Politique Internationale - La Revue n°129 - AUTOMNE - 2010

sommaire du n° 129
LA GUERRE D'AFGHANISTAN EST-ELLE PERDUE ?
Article de Jean-Pierre Perrin
Journaliste, spécialiste du Moyen-Orient. Auteur, entre autres publications, de : Jours de poussière
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« La conduite de la guerre en Afghanistan approche de la perfection - dans le sens qu'elle est menée de façon parfaitement inepte » (1). Ce commentaire d'un haut responsable du renseignement américain date de 2004. À cette époque, les talibans, encore sonnés par l'attaque américaine de l'hiver 2001 qui les a chassés du pouvoir, n'ont pas fini de se réorganiser ni repris vraiment leur reconquête du pays. Ils ne se signalent que, de temps à autre, par des embuscades et des assassinats dans des districts reculés du sud et de l'est du pays ou par quelques timides offensives. Pourtant, le commandement américain affiche une confiance inébranlable. À preuve cette autre déclaration, cette fois du général Tony Franks, en charge des forces américaines, qualifiant les opérations militaires de « succès sans réserve et absolus » (2). Six ans plus tard, le triomphalisme des états-majors occidentaux n'est plus de mise. Au contraire, règne à présent une inquiétude profonde à l'idée que la guerre puisse être perdue. Certaines des erreurs les plus flagrantes commises dans le passé ont été reconnues, analysées, voire regrettées. Une nouvelle stratégie est en cours depuis décembre 2009, substantiellement différente de celles qui l'ont précédée. Mais n'est-il pas déjà trop tard ? La question hante non seulement le commandement de l'Otan, mais également l'administration américaine et les gouvernements des pays alliés. D'autant que le président Barack Obama, sous la pression de l'aile libérale du parti démocrate et d'une opinion publique de plus en plus défavorable à la poursuite du conflit, s'est vu contraint de fixer à juillet 2011 le retrait d'Afghanistan des premières forces américaines.

Le cas McChrystal

Désormais, c'est le général quatre étoiles David Petraeus qui dirige à la fois les forces américaines et celles de l'Otan en Afghanistan (3). Chef du commandement stratégique, celui que l'on a surnommé le « réparateur » pour avoir sorti l'armée américaine du bourbier irakien redescend en quelque sorte d'un échelon pour succéder au général Stanley McChrystal, brutalement « démissionné » en juin par le président Obama. Sans avoir démérité militairement, l'officier s'était permis un tir à vue, fracassant et explosif, dans le bimensuel Rolling Stone, contre de hauts responsables américains, en particulier le vice-président américain Joe Biden. Le conseiller à la Sécurité Jim Jones, le représentant spécial pour l'Afghanistan et le Pakistan Richard Holbrooke et l'ambassadeur des États-Unis à Kaboul, Karl Eikenberry, étaient, eux aussi, sérieusement malmenés (4). Même si les incartades verbales du général américain pouvaient sembler gratuites, peut-être proférées sous l'emprise de l'alcool, elles témoignaient de l'existence d'un fossé entre les militaires et la présidence. On pouvait même y déceler une certaine méfiance à l'encontre du chef de l'État et, à ce titre, chef des forces armées - des propos inquiétants lorsqu'on prétend sinon gagner une guerre, du moins ne pas en revenir vaincu. Les propos de McChrystal laissaient percevoir les divergences survenues à l'automne 2009 lorsque Barack Obama avait mûri pendant trois longs mois sa décision d'envoyer des renforts en Afghanistan. Le général confiait avoir trouvé cette période « pénible » et découvert un président « mal à l'aise et intimidé ». Un de ses conseillers allait jusqu'à ajouter, toujours dans Rolling Stone, que McChrystal n'avait pas retiré une bonne impression d'une rencontre avec le chef de l'État... 

Le renvoi de McChrystal, un spécialiste de la guerre anti-insurrectionnelle, est intervenu au pire moment, alors que se mettait en place la « nouvelle stratégie » et que se préparait une offensive de grande ampleur, préparée depuis des mois, pour desserrer l'étau des talibans autour de Kandahar, la deuxième ville du pays (environ 500 000 habitants), le berceau de la monarchie qui donna naissance à l'Afghanistan et l'ancienne capitale du mouvement taliban. Après le rappel du général McKiernan - prédécesseur de McChrystal - pour résultats médiocres, ce nouveau limogeage ne donnait pas une image des plus heureuses de la façon dont la guerre était conduite. D'autant plus que McChrystal était populaire auprès de ses officiers. Il était aussi le seul général à avoir obtenu quelques succès sur le terrain et l'un des rares responsables américains à entretenir d'excellentes relations avec le président Hamid Karzaï. Un diplomate occidental en poste à Kaboul eut pour lui ce compliment au moment de son départ : « Avant lui, c'était une basse-cour remplie de poulets sans tête courant dans tous les sens. Aujourd'hui, tout le monde marche dans la même direction. » L'Otan lui a également rendu un bel hommage, via Anders Fogh Rasmussen, son secrétaire général : « L'approche qu'il a contribué à mettre en place est la bonne. [Sa] stratégie continue à bénéficier du soutien de l'Otan et nos forces continueront à la mettre en oeuvre. » En réalité, celle-ci avait été élaborée par son supérieur direct de l'époque, David Petraeus, qui, à la tête du Commandement stratégique, était chargé de la superviser. Elle doit donc beaucoup, mais pas seulement, à l'expérience irakienne de ce dernier. En tout cas, le fait que Petraeus succède à McChrystal montre que la Maison Blanche n'entend pas changer de stratégie. 

