Politique Internationale - La Revue n°145 - HIVER - 2014

sommaire du n° 145
ALGERIE:L'IMPOSSIBLE RELEVE
Article de José GARCON
Journaliste au quotidien Libération.
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Immobilisme, voire fossilisation de la scène politique ; vide politique sidéral ; aggravation des luttes sempiternelles et toujours plus opaques au sommet de l'État... Plus que jamais, le statu quo domine en Algérie. C'est une exception dans une région en plein bouleversement. Alger semble très loin de l'effroyable guerre civile qui dévaste la Syrie ; du chaos qui prévaut dans une Libye où l'État central est impuissant à endiguer les affrontements de milices rivales surarmées ; et de l'offensive, en Irak, des djihadistes de l'État islamique (EI). Moins rassurant, en revanche, pour l'avenir de cette Algérie qui s'est forgée une image de « république-nationaliste-et-militaire-solide-et-prospère » : son évolution est aux antipodes de celle de la « petite » Tunisie voisine, premier et seul pays à avoir fait chuter un dictateur sans retomber dans l'anarchie, la guerre ou l'autoritarisme et qui avance très lentement mais sûrement vers l'édification d'un État pluraliste.

La campagne qui a abouti à la réélection, le 17 avril 2014 (1), d'Abdelaziz Bouteflika restera dans les annales politiques comme l'illustration la plus caricaturale de cette stagnation. Jamais jusqu'ici, même du temps des gérontes de l'ex-URSS, on n'avait vu un mort-vivant ambitionner, à 77 ans, de se succéder à lui-même pour la quatrième fois après avoir été victime d'un accident vasculaire cérébral. Jamais on n'avait imaginé que Bouteflika, qui n'entend visiblement abandonner le pouvoir qu'en quittant la vie, pourrait être un candidat fantôme déléguant à d'autres le soin de faire campagne à sa place. Nul ne s'attendait non plus à le voir prêter serment, l'air hagard, en chaise roulante, lisant seulement la première des douze pages de son discours d'une voix cassée, quasiment inaudible. C'est pourtant ce qui s'est passé, dans un silence international assourdissant (2) dicté par les impératifs de la realpolitik (3). Avant que le rideau ne retombe sur une scène politique totalement figée et sur des candidats-lièvres qui, présidentielle après présidentielle, servent à crédibiliser un vote joué d'avance.

Du soulèvement de l'espoir à la guerre fratricide

Aussi apparent soit-il, ce calme - qualifié d'« exception algérienne » par les autorités et présenté comme preuve irréfutable de « stabilité » - est un cas d'école s'agissant d'un pays où une grande partie de la société se trouve en rupture totale avec le système. On n'y compte plus les grèves de la faim, immolations, manifestations, affrontements avec la police, jacqueries localisées et caillassages des sièges des administrations comme si celles-ci symbolisaient l'autisme auquel se heurtent toutes les revendications...

On conçoit dès lors difficilement que rien ne bouge dans cette Algérie où le mécontentement populaire est si profond qu'une étincelle peut tout enflammer. Le pays concentre, en effet, tous les ingrédients d'une explosion sociale incontrôlable : autoritarisme, immenses disparités de revenus, chômage massif (4), manque de quelque cinq millions de logements, système éducatif en lambeaux, misère des laissés-pour-compte (5) qui voient de nouveaux nababs exhiber avec arrogance leurs fortunes mal acquises, corruption endémique (6) qui permet de neutraliser les concurrents, de discréditer les adversaires et de fragmenter l'élite politique, exaspération et frustration d'une jeunesse sans perspective qui crève d'ennui et dont des pans entiers n'imaginent l'avenir que dans l'immigration (selon le think tank américain Pew Research Center, qui se base sur les données de l'Office de la migration internationale des Nations unies, 840 000 Algériens ont quitté leur pays depuis 1999, sous les présidences d'Abdelaziz Bouteflika, contre 110 000 dans la décennie 1990 où les violences étaient pourtant généralisées. L'Algérie aurait ainsi perdu une grande partie des cadres formés dans ses universités au cours des décennies 1970 et 1980)... Une désespérance et un mal de vivre qui poussent des milliers de jeunes, les harragas - littéralement ceux « qui brûlent » (leur vie, leurs papiers, les frontières) -, à tenter de rejoindre les côtes européennes à bord d'embarcations de fortune surchargées. Combien de ces hommes âgés pour la plupart de 18 à 30 ans sont-ils partis ? Combien ont disparu en mer ? Personne n'a réellement envie de connaître ces chiffres (7). Ça tombe bien : ils n'existent pas. On sait seulement qu'ils ne cessent d'augmenter depuis 2005, quand cette émigration clandestine a commencé à prendre de l'ampleur. « Le harrag est en train de devenir un archétype d'une partie de notre jeunesse », remarquait alors le sociologue Mohammed Kouidri. « Au début, on pensait que c'était la misère qui les poussait à partir ; en réalité, c'est surtout le rêve d'une autre vie. »

On ne peut vraiment comprendre que cette « démocrature » soit restée à l'écart des révoltes arabes sans remonter à un fol espoir noyé dans le sang et au traumatisme qui s'est ensuivi. En octobre 1988, de grandes émeutes ébranlent tout le pays au rythme de slogans refusant l'asservissement : « Algérie libre et démocratique », « Nous sommes des hommes, nous sommes des hommes ! » Malgré leur terrible bilan - 500 à 800 morts après que l'armée a tiré pour la première fois sur la foule -, ce soulèvement est celui de l'espoir. La révolte contraint le pouvoir à lâcher du lest. Marquant la fin du parti unique, elle donne naissance au pluralisme politique et aux réformes entamées par le chef du gouvernement de l'époque, Mouloud Hamrouche.

