Politique Internationale - La Revue n°135 - PRINTEMPS - 2012

sommaire du n° 135
L'ARGENTINE DES KIRCHNER
Entretien avec Beatriz SARLO
conduit par
Pauline DAMOUR
Correspondante du magazine Challenges pour l'Amérique latine
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Pauline Damour - Comment expliquez-vous le succès du kirchnérisme en Argentine ? Est-il essentiellement lié à ce qu'on appelle ici « el viento de cola », la formidable croissance économique tirée du boom des matières premières dont le pays regorge, ou s'agit-il d'un réel « modèle argentin » basé sur la reconstruction du politique après la débâcle de 2001 ?

Beatriz Sarlo - Le kirchnérisme, courant populiste de centre gauche né avec l'accession de Nestor Kirchner à la présidence de l'Argentine en 2003, repose sur le soutien quasi indéfectible de la classe populaire et ouvrière, affiliée historique du péronisme et du parti justicialiste (3) au pouvoir. Ce noyau dur représente un bon quart de l'électorat argentin. Et c'est logiquement celui qui a le plus bénéficié de la politique de redistribution des richesses mise en place par Nestor Kirchner entre 2003 et 2007, puis par sa femme Cristina, qui lui a succédé à la Casa Rosada. Les époux ont en effet envoyé paître les économistes libéraux en mettant en oeuvre des mesures de redistribution qu'avaient supprimées leurs prédécesseurs. À commencer par Carlos Menem (1989-1999). Ce revirement était fondamental étant donné la détérioration sociale de l'Argentine après quatre années de récession économique (1998-2001). Le pays était exsangue : un quart de ses habitants était au chômage, près de la moitié vivait sous le seuil de pauvreté.
En réalité, c'est Eduardo Duhalde, président péroniste par intérim entre 2002 et 2003 et parrain politique de Nestor Kirchner, qui avait donné le coup d'envoi en créant le plan Jefes y Jefas de Hogar (plan Chefs de famille), un système d'allocations chômage pour les ménages les plus pauvres.
Ces plans d'aide sont gérés pour la plupart de manière clientéliste, comme c'est souvent le cas en Argentine. Ils sont entre les mains du caudillo provincial, du conseiller municipal ou du « puntero » (chef de quartier) et autres affiliés du parti qui les distribuent en échange de « faveurs » politiques. Ils ne sont ni universels ni automatiques - à l'exception de l'allocation familiale, Asignacion Universal por Hijo, créée par Cristina Kirchner en octobre 2009 sur le modèle du programme « Bolsa familia » au Brésil et qui a permis d'améliorer le niveau de vie de près de 2 millions de familles à bas revenu.

P. D. - Le soutien des classes populaires explique-t-il tout ?

B. S. - Non, en effet. À partir de 2004, l'envolée de la croissance liée essentiellement à l'explosion mondiale des cours du soja (l'Argentine est le premier exportateur mondial d'huile et de farine de soja) a permis au gouvernement de rallier la classe moyenne urbaine. Cette classe moyenne, qui était descendue dans la rue en 2001 en tapant sur des casseroles et en criant aux dirigeants politiques « que se vayan todos » (qu'ils partent tous), n'imaginait pas qu'elle retrouverait aussi rapidement son pouvoir d'achat et son travail. Deux ans à peine après qu'elle fut frappée de plein fouet par la crise la plus grave de l'histoire du pays, Nestor Kirchner lui annonçait : « Nous sommes sortis de l'Enfer et nous entrons au Purgatoire. »
On ne peut pas comprendre le succès des Kirchner sans se replonger dans l'année 2002 : à l'époque, une grande partie des Argentins qui disposaient de revenus moyens se sont retrouvés au chômage, sans épargne après la dévaluation du peso, certains même totalement ruinés et obligés d'aller mendier dans la rue. Aujourd'hui, il est intéressant d'observer que pratiquement tous ceux qui possèdent le baccalauréat ont un emploi.

P. D. - La politique de relance par la consommation menée par le gouvernement kirchnériste - saluée par le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz - semble donc avoir porté ses fruits ?