La nouvelle stratégie 

Premier constat : l'armée américaine a « manqué de ressources dès le départ » et « continue d'en manquer ». Autrement dit, elle ne dispose pas de suffisamment d'hommes pour faire face à la mission qui lui a été confiée. D'où la demande initiale formulée par McChrystal de 45 000 soldats supplémentaires - il n'en obtiendra que 30 000 - en sus des 68 000 qui, à cette époque, servaient en Afghanistan. 

Mission de ces renforts : protéger les zones habitées plutôt que de participer à la reconquête des territoires contrôlés par les talibans. Les forces américaines sont désormais appelées à se concentrer principalement sur une dizaine de villes à forte population tandis que, dans le reste du pays, des drones de reconnaissance et des informateurs locaux guident des attaques ponctuelles contre les insurgés. Dans les régions reculées, les petites bases, difficiles à défendre et coûteuses en hommes, seront fermées. 

Philosophie de cette stratégie, radicalement différente de la précédente qui ignorait cet aspect du problème : la prise en compte de la situation très difficile dans laquelle se débat la population afghane. Il convient de la protéger à la fois contre les exactions des talibans et les innombrables « bavures » commises par l'Otan, en particulier lors des bombardements sauvages de l'aviation américaine. « Notre stratégie ne peut consister uniquement à gagner du terrain et à détruire les forces des insurgés ; notre objectif doit être la population », écrivait McChrystal lors de sa prise de fonctions. Aussi a-t-il exigé que les frappes aériennes soient sensiblement réduites afin d'éviter les pertes civiles. « Je continuerai à me concentrer sur la réduction au strict minimum des pertes civiles innocentes pendant les opérations militaires », a renchéri Petraeus, lors de son audition le 29 juin par la commission de la défense du Sénat. Revers de la médaille : par un effet mécanique, les pertes des militaires vont augmenter. 

Pour le reste, il s'agit d'une stratégie classique de contre-insurrection, sans grande imagination, qui se résume par la formule : « shape, clear, hold and build. » À charge pour les troupes engagées de prendre un territoire, de le « nettoyer », de le « tenir » afin d'empêcher les insurgés de revenir et, enfin, d'y mettre en oeuvre un programme de développement. Une façon de « gagner les coeurs et les esprits ». Il est prévu d'accroître l'engagement civil consacré à la reconstruction économique, notamment le déploiement d'experts agricoles et d'ingénieurs sur le terrain.

Ce qui a changé, aussi, c'est la façon d'envisager l'avenir. À présent, l'armée américaine et les forces de l'Otan n'ont plus pour ambition d'éliminer l'insurrection mais seulement d'imposer un nouveau rapport de force qui verrait les rebelles perdre l'initiative. D'où les lourdes offensives très ponctuelles des forces américaines et alliées, comme celle lancée à Marjah, en février-mars, ou celle en cours à Kandahar. Parallèlement se met en place une politique de la main tendue à l'initiative du président Hamid Karzaï et de l'ONU, laquelle dispose, à cet effet, d'un budget de plusieurs millions de dollars. Des négociations sont proposées aux talibans les moins idéologiques, ceux qui sont prêts à reconnaître la Constitution et les institutions afghanes et à couper tout lien avec Al-Qaeda, ainsi qu'à ceux qui sont fatigués de la guerre ; aux uns et aux autres, des responsabilités, de l'argent, des protections sont offerts en échange de leur adieu aux armes. Le 7 octobre a été inauguré le Haut Conseil de la paix, chargé d'établir des contacts avec les insurgés. Cette commission compte près de 70 membres, dont des chefs de guerre, des femmes, des religieux et des membres du gouvernement. Cette approche plus politique du conflit est la conséquence mécanique de l'enlisement militaire. 

