Politique Internationale - La Revue n°145 - HIVER - 2014

sommaire du n° 145
ALGERIE:L'IMPOSSIBLE RELEVE
Article de José GARCON
Journaliste au quotidien Libération.
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Notes :


(1) Sans surprise, le président sortant a été réélu avec 81,53 % des voix. Seul enjeu du scrutin, la participation a été officiellement de 51,7 % - mais, en réalité, elle n'a même pas atteint les 20 %. Comme si les Algériens étaient toujours plus nombreux à tourner le dos à des consultations sans ancrage dans le réel et qui ne changent jamais rien.

(2) L'Union européenne, soucieuse de ne pas cautionner de manière trop visible le scrutin présidentiel de 2014, s'est abstenue d'y envoyer des observateurs, prétextant d'une demande algérienne trop tardive.

(3) L'Algérie, qui vend aux Européens un peu plus d'un tiers (38 %) du gaz qu'ils consomment, est leur troisième fournisseur énergétique. Trois pipelines relient ce pays à l'Europe du Sud et un quatrième est en cours de construction vers l'Italie. Alger s'affiche, en outre, comme un partenaire clé de la lutte anti-terroriste au Sahel.

(4) Tournant officiellement autour de 10 %, le taux de chômage s'élèverait dans les faits à 30, voire 35 %.

(5) 70 % des habitants vivent avec moins de 250 euros par jour et 15 % avec moins de 2 euros par jour. Citant la willaya - préfecture - d'Alger, El Watan du 16 septembre 2014 rapporte que la capitale est « cernée par les bidonvilles où 72 000 personnes vivent dans des conditions plus que précaires ». Selon l'indice de développement humain élaboré par les Nations unies, l'Algérie est classée 104e sur 182 pays.

(6) Les Algériens sont les quatrièmes acheteurs d'immobilier parisien, notamment de luxe, avec 5,3 % des transactions. El Watan, 1er mars 2014.

(7) Pour le seul mois d'août 2014, plus de cent candidats à la traversée ont été interceptés, arrêtés et présentés à la justice. El Watan, 8 septembre 2014.

(8) « L'Autoroute inachevée », Le Monde, 6 août 2014.

(9) Homme le plus mal connu d'Algérie, le général de corps d'armée Mohamed Lamine Mediène dit Toufik est, depuis 1990 - record absolu de longévité -, le patron de la toute-puissante police politique, le DRS (Département du renseignement et de la sécurité), l'ex-Sécurité militaire, qui constitue un véritable État dans l'État.

(10) L'Algérie est le huitième acheteur d'armements au monde et le premier du continent. Ses dépenses militaires sont passées de 2,7 milliards de dollars en 2000 à 10,8 milliards de dollars en 2012. Entre 2007 et 2013, la part des dépenses militaires dans le PIB a augmenté de plus de... 65 % en Algérie (de 2,9 % à 4,8 %) et de 19 % au Maroc (de 3,2 % à 3,8 %).

(11) Omar Benderra dirigea la Banque nationale d'Algérie sous le gouvernement réformateur de Mouloud Hamrouche (1989-1991).

(12) Le Monde, 18 avril 2014.

(13) Selon Abderrahmane Hadj Nacer, ex-gouverneur de la Banque d'Algérie sous le gouvernement réformateur de Mouloud Hamrouche, les « privés algériens » possèdent quelque 200 milliards de dollars à l'étranger. Une somme équivalente à ce que détient l'État et qui « porte les réserves de l'Algérie en devises à 400 milliards de dollars ». El Watan, 7 septembre 2014.

(14) La puissante association des moudjahiddin (anciens combattants de la guerre de libération) a triplé le montant des transferts à ses membres entre 2000 et 2013. Ils atteignent aujourd'hui 2,03 milliards de dollars. Les moudjahiddin ont tous un âge canonique mais leur descendance et leurs ayants droit continuent de bénéficier de leurs privilèges.

(15) L'Algérie a dépensé 9 milliards de dollars pour l'achat de produits alimentaires en 2013. 75 % de ses besoins en la matière sont couverts par l'importation. Les importations de blé ont augmenté de 17,66 % au premier trimestre 2014, ce qui fait du pays l'un des plus gros importateurs de céréales au monde. Alger importe également des voitures de luxe par milliers et paie à prix d'or des infrastructures grandioses livrées clés en main par des sociétés étrangères - des dépenses dénuées d'effet d'entraînement mais favorisant toutes les commissions illicites.

(16) En 2014, les transferts sociaux atteindraient 56 milliards de dollars, soit un peu plus d'un tiers du PIB. Ces dépenses, qui s'ajoutent à une facture de plus de 60 milliards de dollars d'importations, inquiètent les experts. D'autant que les exportations ont reculé de 6,02 % au premier trimestre 2014 par rapport à la même période de 2013, année durant laquelle les exportations avaient déjà fléchi de 8,28 %.