B. S. - Elle a permis de sortir des millions d'Argentins de la pauvreté et de leur donner accès à l'éducation et à la santé. C'est indéniable.
Le problème, c'est qu'il s'agit d'une politique de courte vue. Elle dépend d'une monoculture : le soja. Et d'un seul pays acheteur : la Chine. Le jour où les Chinois arrêteront de nourrir leurs animaux avec du soja, le gouvernement n'aura plus les moyens de financer ses plans de protection sociale. Des failles apparaissent déjà avec la hausse de l'inflation (4), qui atteint aujourd'hui 25 % par an selon les économistes indépendants et qui oblige l'exécutif à réduire les subventions publiques pour l'eau, le gaz, l'électricité et les transports.
Très peu d'investissements structurels ont été réalisés malgré les neuf années de croissance. Pas un mètre de voie de chemin de fer n'a été construit, par exemple. Le terrible accident de train à Buenos Aires en février - qui a coûté la vie à 51 personnes et en a blessé plus de 700 - en est la désastreuse conséquence.
Depuis son défaut de paiement de 2001 - 100 milliards de dollars -, le pays n'a plus accès au crédit international dont il aurait besoin pour financer ses programmes d'investissements. Il n'a toujours pas réglé sa dette au Club de Paris - près de 9 milliards de dollars. Il serait impossible aujourd'hui d'imaginer la création d'un puissant groupe énergétique national sur le modèle de Petrobras au Brésil. Le pays souffre, au contraire, d'une pénurie d'essence de plus en plus préoccupante.
Bref, le kirchnérisme est un « modèle maison » de bien-être : le « Bienestar a la criolla ». Chaotique, clientéliste, corrompu, mais qui parvient à régler un certain nombre de problèmes. Comme ce fut le cas des deux premiers gouvernements de Juan Domingo Peron (1946-1952 et 1952-1955).

P. D. - En 2003, lorsque Nestor Kirchner arrive à la Casa Rosada, élu avec à peine 22 % des voix, c'est un parfait inconnu pour la plupart des Argentins. Comment expliquez-vous son incroyable ascension politique ?

B. S. - Lorsqu'il accède à la présidence en 2003, Nestor Kirchner est effectivement un obscur gouverneur de la province de Santa Cruz, en Patagonie, aux marges de l'Argentine. Il est élu presque par défaut, grâce au désistement au second tour de l'ex-président libéral Carlos Menem. Les Argentins connaissent alors beaucoup mieux sa femme, Cristina Kirchner, ancienne avocate et brillante sénatrice. Lui, c'est l'homme que personne n'attend et sur lequel personne ne compte. Une page blanche, en somme. Mais c'est un politicien intelligent et pragmatique qui comprend une chose : non seulement les Argentins veulent sortir de la crise, mais ils veulent aussi être gouvernés.
Tous, qu'ils aient voté pour lui ou pas, désirent avant tout un président à fort leadership. Pas un nouveau Fernando de la Rua (1999-2001), incapable de prendre la moindre décision et obligé de fuir en hélicoptère lors des émeutes du 21 décembre 2001 ; ni un Eduardo Duhalde, président péroniste par intérim entre 2002 et 2003, qui a passé son temps à essayer de bâtir des alliances bancales avec un Congrès totalement discrédité.
Nestor Kirchner va très vite imposer son style, à la fois déterminé, direct et pragmatique. Il prend des initiatives audacieuses : il restructure l'énorme dette externe du pays, fait le ménage dans la Cour suprême - un bastion du conservatisme et de la corruption - et permet la réouverture des grands procès contre les militaires pour les crimes commis pendant la dictature (1976-1983).
Son taux de popularité va atteindre un niveau que personne n'aurait pu imaginer dans l'Argentine révoltée de 2002. Il frôlera les 80 % d'opinions favorables à Buenos Aires quelques mois seulement après son arrivée au pouvoir.

P. D. - Ce même homme, très populaire au début de sa présidence, devient en 2008 un symbole du conflit avec les agriculteurs qui paralyse le pays. On l'accuse d'attiser le feu derrière sa femme, qui lui a succédé en 2007, puis d'être le responsable de la défaite aux législatives de 2009. Dans quelle mesure son décès (il est emporté par une crise cardiaque en octobre 2010) a-t-il favorisé la réélection de Cristina avec 54 % des voix un an plus tard ?

B. S. - Cette disparition inattendue a bouleversé la stratégie qu'avait imaginée Nestor Kirchner et qui consistait à favoriser l'élection de sa femme à la présidence en 2007 dans le but de pouvoir à nouveau se représenter devant les électeurs quatre ans plus tard. Cette tactique lui aurait permis de contourner la Constitution argentine, qui limite l'exercice du pouvoir à deux mandats présidentiels consécutifs.
Pour le reste, je dois reconnaître que je me suis moi-même trompée : après la défaite du parti justicialiste aux élections législatives de juin 2009, je pensais que les Kirchner étaient finis. Leur aura avait été terriblement ternie par la crise du « campo » : les grands propriétaires terriens avaient été, pour la première fois, rejoints par les petits exploitants agricoles révoltés contre le projet du gouvernement de surtaxer les produits agricoles à l'exportation. Par ailleurs, une partie des Argentins commençaient à ne plus supporter le style agressif et autoritaire de Cristina Kirchner qui ignore les pouvoirs du Parlement.
Or deux facteurs ont permis de renverser la situation : 1) la forte reprise économique après le coup d'arrêt de 2008-2009 lié à la crise financière internationale, mais qui en réalité a peu touché l'Argentine ; 2) la puissance de l'appareil de propagande kirchnériste. Cette propagande s'appuie sur des programmes télévisés quotidiens - dont le fameux « 6.7.8 » sur la chaîne publique -, le recours massif aux réseaux sociaux Facebook et Twitter, sans oublier le rôle du clientélisme péroniste traditionnel.
Le succès des fêtes du bicentenaire de l'Indépendance, en mai 2010, est un exemple symptomatique de ce revirement. La plupart des observateurs de la vie politique s'attendaient à un événement plutôt terne. Ce fut, au contraire, une explosion de ferveur en faveur des Kirchner. Près de 2 millions de personnes ont défilé à Buenos Aires - des classes populaires aux classes moyennes, jusqu'aux membres de la bourgeoisie dont les affaires sont florissantes.
C'est précisément dans ce contexte de redressement économique et politique que Nestor Kirchner meurt, le 27 octobre 2010. Sans être cynique, je pense que c'est la meilleure chose qui pouvait arriver à Cristina. D'abord, son deuil lui servira d'armure contre les critiques alors qu'elle se lance dans la campagne électorale. Ensuite, cela va lui donner une nouvelle stature politique : elle pourra prouver aux Argentins qu'elle est capable de gérer le pays sans l'aide de son mentor.

