Politique Internationale - La Revue n°151 - PRINTEMPS - 2016

sommaire du n° 151
DETRUIRE DAESH : UNE ANALYSE OPERATIONNELLE
Article de Michel GOYA
Colonel d'infanterie, spécialiste des questions militaires. Auteur, entre autres publications, de :
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Depuis août 2014, les États-Unis sont, une fois de plus, en guerre en Irak, à la tête d'une nouvelle coalition. Comme en 2006-2007, ils y affrontent, aux côtés de l'État irakien, un regroupement de forces rebelles sunnites. Celles-ci sont aujourd'hui réunies sous le chapeau de l'État islamique (1).

 En 2007, grâce à l'emploi de modes opérationnels nouveaux, au renforcement de l'État irakien et de ses forces de sécurité (FSI) et surtout à l'alliance passée avec les tribus et groupes rebelles du mouvement arabe sunnite du Sahwa (Réveil), la victoire était restée aux Américains et à leurs alliés. L'organisation djihadiste avait alors été chassée de Bagdad et marginalisée (2).

L'EI (également désigné par son acronyme arabe Daech) est revenu au premier plan en 2013, plus menaçant que jamais dans un contexte que l'interaction des théâtres de guerre irakien et syrien a rendu encore plus complexe. De son côté, le nouvel engagement de la coalition s'effectue avec des contraintes politiques et militaires fortes, héritées des interventions précédentes. Alors qu'il avait fallu un mois en mars 2003 pour détruire l'armée de Saddam Hussein, l'armée de Daech, elle, demeure toujours aussi puissante après dix-neuf mois d'opérations de la coalition.

Ce blocage s'explique par les limites imposées aux forces internationales et, plus encore, par les faiblesses des adversaires locaux de Daech. Pour entrevoir une nouvelle destruction de cette organisation, il faudra repenser l'allocation et l'emploi des ressources. Il faudra, avant tout, adosser l'action militaire à un projet politique cohérent.

L'armée volante de la coalition

À l'été 2014, après de nombreux atermoiements, les États-Unis finissent par passer à l'action en Irak et en Syrie. Dans les mois précédents - à partir de décembre 2013 et surtout de juin 2014 avec la prise de Mossoul et la progression de l'offensive en direction de Bagdad -, Daech a enregistré plusieurs succès militaires spectaculaires. Le 18 juin, le gouvernement irakien demande l'aide de Washington pour faire face à cette menace et rétablir son autorité sur l'ensemble de son territoire. Excluant toute nouvelle intervention directe au sol, le président Obama accède à cette demande : il engage un dispositif aérien, une force de conseillers techniques et une aide matérielle. Le plan est à double volet : une campagne de frappes visant l'ensemble du système ennemi et un appui à la reconquête du terrain par les troupes gouvernementales irakiennes. Pour soutenir militairement - et, surtout diplomatiquement - les États-Unis dans cette entreprise, une coalition est formée. Elle réunit les principaux pays européens, les monarchies arabes, le Canada et l'Australie. Les forces alliées déployées sont intégrées dans le mode opératoire défini par les Américains, dont les moyens représentent environ 80 % du total de la coalition.

L'action de cette coalition, qui débute véritablement au mois d'août 2014, s'exerce simultanément au profit de l'État irakien et du gouvernement régional kurde (3). Elle s'effectue parallèlement à celle de l'Iran, premier allié de Bagdad (4), et est rendue plus compliquée par la présence simultanée de l'État islamique sur les territoires irakien et syrien - dans ce dernier pays, l'EI est opposé à toutes les forces en présence. Dès septembre 2014, cette situation conduit les États-Unis, suivis par certains autres alliés, à étendre les frappes aériennes au territoire syrien, afin de toucher l'ennemi sur l'ensemble de son dispositif. En Syrie, une partie des moyens américains est également consacrée à la lutte contre l'organisation syrienne Jabhat al-Nosra, ennemie de l'État islamique, mais affiliée à Al-Qaïda. À l'intérieur de ce cadre stratégique, l'action des États-Unis est entravée par plusieurs limitations.

Il est possible d'utiliser une pure campagne de frappes et de raids aéroterrestres pour imposer sa volonté à l'ennemi et négocier avec lui dans des conditions favorables. Israël y est parvenu à plusieurs reprises dans sa confrontation avec des organisations armées périphériques comme le Hezbollah ou le Hamas. C'est également de cette façon que les États-Unis ont obtenu la paix avec l'Armée du Mahdi en 2008 à Bagdad. En revanche, il est pratiquement impossible d'obtenir par ce seul moyen l'effondrement ou la capitulation de l'ennemi.

