crédits hypothécaires), elle est repartie à la hausse en 2016. Si l'on rajoute les dettes des entreprises, hors secteur financier, on atteint un total de plus de 57 trillions de dollars, voire de 67 trillions avec le secteur financier domestique, équivalant à 360 % du PIB. Plus inquiétant encore : l'envolée de la dette des étudiants, qui frôle les 1 300 milliards de dollars, soit six fois plus qu'en 2003. Quelque 44 millions de jeunes Américains se sont endettés pour payer des études de plus en plus chères avec, pour corollaire, un effondrement de leur niveau de richesse à la sortie de l'université. Environ 10 % des jeunes emprunteurs sont insolvables. Cette forte croissance des prêts étudiants est la conséquence directe de la difficulté pour les jeunes à trouver un emploi. Du coup, ils prolongent leurs études en les finançant à crédit.

Un taux de chômage en trompe l'oeil

À en croire les données fournies par le gouvernement, en janvier 2017, le taux de chômage était tombé à 4,8 %. Quasiment le plein-emploi ! Durant sa campagne électorale, Donald Trump avait contesté ce chiffre et affirmé que près de 40 % de la population adulte américaine (âgée de plus de 17 ans) était sans emploi. La réalité, comme toujours, se situe entre ces deux extrêmes. À la suite de la crise, des mesures drastiques ont été prises pour extraire certaines catégories de chômeurs des statistiques, ce qui a eu pour effet de réduire mécaniquement le chiffre officiel. Celui-ci correspond aux personnes qui affirment vouloir travailler et avoir activement cherché un emploi au cours du dernier mois. Si l'on tient compte de ceux qui souhaitent travailler mais qui n'en ont pas fait la démarche au cours du mois écoulé ou de ceux qui sont à temps partiel et préféreraient un temps complet, le taux grimpe à 9,4 %. Autres chiffres : 78,2 % seulement de la classe d'âge 24-55 ans est au travail ; 57 % des hommes blancs qui ont été licenciés vivent avec un très modeste chèque du gouvernement.

En fait, tout se passe comme si une partie de la population américaine était sortie du marché du travail : étudiants qui prolongent leurs études, femmes qui reviennent au foyer, seniors qui enchaînent les petits boulots pour compenser des retraites très faibles, middle class déclassée... Dans un récent essai au titre évocateur, Notre misérable XXIe siècle, Nicholas Eberstadt, un économiste de l'American Enterprise Institute, dresse un bilan accablant de l'économie américaine. De 1948 à 2000, le PNB par tête d'habitant a augmenté de 2,3 % par an. Depuis l'an 2000, on est à moins de 1 %. Les chiffres de la croissance sont plus élevés : autour de 2 % ces dernières années et de 1,6 % seulement en 2016. Mais, compte tenu de l'évolution de la population et de l'immigration, le PNB par tête d'habitant est inférieur. De plus, les inégalités se sont creusées. 1 % des Américains - les plus riches - ont capté l'essentiel de la croissance. Les effets de la crise ont été en partie amortis pour les minorités ethniques grâce aux programmes spécifiques. Ce sont bien les classes moyennes blanches qui ont le plus souffert. Entre 1985 et 2000 - époque de la mondialisation heureuse -, le total des heures payées avait augmenté de 35 %. Au cours des quinze dernières années, la hausse n'a été que de 4 %. Depuis le début du millénaire, un tiers des emplois de l'industrie manufacturière ont disparu. Pour Nicholas Eberstadt, il y a eu un « effondrement du travail » aux États-Unis, avec des conséquences en chaîne sur l'emploi bien sûr, les revenus, mais aussi sur le moral, le dynamisme du pays et la compétence de sa main-d'oeuvre. Comme si la crise et ses retombées avaient entraîné une rupture dans le consensus social et le rêve américain. Une partie des Américains ont perdu confiance en eux-mêmes, dans leurs élites et même dans leur pays.