P. D. - Son image très travaillée de « veuve en noir à poigne » est-elle la clé de ce succès auprès des Argentins ? On les sait très sensibles aux mythes et aux icônes politiques, à l'image du couple Peron...

B. S. - Juan Peron n'a pas exploité politiquement la disparition d'Eva, emportée par un cancer le 26 juillet 1952. Elle était déjà de son vivant une figure mythique. Cristina, elle, a érigé Nestor en quasi-icône après sa mort. Sa disparition lui a permis de se forger l'image d'une femme forte, anéantie par la douleur, mais dans le même temps capable de se dominer.
Elle va donc truffer ses discours politiques de référence à « El » (« Lui ») dans une mise en scène surnaturelle qui frôle l'animisme et les cérémonies vaudoues. Nestor Kirchner fera des « apparitions ». Le 21 juin 2011, lors de l'annonce de sa candidature à la présidentielle devant un parterre de ministres et de militants à la résidence d'Olivos, un courant d'air ouvre une porte-fenêtre derrière la présidente. Cristina Kirchner s'exclame d'un air grave : « C'est le vent du Sud, il est sûrement parmi nous »...
Le soir de sa victoire électorale du 23 octobre, qu'elle fête dans un grand hôtel de la capitale, elle invite le peuple argentin à avoir « la même force que lui », remerciant, d'une voix émue, celui « qui ne peut plus l'appeler mais qui est le véritable artisan de la victoire de cette nuit ». Il y a certainement dans ses paroles une part d'émotion, mais également un grand sens théâtral.
En réalité, comme le disait récemment un producteur de télévision, Adrian Suar, la présidente est une formidable actrice de « soap opera ». Son style vestimentaire, très critiqué avant qu'elle ne s'habille plus qu'en noir, ses injections de Botox ou son maquillage excessif collent totalement à l'esthétique des « telenovelas » argentines. C'est ce qui fait aussi son succès auprès de la classe moyenne dont elle est issue.

P. D. - On parle d'un exercice du pouvoir de plus en plus solitaire...

B. S. - Il est vrai que depuis la mort de Kirchner le cercle du pouvoir s'est encore réduit. La « mesa chica » (la petite table autour de laquelle se prennent les décisions) rassemble trois ou quatre personnes aux côtés de la présidente, dont son conseiller Carlos Zanini ou le puissant ministre du Plan Julio De Vido. Tous des proches de Nestor Kirchner dont elle a hérité et qu'elle n'a pas choisis.
Elle n'a, en fait, pas d'hommes à elle, ce qui ne peut qu'accroître son isolement. Au point que personne n'ose au gouvernement, ou même au sein des groupes parlementaires, faire de déclaration sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de la présidente.
Cristina Kirchner exerce un pouvoir quasi absolu. Elle s'occupe personnellement des moindres détails. Rien ne peut lui échapper. Pas même la couleur bleu lavande choisie pour repeindre l'entrée de la Casa Rosada. Du vivant de Nestor Kirchner, ministres et parlementaires avaient malgré tout une certaine liberté de parole. Pour l'heure, les barons péronistes se plient au nouveau « diktat », car il a mené à la victoire électorale.

P. D. - On dit aussi qu'elle envisagerait, comme Hugo Chavez au Venezuela, de réviser la Constitution afin de pouvoir se maintenir indéfiniment au pouvoir...