Mais l'ouverture démocratique fait long feu. En janvier 1992, les généraux utilisent habilement la « menace islamiste » pour siffler la fin de la partie. Obligeant le président Chadli Bendjedid à démissionner, ils annulent le premier scrutin législatif pluraliste de l'histoire du pays remporté par les islamistes du Front islamique du salut (FIS). Une décennie de guerre commence. Les civils en paient le prix fort, otages des exactions des islamistes armés et de celles, aussi féroces et massives, des forces de sécurité. « Seule une politique de terreur a pu mettre fin à la contestation », résume le chercheur Luis Martinez.

Immense méfiance à l'égard des transitions violentes

200 000 morts et 10 000 disparus plus tard, l'espoir n'est plus. Bien sûr, la société est plus ouverte que jamais grâce aux réseaux sociaux et aux TV arabes. Des îlots de résistance existent partout et se développent : syndicats autonomes et comités de chômeurs - les bêtes noires du régime qui tente de mettre au pas les premiers par des licenciements -, lieux alternatifs dans des appartements privés, associations culturelles, unions de jeunes artistes... Tous tentent de se réapproprier la parole et un espace public cadenassé, de créer des lieux d'échange où soient enfin abordés les non-dits et les tabous qui asphyxient la société, à commencer par la mémoire de la sanglante décennie 1990 dont l'histoire n'est pas encore écrite mais que cette génération ose désormais aborder. On assiste à une sorte d'ébullition créatrice qui tâte le terrain... avec prudence. Dix-neuf ans d'état d'urgence ont cassé les mécanismes de contestation et exclu ou marginalisé tous les partis et personnalités jugés peu fiables car authentiquement réfractaires. Ces années ont fragmenté une société dont le régime a exploité toutes les tensions ethniques ou tribales, tous les clivages, pour dresser les Algériens les uns contre les autres : Arabes/Kabyles ; Arabes/Mozabites dans la vallée du M'Zab ; arabisants/francophones ; islamistes/« démocrates »... Même les bidonvillois n'y échappent pas. « Avant, raconte l'un d'eux, on faisait des émeutes contre le régime. Maintenant, c'est entre nous. Ils nous ont jetés ici en disant : "Mangez-vous les uns les autres." C'est ce qui se passe » (8).

Surtout, la population, traumatisée par cette sale guerre, aspire à la tranquillité. Elle nourrit une immense méfiance à l'égard des changements violents. La mémoire de cette décennie meurtrière inhibe toute velléité de transition « révolutionnaire ». Le chaos et l'anarchie qui règnent en Libye, en Syrie et en Irak confortent encore sa défiance et son appréhension à l'égard d'un retour aux années terroristes et à l'islamisme politique. « Plus de ça chez nous », entend-on partout. Conséquence : nombreux sont ceux qui refusent toute idée d'ouverture du système politique ou de transition si celle-ci doit remettre les islamistes sur le devant de la scène.

« Nous ou le chaos »

Le régime use et abuse de cet attachement à la stabilité et à la paix. Les révoltes arabes ont ressuscité la grande peur qui l'habite depuis 1988 : celle de la rue. Il est tétanisé à l'idée que la soif de liberté des Algériens ne débouche, un jour, sur un processus violent incontrôlable dont le slogan serait « Bouteflika, Toufik, DRS... Dégagez tous ! » (9). Il se présente dès lors - vieille rengaine - comme l'unique garant de la stabilité, répétant sans cesse : « C'est nous ou le chaos. » À charge pour la télévision nationale de diffuser quasiment en boucle, comme durant la dernière campagne présidentielle, des clips montrant des affrontements sanglants en Syrie et en Libye. Ce matraquage médiatique contribue à créer et à alimenter ce qui ressemble à une paranoïa collective. Celle-ci assimile les révoltés arabes à des « agents occidentaux travaillant à la déstabilisation » de la région en général et de l'Algérie en particulier.

Les interventions franco-britannique contre Kadhafi en Libye puis française au Mali n'ont fait que renforcer cette « complotite » aiguë qui part d'une réalité - l'instabilité régionale et le chaos libyen aux frontières - mais fait abstraction d'une autre évidence : l'Algérie n'est pas en reste de moyens militaires pour sécuriser son territoire (10). Là aussi, le régime dramatise à souhait la menace régionale pour chatouiller un nationalisme ombrageux. Objectif : apparaître comme un moindre mal et présenter l'armée comme le seul rempart capable de défendre la souveraineté nationale et la sécurité.

Le récit d'une Algérie qui serait la cible ultime de complots machiavéliques visant à la faire sombrer dans le giron des organisateurs des révoltes arabes remporte un succès indéniable. Ce discours sur le « complot » s'est répandu dans la société comme une traînée de poudre. Avec son corollaire non dit : la nécessité de faire corps, en dernier ressort, avec les autorités contre toute « ingérence extérieure ». Du coup, l'idée que tout changement, voire toute manifestation publique engendre l'instabilité tend à s'imposer...

L'exploitation de la violence des révoltes arabes, du sentiment national et de la peur de l'ingérence étrangère alimentée par les « menées impérialistes » américaines ou françaises dans le monde arabe et en Afrique contribue largement au statu quo. D'autant qu'elle s'ajoute à la lassitude et au dégoût de la population pour la chose politique et à la suspicion qu'elle nourrit à l'égard des mouvements et des appels à manifester surgis de nulle part. « Résultat de l'étouffement de la vie politique et des manipulations permanentes, les Algériens ne se reconnaissent plus en qui que ce soit et ne reprennent aucun mot d'ordre, quelle que soit son origine. La perte de confiance est totale et irrémédiable », résume l'économiste Omar Benderra (11).