Dans le cas de la lutte contre l'État islamique, il n'est pas question - du moins pour l'instant - de négocier avec lui, et les moyens engagés sont limités à ceux qui présentent le moins de risques de pertes humaines, à savoir les drones et les avions de combat - donc des appareils qui, en moyenne, n'effectuent qu'une vingtaine de frappes par jour. Comme toutes les autres organisations confrontées à une telle menace aérienne, l'EI a rapidement appris à en réduire l'efficacité par la dispersion ou la dissimulation de ses forces. Il a également appris à en tirer parti dans sa communication. Les images des destructions causées et de la gêne qu'elles imposent à la vie courante ; les pertes civiles engendrées par les frappes aériennes (estimées à ce jour à un millier de morts par l'organisation indépendante Airways (5)) ; la conjonction de ces pertes avec celles provoquées par les forces russes et surtout syriennes : tous ces éléments, que Daech exploite habilement, entretiennent au sein de la population arabe sunnite locale le sentiment d'être assiégée et suscitent des sympathies dans le reste du monde. La coalition revendique l'élimination de trente combattants de Daech chaque jour (chiffre par ailleurs peu vérifiable), mais il est incontestable que cette même action contribue également au processus de recrutement de l'organisation djihadiste.

Le principal intérêt opérationnel des frappes aériennes réside dans l'entrave qu'elles imposent au fonctionnement de l'État islamique, à sa logistique (en particulier à ses échanges de contrebande avec des partenaires situés en territoire turc) et aux déplacements de ses forces, décelables et susceptibles d'être frappées dès lors qu'elles sont relativement importantes. À l'échelon tactique, sur les points de contact au sol, les frappes placent l'EI devant une contradiction : ses hommes doivent simultanément être dispersés pour échapper aux tirs d'avions et de drones, et concentrés pour faire face aux troupes terrestres irakiennes et kurdes. Que l'on privilégie une menace, et l'on devient vulnérable à l'autre. C'est le bon usage de cette contradiction qui a permis, par exemple, aux forces françaises de détruire les bases d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et du Mouvement pour l'unité du jihad en Afrique occidentale (MUJAO) au Mali en 2013.

Les moyens aériens seuls sont cependant, on l'a dit, limités en volume. Il est donc nécessaire d'arbitrer entre deux axes d'effort : dans la profondeur, sur l'ensemble du territoire tenu par l'EI, et en appui rapproché, au contact des forces irakiennes ou kurdes. La grande majorité des moyens aériens engagés par la coalition à ce jour, soit 72 000 sorties et 11 000 frappes (6), a été employée pour appuyer au sol les troupes irakiennes et kurdes. On notera, au passage, que le recours exclusif aux bombardiers et aux chasseurs-bombardiers pour cette mission d'appui n'est pas très efficient : il en coûte environ 150 000 euros de munitions pour chaque combattant de Daech éliminé de cette manière.

Cette action en profondeur sur les flux logistiques et les infrastructures et cet appui rapproché ont permis aux Kurdes et à l'armée irakienne de résister à l'État islamique. En août 2014, les forces du Parti démocratique du Kurdistan (PDK, irakien) en ont bénéficié lors de l'attaque de Daech en direction d'Erbil ; le mois suivant, les avions et les drones de la coalition ont aidé les Kurdes syriens du Parti de l'union démocratique (PYD) à stopper l'offensive de septembre 2014 en direction de Kobane. Mais en mai 2015, cette capacité aérienne d'appui et d'interdiction n'a pas empêché l'EI de s'emparer de Ramadi, capitale de la grande province irakienne d'Anbar - preuve à la fois de la capacité d'adaptation du groupe djihadiste, qui a été capable d'organiser un raid suffisamment souple et rapide pour surprendre la coalition, et de la persistance des faiblesses de l'armée régulière irakienne.

On peut cependant considérer que cette offensive du printemps 2015 sur Ramadi jointe à celle, simultanée, sur Palmyre en Syrie représente le point culminant de l'extension de l'État islamique et la fin de la phase défensive de ses adversaires. Le refoulement de l'EI peut être sérieusement envisagé à partir de ce moment-là. Mais en l'absence d'unités de combat étrangères, la contre-offensive ne peut être effectuée que par des forces terrestres locales ; or si celles-ci sont nombreuses, elles présentent aussi de grandes faiblesses.

Un ennemi secondaire en Syrie

Sur le territoire syrien, l'État islamique fait face à trois adversaires différents.

Dans ce pays, c'est à d'autres mouvements arabes sunnites que Daech a livré ses premiers combats (7). Profitant de son expérience et de la forte présence dans ses rangs d'anciens militaires irakiens, il a assez facilement refoulé les autres groupes arabes de l'Euphrate syrien à partir d'avril 2013, quelques semaines seulement après que ceux-ci eurent pris Raqqa aux forces gouvernementales. Forts de 80 000 à 100 000 combattants sur l'ensemble du territoire, les mouvements rebelles arabes syriens représentent un ensemble extrêmement fragmenté, aux faibles capacités offensives sauf quand ils passent une alliance provisoire, comme ont pu le faire à la fin de 2014 Jabhat al-Nosra et Arhar al-Cham au sein de l'« Armée de la conquête ». Leur effort se porte dans sa quasi-intégralité contre les forces du régime de Bachar el-Assad le long de l'axe de guerre nord-sud qui coupe le pays d'Alep à Deraa. Leur centre de gravité se situe au nord-ouest, dans la province d'Idlib qui représente la moitié de la superficie contrôlée par la rébellion mais n'est que peu en contact avec la zone aux mains de l'État islamique. Cette rébellion affronte donc ponctuellement Daech mais il lui arrive aussi, selon les circonstances, de s'associer avec lui face à ce qu'elle considère comme l'ennemi principal, c'est-à-dire l'armée loyaliste de Damas. Actuellement, aucun groupe rebelle arabe syrien ne constitue, à lui seul, une menace sérieuse pour l'État islamique (8).

