Politique Internationale - La Revue n°153 - AUTOMNE - 2016

sommaire du n° 153
Le testament d'un géant
Entretien avec Shimon PERES
Ancien premier ministre d’Israël.
conduit par
Aude MARCOVITCH
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Aude Marcovitch - Comment jugez-vous la situation politique au Moyen-Orient ?



Shimon Peres - Le monde a changé. Un nouveau monde est apparu mais l'ancien tarde à disparaître. L'ancien monde était celui qui dépendait des territoires. Si vous vouliez avoir plus de terre, c'était la guerre ; si vous vouliez avoir moins de terre, c'était aussi la guerre. Et comme on ne peut pas avoir de territoire sans frontières, il fallait que vous installiez des positions militaires pour défendre votre terre et vos frontières. Pendant des années, on s'est battu pour de la terre car plus votre population augmente, plus vous avez besoin d'espace. Le nouvel âge est celui de la primauté de la science. La science, vous pouvez l'obtenir sans faire la guerre. Regardez Mark Zuckerberg et son Facebook. Il a accompli une révolution, sans armée, sans violence et c'est un succès absolu. La science n'a pas de frontières et vous ne pouvez pas l'arrêter. Elle n'a pas de drapeau. Il n'y a pas de science française, américaine ou israélienne. La science est neutre. Mais il est vrai qu'elle peut tomber dans les mains des terroristes. Or la high tech sans morale et sans humanité peut détruire la planète !



A. M. - Dans ce nouvel âge marqué par le règne de la science, on observe pourtant un retour en force de la religion. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?



S. P. - Je pense que la religion appartient à l'ancien âge. Nous sommes actuellement dans une période de transition. Les gens se rendent compte qu'un nouvel âge est en train de naître, mais ils n'ont pas encore divorcé de l'ancien. Donc ils paient deux fois : pour le passé et pour l'avenir. Or le passé n'a pas d'avenir. On dit souvent que l'étude du passé permet d'éviter de répéter les mêmes erreurs. Cette idée n'a pas de sens.

Le Moyen-Orient est peuplé de 400 millions de personnes, divisées entre sunnites et chiites - une division qui existe plus dans la tête des experts que dans la réalité. Sur ces 400 millions, 60 % ont moins de 25 ans. Ces jeunes gens n'ont plus la même philosophie et la religion ne leur inspire plus la même crainte qu'avant. À l'université, si un jeune homme insulte une jeune femme, elle lui répondra sans détour. La discrimination envers les femmes tend à disparaître. Si vous ne traitez pas les femmes à l'égal des hommes, vous ne pouvez pas changer une nation. Vous ne pouvez pas changer la vie de 100 % des gens en ne prenant appui que sur 50 % de la population ; il faut que ce soit un effort commun. Quand je regarde la jeune génération, que ce soit en Afrique ou au Moyen-Orient, c'est partout la même histoire. Au Moyen-Orient, on estime qu'il y a entre 15 000 et 16 000 terroristes. Mais il y a des centaines de milliers voire des millions d'étudiants ! Le problème c'est que, lorsqu'ils obtiennent leurs diplômes, ils ne trouvent pas d'emploi. Pourquoi ? Parce que dans leurs pays il n'y a pas de high tech ! Tous les professeurs et toutes les écoles vous apprennent le passé. Que voulez-vous faire du passé ? Il est mort ! C'est l'avenir qu'il faut apprendre aux enfants !



A. M. - Et comment enseigner l'avenir aux enfants ?



S. P. - D'abord, laissez-les rêver ! Ils portent les réponses en eux. Dans les universités, les professeurs sont en poste depuis des dizaines d'années. Les étudiants, eux, ont une montre qui ne sait pas ce qui s'est passé il y a cinq minutes ! Alors quand le professeur enseigne, les étudiants s'ennuient. Ils veulent du neuf. On dit qu'à l'université les questions sont toujours les mêmes et que ce sont les réponses qui changent. C'est faux ! Parce que si vous posez les mêmes questions, vous obtenez les mêmes réponses. Il faut poser de nouvelles questions pour obtenir de nouvelles idées. Nous avons trop de mal à nous détacher du passé.