« La rente pour compenser l'épuisement de la légitimité révolutionnaire »

En plein « printemps arabe », la volonté de ne plus retomber dans un processus de violence n'aurait toutefois pas suffi à apaiser le trop-plein de colère et de frustrations. Le régime l'a immédiatement compris. Il s'est lancé dans la distribution généralisée de la rente pétrolière et gazière. Une dotation plus « ciblée » a, en outre, permis de « coopter personnes et groupes : patrons, partis politiques, syndicats, chefs locaux », souligne la politologue Louisa Dris-Aït Hamadouche (12). Rassuré par ses 200 milliards de dollars (13) de réserves de change, persuadé qu'il dispose encore de gisements de gaz et de pétrole inconnus et croyant dur comme fer aux estimations qui font de l'Algérie un futur géant du gaz de schiste, le régime dépense donc sans compter pour se surarmer comme jamais, mais aussi pour tenter d'élargir sa base populaire et assurer des prébendes à ses clientèles (14). Et calmer les esprits.

La rente pétrolière sert non pas à investir dans des secteurs créateurs d'emplois et à valeur ajoutée dans ce pays qui importe tout ce qu'il consomme (15), mais à acheter la paix sociale en finançant des subventions, des milliers de logements sociaux, des augmentations de pensions et de salaires dans la fonction publique - parfois doublés - et des prêts à taux zéro accordés aux jeunes chômeurs (16). Théoriquement, ces crédits sont destinés à la création de micro-entreprises et devront être remboursés. En réalité, ils servent souvent à l'achat de voitures et d'autres biens de consommation ou d'un... visa pour l'Europe ou le Canada, et sont rarement remboursés ! À charge pour un fonds de garantie de dédommager les banques...

Bien sûr, tous les économistes mettent en garde : l'État doit cesser d'hypothéquer l'avenir. Il suffirait d'une diminution des ressources tirées des hydrocarbures - l'exportation quasi exclusive du pays - pour que cette fausse paix sociale vole en éclats. Or l'optimisme n'est pas de mise en la matière (17). Par surcroît, « le régime va devoir redistribuer toujours plus et à plus de monde, constate le site Maghreb Émergent (18) dans un article au titre choc - « La légitimité de la rente pour compenser l'épuisement de la légitimité révolutionnaire » - mais justifié compte tenu du gouffre abyssal séparant les Algériens de leurs dirigeants qui, plus de cinquante ans après l'indépendance, continuent à se revendiquer les fils de la glorieuse guerre de libération. « Cette redistribution ne changera rien au rejet du régime par la société, poursuit Maghreb Émergent. Les Algériens prennent le bout de rente qu'on leur reverse parce qu'ils estiment que c'est un dû et que les gouvernants détournent des milliards sans se gêner ni même s'en cacher. Pour autant, ils haïssent ce "système" qui piétine leur dignité (...). La redistribution ne pourra, en outre, qu'être de plus en plus limitée en raison de la réduction des revenus de l'État, de la pression démographique et de l'arrivée sur le marché du travail de centaines de milliers de jeunes diplômés. »

Qui parle au nom de Bouteflika ?

Le pouvoir n'ignore rien de cette dichotomie entre l'Algérie officielle et l'Algérie réelle. Mais, obsédé par la seule volonté de durer, il ne semble à l'écoute que de lui-même. Et de ses conflits et autres règlements de comptes internes. Si leur virulence n'a d'égales que leur opacité et leur permanence, une chose est sûre : la réélection de Bouteflika n'a rien réglé. Les premiers mois de son quatrième mandat ont même donné une dimension ubuesque à la sempiternelle question « qui dirige en Algérie ? ». Avec l'absence totale du chef de l'État de la scène politique, on ne sait même plus qui prend les décisions qui lui sont prêtées, autrement dit qui parle en son nom. Selon l'expression consacrée, c'est le « clan présidentiel » qui exerce le pouvoir - c'est-à-dire la famille et les proches du président, ainsi que l'état-major de l'armée. Ou plutôt, ce qui n'est pas exactement la même chose, le chef de cet état-major, le général Gaïd Salah.

Qui a voulu, par exemple, le bannissement brutal d'Abdelaziz Belkhadem, l'ex-patron du FLN ? Attribuée au chef de l'État, dont Belkhadem fut pourtant très proche, cette décision demeure inexpliquée. Si ce n'est par la rumeur qui lui prête, entre autres turpitudes, une rencontre avec des personnalités... marocaines. Il aurait, aussi, fortement irrité le frère du président, Saïd (19), par des déclarations publiques où il évoquait l'après-Bouteflika et se présentait comme le dauphin du chef de l'État. Un mystère similaire plane sur le limogeage spectaculaire, au coeur de l'été, d'Abdelhamid Zerguine, le patron de l'État dans l'État qu'est la Sonatrach, la compagnie nationale des hydrocarbures. Certains journaux y voient une connexion entre l'inévitable « Monsieur Frère » et les « milieux d'affaires »... « Les institutions formelles ne servent que d'apparat et ne sont pas des lieux de pouvoir. Mais on peut se demander désormais si les lieux du "pouvoir réel" (dont la présidence, ndlr) sont en mesure de continuer à faire fonctionner une machine qui coince de toutes parts », commente Le Quotidien d'Oran (20).

Officiellement, on soutient qu'il n'y a aucune raison de s'interroger sur cette gestion par procuration. « Le premier ministre Abdelmalek Sellal applique les directives du président et le gouvernement gouverne », répète inlassablement Alger. Ce « circulez, il n'y a rien à voir » cache cependant une évolution majeure au sein du système : le statu quo des différents centres de pouvoir, jusqu'ici immuable, touche à sa fin. Cette évolution génère non seulement la paralysie du système mais aussi des conflits internes qui approchent dangereusement d'un point de non-retour.