Ce constat, Barack Obama l'avait fait dès 2008. Il a tenté de changer les choses, plaidant auprès de ses amis de la Silicon Valley pour qu'ils relocalisent certaines de leurs activités. Il a espéré un moment obtenir des grands groupes qu'ils mettent un bémol à leur optimisation fiscale. Il aurait aimé moraliser Wall Street et faire en sorte que la cupidité (« greed ») n'y règne plus en maître. Bien vite, il a dû déchanter. Ses biographes expliqueront qu'avec un Congrès hostile il n'a pas eu les mains libres. En réalité, il n'a pas pu ni voulu aller à l'encontre d'un certain nombre de lobbies qui financent le Parti démocrate. Pas question, non plus, de toucher au dogme du libre-échange. S'il y a un problème, c'est tout simplement parce qu'on n'est pas allé assez loin dans la globalisation et que certains pays, comme la Chine et la Russie, se refusent à en appliquer les règles. D'où l'idée des deux grands accords de libre-échange : le TPP dans le Pacifique et le Tafta dans l'Atlantique.

Ces accords avaient un double objectif : isoler la Chine et la Russie et créer, sous la houlette américaine, une vaste zone de libre circulation des marchandises, des capitaux et des hommes. Le tout pour le plus grand bénéfice des multinationales. Barack Obama a simplement tenté de réguler le système à la marge. Un zeste pour les écolos, un autre pour telle ou telle minorité, un appel à la charité des milliardaires du web. Au final, cette politique au fil de l'eau a fait de nombreux mécontents à la fois chez les Démocrates, dont une partie de l'électorat misait sur Bernie Sanders, et chez les Républicains, dont la base, à la surprise des commentateurs, a plébiscité Donald Trump. Tous deux symbolisent, chacun à sa manière, la révolte des classes moyennes américaines qui demandaient un vrai changement de politique et une remise en cause du dogme libre-échangiste. Hillary Clinton elle-même avait finalement pris ses distances avec les traités TPP et Tafta.

Un programme de rupture

Si Donald Trump a été élu, c'est précisément parce qu'il incarne, pour une bonne moitié de l'Amérique, un changement radical. Son programme est donc un programme de rupture. Avec une priorité : la création d'emplois. Dans le dernier numéro de Politique Internationale, Edward Luttwak expliquait que Donald Trump était « comme Colbert, qui pensait que la puissance de la France passait par sa capacité à produire. Ou comme Alexander Hamilton, le premier ministre des Finances des États-Unis » (2), le père d'une politique industrielle américaine qui s'appuyait sur des tarifs douaniers et des dépenses d'infrastructures. L'obsession de Trump, c'est l'économie, et même la géo-économie. Il pense que tout est lié. Dans son esprit, les déficits structurels sont le résultat des délocalisations massives - mais aussi de la robotisation -, d'une perte de substance dans les activités manufacturières et, accessoirement, d'une optimisation fiscale excessive. Son programme économique s'articule donc autour de deux grands volets. Le premier vise à remettre en cause la globalisation et les accords de libre-échange en privilégiant des négociations bilatérales avec la Chine, le Mexique, le Japon ou l'Allemagne. Le second a pour but de relancer l'investissement aux États-Unis en agissant sur la fiscalité, en particulier celle des entreprises, et en déréglementant. Avec, en plus, un très gros effort sur les infrastructures.

C'est un « policy mix » que l'on pourrait qualifier de « libéral-protectionniste ». Deux termes en apparence contradictoires, mais qui recouvrent un courant de pensée très vivace aux États-Unis et dans le reste du monde. Après tout, la Chine ne fait rien d'autre que du libéral-protectionnisme. Elle protège et privilégie ses entreprises tout en laissant se développer sur son sol une économie de marché. Elle favorise l'investissement dès lors que les créations de richesses profitent à l'ensemble de la collectivité. C'est ce discours que Donald Trump s'apprête vraisemblablement à tenir à Xi Jinping : « Je vais faire aux États-Unis ce que vous avez fait en Chine. Nos deux économies ont besoin l'une de l'autre, mais il faut rétablir un certain équilibre dans les échanges. »

La même négociation devrait s'engager avec l'Allemagne. Le bras de fer avait commencé sous Obama. En avril 2016, l'Allemagne avait été placée par Washington sur la liste des pays à surveiller pour cause de « déloyauté commerciale ». Donald Trump ne manque pas de moyens de pression. Les groupes allemands, à commencer par ceux de l'automobile, avaient fait du marché américain leur prochaine cible. Les procès contre Volkswagen, coupable d'avoir truqué les émissions polluantes de ses moteurs Diesel, sont un premier avertissement. L'industrie automobile américaine n'est pas disposée à abandonner une part trop importante de son marché intérieur. Pour l'automobile, comme pour d'autres secteurs industriels, l'enjeu aujourd'hui est celui des délocalisations au Mexique. On l'a dit : tous les constructeurs et les équipementiers ont installé de l'autre côté du Rio Grande des usines gourmandes en main-d'oeuvre qui fabriquent des pièces et des sous-ensembles. Mais certains éléments de high tech viennent des États-Unis ou d'ailleurs. Un peu à l'image des iPhone et des matériels informatiques, dont les composants issus du monde entier sont assemblés en Chine pour être exportés vers les États-Unis et le reste de la planète.