L'enlisement 

À la veille de la conférence internationale de Londres, le 28 janvier, qui réunissait 60 pays engagés d'une façon ou d'une autre en Afghanistan, le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, admettait ouvertement que la guerre ne pouvait être gagnée : « Ceux qui croient que l'Afghanistan peut être sécurisé uniquement par des moyens militaires se trompent totalement. Le succès de la nouvelle stratégie n'est pas garanti, mais on peut être sûr d'une chose : la stratégie ancienne a échoué. » Dans une interview donnée au Financial Times du même jour, le général McChrystal lui faisait écho : « En tant que soldat, mon sentiment personnel est qu'il y a eu assez de combats. »

À côté de cette guerre que l'on pourrait qualifier de visible ou d'officielle, il y a l'autre, clandestine, secrète, le plus souvent invisible, en tout cas menée loin du regard des médias, souvent par la CIA qui reprend ainsi des missions relevant du Pentagone (5). Objectif : éliminer les dirigeants de l'insurrection afin de la priver de ses cadres. Points forts de cette stratégie : les opérations commandos lancées le plus souvent de nuit (pour 82 % d'entre elles) et les vols de drones - ces avions sans pilote qui, à partir de bases avancées mais dirigés depuis les États-Unis, survolent les provinces frontalières du Pakistan pour localiser et tuer les chefs talibans et leurs alliés d'Al-Qaeda. Ces forces spéciales, qui disposent, outre les drones, d'une flotte d'hélicoptères et d'avions, ont quasiment triplé en un an. Selon le magazine allemand Der Spiegel (6), qui cite un briefing de l'état-major des forces internationales à des diplomates étrangers, elles ont tué 365 chefs talibans pendant la période allant du 8 mai au 8 août 2010. Nombre d'entre eux l'ont été au Pakistan, la guerre contre-insurrectionnelle ayant été étendue à ce pays en vertu de la stratégie dite AfPak (Afghanistan-Pakistan) (7).

Un retrait controversé

 Là où le bât blesse, c'est que l'opinion publique américaine est de plus en plus lasse de la guerre tout comme l'aile libérale du parti démocrate qui craint, par surcroît, le verdict des urnes. D'où la décision du président Obama, dans l'espoir de satisfaire les uns et les autres, d'ordonner le retrait des premiers régiments américains à l'été 2011. Une telle décision fait peu de cas de la conduite de la guerre et contredit l'envoi des 30 000 hommes en renfort. Elle risque d'avoir un effet d'entraînement sur les autres membres de la coalition et de précipiter le départ de leurs contingents. Pis encore : pour les insurgés, cette annonce résonne comme un début de victoire dans la mesure où, à ce jour, aucun succès militaire notable ne permet de la justifier. Le malaise est perceptible jusqu'au sein de l'état-major américain. Certains observateurs parlent même de fronde.

De manière très diplomatique, le général Petraeus a fait savoir qu'il n'était pas favorable à une date de départ si rapprochée. Il a même estimé qu'elle n'était pas « contraignante » : « Le président et le vice-président Biden l'ont dit de façon très claire : il y a une date à partir de laquelle le processus commencera mais tout dépendra des conditions qui seront alors réunies », déclarait Petraeus le 15 août sur la chaîne américaine NBC. Pour le général, un tel départ est d'autant plus précipité que la « nouvelle stratégie » commence, selon lui, à porter ses fruits. Un autre officier, commandant le corps des Marines en Afghanistan, le général James Conway, a été plus direct. Devant le Pentagone, il a osé déclarer que l'annonce d'un tel retrait avait « probablement encouragé l'ennemi ». Peu après, le 24 août, lors d'une conférence de presse, il enfonçait le clou : « On pense qu'ils [les insurgés] ont dû se dire : tenons bon, on n'en a plus pour longtemps. » À propos des forces de sécurité afghanes, il avait indiqué que « plusieurs années vont s'écouler avant que les conditions sur le terrain nous permettent de passer la main ». Son de cloche guère plus optimiste du général Bill Caldwell, chargé de l'entraînement de l'armée et de la police afghanes : celles-ci ne seront pas prêtes à prendre le relais de la coalition internationale avant octobre 2011, au mieux. Soit trois mois après le début du retrait annoncé des troupes américaines, date à laquelle l'Otan estime qu'elles auront atteint l'effectif de 305 000 hommes. 

 Ce sont donc de graves divergences qui se font jour entre civils et militaires. La déclaration du commandement américain sur le terrain va à l'encontre des voeux de plusieurs leaders démocrates, en particulier - on est à la veille des élections dites du MidTerm - de la présidente de la Chambre des députés, Nancy Pelosi, qui a exigé de Barack Obama un plan détaillé de sortie d'Afghanistan. Indirectement, Petraeus a demandé aux politiques de faire preuve de patience, leur expliquant qu'il ne suffit pas de gagner une guerre ; encore faut-il laisser derrière soi un pays doté d'institutions solides. Réponse d'Obama, par la voix de ses porte-parole : pas question de faire preuve de flexibilité, le retrait - dont on ne connaît ni l'ampleur ni la durée - se fera à la date prévue. Robert Gates, le secrétaire d'État à la défense, s'est montré encore plus ferme, déclarant que juillet 2011 était une date gravée dans le marbre. Aussi, face à ce contre-feu, Petraeus a-t-il été obligé de nuancer sa position : « Le message que nous voulons faire passer en parlant de juillet 2011 ne signifie pas que nous allons nous diriger vers la sortie et éteindre la lumière en franchissant la porte. Il ne s'agit pas d'un exode. Il s'agit, en réalité, d'un message d'urgence. Nous disons clairement qu'en juillet 2011 un processus va s'enclencher. Et que le rythme de ce processus sera déterminé par les conditions sur le terrain. » Sans oublier le rythme de la transition du pouvoir entre les troupes de la coalition et les forces afghanes...