On l'a vu avec l'affrontement inédit qui, par médias interposés, a opposé en septembre 2013, quelques mois avant la réélection de Bouteflika, d'un côté l'état-major de l'armée et le clan présidentiel, de l'autre le DRS et son chef, le général Toufik Mediène. Considéré comme une « créature » du chef de l'État, le patron du FLN, Amar Saadani, s'en prenait alors violemment et publiquement à l'indéboulonnable général Mediène. Du jamais vu dans ce pays où, des années durant, on n'avait prononcé son nom qu'à voix basse !

Rupture du consensus au sommet de l'État

Le feu couvait depuis longtemps. La publication d'enquêtes diligentées par les « services » avait mis en cause, sous couvert de lutte anti-corruption, la garde rapprochée du président - son frère Saïd et Chekib Khellil, l'ancien patron de la Sonatrach -, accusée de malversations dans la passation de grands marchés publics, à commencer par celui de la fameuse autoroute Est-Ouest (21). Ces antagonismes se sont exacerbés après le dénouement sanglant de l'attaque du site gazier de Tiguentourine (22) par un groupe terroriste le 16 janvier 2013. Le chef d'état-major Gaïd Salah a rendu le DRS responsable de ce fiasco et lui a reproché de ne pas avoir anticipé les mouvements des groupes terroristes. Selon Habib Souaïdia, un ex-officier des Forces spéciales, les militaires ont été brutalement écartés des opérations et c'est un général des « services », Athmane Tartag (23), qui aurait décidé, contre l'avis des généraux de l'armée, de tirer des missiles contre les assaillants à partir des hélicoptères du DRS (24). Des services de sécurité occidentaux confirment l'exaspération des militaires algériens face à la faillite du renseignement d'un DRS qui ne se prive pourtant pas d'infiltrer les groupes terroristes. Le fait que l'Algérie ait été montrée du doigt sur la scène internationale pour ses liens très ambigus avec les groupes djihadistes au Nord-Mali n'a de toute évidence pas arrangé les choses.

Qu'en est-il des rapports de force au sein des organigrammes militaro-sécuritaires après ce bras de fer ? Ils demeurent aussi incertains que les tenants et aboutissants de cette poussée de fièvre à la veille de l'élection présidentielle. Et il ne saurait en être autrement dans un pays où la rumeur et l'« intox » sont un mode de gouvernance, où les situations ne se déclinent jamais en blanc et noir (25) et où les renversements d'alliances sont monnaie courante. Mais que le général Toufik ait été ou non opposé à un quatrième mandat de Bouteflika, qu'il soit ou non sorti affaibli de cet épisode - il se murmure que plusieurs directions du DRS vont être rattachées à la présidence - ou que l'état-major et les commandants de régions militaires, exaspérés par la puissance des « services », cherchent à recouvrer leurs prérogatives, une chose est sûre : la reconduction d'un Bouteflika exsangue faute de mieux et surtout faute d'accord entre les différents pôles du pouvoir ne constitue qu'une trêve obligée. Car cette guerre ouverte au sommet menaçait de tout emporter sur son passage...

Pour autant, l'avis de tempête demeure. Rien n'est résolu : ni la succession présidentielle ; ni les questions de la création d'un poste de vice-président ou de la révision constitutionnelle ; ni celle des indispensables réformes ; ni les défis économiques à court et long terme. Ni, surtout, la délicate répartition des prérogatives entre les trois pôles du pouvoir dont les lignes et les alliances bougent sans cesse : présidence, état-major de l'armée et DRS. Or la vraie raison de ce bras de fer était - et demeure - le partage de la rente et l'organisation du pouvoir dans l'après-Bouteflika. La plupart des observateurs estiment en effet que la santé de ce président fantôme (qui se serait encore dégradée en ce début d'automne) ne lui permettra pas d'achever son mandat.

Des septuagénaires au bout de leur temps

Dès lors, les trois grands acteurs du système, tous septuagénaires, tous au bout de leur temps, savent que dans cet entre-deux se jouent les intérêts des uns et la survie des autres... et de leurs enfants. « Ces messieurs ont vieilli, raille l'écrivain Boualem Sansal. Mais leurs enfants sont là : beaux, brillants, polyglottes, efficaces comme des managers de multinationales, ils trafiquent avec le monde entier, (...) on travaille en confiance avec eux (...). L'argent, ils le gagnent là mais le dépensent en Occident où la démocratie sait protéger les riches et les voleurs (...). Pour eux, le pays de papa n'est qu'une planche à billets » (26). Le clan Bouteflika sait qu'il a beaucoup à perdre : en trois mandats, il a réussi à asseoir, puis à élargir son pouvoir dans l'armée, au gré des mises à la retraite des puissants chefs militaires (27). Il a, aussi, pénétré la société avec la création de groupes très influents qui ont construit des fortunes dans ce qui est devenu la norme : l'économie informelle. Du coup, Bouteflika bataille afin d'obtenir des garanties d'impunité pour sa famille, particulièrement pour son frère Saïd ; et son entourage lutte pour préserver ses prébendes. Le général Gaïd Salah refuse quant à lui de partir seul... ou le premier. Le patron du DRS, Toufik Mediène, a lui aussi dépassé l'âge de la retraite. Mais, dernier en poste des janviéristes - ces généraux qui, en janvier 1992, ont annulé le processus électoral, faisant sombrer l'Algérie dans dix ans d'affrontements fratricides -, il n'a aucune intention de porter un jour un éventuel chapeau pour les exactions commises durant la décennie noire.