Ce qui me frappe, voyez-vous, c'est que les gens sont fondamentalement pessimistes alors que l'Histoire, elle, est fondamentalement optimiste. Il y a 10 000 ans, il y avait 10 millions d'hommes sur Terre. Dans vingt ans, nous serons 10 milliards ! Et pourtant, jamais nous n'avons eu un tel niveau de vie, une meilleure alimentation, une meilleure santé, une meilleure éducation, une meilleure médecine. Tout est mieux qu'avant. Aujourd'hui un homme ordinaire vit mieux et plus longtemps qu'un roi il y a deux cents ans ! Malgré cela, les gens sont pessimistes. Parce qu'ils ont peur. Ils ont peur de l'inconnu et de la nouveauté. Ils se trouvent face à un vide, que les religions s'empressent de remplir...



A. M. - Y parviennent-elles ?



S. P. - Les religions ont été créées pour donner du sens à l'humanité. Vous ne pouvez pas me convaincre que Dieu existe, mais vous ne pouvez pas me convaincre qu'il n'existe pas. Nous sommes tous en proie au doute.



A. M. - Que dites-vous à ces gens qui ont peur ?



S. P. - Que le passé est plus dangereux que le présent ou l'avenir. Ici, dans nos universités, nous encourageons les jeunes à créer leur entreprise pendant leur scolarité. 13 000 entreprises ont ainsi vu le jour, permettant à 16 000 étudiants de gagner leur vie. J'aimerais que ce soit possible dans tout le Moyen-Orient. Pour permettre aux jeunes de se lancer, il faut qu'il y ait des centres de high tech.

À tous ceux qui continueraient de se méfier de l'avenir, je répète que l'Histoire est optimiste. De nos jours, les accidents de la route font plus de morts que les guerres. Certes, le terrorisme fait des ravages ; mais il existe des moyens de le combattre.



A. M. - Ces derniers mois, la France a subi des attentats terroristes d'une ampleur inédite. Quels conseils donneriez-vous aux dirigeants français pour éradiquer ce fléau ?



S. P. - La France est face à une contradiction. Elle prône la liberté, l'égalité et la fraternité. Mais comment peut-on combattre les terroristes s'ils profitent de la même liberté que les non-terroristes ? La France doit décider dans quelle direction elle veut aller. L'interdiction de la burqa, par exemple, est une bonne décision, parce que sous le vêtement peuvent se cacher des armes. Votre pays s'est aussi doté de nouveaux moyens en matière de renseignement. La technologie permet aujourd'hui d'avoir un temps d'avance sur les terroristes. Mais ça ne suffit pas : vous allez devoir prendre des mesures plus fortes contre les suspects, vous n'avez pas le choix. Je peux comprendre vos réticences : la France est fière de ses principes, et elle ne veut pas y renoncer. Mais tôt ou tard, la France trouvera une juste voie entre le respect de ses valeurs et la lutte contre le terrorisme. J'en suis convaincu.



A. M. - À quoi voyez-vous que nous sommes entrés dans un nouvel âge ?



S. P. - Nous sommes très près de pouvoir prédire l'avenir, dans le domaine médical par exemple. La médecine prédictive est en plein essor. Grâce à l'expérience, vous pourrez savoir ce qui vous attend et faire en sorte de l'éviter. C'est la fin des pharmaciens et des hôpitaux ! Chacun sera porteur d'une carte où sera enregistré son historique médical. Vous pourrez poser des questions et recevoir des réponses immédiatement.

Autre secteur : celui des transports. L'Italie est en train de construire une ligne ferroviaire à grande vitesse qui reliera Naples à Milan à 330 km/h, pour que non seulement les riches puissent descendre dans le Sud, mais que les pauvres puissent aller au Nord. Pourquoi ne pas couvrir l'Europe de trains ? Ce serait bien mieux que les aéroports ! Sans les lignes de chemins de fer, les États-Unis n'existeraient pas !

Les moyens de transport doivent être partagés et je ne comprends pas qu'on n'y ait pas pensé plus tôt. Prenez l'automobile. Vous achetez une voiture qui vous coûte des milliers de dollars. Vous la payez à 100 % et ne l'utilisez qu'à 4 %. Pourquoi devons-nous être propriétaire d'une voiture alors que nous n'avons besoin que de 4 % de son usage ? Demain, on aura des voitures électriques et même des voitures sans conducteur qui fonctionneront comme des ascenseurs ! Plus d'accidents de la route ! Tout cela pour 4 % du prix. Et en plus, on respirera mieux dans les villes.