Modifier l'organisation de ces chaînes de valeur n'est pas chose facile. Une telle remise en cause touche aux intérêts des pays dont les balances commerciales sont excédentaires, ainsi qu'à ceux des multinationales, qui ont organisé et profité de cette globalisation. Et le risque existe de voir les prix augmenter pour le consommateur américain. C'est pourtant l'objectif numéro un de Donald Trump. À vrai dire, le mouvement de relocalisation a déjà commencé. Depuis bientôt trois ans, le commerce mondial progresse moins vite que la croissance alors que, pendant vingt-cinq ans, ce fut le contraire. Avec la hausse des salaires, en Chine et dans d'autres pays émergents, le coût des transports et la pression grandissante des opinions publiques partout en Occident, un mouvement de reterritorialisation s'est engagé. Donald Trump veut l'accélérer en maniant la carotte et le bâton.

La carotte et le bâton

Le bâton, c'est bien sûr la menace d'instaurer des taxes douanières aux frontières. Le bâton, c'est l'abandon du TPP et du Tafta et la possible remise en cause du Nafta, l'accord de libre-échange signé avec le Mexique et le Canada que le nouveau président a qualifié de « l'un des pires deals jamais signés ». Le bâton, c'est l'utilisation des tweets contre les entreprises, américaines ou autres, coupables de vouloir délocaliser ou de brader les intérêts des États-Unis. Pourquoi les tweets ? Pour deux raisons. La première, pour squeezer les médias qui lui sont hostiles. La seconde, pour mettre la pression sur les entreprises dont la marque représente une bonne partie de leur valeur boursière. En les montrant du doigt, Donald Trump s'attaque à leur image. Lorsqu'il tweete contre Carrier, qui envisage de délocaliser mille emplois, ou contre Boeing, qui surfacture le prochain avion présidentiel, l'effet en Bourse est immédiat : leur cours chute. Certains secteurs industriels ne peuvent pas se permettre d'être en guerre ouverte avec le président des États-Unis. Les entreprises visées font amende honorable et, aussitôt, les actions remontent. Donald Trump n'est pas un politique comme les autres : c'est un homme d'affaires. Il pense qu'il a été élu précisément pour cette qualité et qu'il doit donc se comporter comme tel. Et non pas se soumettre aux us et coutumes du microcosme de Washington.

Les carottes, elles, sont en apparence nombreuses. La première, sans doute la plus populaire, concerne les infrastructures. Voilà des années, pour ne pas dire des décennies, que les Américains se plaignent de la dégradation des services et des transports publics (routes, chemins de fer, aéroports, réseaux d'eau potable...) en raison d'un sous-investissement chronique. En cause : les coupes budgétaires dans les crédits locaux et fédéraux et l'absence d'investisseurs privés, les rentabilités offertes par les autres placements financiers étant bien plus intéressantes. Donald Trump a promis un plan d'investissements de 1 000 milliards de dollars sur cinq ans pour développer les infrastructures. La volonté existe. Reste à trouver les financements. L'idée serait de recourir à un mixte : un tiers d'argent public, deux tiers d'argent privé. La nouvelle administration est attendue sur ce programme. Si elle tarde trop à le mettre en oeuvre, elle perdra une partie des soutiens dont elle dispose dans la population, y compris parmi les syndicats. Il faut que l'Américain moyen qui habite dans une ville moyenne se rende compte que l'on améliore son environnement quotidien. Le secteur privé va-t-il jouer le jeu ?