B. S. - C'est une idée qui circule dans l'entourage présidentiel. Mais, pour cela, il faudrait que le parti justicialiste rassemble les deux tiers des voix au Congrès comme l'exige la Constitution. Ce qui, en théorie, n'est pas envisageable pour le moment. Il est vrai que, dans la pratique, les votes des parlementaires s'achètent. Même si c'est malheureux, cette pratique a toujours existé en Argentine.
Il est également question d'une « république parlementaire ». Cela ressemble franchement à une blague de mauvais goût quand on voit le peu de respect dont les Kirchner ont fait preuve vis-à-vis du Parlement. Cristina Kirchner, pas plus que Nestor de son vivant, n'y a pratiquement jamais mis les pieds hormis pour les discours d'ouverture de la session parlementaire. La loi oblige pourtant le chef du gouvernement à se présenter une fois par mois devant les députés. J'ai du mal à imaginer Cristina Kirchner rendre des comptes aux députés à la manière d'un David Cameron en Grande-Bretagne ou d'une Angela Merkel en Allemagne...

P. D. - Quelle est l'influence de Maximo Kirchner, 34 ans, le fils aîné du couple présidentiel, dont on dit qu'il pourrait succéder à sa mère en 2015 ?

B. S. - On ne sait pas grand-chose de Maximo Kirchner. Il ne parle pas et se montre rarement. Il s'est installé à Rio Gallegos, capitale de la province de Santa Cruz où jusque-là il administrait les affaires de la famille. Je crois plutôt qu'il s'agit d'une stratégie élaborée par l'entourage de la présidente pour combler un vide politique. Dès lors que Cristina Kirchner a entamé son dernier mandat, elle devient un « lame duck », un canard boiteux comme on dit aux États-Unis. Se pose donc le problème de sa succession. Pour l'heure, aucune figure ne ressort réellement, à l'exception de celle de Daniel Sciolli, le gouverneur de la puissante province de Buenos Aires, ancien vice-président de Nestor Kirchner, mais qui n'est pas en odeur de sainteté au gouvernement.

P. D. - La présidente jouit d'une forte popularité auprès des jeunes. Cette « repolitisation » de la jeunesse est-elle à mettre au crédit des Kirchner ?

B. S. - Le gouvernement des Kirchner a redonné le goût de la politique à de nombreux jeunes après les désillusions des années 1990. C'est un mouvement en partie spontané, porté par les idéaux progressistes des années 1970 dont se réclamait Nestor Kirchner et que sa femme a repris à son compte. Lors des funérailles de l'ancien président, des jeunes issus de la classe populaire mais également de la classe moyenne scandaient : « Nestor vive, fuerza Cristina » (Nestor est vivant, courage Cristina). Le soutien à la « jeunesse» a d'ailleurs été un thème important de la campagne électorale que la présidente a exploité en promettant d'être un « pont entre les générations ».

P. D. - Ces jeunes militent-ils à la Campora (5), baptisée ainsi en hommage à Hector Campora, éphémère président péroniste de gauche en 1973, et qui se veut la relève du péronisme ?

B. S. - La Campora, c'est autre chose. La présidente a mis en avant ce mouvement, fondé par son mari en 2003, en plaçant plusieurs de ses membres en tête de liste aux législatives. Les vice-ministres de l'Économie et de la Justice, par exemple, sont issus de ses rangs.
En réalité, il s'agit surtout d'un organe servant à créer une nouvelle élite administrative K (kirchnériste). Ses militants, dont on ne connaît d'ailleurs pas le nombre exact, sont en majorité des cadres âgés de 25 à 40 ans dont la carrière et la fortune dépendent de leur adhésion au kirchnérisme. Ils obtiennent des postes clés dans les entreprises d'État, les ministères ou les services publics, à l'instar de Mariano Recalde, le jeune patron controversé de la compagnie aérienne nationale, Aerolinas Argentinas (6).

P. D. - Comment expliquez-vous que le péronisme soit capable de produire à la fois un président ultra-libéral comme Carlos Menem dans les années 1990, puis un président de centre gauche comme Nestor Kirchner dans les années 2000 ?

B. S. - Le péronisme, fondé en 1946 par Peron, ne répond pas à la définition d'un parti au sens classique du terme. C'est un mouvement populiste à caractère plébiscitaire qui a toujours abrité des courants différents. Des courants aussi divers ne pourraient pas coexister dans des partis européens ou même dans des partis chiliens ou uruguayens. Au Chili, il serait impensable de voir cohabiter, au sein d'un même parti, l'actuel président conservateur Sebastien Piñera et son homologue socialiste Ricardo Lagos (2000-2006). Le PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) mexicain (7) s'en rapproche un peu, à ceci près qu'il n'a vécu ni les coups d'État ni la proscription (8).
Le péronisme, c'est une machine de pouvoir pour laquelle seule compte la loyauté envers le chef. Il exige une fidélité inconditionnelle. Ce qui explique que de nombreux barons de Cristina Kirchner soient des ex-affidés de Carlos Menem.
Je crois surtout que le péronisme a une grande capacité d'adaptation. Il « sent » l'air du temps. Juan Peron fut en totale symbiose avec l'époque des Trente Glorieuses en développant un État-providence dans les années 1940. Tout comme Carlos Menem, cinquante ans plus tard, a su capter les idées ultra-libérales du consensus de Washington, qu'il a appliquées à la lettre. Ces idées ayant abouti à la faillite, Nestor Kirchner amorce un virage à 180 degrés à partir de 2003.
Après avoir été l'un des fidèles gouverneurs de Carlos Menem et avoir soutenu sa politique de privatisation du groupe national pétrolier YPF, Nestor Kirchner va redistribuer les revenus, donner la priorité au marché intérieur, renationaliser les services publics et, plus généralement, affirmer le rôle de l'État en matière économique...