Il en va sensiblement de même pour ce qui concerne le régime syrien. À ses yeux, Daech est à la fois un allié de revers contre les autres mouvements sunnites et un argument utile pour se présenter aux yeux du monde comme le « rempart contre le terrorisme ». Le coeur du territoire contrôlé par l'EI étant éloigné de l'axe principal de guerre, l'armée syrienne et ses alliés étrangers n'affrontent Daech que sur quelques points de contact comme dans la région centrale de Hama et de Homs ou encore près d'Alep. Même si une offensive a permis de reprendre Palmyre, lien entre le front principal et l'Euphrate, la destruction de l'État islamique ou, plus simplement, la prise de Raqqa ne constituent pas, pour l'instant, la priorité d'Assad. Les forces russes, quant à elles, ont essentiellement été consacrées à l'appui des opérations terrestres sur la zone principale de guerre mais, pour la première fois de leur histoire, une partie limitée des moyens ont été utilisés dans le cadre d'une campagne aérienne en profondeur contre l'EI, campagne qui s'est superposée à celle de la coalition sans y être intégrée. Le retrait en cours des forces aériennes russes, et en particulier des forces d'appui (hélicoptères et avions d'attaque), risque de fortement handicaper la capacité offensive des forces d'Assad.

Le principal adversaire de Daech en Syrie a longtemps été constitué par le PYD, branche syrienne du Parti des travailleurs kurdes (PKK). Le PYD dispose de sa propre armée, forte semble-t-il de 40 000 hommes, dont au moins 7 à 8 000 permanents : les Unités de protection populaire (Yekîneyên parastina gel, YPG). Contrairement à la rébellion arabe, très divisée, le PYD exerce un quasi-monopole sur les trois districts kurdes situés le long de la frontière avec la Turquie. Il aspire à réunir ces trois zones dans un même ensemble géographique le plus autonome possible. Or cet objectif se heurte directement aux organisations, au premier rang desquelles Daech, qui souhaitent maintenir le lien avec la Turquie, laquelle constitue leur principale source d'approvisionnement. L'État islamique et le PYD - aidé des mouvements kurdes étrangers, des sunnites de l'Armée syrienne libre (ASL) et, à partir de septembre 2014, de la coalition conduite par les États-Unis - se sont donc affrontés pour le contrôle de la zone frontalière. Les combattants des YPG sont les plus motivés des adversaires de l'État islamique. Ils sont parvenus non seulement à résister pendant plusieurs mois aux assauts de Daech dans le district de Kobane mais aussi à contre-attaquer au printemps 2015. En juin, ils se sont emparés de la ville frontalière de Tall Abyad et ont réuni les cantons kurdes de Kobane et de Cizîre, ne laissant à Daech que la région d'Halab, au nord d'Alep, comme zone de contact avec la Turquie. Cette zone est maintenant menacée à son tour par les efforts kurdes visant à réunir les cantons de Kobane et d'Afrin (entre lesquels se trouve Halab). En octobre 2015, plusieurs petites organisations rebelles arabes sunnites et chrétiennes (peut-être 6 000 combattants au total) se sont associées aux YPG pour former le Front démocratique syrien (FDS), officiellement tourné contre Daech.

À l'heure actuelle, personne ne menace la région de Raqqa, capitale politique de l'État islamique, et, avec Deir ez-Zor, base arrière permettant de rayonner dans toute la région. Elle est protégée par sa position géographique au coeur du désert syrien et, surtout, par le fait que sa prise ne constitue une priorité pour aucun des acteurs syriens. Il n'est d'ailleurs pas certain qu'un seul de ces acteurs ait les moyens de déployer les 10 000 hommes qui seraient sans doute nécessaires pour mener à bien une telle opération, sans même évoquer les problèmes que poserait le contrôle de la zone après sa prise. Il est cependant possible d'utiliser les cantons kurdes syriens, par leur proximité avec Raqqa, comme base de la coalition dans la lutte en profondeur contre Daech, notamment pour les actions visant à couper les liens de l'organisation djihadiste avec la Turquie. Il est possible, aussi, de concevoir des actions au sol de la part du FDS dans la région d'Halab, et même en direction de Raqqa : de telles actions pourraient être des opérations secondaires susceptibles de « fixer » une partie des forces de l'EI au moment d'une offensive principale en Irak.