Même le président afghan Hamid Karzaï y est allé de son couplet, le 27 août, en compagnie d'un groupe de parlementaires américains. Il a dénoncé le prochain rapatriement de soldats américains qui, selon lui, contribue à « regonfler le moral » des talibans. Critique reprise trois jours plus tard, en recevant le président du Parlement allemand, Norbert Lammer, quand il a cette fois qualifié la stratégie américaine d'« inefficace ». « La stratégie de la guerre contre le terrorisme doit être réévaluée. L'expérience des huit dernières années montre que combattre dans les villages afghans a été inefficace et ne conduit à rien si ce n'est à tuer des civils », a-t-il ajouté. Karzaï propose, lui, de multiplier les attaques contre les bases de la guérilla au Pakistan. La charge du président afghan paraît assez étonnante lorsqu'on sait qu'il avait approuvé la stratégie militaire définie par Obama et qu'il s'était réjoui de sa mise en oeuvre. Il ne cache d'ailleurs pas qu'il s'entend bien avec le général Petraeus, le concepteur de cette stratégie.

En fait, des critiques surgissent de toute part. Même l'ambassadeur russe à New Delhi a regretté le « retrait hâtif » des forces américaines, estimant que celui-ci risquait d'ouvrir les « portes de l'enfer ». Une analyse de la fondation RAND, l'un des plus prestigieux think tanks américains, va dans le même sens. En se fondant sur l'étude de 90 insurrections de 1945 à nos jours, elle fait valoir qu'il faut compter en moyenne 14 années avant d'en venir à bout...

Échec de la nouvelle stratégie

Cela dit, Hamid Karzaï a raison : avec ou sans retrait en juillet 2011, la « nouvelle stratégie » américaine est très loin de produire les effets escomptés. Certes, il faut laisser aux 30 000 hommes supplémentaires le temps de se rendre en Afghanistan - les derniers sont arrivés en septembre -, de s'y déployer et d'être opérationnels. Il n'empêche que jamais les pertes américaines n'ont été aussi élevées ; selon les chiffres du Pentagone, 2010 sera l'année la plus meurtrière depuis le début du conflit avec 490 soldats, dont 323 Américains, tués pendant les huit premiers mois de celle-ci. Les rebelles progressent dans des régions où ils n'étaient pas actifs jusqu'à présent, dans l'Ouest, dans le Nord, où ils se rapprochent de la grande ville de Mazar-I-Shariff, et surtout dans la province de Kunduz (Nord-Est). On remarque aussi une attaque sans précédent des insurgés contre une base américaine dans la province du Badakhshan (Nord-Est). « Les talibans ont profité des vastes offensives de l'Otan dans le sud du pays pour déployer leurs réseaux dans le Nord et l'Ouest. Ils sont à présent dans des provinces comme le Nimrod ou le Farah, où ils n'étaient pas auparavant », souligne la chercheuse Maryam Abou Zahab. Un chiffre qui en dit long : en août 2009, quelque 630 attaques étaient recensées ; une année plus tard, celles-ci ont plus que doublé pour atteindre le record de 1 353, selon l'ONG afghane Safety Office (une organisation indépendante financée par les gouvernements occidentaux). Les guérilleros redoublent d'audace et n'hésitent plus à lancer des commandos de kamikazes contre les postes avancés américains, comme cela s'est produit fin août dans la province de Khost. 

Le principal défaut de cette stratégie, c'est qu'elle n'est pas en prise avec la réalité du terrain. Donner la priorité à la population, soit. Mais c'est ignorer combien celle-ci, dans les régions rurales pachtounes, vit en symbiose avec les talibans. Un sondage réalisé en août par le think tank américain Institute for the Study of War le montre : 85 % des Afghans de la région de Kandahar interrogés considèrent les talibans comme leurs « frères afghans ». Dans un rapport pour la fondation américaine Carnegie, le chercheur français Gilles Dorronsoro insiste sur l'« incompréhension américaine » face aux insurgés islamistes : « Ils ont su exploiter les griefs locaux contre les officiels corrompus et l'attitude des forces étrangères, et l'inscrire dans le cadre d'une guerre sainte. En cela, ils ont pris soin de ne pas chercher la confrontation avec la population. » Et d'ajouter : « Comment la coalition va-t-elle contrôler les zones supposées "nettoyées" ? La confiance entre la population et le peuple afghan (en particulier les Pachtouns) n'existe tout simplement pas et, après huit ans, la bataille pour les coeurs et les esprits a été perdue. »