P. D. - Pourquoi l'opposition semble-t-elle totalement inexistante face à Cristina Kirchner ?

B. S. - Tout simplement parce que les dirigeants de l'opposition sont trop médiocres ou trop à droite. Aujourd'hui, le parti justicialiste ne peut pas être vaincu par la droite. Pour des raisons historiques liées à la dictature militaire et aux échecs économiques de celle-ci, mais également en raison du consensus progressiste qui domine la politique argentine contemporaine.
La bataille se joue donc à gauche, ou plutôt au centre gauche. Or personne n'a vraiment réussi à prendre de front les Kirchner, à les combattre sur leur propre terrain, à avancer des idées nouvelles ou à dénoncer les contradictions les plus frappantes.

P. D. - Quelles idées, par exemple ?

B. S. - La question de la protection de l'environnement offre un boulevard à l'opposition. Le gouvernement encourage le développement des mines à ciel ouvert - une politique massivement rejetée dans plusieurs provinces. Des milliers de manifestants protestent en ce moment contre ces activités à la Rioja et à Catamarca (Nord-Ouest). Mais pas un opposant n'a osé se rendre sur place. Le principal rival de Cristina Kirchner à l'élection présidentielle, le socialiste Hermes Binner, aurait dû le faire. Au lieu de cela, il est parti en vacances à la plage...
Il serait également intéressant de lancer un vaste débat national sur la réforme fiscale, sachant que la moitié des Argentins ne paient pas leurs impôts et qu'il s'agit de la seule façon de redistribuer la richesse de manière équitable. Sur ce sujet aussi, c'est le grand vide.

P. D. - Vous venez de mentionner Hermes Binner, l'ancien gouverneur socialiste de la province de Santa Fe, qui est arrivé en deuxième position derrière Cristina Kirchner avec 17 % des voix. Cette percée n'est-elle pas remarquable ?

B. S. - Ce qui est étonnant, c'est qu'il ait réalisé un meilleur score que le radical Ricardo Alfonsin (fils de l'ancien président Raul Alfonsin). Le parti radical représente l'opposition historique au péronisme. La contre-performance de son leader montre que ce parti a été incapable de remonter la pente depuis son implosion en 2001 après la chute de Fernando de la Rua.
Hermes Binner est loin d'être un révolutionnaire. Il est à la tête du Frente Amplio Progresista, qui ne remet pas en cause le modèle de développement argentin. Lui-même est originaire d'une des principales provinces productrices de soja du pays. Son succès tient surtout à sa réputation d'homme honnête. Ancien médecin, c'est un socialiste modéré, très politiquement correct. Mais, à 68 ans, il ne projette pas vraiment l'Argentine dans l'avenir. Il manque terriblement de charisme.

P. D. - Les Kirchner, eux, ont su capter un nouvel électorat en menant une politique en faveur des droits de l'homme et des minorités, allant jusqu'à légaliser en juillet 2010 le mariage homosexuel dans un pays qui se dit catholique à 91 %...

B. S. - Ils ont su voir que la société, malgré le poids du catholicisme, était mûre pour le mariage homosexuel. L'opinion publique argentine, contrairement aux Français qui sont davantage attachés au terroir, est très urbaine (90 % de la population vit en ville). En revanche, les Argentins ne semblent pas prêts à accepter la légalisation de l'avortement. La présidente elle-même, d'ailleurs, y est hostile. Les péronistes, encore une fois, sont de bons « surfeurs » qui ne prendront jamais la vague de face.

P. D. - Votre remarque vaut-elle pour les droits de l'homme ?

B. S. - En réalité, les Kirchner ne se sont jamais vraiment préoccupés de la question des droits de l'homme avant d'arriver au pouvoir. Les mesures prises en la matière, notamment la réouverture des procès contre les militaires (9), font partie de l'« alliance transversale » (10) que Nestor Kirchner a mise en place peu après son élection pour consolider sa base, alors qu'il ne contrôlait pas encore le parti.
Il a compris que les mouvements sociaux et les organisations de défense des droits de l'homme détenaient un pouvoir de représentation et de mobilisation politique qui lui serait très utile. C'était aussi une façon, au moment où la classe politique était totalement discréditée, de se forger une autorité morale. Cet espace était d'autant plus vierge que Carlos Menem l'avait soigneusement évité, amnistiant au contraire à la fois les militaires et les membres de la guérilla.