Le problème, c'est que le système a perdu sa capacité de générer des consensus entre ses différents pôles. Complexité supplémentaire : les centres de pouvoir sont aujourd'hui très fragmentés. Le commandement militaire comme le DRS ne sont plus des blocs homogènes soudés autour de puissants généraux. Les rivalités, que le vide du pouvoir exacerbe lors de la prise de décisions, peuvent s'exprimer au sein d'une même institution, mais aussi entre deux appareils (une fraction du DRS peut s'opposer à l'état-major et vice versa). Le règne de l'argent facile et roi a largement contribué à cet émiettement : il a généré un bataillon d'hommes d'affaires (28) qui se sont enrichis dans les produits finis ou en jouant les prête-noms pour certaines transactions troubles des « décideurs ». Si leur survie dépend du bon vouloir du prince, ils pèsent désormais aussi, même à la marge, sur les décisions.

Le procès de l'ex-milliardaire Rafik Abdelmoumène Khalifa en juin dernier devant le tribunal de Nanterre aura fourni un raccourci saisissant d'un système de corruption qui mêle réseaux clientélistes et mafieux. Incarcéré dans son pays, cet homme d'affaires avait exhibé à 35 ans, à la fin des années 1990, ce qu'il aimait appeler « le premier empire privé d'Algérie ». Une fortune gigantesque bâtie autour d'une compagnie aérienne, d'une banque, d'une chaîne de télévision, de la location de voitures de luxe... Cette success story sortie de nulle part était la plus séduisante vitrine dont pouvait rêver un régime soucieux de redorer son blason terni par les accusations d'exactions commises pendant la guerre civile. Khalifa brassa des milliards, noya d'innombrables invités sous le champagne lors de fêtes somptueuses organisées pendant le festival de Cannes, déboursa en deux temps trois mouvements 37 millions d'euros pour acquérir une villa de 5 000 m2 sur la Côte d'Azur - frais de personnel non compris (34 000 euros par mois) -, sponsorisa l'Olympique de Marseille et des stars françaises du cinéma... Le tout sans que l'on sache comment il avait pu constituer ce groupe, qui l'avait protégé et lui avait fourni des passe-droits en cascade... avant de faire tomber cet empire aussi vite qu'il s'était créé, ruinant au passage des milliers de petits épargnants algériens (29). À moins que la réponse ne réside dans la filiation du jeune golden boy transformé, un temps, en homme de paille idéal : son père fut l'un des organisateurs des services secrets de la jeune révolution algérienne qui allaient devenir, après l'indépendance, la toute-puissante police politique qui constitue toujours la colonne vertébrale du régime.

Activisme diplomatique fébrile

Jusqu'à quand cette gabegie durera-t-elle ? Jusqu'à quand cette génération de dirigeants privés de toute légitimité populaire, à bout de souffle et d'idées, retranchés dans leurs villas, leurs clubs et derrière leur arsenal anti-guérilla pourra-t-elle faire l'économie des changements politiques indispensables ? Nul ne le sait. D'autant que - nous l'avons évoqué - le régime a trouvé une formidable bouffée d'oxygène sur la scène internationale en exploitant habilement la peur qu'inspire le terrorisme islamiste. Le 11 Septembre et la lutte contre Al-Qaïda et son avatar maghrébin AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) lui ont d'abord permis de redorer son image de marque grâce à un tour de passe-passe : transformer une guerre fratricide de dix ans dans laquelle ses manipulations des GIA (Groupes islamistes armés) étaient notoires en « premier affrontement d'envergure contre le terrorisme remporté par une Algérie abandonnée à son sort par la communauté internationale ». Les révoltes arabes ont ensuite fait du « modèle algérien » - vaincre l'islamisme et empêcher ou maîtriser toute démocratisation - une référence très prisée par les dirigeants de la région les plus autocratiques, à commencer par le maréchal égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Une consécration pour un pays qui entend se voir reconnaître le rôle de leader régional en prouvant qu'il est tout à la fois le premier à avoir affronté et mis au pas les islamistes - et dispose donc d'une armée « aguerrie dans la lutte anti-terroriste » - et l'unique État stable de la région, c'est-à-dire le seul sur lequel les Occidentaux peuvent s'appuyer en Afrique du Nord, notamment pour mener le combat contre le terrorisme dans cette zone. En ce sens, l'enlèvement et la décapitation en septembre dernier du Français Hervé Gourdel en Kabylie par un groupe se revendiquant de l'organisation de l'État islamique ne fera que renforcer le message des dirigeants algériens, soucieux qu'aucun compte ne leur soit jamais demandé sur la « sale guerre » de la décennie 1990 : l'Algérie affronte encore les résidus du terrorisme et doit, à ce titre, bénéficier quoi qu'il arrive du soutien inconditionnel de tous ses partenaires étrangers. Le corollaire correspond à l'image que l'Algérie officielle entend donner d'elle-même : celle d'un État qui, qu'on le veuille ou non, reste indispensable et incontournable dans la lutte anti-terroriste. « Le Sahel, s'amuse un diplomate, est devenu terre de réhabilitation pour l'armée algérienne. »

Cette ambition explique l'activisme diplomatique déployé par l'Algérie officielle, notamment à l'encontre du Maroc avec lequel les relations sont au plus bas. Tout est motif d'irritation pour les autorités algériennes, qu'il s'agisse de la participation accrue de l'éternel rival marocain aux activités militaires de l'Otan ou de sa pénétration dans le continent noir francophone, particulièrement dans un Mali qu'elles considèrent comme leur « arrière-cour ». Alger ne cache pas combien l'agacent la tournée de près d'un mois de Mohammed VI en Afrique subsaharienne en février dernier (30), sa volonté de jouer les médiateurs dans le conflit malien ou d'entretenir des relations avec une fraction des Touaregs maliens ou encore le bain de foule qu'il s'est offert au cours de sa visite officielle à Tunis en juin dernier. La situation dans la Tunisie voisine n'est pas le sujet le moins sensible car elle contredit le discours officiel algérien sur l'« échec des révoltes arabes ». Mais Alger a trouvé la parade : utiliser les assauts attribués aux djihadistes (31) sur le mont Chaambi (près de la frontière algérienne) pour prouver que la paix et la stabilité en Tunisie sont « impossibles sans l'aide sécuritaire de l'Algérie »...