La grande « offensive » (en février-mars) de Marjah, une zone rurale et largement désertique de la province du Helmand (sud du pays), l'un des principaux bastions des talibans, l'illustre bien. Elle apparaît comme un coup d'épée dans l'eau. Des milliers de Marines, de soldats américains et des régiments britanniques entiers y ont été engagés pour un bilan extrêmement mince. L'état-major a pu parler de victoire, mais de quelle victoire s'agit-il ? Les insurgés, comme on pouvait le prévoir, ont largement refusé de combattre et, excepté leurs snipers, se sont évanouis à l'approche des troupes alliées pour revenir à leur base. Un rapport des experts du Royal United Services Institute de Londres a également souligné que cette offensive phare n'avait pas été concluante. Même l'amiral Mike Mullen, le chef d'état-major de l'armée américaine, l'a admis après une visite en juin en Afghanistan : « Nous avons sous-estimé certains défis. Ils [les talibans] reviennent la nuit et la menace est toujours là. » Suite à cet échec, l'offensive visant à desserrer l'étau des insurgés sur Kandahar, prévue en juin, a été repoussée à septembre. 

Le double jeu du Pakistan

 C'est dans ce contexte déjà particulièrement difficile qu'est intervenue l'affaire dite WikiLeaks (un site d'origine islandaise spécialisé dans la mise en ligne de documents confidentiels), autrement dit le « grand déballage » des petits et grands secrets de la guerre d'Afghanistan. Au total, 92 000 documents, soit plus de 200 000 pages, émanant de généraux connus comme d'obscurs sous-officiers affectés dans des avant-postes isolés, ont été brusquement publiés sur la toile le 25 juillet, les meilleurs « scoops » ayant été réservés au New York Times, au Guardian et au Spiegel. Certes, ils ne rendent compte que de la période allant de janvier 2004 à décembre 2009, c'est-à-dire avant la « révision stratégique » opérée par Petraeus et McChrystal, mais ils confirment l'impression que la guerre est mal engagée, mal maîtrisée, que la victoire est illusoire et que la population afghane paie au prix fort les erreurs tactiques et stratégiques de l'Otan. En tout cas, ils jettent une lumière des plus crues sur le conflit. On y découvre aussi bien l'ampleur de la corruption de l'administration afghane que la possession par les talibans d'armes sophistiquées - comme les missiles sol-air à guidage infrarouge. Mais les véritables révélations concernent le jeu pakistanais. 

On connaissait de longue date les relations étroites qui unissent l'ISI (Inter-Services Intelligence - les services secrets militaires pakistanais) à certains insurgés afghans, en particulier le réseau de Jalaluddin Haqqani (8), basé dans l'agence tribale pakistanaise du Nord-Waziristan. Ce que l'on découvre à la lecture de ces documents secrets, c'est leur densité et leur régularité. La politique pakistanaise a-t-elle évolué depuis - comme l'affirme Washington, le porte-parole du Département d'État Philip Crowley allant jusqu'à dire que l'approche d'Islamabad « a fondamentalement changé depuis un ou deux ans » ? C'est difficile à imaginer. Quand on remonte l'arbre généalogique des talibans, on s'aperçoit à quel point l'ISI a joué un rôle fondamental dans la naissance du mouvement, en 1994, et comment il l'a accompagné tout au long de son histoire. On voit dès lors très mal comment les deux alliés pourraient rompre du jour au lendemain, fût-ce sous la pression américaine.

 En fait, il apparaît bien que le gouvernement d'Islamabad, tout en menant une guerre ouverte et terriblement destructrice pour les populations villageoises des zones tribales pachtounes contre ses propres talibans, essentiellement ceux du mouvement Tehrik-i Taliban Pakistan, continue paradoxalement à soutenir les talibans afghans. L'affaire du mollah afghan Abdoul Ghani Baradar en témoigne. Selon une enquête du New York Times, corroborée par des diplomates, l'arrestation en janvier 2009 du principal chef militaire des « étudiants en religion » (9), présentée comme un succès magistral dans la coopération américano-pakistanaise, a été en réalité une opération menée par l'ISI pour saborder une amorce de discussions secrètes entre le gouvernement de Kaboul et les insurgés. La raison ? Les négociations qui, peut-être, allaient s'engager n'avaient pas eu l'aval d'Islamabad. Dans les semaines qui suivirent, toujours selon le quotidien américain qui cite des responsables de la sécurité pakistanaise et des diplomates, tous anonymes, vingt-deux autres chefs talibans afghans basés au Pakistan, dont la plupart avaient profité pendant des années de la protection d'Islamabad, ont également été appréhendés (10). « Nous protégeons les talibans. Ils dépendent de nous. Nous n'allons pas les laisser passer un accord avec Karzaï et les Indiens », précise l'une des sources pakistanaises, dont on note en passant l'obsession à l'égard de New Delhi (11). Les services secrets pakistanais auraient même adressé une mise en garde à leurs « protégés » talibans pour leur interdire « tout flirt » avec le gouvernement de Kaboul. L'information semble d'autant plus véridique que, s'ils l'avaient voulu, les omniprésents services secrets pakistanais auraient pu arrêter le mollah Baradar des dizaines de fois...