P. D. - Dès lors, les Kirchner feront de la multiplication des symboles liés à la mémoire un axe majeur de leur politique...

B. S. - L'événement fondateur de ce travail de mémoire sera les cérémonies du 24 mars 2004, lorsque Nestor Kirchner fait décrocher des murs du Collège militaire les portraits du premier et du dernier président de la dictature, les généraux Jorge Videla et Reynaldo Benito Bignone. Il accède ainsi aux demandes des organisations de défense des droits de l'homme. Et il ouvre la voie à la décision de la Cour suprême qui, en 2005, jugera l'amnistie des militaires « inconstitutionnelle ».
Autre geste symbolique : Nestor Kirchner est le premier président, depuis le retour de la démocratie en 1983, à se rendre à l'Esma, l'École supérieure de mécanique de la marine argentine, qui fut le plus important centre de détention et de torture durant la dernière dictature (1976-1983). Il en fera un mémorial.
Cette politique menée au pas de charge ne va pas sans paradoxes : Nestor Kirchner, qui place le travail de mémoire au centre de son action politique, commence par un acte d'omission volontaire en ignorant le travail effectué par la Conadep (Commisssion nationale sur la disparition de personnes) et le procès historique de la junte ouvert par le président Raul Alfonsin. Comme s'il fallait que la politique des Kirchner sur les droits de l'homme soit écrite sur une page vierge...

P. D. - Pourquoi dites-vous dans votre livre sur Nestor Kirchner, L'Audace et le calcul, que l'importance donnée au mouvement des Mères de la place de Mai a été essentiellement opportuniste ?

B. S. - Les cérémonies de l'Esma ont permis de rallier les associations des Mères et des Grand-Mères de la place de Mai au gouvernement. Cette alliance est allée en se fortifiant au cours des années, notamment avec Cristina Kirchner. Hebe de Bonafini, la présidente des Mères de la place de Mai, et Estela de Carlotto, présidente des Grand-Mères de la place de Mai, sont désormais de toutes les cérémonies officielles. Leur exposition politique dépasse largement la sphère de la lutte pour les droits de l'homme.

P. D. - Vous dites aussi que les Kirchner ont été capables du meilleur comme du pire...

B. S. - Les Kirchner ont permis la corruption, mais ils ont distribué les plans sociaux ; ils ont étouffé les provinces, mais ils ont multiplié les politiques publiques ; ils ont restauré le prestige de la Cour suprême, mais ils ont bafoué les institutions républicaines, notamment le Parlement ; ils ont encouragé la croissance économique, mais ils ont permis à de nombreux amis et proches de s'enrichir de manière illégale...

P. D. - La corruption n'est pas vraiment un phénomène nouveau en Argentine...

B. S. - Effectivement, elle a toujours été très forte, en particulier à l'époque péroniste. Pour autant, les Kirchner n'ont rien fait pour y remédier, à la différence de la présidente brésilienne Dilma Rousseff qui n'hésite pas à se débarrasser des ministres corrompus hérités de son prédécesseur, Luiz Inacio « Lula » da Silva (11). En Argentine, les affaires ont tendance à se multiplier. Et lorsqu'elles sortent dans la presse, le gouvernement accuse les médias d'opposition de chercher à l'abattre.
Mais, surtout, les Kirchner eux-mêmes ont amassé une énorme fortune personnelle en profitant de la vente de terrains défiscalisés dans leur fief de Santa Cruz, en Patagonie. Entre 2003 et 2010, leur patrimoine déclaré a augmenté de près de 1 000 %. Il atteindrait 55 millions de pesos (11 millions d'euros).

P. D. - Cristina Kirchner demeure néanmoins populaire : l'offensive diplomatique en cours sur les Malouines y est-elle pour quelque chose (12) ?

B. S. - Les Kirchner sont, fondamentalement, des « patriotes territoriaux ». Ils appartiennent à cette catégorie d'Argentins irrédentistes persuadés - à tort - que l'Argentine a perdu des territoires tout au long de son histoire et qui voient dans les Malouines une sorte d'Alsace-Lorraine. Ce qui est faux : le pays a, au contraire, conquis toute la Patagonie (13). Il n'a pas perdu, comme la Bolivie, un accès à la mer...
Ce qui est vrai, en revanche, c'est que cette cause demeure très populaire dans l'opinion publique, comme on a pu le constater lors des commémorations, le 2 avril, des trente ans de la guerre contre le Royaume-Uni. C'est d'ailleurs ce qui explique pourquoi le peuple argentin a soutenu la junte militaire en 1982, malgré toutes les atrocités commises.

P. D. - Aujourd'hui, l'Argentine n'est plus de taille à rivaliser avec le Brésil. Pourtant, il y a trente ans, les deux pays avaient un poids économique équivalent. Alors que sous Carlos Menem on parlait encore d'une « Argentine puissance », le kirchnérisme semble en avoir fait le deuil...