Pour autant, la nécessité de ménager l'Algérie se trouve au coeur de l'appui des Occidentaux au régime : Paris, mais aussi Washington ou Londres espèrent ainsi la convaincre de participer à la lutte anti-terroriste dans la région. Ou, au moins, de ne pas s'opposer, par exemple, à une nouvelle intervention en Libye à défaut d'y prendre part. Cette complaisance internationale ne va d'ailleurs pas sans paradoxe, Français et Américains, pour ne citer qu'eux, ne cachant pas que l'Algérie « fait tout à la fois partie du problème et de sa solution » (véritable leitmotiv des diplomates et experts, en privé et même lors de colloques et de conférences) en raison des liens ambigus qu'elle entretient avec certains groupes salafistes au Nord-Mali.

« La violence a envahi toute la société »

Tout cela permet au régime de gagner encore et toujours du temps. Il n'échappe pas, pour autant, à une réalité têtue : c'est son fonctionnement délétère qui crée, jour après jour, une instabilité chronique et les conditions du changement violent qu'il redoute par-dessus tout. La rage et la souffrance peuvent générer une violence à l'état brut dans cette société en ébullition. « Il n'existe quasiment plus d'intermédiation entre gouvernement et société, estime le politologue Mohammed Hachémaoui. C'est la raison pour laquelle les conflits sociaux prennent souvent la forme d'émeutes, de jacqueries, de conflits tribaux et ne sont jamais encadrés par la société civile ou des partis politiques. » La mort, le 23 août, du footballeur camerounais Albert Ebossé, tué par un projectile reçu en pleine tête à l'issue d'un match à Tizi-Ouzou, en aura été le pire symbole. « La violence a envahi les stades, mais elle a envahi toute la société, écrit le journaliste Abed Charef. C'est la force qui gère les rapports politiques, économiques et sociaux. (...) Au stade, on a le droit d'être vulgaire, violent, de taper sur l'arbitre, sur l'adversaire et sur les joueurs de sa propre équipe ; on a, aussi, le droit d'être raciste, anti-kabyle, anti-arabe, anti-pouvoir (...). Prétendre lutter contre la violence dans les stades (...) revient à établir des règles que tout le monde doit respecter, le plus puissant, le plus riche et, d'abord, celui qui est au pouvoir. (...) Demander de respecter le résultat d'un match, c'est demander au pouvoir d'accepter de perdre une élection et de voir un opposant accéder au pouvoir » (32).

Dans un tel contexte, tout peut arriver. Surtout quand les autorités laissent pourrir la situation dans deux régions : la vallée du M'zab, quasiment désertée par les forces de sécurité, où se multiplient depuis des mois les affrontements entre Arabes et Mozabites ; et la Kabylie, devenue comme l'a dramatiquement montré l'exécution de Hervé Gourdel, zone de non-droit et terre d'enlèvements sans que les forces de l'ordre, pourtant présentes en nombre, se départent d'une passivité dénoncée à plusieurs reprises par la population locale (on ne compte pas moins de 80 enlèvements depuis 2005, souvent des hommes d'affaires ou des entrepreneurs). Nul ne comprend d'ailleurs comment cette région qui fut un bastion anti-islamiste pendant toute la guerre civile a pu devenir, depuis plus de dix ans, le fief d'AQMI. Si les forêts et le relief très difficiles d'accès ont leur importance, ce facteur ne semble pas suffire à expliquer la persistance de poches djihadistes. Sauf à croire que le maintien d'un « seuil de violence » est nécessaire à la perpétuation du régime, qui plus est dans une Kabylie frondeuse dont il s'est toujours méfié. Mais on peut aussi craindre que l'immobilisme perdure tant que coulera la manne pétrolière et qu'Alger disposera de ce matelas pour calmer la colère du pays profond. D'autant que l'Algérie « a massivement investi dans un système répressif des plus efficaces » (33), note le politologue Rachid Grim. « Pas une petite manifestation populaire, dans le coin le plus reculé du pays, qui ne voie intervenir, dans le quart d'heure, un impressionnant dispositif anti-émeute » (34). En réalité, toutes les conditions de la révolte sont là mais pas la situation permettant le basculement. « Aujourd'hui, résume Louisa Dris-Aït Hamadouche, les Algériens ont peur du passé (les années 1990), du présent (le syndrome libyen et syrien) et du futur (le changement porteur de chaos) » (35).

« Le système peut entraîner le pays dans sa chute »

Cette situation semble ne laisser place qu'à une transition négociée au sommet au moment où se profilent deux successions particulièrement délicates : celles du général Toufik Mediène et d'un Bouteflika à bout de force. C'est dans ce cadre que s'inscrit la seule initiative laissant entrevoir la possibilité d'un changement du régime « de l'intérieur » qui garantirait une sortie honorable - c'est-à-dire l'impunité judiciaire et financière - à des dirigeants qui n'imaginent pas quitter le pouvoir avant leur disparition biologique. L'ex-chef de gouvernement réformateur Mouloud Hamrouche, peu habitué à parler à tort et à travers, multiplie actuellement les interventions alarmistes. « On ne peut plus accepter de vivre dans cette crise vieille d'un quart de siècle qui étouffe toute opportunité d'évolution et interdit tout progrès collectif. (...) Ce système a atteint ses limites, il ne peut produire ni des réformes, ni des hommes, ni une alternative. Il est même incapable d'être une dictature éclairée. (...) Il rend la crise insoluble par des moyens pacifiques. Il peut s'effondrer à tout moment et entraîner tout le pays avec lui », répète cet ancien militaire qui incarne l'ouverture et les réformes que le régime a concédées après les émeutes d'octobre 1988. Surtout, il pointe le noeud gordien du problème : les conflits liés à l'immense difficulté d'organiser le départ des dirigeants actuels et le transfert des responsabilités militaires et sécuritaires à une nouvelle génération de jeunes officiers décrits comme plus éduqués, mieux formés, plus aptes à professionnaliser l'armée et, surtout, à redéfinir ses rapports avec la nation.

