Politique Internationale - La Revue n°129 - AUTOMNE - 2010

sommaire du n° 129
LA GUERRE D'AFGHANISTAN EST-ELLE PERDUE ?
Article de Jean-Pierre Perrin
Journaliste, spécialiste du Moyen-Orient. Auteur, entre autres publications, de : Jours de poussière
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Un terrible interrogante atormenta a los estados mayores y los gobiernos occidentales: ¿y si se ha perdido la guerra de Afganistán? Una nueva estrategia se ha puesto en marcha desde diciembre de 2009; pero, ¿no será ya demasiado tarde? ¿Bastará el envío de 30.000 soldados suplementarios para estabilizar la situación? Hoy, la prioridad es proteger a la población de los desafueros de los talibanes y de los numerosos «errores» cometidos por la OTAN. Por otra parte, lo que también ha cambiado es la manera de plantearse el futuro. Actualmente, la ambición del ejército estadounidense y de las fuerzas de la OTAN ya no es eliminar la insurrección, sino imponer una nueva relación de fuerzas en que los rebeldes perderían la iniciativa. Esta es la razón por la que se han lanzado enérgicas ofensivas muy puntuales con dudosos resultados. Mientras los occidentales se encuentran en un atolladero, Barack Obama, debido a la presión de la opinión de su país, ordenó la retirada de los primeros regimientos estadounidenses para el verano 2011. Pero no es seguro que este anuncio sea del gusto de los militares que, una vez más, tienen la impresión de que el poder civil no hace más que dificultarles la tarea...
Notes :
(1) Cité sous condition d'anonymat par Philip Smucker dans Imperial hubris : why the West is losing the war on terror, Brassey's, Washington D.C., 2004.

(2) In American soldier, Regan Books, 2004.

(3) « Vous allez m'interroger sur Joe Biden? Qui est-ce ? », avait notamment déclaré McChrystal. L'un de ses adjoints était allé plus loin en osant un jeu de mots sur son nom : «Bite me » (Va te faire voir). Jim Jones avait, lui, été décrit comme un « clown » n'ayant jamais « décollé depuis 1985 » et Richard Holbrooke comme un « animal blessé ». À propos de Karl Eikenberry, McChrystal avait eu ces mots définitifs : « Il est du genre à se couvrir pour les livres d'histoire. Comme ça, si nous échouons, il pourra dire : je vous l'avais bien dit. »

(4) Deux forces distinctes opèrent en Afghanistan : une force essentiellement américaine, « Enduring Freedom » (« Liberté immuable »), dont la vocation à l'origine était de traquer les chefs d'Al-Qaeda et les talibans ; et une force dite de maintien de la paix, l'ISAF, sous contrôle de l'Otan, créée en décembre 2001, et représentant 47 pays. 

(5) La CIA a été victime, fin décembre, d'un attentat dans la FOB (base opérationnelle avancée) Chapman, à quatre kilomètres de la ville de Khost, dans la province du même nom (est de l'Afghanistan). Là, un collaborateur jordanien de l'Agence, mais en fait acquis aux insurgés, a réussi à faire sauter une ceinture d'explosifs dans la salle de gymnastique, tuant sept agents et en blessant six autres. Selon Jack Rice, un ancien responsable de la CIA, cité par la presse américaine, les officiers tués dans l'attentat « étaient probablement les meilleurs du monde dans ce qu'ils faisaient ». Pour Barack Obama, « la CIA a été mise à l'épreuve comme jamais depuis les attentats du 11 Septembre ».

(6) L'édition en ligne du magazine, du 26 août, cite un briefing de l'état-major des forces internationales à des diplomates.

(7) Voir notre article « Afghanistan-Pakistan, même péril » in Politique Internationale, no 124, hiver 2009-2010.

(8) Ce chef de la tribu des Zadran (qui campe à cheval sur la frontière afghano-pakistanaise) est l'adversaire le plus redoutable de l'Otan. Pendant la guerre contre l'armée soviétique, il a été l'enfant chéri de la CIA qui voyait en lui un chef particulièrement courageux, combatif et aguerri, et l'a couvert d'armes et d'argent. C'est lui qui le premier, dès cette époque de la guerre, a ouvert les rangs des moudjahidine aux volontaires étrangers, notamment arabes - ceux que l'on appelle aujourd'hui les jihadistes. Ce maulana (religieux d'un rang supérieur) s'est logiquement rallié par la suite au groupe des talibans sans pour autant en devenir membre - il occupa dans leur gouvernement un poste mineur, le ministère des Tribus et des Frontières. Fin 2001, la CIA essayait encore de le « retourner » alors qu'il était devenu depuis plusieurs années un proche d'Oussama Ben Laden. Sans résultat. Aujourd'hui, Haqqani commande une large partie de la région Est et perce dans les environs de Kaboul. À plusieurs reprises, l'aviation américaine a essayé de l'éliminer en bombardant sa madrassa (école religieuse) de Miram Shah, dans la zone tribale pakistanaise du Waziristan du Nord, tuant une large partie de sa famille. On l'a même cru mort. C'est l'un de ses réseaux qui se trouve derrière l'attentat contre l'ambassade indienne dans la capitale afghane, le 7 juillet 2008. Bilan : près de soixante tués. L'homme est probablement aussi un officier de l'ISI (les services secrets militaires pakistanais). On le dit très malade. C'est pourquoi il a confié tout ou partie du commandement de ses réseaux à l'un de ses fils, Sirajuddin.