Trois armées irakiennes face à Daech

Même si le projet de l'État islamique dépasse de loin le cadre du Levant et s'il a symboliquement banni les frontières, son centre de gravité se trouve toujours en Irak. L'EI contrôle le Tigre jusqu'à Baiji et l'Euphrate jusqu'à Falloujah incluse, à l'exception de la poche d'Haditha et, désormais, de Ramadi. Le coeur de ce territoire est Mossoul, qui regroupe un quart de la population totale soumise à l'autorité de l'État islamique et constitue son pôle économique principal.

Pour défendre l'ensemble de son territoire, Daech dispose de plusieurs dizaines de milliers d'hommes. Les estimations les plus fiables évoquent 30 000 combattants permanents, dont 40 % d'étrangers à l'Irak et à la Syrie, auxquels il faut ajouter environ 70 000 auxiliaires temporaires des milices locales, de la police (Hisbah) ou des services de renseignement (Moukhabarat), de soutien logistique ou de formation (9). Même si elle possède quelques matériels lourds, il s'agit fondamentalement d'une force d'infanterie équipée de véhicules légers et d'armements soviétiques anciens. En soi, il n'y a là rien de très puissant : ce n'est, par exemple, que l'équivalent d'une très faible fraction des armées de Saddam Hussein que la coalition conduite par les Américains avait détruites en 2003. La différence est que les combattants de l'armée de Daech sont plutôt compétents tactiquement et, surtout, très motivés. Ce dernier point fait toute la différence. En 2003, nous l'avons rappelé, l'armée irakienne n'avait pas pu empêcher les divisions américaines de s'emparer de Bagdad en moins d'un mois depuis le Koweït. Un an plus tard, la prise de la seule ville de Falloujah, tenue par quelques milliers de combattants dont certains appartenaient déjà à l'État islamique (alors baptisé « Unité et Djihad »), légèrement équipés mais extrêmement déterminés, avait nécessité neuf mois d'efforts. L'État islamique, dont les forces sont nécessairement dispersées sur un vaste espace, ne peut guère déployer plus de quelques brigades (une brigade représente environ un millier d'hommes et 150 véhicules) pour défendre une seule ville, et sans doute dix brigades au maximum s'il devait protéger un objectif important comme Mossoul. Trois forces terrestres sont à l'oeuvre contre cette armée.

Au moment de l'évacuation des troupes américaines fin 2011, l'armée irakienne était constituée de treize divisions d'infanterie et d'une division mécanisée, soit environ 210 000 hommes. Cette armée, qui fonctionnait efficacement depuis 2008 en grande partie grâce à l'aide de Washington (soutien logistique, appui-feux, conseillers intégrés jusqu'au niveau des bataillons), a vu ses capacités se dégrader avec le départ de la coalition et à cause des décisions du premier ministre Nouri al-Maliki. Soucieux de préserver son pouvoir personnel d'un possible coup d'État, celui-ci s'est efforcé de disposer d'une force prétorienne (baptisée anti-terroriste), de s'entourer de généraux plus dociles que compétents et d'écarter, sous prétexte de « débaasification », les sunnites de l'ancienne armée de Saddam Hussein (majoritaires dans le corps des officiers, minoritaires dans la troupe) ou des « fils de l'Irak » (force armée alliée aux Américains et issue du mouvement sunnite anti-Daech du « Réveil ») (10).

La prise de Mossoul par Daech en juin 2014 et la disparition, d'un coup, d'un quart des unités de l'armée et de la police ont révélé l'état de faiblesse d'un outil militaire mal commandé et peu motivé. Au mois de janvier 2015, après une épuration du commandement, la dissolution du Bureau du commandant en chef (l'instrument de surveillance politique des unités), la mise en place par la coalition de la Task Force Warrior (4 500 conseillers, dont 3 000 Américains et 300 Français) et la fourniture par les Américains de nouveaux équipements à neuf brigades, on pouvait estimer la capacité de manoeuvre de cette armée irakienne à 48 000 hommes répartis dans quelques divisions vraiment opérationnelles (11). Ces unités, peu nombreuses et constamment engagées, sont démoralisées et se sentent toujours mal soutenues par leur gouvernement. Après avoir été à nouveau surprise et humiliée à Ramadi en mai 2015, l'armée a cependant été capable, avec l'aide américaine, de reprendre cette ville à la fin de l'année. Il a fallu deux mois, d'octobre à fin novembre, pour boucler les alentours de Ramadi, puis deux mois encore, de début décembre 2015 à fin janvier 2016, pour s'en emparer - et cela, avec 10 000 hommes contre quelque 1 000 combattants de l'EI, renforcés ensuite de 700 autres. Si tous les combattants de Daech ont été éliminés, les pertes des FSI se sont élevées à un millier de tués et de blessés.