Le délitement actuel nourrirait d'ailleurs une grogne réelle chez certains de ces hauts cadres militaires, quadra ou quinquagénaires, qui n'ont aucune envie de devoir payer, demain, les pots cassés d'une gestion catastrophique. Toute la question est de savoir s'ils sont en mesure de peser réellement dans le sens des révisions qui s'imposent. On peut en douter. Mouloud Hamrouche, qui a longtemps paru l'espérer, va désormais au-delà. Il tente, à travers des réunions publiques et des conférences dans tout le pays de « construire un nouveau consensus » en (re)mobilisant la société, les élites et les corps intermédiaires. Objectif : créer une dynamique de changement dont l'armée serait un acteur majeur car, souligne-t-il, « aucune sortie de ce système ne peut se faire contre elle ». Gagnera-t-il le pari consistant d'une part à rassurer les militaires, d'autre part à restaurer un minimum de confiance dans une Algérie où, pour l'instant, le ras-le-bol généralisé va de pair avec l'amertume et le désenchantement ? C'est la condition sine qua non pour rompre avec le statu quo mortifère qui mène le pays au désastre. « Ce pays, écrit le journaliste et écrivain Kamel Daoud est coincé entre le ciel et la terre. La terre appartient aux "libérateurs", cette caste maudite qui ne veut pas mourir et qui assure avoir fait la guerre pour nous. Et le ciel est colonisé par les religieux, qui se l'approprient au nom d'Allah. »

 


Notes :


(1) Sans surprise, le président sortant a été réélu avec 81,53 % des voix. Seul enjeu du scrutin, la participation a été officiellement de 51,7 % - mais, en réalité, elle n'a même pas atteint les 20 %. Comme si les Algériens étaient toujours plus nombreux à tourner le dos à des consultations sans ancrage dans le réel et qui ne changent jamais rien.

(2) L'Union européenne, soucieuse de ne pas cautionner de manière trop visible le scrutin présidentiel de 2014, s'est abstenue d'y envoyer des observateurs, prétextant d'une demande algérienne trop tardive.

(3) L'Algérie, qui vend aux Européens un peu plus d'un tiers (38 %) du gaz qu'ils consomment, est leur troisième fournisseur énergétique. Trois pipelines relient ce pays à l'Europe du Sud et un quatrième est en cours de construction vers l'Italie. Alger s'affiche, en outre, comme un partenaire clé de la lutte anti-terroriste au Sahel.

(4) Tournant officiellement autour de 10 %, le taux de chômage s'élèverait dans les faits à 30, voire 35 %.

(5) 70 % des habitants vivent avec moins de 250 euros par jour et 15 % avec moins de 2 euros par jour. Citant la willaya - préfecture - d'Alger, El Watan du 16 septembre 2014 rapporte que la capitale est « cernée par les bidonvilles où 72 000 personnes vivent dans des conditions plus que précaires ». Selon l'indice de développement humain élaboré par les Nations unies, l'Algérie est classée 104e sur 182 pays.

(6) Les Algériens sont les quatrièmes acheteurs d'immobilier parisien, notamment de luxe, avec 5,3 % des transactions. El Watan, 1er mars 2014.

(7) Pour le seul mois d'août 2014, plus de cent candidats à la traversée ont été interceptés, arrêtés et présentés à la justice. El Watan, 8 septembre 2014.

(8) « L'Autoroute inachevée », Le Monde, 6 août 2014.

(9) Homme le plus mal connu d'Algérie, le général de corps d'armée Mohamed Lamine Mediène dit Toufik est, depuis 1990 - record absolu de longévité -, le patron de la toute-puissante police politique, le DRS (Département du renseignement et de la sécurité), l'ex-Sécurité militaire, qui constitue un véritable État dans l'État.

(10) L'Algérie est le huitième acheteur d'armements au monde et le premier du continent. Ses dépenses militaires sont passées de 2,7 milliards de dollars en 2000 à 10,8 milliards de dollars en 2012. Entre 2007 et 2013, la part des dépenses militaires dans le PIB a augmenté de plus de... 65 % en Algérie (de 2,9 % à 4,8 %) et de 19 % au Maroc (de 3,2 % à 3,8 %).

(11) Omar Benderra dirigea la Banque nationale d'Algérie sous le gouvernement réformateur de Mouloud Hamrouche (1989-1991).

(12) Le Monde, 18 avril 2014.

(13) Selon Abderrahmane Hadj Nacer, ex-gouverneur de la Banque d'Algérie sous le gouvernement réformateur de Mouloud Hamrouche, les « privés algériens » possèdent quelque 200 milliards de dollars à l'étranger. Une somme équivalente à ce que détient l'État et qui « porte les réserves de l'Algérie en devises à 400 milliards de dollars ». El Watan, 7 septembre 2014.

(14) La puissante association des moudjahiddin (anciens combattants de la guerre de libération) a triplé le montant des transferts à ses membres entre 2000 et 2013. Ils atteignent aujourd'hui 2,03 milliards de dollars. Les moudjahiddin ont tous un âge canonique mais leur descendance et leurs ayants droit continuent de bénéficier de leurs privilèges.