B. S. - L'Argentine s'est effacée au profit du Brésil. Un exemple : il y a un siècle, l'Argentine totalisait 58 % du marché automobile en Amérique latine. En 2012, elle représente 10 % du marché automobile brésilien !
Du temps de Carlos Menem, l'Argentine avait un peu la folie des grandeurs, pensant encore appartenir au « premier monde ». C'était l'époque où elle proposait une médiation dans le conflit israélo-palestinien, dépêchait des navires pour participer à la guerre du Golfe et se comparait au Canada ou à l'Australie sous prétexte que le peso était arrimé au dollar.
La crise de 2001 a remis les pendules à l'heure. Nestor Kirchner a fixé comme priorité une meilleure intégration régionale, notamment à travers l'Unasur, l'Union des nations sud-américaines dont il a été élu secrétaire général en mai 2010, quelques mois avant de mourir (14). En décembre 2011, la création à Caracas du Celac, la Communauté des États d'Amérique latine et des Caraïbes (qui regroupe 33 pays d'Amérique latine) a permis à ce projet de franchir un nouveau cap. Un projet somme toute plus raisonnable qu'une « Argentine puissance »...
Notes :
(1) Entre mai et octobre éclate un violent conflit, appelé crise du « campo », entre les agriculteurs et le gouvernement. Ce dernier voulait surtaxer les exportations de céréales, notamment celles de soja, principales rentrées de devises. Face à la mobilisation des petits exploitants qui, pour la première fois, rejoignent les grands propriétaires terriens, celle de l'opposition et d'une large partie de l'opinion publique, le gouvernement des Kirchner est obligé de reculer. Le vice-président radical, Julio Cobos, fera capoter le projet de loi au Sénat en imposant son veto, signant sa rupture avec la présidente Cristina Kirchner dont la cote de popularité baisse sérieusement dans les sondages. Cette crise laissera des séquelles : en juin 2009, le parti péroniste perdra sa majorité au Parlement, également affaibli par la crise mondiale.
(2) Beatriz Sarlo n'a pas été arrêtée pendant la dictature militaire. Elle a fondé la revue de critique littéraire Punto de Vista en 1978. Elle l'a dirigée jusqu'en 2008.
(3) Le Parti justicialiste a été fondé en 1945 par le général Juan Domingo Peron. Considéré comme le parti officiel du péronisme, il regroupe plusieurs mouvements de droite et de gauche. C'est le parti de l'actuelle présidente de la République argentine, Cristina Fernandez de Kirchner. Le PJ a regagné la majorité relative des sièges au Parlement en octobre 2011 (97 sièges sur 257 à la Chambre des députés ; 36 sièges sur 72 au Sénat).
(4) L'Argentine connaît une hausse constante des prix depuis 2007 (+137 % cumulés selon les instituts privés) que refuse cependant de reconnaître le gouvernement. La fiabilité des chiffres publiés par l'Indec (Instituto Nacional de Estadística y Censos) est mise en doute par la plupart des instituts privés et des instituts provinciaux. Ces derniers estiment la hausse des prix à plus de 25 % en 2011 contre seulement + 9,5 % selon le gouvernement.
(5) La Campora est une organisation de jeunesse péroniste qui a été fondée en 2004 par le président Nestor Kirchner (2003-2007) en marge de l'appareil justicialiste. Elle tire son nom d'Hector Campora, qui représentait l'aile gauche du mouvement péroniste dans les années 1970. Présente dans de nombreuses villes du pays, elle est la plus importante des organisations péronistes de jeunesse dans la ville autonome de Buenos Aires. La Campora est dirigée par le fils aîné de la présidente, Maximo Kirchner. Depuis la réélection de Cristina Kirchner, ce mouvement n'a cessé de prendre de l'importance dans les rouages du pouvoir, notamment à travers la figure de l'actuel vice-ministre de l'Économie Axel Kicillof, 40 ans. Ces jeunes K (kirchnéristes) font parfois grincer des dents parmi les barons traditionnels du péronisme qui cherchent à limiter leur emprise politique.
(6) La nomination de Mariano Recalde, 39 ans, militant de la Campora, à la présidence d'Aerolinas Argentinas, la compagnie aérienne nationale argentine, le 8 juillet 2009, a suscité de vives critiques dans les médias et l'opposition. Cet avocat spécialisé dans le droit du travail, proche de Maximo Kirchner, qui n'a aucune expérience dans le domaine aéronautique ni d'ailleurs en matière de gestion d'entreprise, dirige un groupe de plus de 10 000 employés, affichant un déficit de 700 millions de dollars.