(17) Les découvertes ne portent désormais que sur des gisements moyens. Les experts confirment que l'exploitation des gaz de schiste ne permettra, au mieux, que d'atténuer la perte des quantités de gaz conventionnel des prochaines années. Par ailleurs, la Banque d'Algérie fait état, dès le premier trimestre 2014, d'une baisse de 9 % en volume et de 12 % en valeur des exportations d'hydrocarbures.

(18) Maghreb Émergent, 15 mars 2014.

(19) Officiellement conseiller à la présidence de la République, Saïd, le frère cadet du chef de l'État, est accusé par la presse et par nombre d'acteurs politiques de gouverner en ses lieu et place, d'avoir créé une « contre-société et une petite république » et de se comporter en véritable « régent ».

(20) « La question têtue », Le Quotidien d'Oran, 29 avril 2014.

(21) Confiée aux Chinois et aux Japonais, l'autoroute Est-Ouest, longue de 927 kilomètres, devait symboliser le renouveau du pays. L'une des plus chères du monde, elle symbolise en réalité la gabegie et les scandales de corruption qui font le quotidien de l'Algérie. L'enveloppe allouée au projet, initialement de 11 milliards de dollars, atteint d'ores et déjà les 18 milliards. Les commissions versées pour l'attribution du chantier seraient de l'ordre de 16 % de la facture alors que, huit ans après le début des travaux en 2006, des tronçons entiers restent à construire. Ou à reconstruire en raison de leur affaissement - ce qui provoque les moqueries des internautes.

(22) 37 otages étrangers et 9 militaires ont été tués dans l'assaut lancé par les forces de sécurité. 30 terroristes ont été abattus.

(23) Ce général aurait, depuis, rejoint le clan Bouteflika et été nommé conseiller à la présidence alors qu'il avait été mis à la retraite en septembre 2013 !

(24) « Révélations sur le drame d'In-Amenas », Algeria-Watch, 11 février 2013.

(25) C'est l'ex-chef de gouvernement Ahmed Ouyahia, considéré comme un homme proche du DRS et très hostile à Abdelaziz Bouteflika, qui dirige aujourd'hui... le cabinet de la présidence de la République. Une manière, dit-on, de préserver un statu quo entre clan présidentiel et DRS.

(26) Boualem Sansal, « Armée, islamisme et Bouteflika : bienvenue chez les Borgia », Le Monde, 31 mai 2013.

(27) Le dernier départ en date est celui du général Mohamed Touati, 77 ans, considéré comme la tête pensante de l'interruption du processus électoral de décembre 1991, et remercié de son poste de « conseiller » à la présidence. El Watan, 5 septembre 2014.

(28) Selon Omar Aktouf, professeur en management à HEC Montréal, l'Algérie compterait une quarantaine de milliardaires surgis du néant et cinq milliers de millionnaires en euros.

(29) Khalifa Bank offrait des taux d'intérêt de 10 à 20 %, trois fois supérieurs à ceux qui se pratiquaient à l'époque.

(30) « Pour sortir de son isolement diplomatique, le Maroc tente de jouer dans le périmètre du Sahel, de se déployer dans cette région et de se trouver un nouveau rôle de médiateur dans le conflit malien. Pour ce faire, le roi du Maroc, qui préfère d'habitude les virées touristiques aux visites diplomatiques, effectue une tournée dans six pays africains. Voulant profiter d'une absence momentanée de l'Algérie, alors occupée par l'élection présidentielle, il invite chez lui les responsables (touaregs, ndlr) du mouvement de l'Azawad. Mais à peine le scrutin terminé, Ramtane Lamamra (le chef de la diplomatie algérienne, ndlr) a effectué une grande tournée africaine qui s'est conclue par la reprise en main de l'Algérie du dossier du Sahel (...) », « Perte d'influence et isolement diplomatique », El Watan, 12 juillet 2014.

(31) Les attaques répétées de terroristes au mont Chaambi ont été, à l'été 2013, au coeur d'une polémique après qu'un journaliste et un blogueur ont affirmé sur une chaîne de télévision tunisienne que l'Algérie était impliquée dans ces événements, suggérant même que les dirigeants tunisiens partageaient cette analyse. Ces derniers, soucieux de maintenir de bonnes relations avec leur puissant voisin, ont démenti ces « accusations gratuites ». En dépit des innombrables déclarations réaffirmant l'étroitesse de la coopération sécuritaire algéro-tunisienne, une question demeure : comment des terroristes lourdement armés peuvent-ils régulièrement franchir la frontière algérienne et s'infiltrer en Tunisie sans être interceptés par les forces de sécurité d'Alger ?

(32) Le Quotidien d'Oran, 26 août 2014.

(33) Les effectifs de la police s'élèvent à plus de 200 000 hommes dotés de moyens considérables.

(34) El Watan, 21 octobre 2013.

(35) Le Monde, 18 avril 2014.