Une défaite annoncée

Même si la « stratégie McChrystal » a permis d'enregistrer quelques succès, on ne peut guère parier sur sa réussite à court ou à moyen terme, a fortiori depuis l'annonce d'un prochain retrait des troupes américaines. D'ores et déjà, on voit à quel point les Américains hésitent à se lancer dans de grandes offensives, comme celle qui se met en place lentement à Kandahar. Il est vrai qu'en dégarnissant la présence militaire occidentale dans d'autres régions ces opérations créent un vide dont profitent les talibans. En présentant dernièrement son Bilan stratégique pour l'année 2010, l'Institut international d'études stratégiques (IISS) de Londres a estimé que la stratégie de contre-insurrection défendue par Barack Obama et ses généraux était « trop ambitieuse » et que « la lourde présence des troupes étrangères est ce qui maintient et alimente les talibans». Le rapport ajoute : les efforts de la coalition de l'Otan visant à bâtir un État en Afghanistan et à combattre les insurgés « ont atteint leurs limites d'un point de vue militaire et politique ». D'où la nécessité d'une nouvelle approche de l'insurrection afghane. L'IISS recommande l'ouverture de négociations avec les talibans, une intensification de la lutte contre les rebelles affiliés à Al-Qaeda - soit à peine quelques centaines de combattants arabes, ouzbeks, pakistanais mais qui, à la différence des autres insurgés, représentent une menace globale - et la construction d'un pays plus fédéraliste, qui prenne en compte les divisions ethniques.

Rien ne dit, cependant, que les talibans aient envie de négocier, du moins tant qu'ils pourront continuer leur progression et compter sur le soutien logistique de l'ISI et de bases arrière au Pakistan. À ce jour, la Choura (Conseil) politique des « étudiants en religion » a toujours posé deux conditions absolues avant toute discussion : d'abord, que les forces de l'Otan fixent un calendrier de retrait de leurs troupes ; ensuite, que les négociations s'engagent directement avec les États-Unis et non pas avec le gouvernement de Kaboul qu'elle considère comme « impie ». Cette position rappelle celle des moudjahidine du temps de l'occupation soviétique : des rencontres avaient eu lieu à Riyad avec des représentants de Moscou, mais jamais avec des envoyés du défunt leader communiste Nadjibullah (12). 

 En réalité, on ne voit guère comment le dossier afghan peut évoluer positivement aussi longtemps que l'Otan continuera de négliger deux éléments essentiels : d'une part, l'absence d'un État-nation afghan, ce qui rend d'emblée caduque toute stratégie militaro-sécuritaire globale ; et, d'autre part, les véritables ressorts de l'insurrection des talibans et des autres groupes d'insurgés, le réseau Haqqani et le Hezb-e islami (13). La solution du conflit ne se trouve pas uniquement dans les montagnes afghanes. Elle est aussi à Kaboul, où la corruption et le népotisme règnent en maîtres ; elle est dans les régions productrices de pavot (14) qui contribuent largement à financer la rébellion (15) ; elle est encore dans l'actuelle politique tribale menée par le système Karzaï à l'égard des Pachtouns, où l'on voit certaines tribus, par exemple les Alikozaï dans la région de Kandahar, systématiquement favorisées par le pouvoir au détriment d'autres, ni moins prestigieuses ni moins nombreuses. 

Ce que dénoncent les intellectuels et les universitaires de Kandahar, c'est l'irresponsabilité totale du gouvernement afghan, du pouvoir régional et du palais présidentiel qui ont nommé à la plupart des postes de responsabilité des affidés incompétents, voire analphabètes, qui ne pensent qu'à s'enrichir et qui ont intérêt à ce que l'insécurité perdure parce qu'elle leur est profitable. L'exemple poussé jusqu'à la caricature est le demi-frère du président, Ahmad Wali Karzaï, accusé, y compris par l'administration américaine, de trafic de drogue, de racket et de meurtre - ce qu'il dément, bien sûr. « Les talibans ne sont pas forts, c'est le gouvernement qui est faible. C'est à cause de cette faiblesse et de son irresponsabilité que l'insurrection gagne du terrain et que la situation est de pire en pire », nous résumait à Kandahar un responsable de la société civile, Abdoul Qadar Noorzaï, directeur de l'Association de défense des droits de l'homme. Même analyse de l'Institute for the Study of War: « Le problème de Kandahar, c'est que sa population considère les institutions gouvernementales comme prédatrices et illégitimes, représentant les intérêts de puissants hommes d'influence plutôt que ceux du peuple (...). Les conditions sont réunies pour qu'une population privée de droits réponde soit en ne soutenant plus le gouvernement, soit, pis encore, en apportant son soutien aux talibans. »