Pour contrer l'offensive de Daech du printemps 2014, le gouvernement irakien avait surtout fait confiance à la « mobilisation populaire » (Hachd al-Chaabi) qu'avait initiée l'appel à la guerre sainte lancé par le Grand Ayatollah al-Sistani. Cette mobilisation populaire, soutenue par l'Iran via l'organisation al-Qods, branche des Gardiens de la révolution chargée de l'aide aux forces alliées, a finalement regroupé en un seul ensemble les milices des partis chiites comme le corps Badr (20 000 hommes), le Kataib Hezbollah, Asaib Ahl al-Haq et bien d'autres. Ces unités de mobilisation populaire (UMP), disparates et sans cohésion, ont compté jusqu'à 110 000 combattants rétribués par l'État. Les UMP ont, certes, contribué à la défense de Bagdad et à la sécurisation des lieux saints et de la province de Dilayah, au nord-est de la capitale ; mais elles ne disposent guère de capacités offensives. Il a fallu attendre le mois de mars 2015 pour rassembler les 20 000 hommes (plus 4 000 soldats réguliers) et quelques milliers de volontaires sunnites nécessaires à une offensive sur Tikrit, à 200 km au nord de Bagdad. Le résultat fut d'abord un fiasco : au bout de dix jours de combats et face à un ennemi sans doute très inférieur en nombre, l'offensive a été stoppée et le gouvernement irakien a été obligé de faire appel aux Américains. Bien que réticents à appuyer les milices chiites, les États-Unis ont finalement accepté de débloquer la situation en détournant sur Tikrit une grande partie de leurs moyens aériens. Il a fallu ensuite encore cinq semaines pour réduire les dernières poches de résistance : des combattants isolés étaient toujours dissimulés sur les lieux, de même que plusieurs milliers de pièges explosifs. Les deux camps ont déploré plusieurs centaines de morts, peut-être un millier, dans les combats. Pendant toute cette offensive et ses suites, la coopération des milices chiites avec les autres forces irakiennes a été difficile. Les UMP, et surtout le corps Badr qui en formait l'armature, se sont également signalées par leur grande brutalité vis-à-vis de la population sunnite locale.

Troisième acteur militaire sur le terrain irakien : les Peshmergas (combattants) du gouvernement autonome kurde irakien. Ils se composent de trois entités : une force commune de 15 brigades régionales de réserve, soit environ 50 000 hommes ; et les armées des deux partis rivaux, le Parti démocratique kurde (PDK) dirigé par la famille Barzani et l'Union patriotique kurde (UPK) de la famille Talabani, fortes chacune d'environ 25 000 combattants. Ces forces ne sont que rarement permanentes. Elles ont été grandement négligées par le gouvernement kurde commun, alors même que le Kurdistan bénéficiait depuis 2003 de la paix et des ressources du pétrole. L'offensive de Daech d'août 2014 a, de fait, surpris l'armée kurde dans une situation de démobilisation psychologique et matérielle.

Les Peshmergas ont été obligés de faire appel à l'appui aérien des États-Unis et à l'aide matérielle des Occidentaux pour stopper l'attaque des djihadistes de Daech. Après plus d'un an de combat statique, les Kurdes irakiens ont fini, avec l'aide de forces du PYD, du PKK et de la minorité yézidie, par réunir une force d'attaque de 7 500 combattants. Grâce à l'appui des forces aériennes de la coalition, cette force a pu reprendre le terrain perdu dans les monts Sinjar et la ville même de Sinjar que tenaient 700 combattants de Daech. Cette victoire permet aux Kurdes de couper la route 47 qui relie Raqqa à Mossoul et d'isoler les deux zones tenues par l'EI.

Reconquérir le terrain

En l'état actuel des rapports de forces, c'est en Irak seulement que la reconquête du terrain est possible, même si des actions secondaires de fixation en Syrie seront sans doute nécessaires pour y parvenir.

Reprendre le terrain que Daech contrôle encore en Irak et, en particulier, sur le Tigre jusqu'à Mossoul, objectif prioritaire, nécessite de mener à nouveau plusieurs batailles de la même ampleur que celles de Tikrit ou Ramadi. Chacune de ces batailles sur le Tigre (à Baiji et à Assur) exigera donc que l'on réunisse une force d'environ 20 000 hommes - sans doute plus pour Mossoul - et que l'on envisage entre un et deux mois de préparation et de bouclage suivis d'une durée équivalente pour la prise de la ville, au prix de 1 000 ou 2 000 tués ou blessés. Il faudra sans doute des sacrifices équivalents sur l'Euphrate pour s'emparer de Falloujah et de la région de Rawa, près de la frontière syrienne.