A. M. - Avez-vous toujours été aussi optimiste ou vous est-il arrivé, au cours de votre longue carrière, d'éprouver des regrets ou de l'amertume ?



S. P. - J'étais essentiellement un rêveur. Je le suis toujours. Quand les gens me demandent : « Quel est votre plus grand exploit dans la vie ? », je réponds que j'aurais aimé faire plus. Ce que j'ai réalisé, oubliez-le. Et quand on me demande quelle est ma plus grande erreur, je réponds : « Mes rêves étaient trop petits. » Je dis aux gens : rêvez mieux, rêvez plus grand, n'ayez pas peur. Je peux comprendre la douleur, mais pas la peur.

On me demande souvent comment je fais pour paraître aussi jeune. « Comptez le nombre de vos réalisations et comptez le nombre de vos rêves. Si le nombre de vos rêves est plus grand que le nombre de vos réalisations, vous êtes jeune. Si c'est l'inverse, c'est que vous êtes vieux ! » Ce n'est pas plus compliqué que cela...



A. M. - En quoi avez-vous rêvé trop petit ?



S. P. - Je vais vous raconter comment Israël s'est doté d'une capacité nucléaire. Les gens nous disaient : « Regardez-vous, vous êtes un petit pays, vous n'avez rien, on ne vous donnera pas l'autorisation pour le nucléaire, ne le faites pas, ne soyez pas idiots. » J'étais quasiment le seul à l'époque à penser qu'il fallait s'engager sur cette voie. Mais j'étais soutenu par Ben Gourion. Quelle était mon idée ? On ne peut pas échapper à ses contraintes physiques, on ne peut pas échapper au manque de ressources naturelles, mais on peut acquérir des choses qui rendent plus forts, sans qu'il soit nécessaire d'étendre son territoire. Au début, nous ne savions pas quelle direction emprunter. Nous avions en face de nous, qui sommes si vulnérables, des pays plus grands, mieux équipés et plus peuplés. Ils nous surpassaient par le nombre et par les armes. Nous n'avions pas décidé d'avoir la bombe. Mais d'autres l'ont imaginé à notre place. Des informations ont commencé à circuler sans que nous ayons eu le temps d'expliquer quoi que ce soit. En fin de compte, cela a permis d'éviter des guerres et d'ouvrir le chemin de la paix.

Vous savez, nous avons pensé en arrivant ici que nous ferions refleurir le désert. Mais la réalité était tout autre. Dans le Sud, nous avions un désert et, dans le Nord, des marais. La terre, ici, est terriblement ingrate. Nous n'avions pas d'eau. Nous avions trois lacs : le lac de Tibériade ; un autre si petit qu'il s'était asséché ; et le plus grand, qui ne s'appelle pas la mer Morte pour rien. C'est le seul lac au monde sans poissons et sans eau, avec seulement du sel. Nous avions aussi une rivière : le Jourdain. C'est une rivière assez célèbre. Alors si vous êtes attiré par la célébrité, allez voir le Jourdain. Mais si vous cherchez de l'eau... ce n'est pas le bon endroit pour en trouver. Nous n'avions pas d'amis, pas de partenaires, nous étions seuls. Personne avec qui partager notre religion, notre langue ou notre histoire. Par contre, nous ne manquions pas d'ennemis...

Nous avons pris un pays qui n'avait rien, et nous en avons fait une grande réussite. Certains Juifs se plaignent et disent : « Pourquoi donc Moïse n'a-t-il pas poursuivi son chemin jusqu'en Arabie saoudite ? » Mon Dieu, pourquoi aller en Arabie saoudite ? Les prix du pétrole n'arrêtent pas de monter et de descendre et l'on découvre tout le temps de nouvelles sources d'énergie. Faites des choses qui sont à votre portée, avec lesquelles vous pouvez innover.