Deuxième carotte : l'augmentation de 54 milliards de dollars du budget de la défense dès l'an prochain. Les États-Unis ont, depuis toujours, le premier budget militaire au monde, avec quelque 620 milliards de dollars en 2016, loin devant ceux de la Chine (200 milliards) ou de la Russie (51,8 milliards). Ces dernières années, l'administration Obama avait engagé un processus de réduction des dépenses militaires. Donald Trump prend donc le contre-pied, mettant en avant trois arguments forts. 1) Les États-Unis ne veulent plus être les maîtres du monde, mais ils ne veulent pas non plus baisser la garde, notamment dans les domaines naval, spatial et nucléaire, face aux ambitions chinoises. 2) Les investissements dans la défense irriguent les industriels américains du secteur, directement ou par le biais de la sous-traitance. 3) C'est un moyen de caresser dans le sens du poil l'état-major qui s'est déjà opposé sur plusieurs sujets au nouveau président.

Les investissements dans les infrastructures et les industries de défense sont un grand classique des politiques de relance de l'économie. Pour compenser cette hausse du budget militaire, Donald Trump veut effectuer des coupes drastiques dans le financement d'autres administrations - département d'État, Agence de l'environnement, aide à l'étranger -, opérant ainsi un virage par rapport à une stratégie qui visait à privilégier le soft power, l'influence et le lobbying américains à travers le monde. Du coup, il déchaîne l'hostilité des fonctionnaires et de tous ceux, ONG en tête, qui vivaient des subventions.

Troisième carotte : la déréglementation. Dénonçant la bureaucratie qui a paralysé l'action des entreprises, Donald Trump a, d'ores et déjà, pris deux mesures. La première a été d'autoriser la construction, avec des matériels américains, de deux oléoducs, dont celui baptisé Keystone qui doit relier le Canada au golfe du Mexique. Ces projets avaient été bloqués, sous la pression des écologistes, par Barack Obama. La seconde consiste à revenir sur la loi Dodd-Frank, votée en 2010, sur la réglementation financière. L'espoir de l'administration Trump est d'ouvrir les vannes du crédit et de favoriser l'industrie financière américaine par rapport à ses concurrentes, en allégeant les contraintes réglementaires qui pèsent sur elle. Avec un risque non négligeable : que la finance ainsi débridée renoue avec certaines de ses pratiques litigieuses d'avant-crise, au préjudice de ses clients.

Quatrième carotte : la fiscalité. C'est sur ce terrain que se prépare une véritable révolution. Première mesure : échanger une baisse drastique du taux de l'impôt sur les sociétés contre un rapatriement des profits localisés à l'étranger. L'IS serait ramené de 35 % à 20 %, voire 15 %. Une tax holiday serait appliquée sur les bénéfices rapatriés de l'étranger. L'objectif consiste à faire revenir des centaines de milliards de dollars pour qu'ils s'investissent sur le sol américain - en versant, au passage, une taxe forfaitaire de 10 % au Trésor, qui en a bien besoin pour réduire ses déficits. Cette idée n'est pas nouvelle. Elle avait été appliquée sous George W. Bush, en 2005. Les sommes rapatriées n'étaient taxées qu'à 5,5 %, à condition que les entreprises ne les utilisent pas pour des programmes de rachat d'actions ou le versement de super-dividendes. Quelque 315 milliards de dollars étaient ainsi revenus. Mais les entreprises n'ont pas respecté le deal : elles ont, pour l'essentiel, distribué les bénéfices à leurs actionnaires, au détriment de l'investissement. Barack Obama avait été tenté de renouveler l'expérience en 2009. Il y avait renoncé. Cette fois, Donald Trump espère réussir car il met dans la balance une forte baisse de l'IS.

Que vont faire les géants de la Silicon Valley, champions de l'optimisation fiscale qui lui sont si hostiles ? À commencer par Apple, qui préfère emprunter pour distribuer son dividende plutôt que de rapatrier ses centaines de milliards de cash accumulés dans les paradis fiscaux ? Obama, pourtant très lié à la Silicon Valley, avait essayé et échoué. Comment Donald Trump pourra-t-il obtenir que la firme à la pomme se comporte comme une entreprise qui privilégie l'« America First » ? A-t-il les moyens de faire plier les GAFAM, qui se veulent les nouveaux maîtres d'un monde... sans frontières et sans nations ?