C'est donc, si l'on n'assiste pas à un effondrement soudain de l'État islamique du fait d'une perte soudaine d'attractivité, d'une dissolution des allégeances ou encore d'une scission interne, un effort d'au moins un an qui est demandé aux forces irakiennes. Soit sensiblement le délai qu'il avait fallu aux troupes américaines (alors 130 000 hommes et quinze brigades) pour, à partir d'avril 2004, vaincre l'armée du Mahdi à Bagdad et dans les lieux saints chiites, puis pour reprendre le contrôle du Tigre et de l'Euphrate. L'US Army, professionnelle et supérieurement équipée, avait alors déploré environ 1 000 morts pour atteindre cet objectif. Les militaires irakiens paieront à n'en point douter un prix humain bien plus élevé pour obtenir le même résultat.

Telles qu'elles sont organisées actuellement, les forces irakiennes auront beaucoup de mal à fournir cet effort. Les Kurdes n'ont que de faibles capacités offensives et n'ont pas la volonté de se porter en territoire arabe. Ils peuvent aider à maintenir une pression sur l'État islamique à leur frontière, mais guère plus. Les milices chiites des UMP, dont le volume s'est réduit de moitié en un an à cause de leur coût et de leur inefficacité, sont elles aussi parfaitement incapables de réaliser seules une telle opération au coeur des provinces sunnites. Le gouvernement de Bagdad souhaite pourtant toujours les utiliser, en conjonction avec les forces régulières, ce qui ne manque pas de susciter de nombreuses réticences de part et d'autre, voire parfois des accrochages armés. Ce sont ces forces régulières qui auront finalement la plus lourde tâche. Leur capacité à mener des opérations offensives est cependant encore insuffisante et les troupes sont usées.

Après la dissolution de l'armée de Saddam Hussein en 2003 et l'explosion en 2004 de celle formée ensuite par le département d'État, il avait fallu, au prix d'un effort considérable, trois ans pour que la nouvelle armée irakienne soit capable d'organiser des opérations d'envergure. Au rythme actuel de redéveloppement et à la condition d'une volonté forte du gouvernement de Bagdad, on peut envisager que les FSI seront en état, fin 2016-début 2017, de livrer les batailles successives qui seront nécessaires pour reprendre le terrain à l'ennemi. Le problème est qu'il ne s'agit pas là du plus difficile.

Après la reconquête du Tigre et de l'Euphrate, en Irak, il faudra en effet considérer les positions de Daech en Syrie si elles perdurent. Faudra-t-il se contenter de maintenir la pression et de protéger la frontière ? Une expédition irakienne en territoire syrien est-elle envisageable ? Il s'agira surtout, en Irak comme éventuellement en Syrie, de savoir comment contrôler le territoire reconquis.

Contrôler le terrain

L'État islamique n'est pas une armée djihadiste venue du néant. Il renaquit de ses cendres en 2013, bénéficiant du retour à ses côtés de divers alliés, baasistes ou tribaux, qui l'avaient abandonné quelques années plus tôt. Dans la version irakienne du « printemps arabe » et selon des modalités assez proches de ce qui s'était passé en Syrie en 2011, les manifestations initialement pacifiques de la communauté arabe sunnite ont rapidement tourné à l'affrontement violent en réponse à la répression des forces du régime. La différence avec la Syrie réside dans le fait que, en Irak, l'État islamique a réussi à apparaître comme le meilleur rempart contre le régime de Nouri al-Maliki et des partis chiites, et à fédérer la plupart des mécontents arabes sunnites sous sa bannière. La mise en place d'une administration décentralisée et plutôt honnête dans les zones « libérées » a fini de convaincre bon nombre d'acteurs locaux de soutenir ce mouvement pourtant souvent très éloigné de leur vision du monde. De fait - et la difficulté de trouver dans cette communauté des volontaires pour combattre Daech en témoigne -, l'organisation djihadiste apparaît désormais comme le meilleur défenseur des Arabes sunnites assiégés par des puissances hostiles.

Une proportion significative des Arabes sunnites irakiens n'adhèrent pas nécessairement au projet de Califat indépendant et à cheval sur les territoires actuels de la Syrie et de l'Irak cher à Daech ; mais ils adhèrent sans doute encore moins à celui d'un retour à la situation d'avant 2013. Autrement dit, si la conquête des territoires actuellement tenus en Irak par l'EI est possible (au prix, on l'a dit, de grands efforts), leur contrôle par des forces de sécurité et, pis encore, par des milices, toutes presque entièrement chiites, ne mettrait certainement pas fin à la guerre. Dans une telle configuration, l'État islamique, qui pourrait éventuellement bénéficier d'une base arrière en Syrie comme ce fut le cas du temps de la présence américaine, passerait simplement à la clandestinité et à la guérilla. Lors de cette même présence américaine, les mouvements rebelles oscillaient entre contrôle (plus ou moins ouvert) des villes lorsque les forces de sécurité irakiennes et/ou américaines étaient faibles, et guérilla clandestine lorsque celles-ci revenaient en nombre. Jusqu'au basculement opérationnel puis politique de 2007, dit du Surge (un renforcement massif des forces qui a facilité le retournement et l'alliance avec des mouvements arabes sunnites), les Américains étaient condamnés à un combat de Sisyphe, reprenant sans cesse des zones qu'ils ne pouvaient tenir.