A. M. - C'est cela, la clé du succès d'Israël ?



S. P. - En fait, cet environnement hostile nous a poussés à développer nos vraies ressources : les ressources humaines. Chaque personne possède en elle-même bien plus que ce que sa mère ou son père en savent. Parmi les différentes fonctions que j'ai occupées, l'une d'elles consistait à rendre visite aux familles qui avaient perdu un enfant. J'étais frappé de constater à quel point les parents connaissaient peu de choses sur leur propre fils ou fille. Ce n'est qu'après leur décès qu'ils découvraient des talents ou des mérites dont ils ne soupçonnaient même pas l'existence. C'est pourquoi je dis aux enfants : « N'écoutez pas vos parents, n'écoutez pas vos professeurs, n'écoutez pas vos amis ; vous possédez bien plus que tout cela. Apprendre est parfois une perte de temps - je ne parle pas de l'enseignement spirituel ou artistique, bien sûr. Si vous avez des rêves, ayez le courage de les regarder en face, sans crainte, et sans écouter les pessimistes. C'est là qu'est l'essentiel. »

Les pessimistes et les optimistes meurent de la même manière. Alors pourquoi vivre comme un pessimiste ? Est-ce que vous vivrez plus longtemps et plus heureux ? Le pessimisme ne sert à rien.

Je ne suis plus un jeune homme, j'ai 93 ans, et le passé ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse, c'est le Moyen-Orient d'aujourd'hui. Comment faire du Moyen-Orient une région start-up, de la même manière que nous avons bâti une nation start-up : voilà le vrai défi. Les gens doivent oser, ils doivent rêver, ils doivent agir. Ça ne tombe pas du ciel. Mon objectif n'est pas de faire de l'argent mais de faire la paix.



A. M. - De quels dirigeants de la région ou du monde en général vous sentez-vous le plus proche ?



S. P. - Je me sens proche des jeunes, où qu'ils soient. Dans le monde arabe, 60 % de la population a moins de 25 ans. Ils ont des smartphones, l'internet. Il y a 130 millions d'étudiants dans le monde arabe qui disposent de la high tech. Ça leur permet de regarder vers l'avenir.

En Israël, nous avons essayé de réduire le fossé entre la population juive et la population arabe en matière d'accès aux hautes technologies. Nous avons fait venir des milliers d'ingénieurs qui vivent dans des villages arabes pour qu'ils enseignent ces disciplines à leurs enfants et les aident à devenir médecins, professeurs ou informaticiens.

Nous avons aussi des projets avec la France. La France est bien perçue dans le monde arabe, les Égyptiens et les Saoudiens lui font confiance. Or Paris n'est plus seulement la capitale des night-clubs ; c'est aussi devenu un centre de high tech qui fait d'énormes efforts pour attirer des investisseurs et des innovateurs. Nous coopérons avec la France pour, ensemble, faire entrer le Moyen-Orient dans le monde des technologies d'avenir !

Ce n'est pas seulement en achetant des armes ou en éliminant des terroristes qu'on viendra à bout de la violence. Il faut s'attaquer aux causes du terrorisme : l'humiliation, la pauvreté, l'ignorance. Le terrorisme va de pair avec l'ignorance. Les leaders djihadistes ne connaissent pas l'alphabet, ils racontent des histoires.



A. M. - Les auteurs des attentats du 11 Septembre étaient éduqués...



S. P. - Ils sont ignorants parce qu'ils n'arrivent pas à faire la différence entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal. Je vous l'ai dit : si vous avez la science sans la morale, vous resterez un ignorant. Mais si vous n'avez que la morale sans la science, vous serez affamé. Il faut concilier les deux. Quel est le but de la vie, tuer et être tué ? Si vous pensez cela, c'est que vous êtes vraiment un ignorant.

Qu'est-ce qui fait que les États-Unis sont grands ? Le fait qu'ils ont décidé d'être un pays qui donne. Le monde est divisé entre ceux qui donnent et ceux qui prennent. Si vous donnez, vous vous faites des amis. Avec le plan Marshall, qui à l'époque leur a coûté 50 % de leur PNB, les États-Unis ont gagné énormément ! Ils ont des amis dans le monde entier. Si vous faites partie de ceux qui prennent, vous vous créez des ennemis. Des ennemis, c'est la chose la plus chère et la plus folle du monde. Vous payez, payez, payez et vous perdez de l'argent. C'est ce qui s'est passé pour les empires qui voulaient régner du soleil levant au soleil couchant. Ils ont pris. Et comment ont-ils terminé ? À la fin, ils se sont repliés sur leurs îles...