Au-delà de l'impôt sur les sociétés, la réforme fiscale se veut beaucoup plus vaste : « le plus grand changement fiscal depuis Reagan », a promis Steven Mnuchin, le nouveau secrétaire au Trésor. L'idée est de baisser les impôts des classes moyennes en revoyant les seuils et les taux d'imposition sur les ménages. Le taux marginal de 40 % serait également ramené à 33 %. Pour que l'on ne puisse pas l'accuser de faire des cadeaux aux plus riches et pour éviter de creuser les trous budgétaires, le secrétaire au Trésor projette de remettre en cause la plupart des niches fiscales. Il est également envisagé de revoir les taux du « carried interest ». Ce mécanisme, qui taxe forfaitairement à hauteur de 15,5 % les plus-values financières, a permis aux dirigeants et aux actionnaires des fonds d'investissement d'amasser des fortunes au cours des deux dernières décennies.

Reste le débat autour des taxes aux frontières et la volonté de Donald Trump et des Républicains de privilégier la production, la création de richesses et l'emploi sur le sol américain. Au cours de la campagne électorale, on s'est focalisé sur la mise en place de taxes douanières. C'est, en réalité, un écran de fumée. De telles taxes existent dans le cadre de l'OMC et ont déjà été appliquées, notamment pour l'acier chinois. Les multiplier risque d'ouvrir une guerre commerciale tous azimuts. Si Donald Trump les brandit, c'est qu'il veut se présenter en position de force dans les négociations et arriver in fine à des compromis.

Les clés du nouveau protectionnisme américain

En fait, le nouveau protectionnisme américain devrait revêtir des formes plus subtiles en ne ciblant pas directement les États mercantilistes mais en faisant pression sur les multinationales et la grande distribution qui importent massivement de l'étranger à travers une remise à plat de l'ensemble de leur fiscalité. Depuis plusieurs mois, des spécialistes républicains du Congrès, notamment Paul Ryan, le président de la Chambre des représentants, et le député Kevin Brady, travaillent sur une « border ajustment tax » (taxe d'ajustement aux frontières) et sur un changement du périmètre de la « corporate tax » (impôt sur les sociétés). Il s'agit d'une refonte totale de la comptabilité fiscale des entreprises. La plus importante depuis 1986. On remplacerait l'impôt sur les bénéfices actuel (35 %, mais en fait 24 % en taux réel, beaucoup de grands groupes n'en payant pas) par un impôt sur le cash flow de 20 %. Le chiffre d'affaires retenu - les recettes - ne prendrait plus en compte les exportations, mais les seules ventes sur le marché américain. À partir de là, l'entreprise déduirait ses investissements avec la faculté de pouvoir les amortir en un an. En revanche, les intérêts des emprunts ne seraient plus déductibles afin d'inciter les entreprises à investir avec du capital et non de la dette. Cette approche constitue un virage à 180 degrés par rapport aux années 1990. Plus fondamental encore, les produits importés, qu'il s'agisse de produits finis ou de sous-ensembles, ne seraient plus soustraits de ce chiffre d'affaires fiscal. L'entreprise pourra ensuite défalquer sa masse salariale réalisée sur le sol américain. Le cash flow ainsi obtenu subirait une retenue forfaitaire de 20 %. Ce système complexe aboutit à surtaxer les importations des entreprises et à détaxer leurs exportations. Une chose est sûre : la réforme fiscale ira dans le sens de l'America First. Avec un objectif prioritaire : la création d'emplois, l'investissement sur le sol américain et des recettes budgétaires en hausse. Selon les calculs de ses promoteurs, cette réforme se traduirait sur dix ans par 1 100 milliards de dollars de recettes supplémentaires pour le Trésor.

Donald Trump croit au volontarisme politique. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes de voir cet homme, qui n'était qu'un businessman, revaloriser la fonction politique et sa prééminence par rapport à l'économie. Il pense qu'en changeant une partie du logiciel - moins de libre-échange, plus de protectionnisme - et en réactivant un certain nombre de mesures macro-économiques classiques, les ménages américains retrouveront la confiance et l'économie le chemin de la croissance. Bref, qu'un cycle vertueux va s'enclencher.