Contrôler militairement les provinces sunnites irakiennes après leur reconquête nécessiterait donc, si l'on s'appuie sur les abaques habituels (1 militaire ou policier pour 20 à 40 habitants selon le degré d'hostilité de la zone), une présence permanente d'au moins 100 000 hommes soumis à une guérilla constante. Cette guérilla sera menée par Daech mais aussi, la clandestinité entraînant une fragmentation, par bon nombre d'autres mouvements locaux, anciens ou nouveaux. On ne peut exclure, à cette occasion, l'apparition d'une nouvelle tendance et d'un nouveau projet qui pourrait même supplanter celui de l'État islamique. L'attitude qu'auront vis-à-vis de la population les « libérateurs » - qui apparaîtront comme des forces d'occupation - sera également un facteur important dans le niveau de violence qui régnera alors dans les provinces sunnites.

L'État irakien dispose-t-il, quantitativement et qualitativement, d'une telle force de maintien de l'ordre ? Assurément non, en l'état actuel des choses. La constitution de ces structures sera, là encore, une oeuvre de longue haleine... et ne suffira sans doute pas à assurer la paix. En l'absence de réels changements politiques en Irak, qui prendraient en compte les aspirations des Arabes sunnites, et sans une transformation de la gouvernance dans le pays, on ne voit pas très bien comment cette paix pourrait survenir. Le remplacement de Nouri al-Maliki par Haydar al-Abadi, en septembre 2014, n'a pour l'instant guère changé la donne à cet égard.

Quel rôle pour la coalition ?

La victoire contre Daech, répétons-le, ne peut être sérieusement envisagée sans un projet politique cohérent qui inciterait les Arabes sunnites à préférer l'État irakien à l'État islamique. Le centre de gravité de la guerre se trouve donc surtout à Bagdad. Sera-t-il possible de modifier profondément la politique conduite par les autorités irakiennes ? Une pression internationale forte sera sans doute nécessaire pour y parvenir. Et pour que cette pression porte ses fruits, il faudra que l'Iran y contribue, ce qui suppose que celui-ci y trouve un intérêt ou des compensations.

Dans ce contexte, outre l'action politique et diplomatique, le rôle militaire des nations de la coalition peut évoluer selon trois axes pour accélérer le processus de reconquête et permettre de surmonter les blocages tactiques éventuels.

Premier axe : l'action en profondeur sur l'ensemble du « système Daech » (flux économiques, approvisionnements, déplacements, concentrations de forces) et l'appui aux forces terrestres locales peuvent être rendus plus efficaces par l'adjonction de moyens de frappe nouveaux comme les hélicoptères et les avions d'attaque ainsi que l'infanterie légère, les blindés ou l'artillerie. Il ne s'agirait pas de conquérir le terrain à la place des forces irakiennes mais, à la manière des actions menées par les forces françaises engagées au Sahel dans le cadre de l'opération Barkhane, d'augmenter et de diversifier les attaques à partir de bases situées dans les zones kurdes ou dans le désert jordanien ou irakien, comme celle d'Aïn al-Asad, au coeur de l'Anbar. Au prix de risques humains supérieurs, on pourrait ainsi sortir des limites du tout aérien pour une plus grande efficacité. L'engagement d'avions d'attaque américains de type A-10 depuis la base turque d'Incirlik, voire de vieux OV-10 Bronco, et l'extension des missions des forces spéciales vont dans ce sens.

Le deuxième axe d'effort possible est l'accélération du développement de la masse de manoeuvre de l'armée irakienne par un financement et une aide matérielle accrus. La force de cette masse de manoeuvre peut être grandement augmentée par l'injection de forces alliées selon différents modes : logistique, appui-feux et conseil-coordination. On retrouverait ainsi le modèle de la force irakienne de l'époque de la présence américaine, modèle relativement efficace mais qui déplaisait alors fortement au gouvernement de Bagdad (car celui-ci avait le sentiment que cette armée était plus loyale aux Américains qu'à lui-même). Il en avait été de même des 100 000 miliciens « fils de l'Irak », à 80 % sunnites, payés par les Américains et qui avaient été licenciés après le retrait de ces derniers. Ce groupe ayant été dissous et même réprimé par le gouvernement irakien, la coalition a désormais le plus grand mal à reproduire la formule de cette armée parallèle, qui avait pourtant été l'une des clés de la victoire contre l'État islamique en 2007. Le gouvernement irakien a, de son côté, toujours préféré les forces qu'il pouvait contrôler, via le ministère de l'Intérieur ou les milices des partis chiites. Autrement dit, il a sans cesse privilégié sa propre sécurité au détriment de celle de la nation.