Vous savez, j'ai beaucoup d'amis parmi les dirigeants, y compris en Chine. Ils m'appellent de temps en temps. La Chine est devenue la deuxième puissance économique après les États-Unis. Mais plus ils se développent, plus leur appétit s'aiguise. Je leur dis : c'est une erreur. Mieux vaut être ceux qui donnent que ceux qui prennent. Le conseil que je livre à tous, et à chaque entreprise, c'est d'investir dans la bonne volonté davantage que dans la haine.



A. M. - Et qu'est-ce qu'Israël peut donner au monde ?



S. P. - Des start-up ! Si vous n'avez rien, il vous reste toujours quelque chose : vous-même. C'est la leçon d'Israël. En tant que peuple, nous avons connu deux âges. Le premier âge avec Moïse qui a essayé de changer le monde, de sortir de l'idolâtrie et de l'esclavage. Et puis nous avons perdu notre terre. Et le deuxième âge est arrivé. Maintenant, nous sommes un jeune pays de 68 ans. La Chine a un peu la même histoire que la nôtre : une civilisation millénaire et une nouvelle république de 68 ans.

Nous nous trouvons à Jaffa. Au sud il y a des Arabes, au nord des Juifs. J'ai décidé de construire ce centre (le Centre Shimon Peres pour la paix) sur cette frontière, où Arabes et Juifs peuvent se rendre facilement. Lorsque j'ai discuté avec l'architecte et qu'il m'a demandé quel type de bâtiment je souhaitais, j'ai dit que je ne voulais pas de quelque chose qui ressemble à un bâtiment. Je ne voulais pas d'un lieu de pouvoir, mais d'un endroit où l'on se sent libre. Toutes les fenêtres sont différentes. Quand vous entrez ici, vous vous sentez inspiré. On aimerait installer un centre d'innovation sur deux ou trois étages. Le premier niveau sera consacré au passé, d'où nous venons ; le deuxième au présent, ce qui se passe aujourd'hui ; et le troisième étage parlera du futur tel qu'on l'imagine. Ce centre sera ouvert à tous, enfants, adultes, étudiants qui pourront y venir pour faire des recherches ou assister à des séminaires... Vous pourrez voir, concrètement, ce que ça signifie d'être une nation start-up ! Vous comprendrez comment nous avons commencé et quelles sont les principales conclusions à en tirer. Ne regardez pas la terre, regardez l'homme. Israël n'est pas un pays qui a été bâti grâce à une terre ; c'est un pays qui a été bâti par des hommes à partir de ce qu'ils ont trouvé sur place. Nous avons sans arrêt de nouvelles idées. Tous les pays qui souhaitent travailler avec nous - et ils sont nombreux - sont les bienvenus !



A. M. - Et comment tisser des liens avec les pays de la région ?



S. P. - Ils sont de plus en plus nombreux, au Moyen-Orient, à comprendre qu'ils ont besoin de se rapprocher de nous. S'ils ne veulent pas voir notre drapeau, ce n'est pas grave ; ce qui compte, c'est qu'ils s'intéressent au contenu de nos échanges. Laissez-moi vous raconter une anecdote : il y a quelques mois, nous avions une coopération entre le Technion de Haïfa et une entreprise chinoise pour créer un centre de la connaissance en Chine. Ils m'ont demandé de venir l'inaugurer. Je n'ai pas arrêté de prendre la parole pendant cinq jours. Pour la dernière rencontre, je me suis adressé à un public de 5 000 étudiants. Une charmante jeune fille a levé la main. Elle m'a demandé : « Je vous ai écouté avec attention. Mais, dites-moi, qu'est-ce j'ai à y gagner ? Quel profit puis-je en attendre ? » Je lui ai répondu : « Avant de faire un sort à votre question, il faut d'abord qu'on se mette d'accord sur ce qu'est un profit. Si le profit n'est que de l'argent, je n'ai rien à vous proposer. Mais si je vous dis que vous pouvez construire une ville, où vous vous épanouirez librement, sans avoir peur de rien, sans avoir d'ennemis, considérez-vous qu'il s'agit d'un profit ou non ? Si vous rencontrez un garçon qui n'a pas le sou, et que vous tombez amoureuse de lui, c'est un profit ou une perte ? L'amour qu'il a à vous offrir, comment le voyez-vous ? Et si vous faites un don au lieu d'attendre qu'on vous en fasse un, c'est du profit ou non ? » Les 5 000 étudiants chinois se sont levés et ont applaudi...



 


Notes :