Les pour et les contre

Toutes ces idées rencontrent, on s'en doute, de sérieuses oppositions dans les milieux économiques et au-delà. La grande distribution, Walmart en particulier, a bâti sa prospérité sur l'importation massive. Elle risque d'être la perdante d'un changement de paradigme. Idem pour Apple, ses congénères de la Silicon Valley, l'industrie automobile, chimique, etc. Leur principal argument est que « cette politique se ferait au détriment du consommateur ». À cela les partisans de Trump répondent que les gains de productivité générés par les relocalisations profiteront à tout le monde, la création d'emplois et le retour d'une croissance autour de 4 % (1,6 % seulement en 2016) gommant les éventuels effets pervers des « Trumponomics ».

La question de fond est celle de la nature du cycle qui s'amorce. Une école de pensée, qui a émergé ces dernières années dans le monde occidental, estime que l'économie mondiale est entrée dans ce qu'on appelle une stagnation séculaire. Développé par Alvin Hansen à la fin des années 1930, ce concept a entre autres été repris par Lawrence Summers, l'un des économistes démocrates (il a servi sous Bill Clinton et Barack Obama) les plus en vue. La stagnation séculaire est une époque marquée par une faible croissance en raison de la conjonction de plusieurs facteurs : fléchissement de l'investissement ; ralentissement démographique ; faible inflation ; taux d'intérêt voisins de zéro ; mutations technologiques insuffisantes ou s'accompagnant de destructions massives d'emplois. La troisième révolution industrielle, celle du numérique, de l'iconomie, touche toutes les activités humaines et supprime effectivement beaucoup d'emplois. Non seulement dans l'industrie traditionnelle, mais aussi dans les services, la finance, etc. C'est la classe moyenne qui en fait les frais. Avec, au sommet, des emplois très qualifiés qui - innovation technologique permanente oblige ! - nécessitent une formation continue. Et, en bas, une masse d'emplois de services, plus ou moins qualifiés et mal rémunérés. La relocalisation des usines concernera des établissements robotisés, employant peu de main-d'oeuvre et entraînant de nouveaux gains de productivité. Les entreprises s'en sortiront, générant des profits, mais avec toujours moins de salariés. Telle est du moins la tendance que l'on constate depuis quelques années.

C'est là le principal défi pour Donald Trump, comme pour la plupart des pays occidentaux et même pour la Chine. Comment créer des emplois pérennes, capables d'occuper une main-d'oeuvre qualifiée ? Comment partager équitablement la valeur ajoutée ? Réguler sans brider ? Dynamiser tout en protégeant ? Retrouver les chemins d'une croissance durable ? Comment reconstruire un nouveau pacte social, à l'image de ce que fut le fordisme, qui obligerait les entreprises à penser un peu plus à long terme et à privilégier l'intérêt collectif ? À l'évidence, Donald Trump mise sur les entreprises mais aussi sur les syndicats. Il engrange peu à peu les ralliements, se tournant pour commencer vers Wall Street.

Fort habilement, le nouveau président a incorporé dans son équipe d'anciens banquiers ou responsables de hedge funds. Appliquant l'adage selon lequel « il ne faut pas avoir trop d'ennemis en même temps » et celui qui dit qu'« il faut diviser pour régner », il a choisi la finance new-yorkaise, le big business exportateur et le monde des PME, sachant que l'univers de la Silicon Valley lui tourne résolument le dos. C'est ainsi que l'on a vu un certain nombre d'entreprises annoncer des relocalisations et des investissements : Ford, General Motors, Fiat Chrysler, Intel, Samsung, etc. Depuis l'élection de Trump, Wall Street, loin de s'effondrer, s'est envolée. Le portefeuille boursier des ménages américains s'est valorisé. Ce qui, outre-Atlantique, est un facteur non négligeable de prospérité. Donald Trump a également reçu le soutien appuyé de plusieurs syndicats très puissants, notamment ceux des Teamsters et du secteur des BTP. Ses positions anti-immigrés, en faveur des infrastructures, et sa remise en cause du libre-échange n'y sont pas pour rien. Sur l'immigration, précisément, le président a mis de l'eau dans son vin. Lors de son discours devant le Congrès, le 28 février, il a précisé qu'il voulait une immigration choisie - un gage donné aux entreprises, surtout celles du secteur des hautes technologies, qui ne trouvent pas suffisamment de main-d'oeuvre qualifiée et doivent recruter hors des frontières.