Le troisième niveau est celui des unités de combat. Il est évident que l'engagement d'une force mécanisée du niveau minimum de la brigade, comme celle de l'opération Serval au Mali en 2013, jusqu'à celui de la division agissant en « fer de lance » faciliterait considérablement les opérations de reconquête et permettrait sans doute de reprendre Mossoul avant la fin de l'année 2016.

Ces différents modes d'engagement, complémentaires des modes actuels, seront dans tous les cas à reconsidérer une fois la mission de reconquête terminée. Ils supposent tous l'acceptation de pertes humaines et, pour l'État irakien, voire la société irakienne, l'assentiment à ce qui peut apparaître comme une nouvelle intrusion étrangère. Constatons que, pour l'instant, personne n'y semble prêt, en Irak comme au sein de la coalition. La France, qui a subi des coups importants de la part de Daech et qui, à la différence des États-Unis, n'a pas à composer avec le passif de l'occupation de l'Irak, ni avec la nécessité d'un vote parlementaire pour engager ses forces terrestres, aurait pu décider d'étendre son champ d'action militaire. Elle a finalement choisi de ne pas prendre plus de risques.

En dehors d'une rupture stratégique toujours possible, le scénario le plus probable est, par conséquent, celui d'une poursuite des opérations actuelles avec une lente progression des forces irakiennes, pour autant qu'elles seront appuyées par la coalition, et leur enlisement dans un long combat de contre-guérilla. On peut même envisager, pour peu que l'Irak échoue à se transformer politiquement, l'établissement d'un statu quo et la création de fait d'un « Sunnistan ». Daech continuerait alors d'exister, peut-être sous un nouveau nom, fluctuant plus ou moins dans son espace actuel et finissant par organiser le « djihad dans un seul pays ». Ce ne serait que le dernier d'une longue série de régimes jugés intolérables et avec lesquels il a fallu pourtant vivre.

 


Notes :


(1) L'État islamique est le dernier avatar en date de l'organisation que le terroriste jordanien Abou Moussab al-Zarquaoui a fondée en 1999 sous le nom d'« Unicité et Djihad » et qui était devenue « Al-Qaïda en Irak » en 2004 puis « État islamique en Irak » en 2006 et « État islamique en Irak et au Levant » en 2013, avant de prendre son nom actuel en 2014.

(2) Pour une analyse militaire de l'ensemble du conflit en Irak de 2003 à 2008, voir Michel Goya, Irak : les armées du chaos, Economica, 2e ed, 2009. Sur la stabilisation de la ville de Bagdad de 2006 à 2008 : http://www.cdef.terre.defense.gouv.fr/precedentes-parutions/la-stabilisation-d-une-megapole-bagdad-2006-2008

(3) Le gouvernement régional du Kurdistan est une entité politique autonome du nord de l'Irak, existant de fait depuis 1991 et reconnue en droit par la Constitution de l'Irak de 2005.

(4) Depuis la normalisation des relations bilatérales entre les deux pays en 2003, l'Iran est le premier partenaire économique de l'Irak. Il exerce une influence politique par le biais des partis et des dirigeants chiites au pouvoir à Bagdad et qu'il a hébergés pendant la période baasiste. Il est présent militairement avec l'organisation al-Qods des Gardiens de la révolution qui fournit aide et conseils aux principales milices chiites.

(5) http://airwars.org/

(6) Les chiffres relatifs à l'emploi des moyens aériens par la coalition sont issus du rapport régulier et officiel de l'opération « Détermination absolue » : http://www.defense.gov/News/Special-Reports/0814_Inherent-Resolve

(7) La ville de Raqqa a été prise en mars 2013 aux forces loyalistes syriennes par une coalition formée par l'Armée syrienne libre, Jabhat al-Nosra (Al-Qaïda) et le groupe salafiste Ahrar al-Cham. Ces groupes ont à leur tour été chassés définitivement de la ville par l'État islamique en juin 2013.

(8) Pour une analyse militaire du conflit syrien, voir Michel Goya, Levant violent : une brève histoire militaire de la guerre en Syrie et en Irak (2011-2016), Format Kindle, 2016. Voir également, Nicolas Hénin, Jihad Academy, Le Livre de Poche, 2016.

(9) Comptes rendus de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. Débat en séance publique sur la prolongation de l'opération Chammal en Irak - audition du général de corps d'armée Didier Castres, sous-chef d'état-major Opérations, 17 décembre 2014.

(10) Sur la politique irakienne et ses conséquences sur le développement de l'État islamique, voir Myriam Benraad, Irak, la revanche de l'histoire : de l'occupation étrangère à l'État islamique, Vendémiaire, 2015 ; Pierre-Jean Luizard, Le Piège Daech, La Découverte, 2015 ; David Killcullen, Blood Year, C. Hurst & Co Publishers Ltd, 2016.

(11) Sur les forces de sécurité irakiennes et les unités de mobilisation populaire, voir Michael Knights, The Long Haul, Rebooting US Security Cooperation in Iraq, The Washington Institute for Near East Policy, 2015.