Tant que ces trois problèmes - la question pachtoune (c'est-à-dire le respect des équilibres tribaux en ce qui concerne le jeu politique, les intérêts économiques et le partage des postes de responsabilité), la culture du pavot et la corruption (16)  - ne seront pas réglés, il est peu probable que le « surge » (17) engagé par les généraux américains porte ses fruits. En cas d'échec de la stratégie McChrystal-Petraeus, deux plans B sont prévus. Celui du vice-président Joe Biden, qui préconise une réduction des effectifs américains et une réorientation des buts de guerre. Les forces américaines auraient pour mission non plus de protéger la population contre les talibans mais de frapper les cellules d'Al-Qaeda, en Afghanistan et surtout au Pakistan, en utilisant notamment les forces spéciales et les drones Predator. Parallèlement, l'entraînement des troupes afghanes serait accéléré au maximum afin qu'elles puissent remplacer les soldats américains en première ligne. Ce qui est radicalement nouveau, c'est l'accent mis sur le Pakistan. Pour 30 dollars dépensés en Afghanistan, fait remarquer Joe Biden, les États-Unis n'en consacrent qu'un seul au Pakistan - pays qu'ils jugent pourtant plus dangereux pour leur sécurité. Un autre plan B, soutenu notamment par d'anciens de l'administration Bush, propose tout simplement la partition de l'Afghanistan entre, d'un côté, les zones pachtounes du Sud et de l'Est et, de l'autre, le reste du pays, peuplé principalement par les minorités tadjiks, hazaras, ouzbeks... qui, ensemble, représentent environ 55 % de la population.

Reste qu'une défaite en Afghanistan aurait de terribles conséquences. Pour le pays lui-même qui, comme le Cambodge sous le régime des Khmers rouges, assisterait impuissant à l'anéantissement d'une très vieille civilisation - l'exemple de la destruction des Bouddhas géants de Bamyan le montre bien. Pour le Pakistan voisin, dans l'hypothèse où, une fois au pouvoir, les talibans afghans se retourneraient contre leur parrain au nom de la solidarité pachtoune et islamique avec leurs frères du Tehrik-i Taliban Pakistan (les talibans pakistanais), engagés actuellement dans une lutte sans merci contre Islamabad. Pour l'Otan, enfin, dont la crédibilité serait mise à mal pour longtemps. D'autant plus qu'elle n'aurait pas été vaincue proprement à la loyale, mais par ce cauchemar qu'elle affronte au quotidien : les IED (Improvised Explosive Devices), ces petites bombes artisanales confectionnées avec trois fois rien et responsables de plus de 60 % des pertes au sein de la coalition. On n'en est pas encore là. Mais, d'ores et déjà, une nouvelle réévaluation de l'actuelle stratégie est prévue en décembre à la Maison Blanche...
Notes :
(1) Cité sous condition d'anonymat par Philip Smucker dans Imperial hubris : why the West is losing the war on terror, Brassey's, Washington D.C., 2004.

(2) In American soldier, Regan Books, 2004.

(3) « Vous allez m'interroger sur Joe Biden? Qui est-ce ? », avait notamment déclaré McChrystal. L'un de ses adjoints était allé plus loin en osant un jeu de mots sur son nom : «Bite me » (Va te faire voir). Jim Jones avait, lui, été décrit comme un « clown » n'ayant jamais « décollé depuis 1985 » et Richard Holbrooke comme un « animal blessé ». À propos de Karl Eikenberry, McChrystal avait eu ces mots définitifs : « Il est du genre à se couvrir pour les livres d'histoire. Comme ça, si nous échouons, il pourra dire : je vous l'avais bien dit. »

(4) Deux forces distinctes opèrent en Afghanistan : une force essentiellement américaine, « Enduring Freedom » (« Liberté immuable »), dont la vocation à l'origine était de traquer les chefs d'Al-Qaeda et les talibans ; et une force dite de maintien de la paix, l'ISAF, sous contrôle de l'Otan, créée en décembre 2001, et représentant 47 pays. 

(5) La CIA a été victime, fin décembre, d'un attentat dans la FOB (base opérationnelle avancée) Chapman, à quatre kilomètres de la ville de Khost, dans la province du même nom (est de l'Afghanistan). Là, un collaborateur jordanien de l'Agence, mais en fait acquis aux insurgés, a réussi à faire sauter une ceinture d'explosifs dans la salle de gymnastique, tuant sept agents et en blessant six autres. Selon Jack Rice, un ancien responsable de la CIA, cité par la presse américaine, les officiers tués dans l'attentat « étaient probablement les meilleurs du monde dans ce qu'ils faisaient ». Pour Barack Obama, « la CIA a été mise à l'épreuve comme jamais depuis les attentats du 11 Septembre ».

(6) L'édition en ligne du magazine, du 26 août, cite un briefing de l'état-major des forces internationales à des diplomates.

(7) Voir notre article « Afghanistan-Pakistan, même péril » in Politique Internationale, no 124, hiver 2009-2010.