 Pour le moment, la base électorale de Donald Trump tient bon. Mais il a face à lui l'autre moitié de l'Amérique et surtout trois lobbies qui veulent sa peau : les services de renseignement, l'administration et les médias. Depuis le 11 Septembre, les agences de renseignement ont considérablement accru leur pouvoir. Elles se sont multipliées et on n'en compte pas moins de dix-sept. Elles emploient plusieurs centaines de milliers de personnes avec un budget de plus de 70 milliards de dollars. Elles sont devenues un État dans l'État, leur pouvoir sur le président des États-Unis n'ayant cessé de croître. C'est à leur instigation et sur de fausses informations que George W. Bush s'est lancé dans la guerre en Irak. Barack Obama, lui, a dû renoncer, sous leur pression, à fermer la prison de Guantanamo, comme il l'avait promis. La NSA mène, comme bon lui semble, ses programmes d'interceptions et d'écoutes, comme l'ont montré les révélations d'Edward Snowden. Chaque fois qu'un chef d'État allié s'étonne d'avoir été espionné et écouté, le gouvernement américain botte en touche, n'osant pas avouer qu'il n'était visiblement pas au courant.

Pour le monde du renseignement, Donald Trump est un ovni qu'il n'a pas vu venir. Un comble pour des gens qui se prétendent bien informés et qui ont pour mission d'anticiper ! Pour le nouveau président, la CIA et autres NSA sont en partie responsables des erreurs stratégiques majeures des vingt dernières années. Il veut les mettre au pas ; mais elles cherchent à l'en empêcher en tentant, par tous les moyens, de le déstabiliser : d'une part, en essayant de trouver les preuves d'une possible collusion entre lui et les Russes, devenus à leurs yeux l'ennemi public n° 1 ; d'autre part, en multipliant les fuites sur les projets de la nouvelle équipe et l'ambiance à la Maison-Blanche. Ces fuites sont obtenues auprès d'une administration qui sort de son devoir de réserve. Donald Trump n'a pas ménagé ses critiques envers la bureaucratie et le microcosme de Washington. Il veut visiblement rogner son influence et remettre en cause ses compétences. D'où l'hostilité naturelle de ce milieu qui, depuis bientôt un quart de siècle, a piloté la politique des États-Unis, sur le plan tant économique que social ou en matière de politique étrangère. Pour ce microcosme, « il n'y a pas d'autre politique possible ». Et il est convaincu que Donald Trump va casser le pays.

Cette conviction est partagée par la quasi-totalité des médias. La grande presse, celle qui compte à New York et à Washington, est acquise à l'idéologie libérale-libertaire. Elle est favorable à toujours plus de libre-échange et toujours plus de droits pour les minorités. Ces médias, plus puissants que jamais, mais de moins en moins populaires, ont oublié les perdants de la mondialisation et n'ont pas vu venir le phénomène Trump, ni même celui de Bernie Sanders. À force de vivre dans l'entre-soi, de n'écouter que les start-uppers, les minorités agissantes (aussi peu représentatives soient-elles), les stars de Hollywood et le petit monde de Washington, ils ont perdu le contact avec la réalité. D'où leur sidération et leur comportement actuel face à un homme qui a gagné en les contournant, en ne jouant pas leur jeu et en les attaquant de front. Un homme qui s'adresse à son électorat, au peuple américain, en passant par-dessus leur tête, sans leur médiation ni leur bénédiction.

Agences de renseignement, administration, médias... Trois institutions dépourvues de légitimité démocratique, soumises à aucun véritable contrôle. Trois institutions qui se sont pourtant érigées en pouvoir autonome, persuadées que la Constitution et leurs compétences leur donnaient la faculté de proposer, de décider et, au besoin, d'imposer leurs points de vue à un président élu, lui, par le peuple. Si ce dernier ne l'accepte pas, c'est - toujours selon ces trois institutions - parce qu'il est un « populiste », un « apprenti dictateur », coupable d'intelligence avec l'ennemi. Pour le bien du pays et de la démocratie, il conviendrait au mieux de le destituer, au pire...

(1) GAFAM : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft. NATU : Netflix, Airbnb, Telsa, Uber.

(2) Alexander Hamilton fut le secrétaire d'État au Trésor du premier gouvernement américain de George Washington.

 


Notes :




(1) GAFAM : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft. NATU : Netflix, Airbnb, Telsa, Uber.

(2) Alexander Hamilton fut le secrétaire d'État au Trésor du premier gouvernement américain de George Washington.