(9) Ancien vice-ministre de la Défense sous le régime les talibans (1996-2001), le mollah Baradar est considéré comme l'un des responsables les plus « pragmatiques ». Chef du Conseil (choura) militaire de leur mouvement, il a succédé en 2006 au mollah Mohammed Usmani, tué au combat. Il est en charge, depuis le Pakistan, de la coordination des opérations militaires dans le sud et le sud-est de l'Afghanistan. 

(10) Selon le New York Times, le mollah Baradar vit aujourd'hui « confortablement » dans une propriété des services secrets pakistanais. Les autres chefs arrêtés ont été depuis libérés.

(11) Celle-ci est encouragée par la politique de New Delhi qui ne cesse de montrer que l'Inde s'intéresse vraiment à l'Afghanistan, ouvrant par exemple des consulats dans les principales villes du pays, ou proposant même un plan pour combattre les talibans. Autant de provocations pour Islamabad.

(12) On doit rappeler l'épouvantable fin de Nadjibullah, battu à mort, émasculé, traîné par un véhicule, puis pendu sur une place de Kaboul après la prise de la ville en 1996 par les talibans, alors qu'il se trouvait sous la protection des Nations unies. Son jeune frère, qui lui rendait visite dans cette enceinte de l'ONU, a lui aussi été sauvagement assassiné. Le président Hamid Karzaï connaîtrait sans doute un sort identique si les « étudiants en religion » parvenaient à s'emparer de lui. 

(13) Le Parti islamique, qui, comme les talibans,  recrute essentiellement chez les Pachtouns, a refait surface à la faveur du déploiement de l'Otan en Afghanistan. Soutenu par les services secrets pakistanais dès le début des années 1970, il avait été écrasé par les talibans en 1995, Islamabad ayant changé son fusil d'épaule. Pendant la guerre contre l'occupant soviétique, il avait été le plus radical des partis de la résistance afghane, n'hésitant pas à provoquer des combats fratricides et à assassiner les cadres des organisations rivales, en particulier ceux du commandant Ahmed Shah Massoud. Après avoir été défait par les talibans, son chef, l'« ingénieur» Gulbuddin Hekmatyar s'était réfugié en Iran où il était plus ou moins retenu contre son gré. Téhéran l'a finalement laissé repartir en 2002  pour se venger des États-Unis qui n'avaient pas donné suite à la proposition iranienne de collaborer sur le dossier afghan. Depuis l'intervention américaine, le Hezb-e islami fait cause commune avec ses anciens ennemis, les talibans, ce qui ne va pas toujours sans heurts. C'est probablement les guérilleros de ce parti qui ont tendu l'embuscade de la vallée d'Uzbin au cours de laquelle dix soldats français ont trouvé la mort, en août 2008.

(14) Selon le dernier rapport des Nations unies sur la drogue, l'Afghanistan, en particulier la province du Helmand, produit 92 % de l'opium mondial. Environ deux tiers de cet opium est transformé en héroïne avant de quitter l'Afghanistan. On estime à 15 millions le nombre de personnes victimes de cette addiction, principalement en Russie, en Iran et en Europe. 

(15) Depuis 2005, l'opium a rapporté quelque 160 millions de dollars par an aux talibans grâce aux taxes sur les champs et le commerce de la récolte.

(16) Le « surge », que l'on pourrait traduire par « sursaut » ou « poussée », fait référence au discours de George W. Bush en janvier 2007 au cours duquel il avait annoncé l'envoi en Irak de 20 000 hommes supplémentaires et un changement de stratégie, à savoir celle conçue par le général David Petraeus. Ce terme a été repris par les militaires américains pour l'Afghanistan.

(17) Selon l'ONG Transparency International, l'Afghanistan détient le niveau de corruption dans le secteur public le plus élevé de tous les pays du monde à l'exception de la Somalie.