(15) L'Algérie a dépensé 9 milliards de dollars pour l'achat de produits alimentaires en 2013. 75 % de ses besoins en la matière sont couverts par l'importation. Les importations de blé ont augmenté de 17,66 % au premier trimestre 2014, ce qui fait du pays l'un des plus gros importateurs de céréales au monde. Alger importe également des voitures de luxe par milliers et paie à prix d'or des infrastructures grandioses livrées clés en main par des sociétés étrangères - des dépenses dénuées d'effet d'entraînement mais favorisant toutes les commissions illicites.

(16) En 2014, les transferts sociaux atteindraient 56 milliards de dollars, soit un peu plus d'un tiers du PIB. Ces dépenses, qui s'ajoutent à une facture de plus de 60 milliards de dollars d'importations, inquiètent les experts. D'autant que les exportations ont reculé de 6,02 % au premier trimestre 2014 par rapport à la même période de 2013, année durant laquelle les exportations avaient déjà fléchi de 8,28 %.

(17) Les découvertes ne portent désormais que sur des gisements moyens. Les experts confirment que l'exploitation des gaz de schiste ne permettra, au mieux, que d'atténuer la perte des quantités de gaz conventionnel des prochaines années. Par ailleurs, la Banque d'Algérie fait état, dès le premier trimestre 2014, d'une baisse de 9 % en volume et de 12 % en valeur des exportations d'hydrocarbures.

(18) Maghreb Émergent, 15 mars 2014.

(19) Officiellement conseiller à la présidence de la République, Saïd, le frère cadet du chef de l'État, est accusé par la presse et par nombre d'acteurs politiques de gouverner en ses lieu et place, d'avoir créé une « contre-société et une petite république » et de se comporter en véritable « régent ».

(20) « La question têtue », Le Quotidien d'Oran, 29 avril 2014.

(21) Confiée aux Chinois et aux Japonais, l'autoroute Est-Ouest, longue de 927 kilomètres, devait symboliser le renouveau du pays. L'une des plus chères du monde, elle symbolise en réalité la gabegie et les scandales de corruption qui font le quotidien de l'Algérie. L'enveloppe allouée au projet, initialement de 11 milliards de dollars, atteint d'ores et déjà les 18 milliards. Les commissions versées pour l'attribution du chantier seraient de l'ordre de 16 % de la facture alors que, huit ans après le début des travaux en 2006, des tronçons entiers restent à construire. Ou à reconstruire en raison de leur affaissement - ce qui provoque les moqueries des internautes.

(22) 37 otages étrangers et 9 militaires ont été tués dans l'assaut lancé par les forces de sécurité. 30 terroristes ont été abattus.

(23) Ce général aurait, depuis, rejoint le clan Bouteflika et été nommé conseiller à la présidence alors qu'il avait été mis à la retraite en septembre 2013 !

(24) « Révélations sur le drame d'In-Amenas », Algeria-Watch, 11 février 2013.

(25) C'est l'ex-chef de gouvernement Ahmed Ouyahia, considéré comme un homme proche du DRS et très hostile à Abdelaziz Bouteflika, qui dirige aujourd'hui... le cabinet de la présidence de la République. Une manière, dit-on, de préserver un statu quo entre clan présidentiel et DRS.

(26) Boualem Sansal, « Armée, islamisme et Bouteflika : bienvenue chez les Borgia », Le Monde, 31 mai 2013.

(27) Le dernier départ en date est celui du général Mohamed Touati, 77 ans, considéré comme la tête pensante de l'interruption du processus électoral de décembre 1991, et remercié de son poste de « conseiller » à la présidence. El Watan, 5 septembre 2014.

(28) Selon Omar Aktouf, professeur en management à HEC Montréal, l'Algérie compterait une quarantaine de milliardaires surgis du néant et cinq milliers de millionnaires en euros.

(29) Khalifa Bank offrait des taux d'intérêt de 10 à 20 %, trois fois supérieurs à ceux qui se pratiquaient à l'époque.

(30) « Pour sortir de son isolement diplomatique, le Maroc tente de jouer dans le périmètre du Sahel, de se déployer dans cette région et de se trouver un nouveau rôle de médiateur dans le conflit malien. Pour ce faire, le roi du Maroc, qui préfère d'habitude les virées touristiques aux visites diplomatiques, effectue une tournée dans six pays africains. Voulant profiter d'une absence momentanée de l'Algérie, alors occupée par l'élection présidentielle, il invite chez lui les responsables (touaregs, ndlr) du mouvement de l'Azawad. Mais à peine le scrutin terminé, Ramtane Lamamra (le chef de la diplomatie algérienne, ndlr) a effectué une grande tournée africaine qui s'est conclue par la reprise en main de l'Algérie du dossier du Sahel (...) », « Perte d'influence et isolement diplomatique », El Watan, 12 juillet 2014.

(31) Les attaques répétées de terroristes au mont Chaambi ont été, à l'été 2013, au coeur d'une polémique après qu'un journaliste et un blogueur ont affirmé sur une chaîne de télévision tunisienne que l'Algérie était impliquée dans ces événements, suggérant même que les dirigeants tunisiens partageaient cette analyse. Ces derniers, soucieux de maintenir de bonnes relations avec leur puissant voisin, ont démenti ces « accusations gratuites ». En dépit des innombrables déclarations réaffirmant l'étroitesse de la coopération sécuritaire algéro-tunisienne, une question demeure : comment des terroristes lourdement armés peuvent-ils régulièrement franchir la frontière algérienne et s'infiltrer en Tunisie sans être interceptés par les forces de sécurité d'Alger ?

(32) Le Quotidien d'Oran, 26 août 2014.

(33) Les effectifs de la police s'élèvent à plus de 200 000 hommes dotés de moyens considérables.

(34) El Watan, 21 octobre 2013.

(35) Le Monde, 18 avril 2014.