(8) Ce chef de la tribu des Zadran (qui campe à cheval sur la frontière afghano-pakistanaise) est l'adversaire le plus redoutable de l'Otan. Pendant la guerre contre l'armée soviétique, il a été l'enfant chéri de la CIA qui voyait en lui un chef particulièrement courageux, combatif et aguerri, et l'a couvert d'armes et d'argent. C'est lui qui le premier, dès cette époque de la guerre, a ouvert les rangs des moudjahidine aux volontaires étrangers, notamment arabes - ceux que l'on appelle aujourd'hui les jihadistes. Ce maulana (religieux d'un rang supérieur) s'est logiquement rallié par la suite au groupe des talibans sans pour autant en devenir membre - il occupa dans leur gouvernement un poste mineur, le ministère des Tribus et des Frontières. Fin 2001, la CIA essayait encore de le « retourner » alors qu'il était devenu depuis plusieurs années un proche d'Oussama Ben Laden. Sans résultat. Aujourd'hui, Haqqani commande une large partie de la région Est et perce dans les environs de Kaboul. À plusieurs reprises, l'aviation américaine a essayé de l'éliminer en bombardant sa madrassa (école religieuse) de Miram Shah, dans la zone tribale pakistanaise du Waziristan du Nord, tuant une large partie de sa famille. On l'a même cru mort. C'est l'un de ses réseaux qui se trouve derrière l'attentat contre l'ambassade indienne dans la capitale afghane, le 7 juillet 2008. Bilan : près de soixante tués. L'homme est probablement aussi un officier de l'ISI (les services secrets militaires pakistanais). On le dit très malade. C'est pourquoi il a confié tout ou partie du commandement de ses réseaux à l'un de ses fils, Sirajuddin.

(9) Ancien vice-ministre de la Défense sous le régime les talibans (1996-2001), le mollah Baradar est considéré comme l'un des responsables les plus « pragmatiques ». Chef du Conseil (choura) militaire de leur mouvement, il a succédé en 2006 au mollah Mohammed Usmani, tué au combat. Il est en charge, depuis le Pakistan, de la coordination des opérations militaires dans le sud et le sud-est de l'Afghanistan. 

(10) Selon le New York Times, le mollah Baradar vit aujourd'hui « confortablement » dans une propriété des services secrets pakistanais. Les autres chefs arrêtés ont été depuis libérés.

(11) Celle-ci est encouragée par la politique de New Delhi qui ne cesse de montrer que l'Inde s'intéresse vraiment à l'Afghanistan, ouvrant par exemple des consulats dans les principales villes du pays, ou proposant même un plan pour combattre les talibans. Autant de provocations pour Islamabad.

(12) On doit rappeler l'épouvantable fin de Nadjibullah, battu à mort, émasculé, traîné par un véhicule, puis pendu sur une place de Kaboul après la prise de la ville en 1996 par les talibans, alors qu'il se trouvait sous la protection des Nations unies. Son jeune frère, qui lui rendait visite dans cette enceinte de l'ONU, a lui aussi été sauvagement assassiné. Le président Hamid Karzaï connaîtrait sans doute un sort identique si les « étudiants en religion » parvenaient à s'emparer de lui. 

(13) Le Parti islamique, qui, comme les talibans,  recrute essentiellement chez les Pachtouns, a refait surface à la faveur du déploiement de l'Otan en Afghanistan. Soutenu par les services secrets pakistanais dès le début des années 1970, il avait été écrasé par les talibans en 1995, Islamabad ayant changé son fusil d'épaule. Pendant la guerre contre l'occupant soviétique, il avait été le plus radical des partis de la résistance afghane, n'hésitant pas à provoquer des combats fratricides et à assassiner les cadres des organisations rivales, en particulier ceux du commandant Ahmed Shah Massoud. Après avoir été défait par les talibans, son chef, l'« ingénieur» Gulbuddin Hekmatyar s'était réfugié en Iran où il était plus ou moins retenu contre son gré. Téhéran l'a finalement laissé repartir en 2002  pour se venger des États-Unis qui n'avaient pas donné suite à la proposition iranienne de collaborer sur le dossier afghan. Depuis l'intervention américaine, le Hezb-e islami fait cause commune avec ses anciens ennemis, les talibans, ce qui ne va pas toujours sans heurts. C'est probablement les guérilleros de ce parti qui ont tendu l'embuscade de la vallée d'Uzbin au cours de laquelle dix soldats français ont trouvé la mort, en août 2008.

(14) Selon le dernier rapport des Nations unies sur la drogue, l'Afghanistan, en particulier la province du Helmand, produit 92 % de l'opium mondial. Environ deux tiers de cet opium est transformé en héroïne avant de quitter l'Afghanistan. On estime à 15 millions le nombre de personnes victimes de cette addiction, principalement en Russie, en Iran et en Europe. 

(15) Depuis 2005, l'opium a rapporté quelque 160 millions de dollars par an aux talibans grâce aux taxes sur les champs et le commerce de la récolte.

(16) Le « surge », que l'on pourrait traduire par « sursaut » ou « poussée », fait référence au discours de George W. Bush en janvier 2007 au cours duquel il avait annoncé l'envoi en Irak de 20 000 hommes supplémentaires et un changement de stratégie, à savoir celle conçue par le général David Petraeus. Ce terme a été repris par les militaires américains pour l'Afghanistan.

(17) Selon l'ONG Transparency International, l'Afghanistan détient le niveau de corruption dans le secteur public le plus élevé de tous les pays du monde à l'exception de la Somalie.