(7) Il a été créé en 1929 par le révolutionnaire mexicain Plutarco Elias Calles, sous le nom de Parti national révolutionnaire. En 1938, il devient Parti de la révolution mexicaine, puis, en 1946, Parti révolutionnaire institutionnel. Gouvernant sans partage, il domine la vie politique du Mexique jusqu'en 1997 lorsque le PRI subit un sérieux revers électoral, perdant pour la première fois la majorité absolue à la Chambre des députés. En juillet 2000, il essuie une lourde défaite face au PAN (Parti action nationale) dont le candidat, Vicente Fox, remporte l'élection présidentielle, mettant fin à soixante et onze ans de pouvoir absolu. Présidé par Beatriz Paredes Rangel depuis 2007, le parti conserve toutefois d'importants appuis (dans certains des syndicats les plus puissants du pays notamment) et contrôle 18 États sur 32.
(8) La dictature catholique-nationaliste du général Aramburu qui suit le coup d'État de 1955, dit de la Révolution libératrice, dissout le Parti justicialiste puis, en mars 1956, interdit toute « affirmation idéologique ou propagande péroniste », prohibant jusqu'au nom même de Peron. Cette « prescription », qui va durer une vingtaine d'années, ne suffira toutefois pas à éradiquer le mouvement alimenté par la « résistance péroniste ». Juan Peron, devenu, avec Eva, un véritable mythe, se fera réélire triomphalement à la présidence en septembre 1973.
(9) Les poursuites judiciaires contre les crimes commis sous la dictature militaire ont connu deux phases principales : sous la présidence de Raul Alfonsin (1983-89) avec l'ouverture des procès contre la junte et la condamnation de hauts dignitaires militaires ainsi que de plusieurs guérilleros montoneros. Les lois du Point final (1986) et de l'Obéissance due (1987) protégèrent le reste des militaires de toute poursuite. En 1989 et 1990, le président Carlos Menem amnistia l'ensemble des personnes condamnées lors du procès de la junte.
En 2005, sous la présidence de Nestor Kirchner, la Cour constitutionnelle déclara les deux lois d'amnistie de 1986 et 1987 anticonstitutionnelles, ouvrant ainsi la voie à de nouveaux procès. À ce jour, 273 personnes ont été condamnées pour crime contre l'humanité sur un millier en cours de jugement. Parmi elles : l'ancien dictateur, le général Jorge Videla, 85 ans, qui dirigea la junte de 1976 à 1981 ; le général Reynaldo Bignone qui lui succèda de 1982 à 1983 ; et l'officier de marine Alfredo Astiz, surnommé l'« ange blond de la mort », impliqué notamment dans la disparition des deux religieuses françaises Alice Domon et Léonie Duquet.
(10) Élu en 2003 grâce au désistement de Carlos Menem, Nestor Kirchner manque de légitimité politique. Il va s'appuyer sur un jeu d'alliances transversales, auprès des organisations des droits de l'homme, des acteurs de la société civile, des syndicats et même, pendant un temps, des mouvements de piqueteros, ces chômeurs qui bloquent les routes pour réclamer du travail.
(11) Au cours de sa première année de mandat, Dilma Rousseff, élue à la présidence du Brésil en janvier 2011, s'est séparée de sept de ses ministres dont six pour soupçons de fraude ou de corruption. Elle a promis d'imposer une « tolérance zéro » en la matière - bataille que son prédécesseur, Luiz Inacio Lula, n'avait pas eu le courage de mener. Selon une étude de la Fondation des industries de l'État de São Paulo, la corruption coûte chaque année entre 17 et 30 milliards d'euros, plombant la croissance, la compétitivité et l'efficacité des aides publiques à la population.
(12) L'annonce de l'envoi d'un destroyer britannique et la venue du prince William aux îles Malouines en février ont ravivé les tensions entre le Royaume-Uni et l'Argentine. Trente ans après la guerre britannico-argentine, Buenos Aires revendique sa souveraineté sur l'archipel de l'Atlantique Sud, sous contrôle de la Couronne depuis 1833. Le gouvernement de Cristina Kirchner a déposé une plainte au Conseil de sécurité des Nations unies sur la question, dénonçant « un grave danger pour la sécurité internationale ». La guerre de 74 jours contre le Royaume-Uni, menée par la junte militaire, s'était soldée par le décès de 649 soldats argentins et 255 britanniques.
(13) La Conquête du Désert a été menée par l'armée argentine entre 1879 et 1881 sous les ordres du général et futur président Julio Argentino Roca. Ce dernier désirait obtenir une domination totale sur les régions du sud de la Pampa et sur la Patagonie orientale, alors habitées par les Indiens mapuche.
(14) L'Union des nations sud-américaines créée le 23 mai 2008 est une organisation intergouvernementale intégrant deux unions douanières présentes dans la région : le Marché commun du Sud (Mercosur) et la Communauté andine (CAN), dans le cadre d'une intégration continue de l'Amérique du Sud. Le président argentin Nestor Kirchner fut son premier secrétaire général, élu le 4 mai 2010. Après le décès de ce dernier en octobre de la même année, c'est l'ancienne ministre des Affaires étrangères de Colombie, Maria-Emma Meija Velez, qui l'a remplacé pour un mandat de deux ans.