Politique Internationale - La Revue n°124 - ÉTÉ - 2009

sommaire du n° 124
OUZBEKISTAN : UNE DICTATURE OUBLIEE
Entretien avec Moutabar TADJIBAEVA
conduit par
Natalia RUTKEVICH
Journaliste indépendante, spécialiste de l'espace post-soviétique.
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Uzbekistan is one of the least-known dictatorships on the planet. It is the most populous country in Central Asia with 27 million people, and has been ruled since its independence in 1991 by the dictator Islam Karimov, a former Communist Party apparatchik who took power at the moment of transition and never let go. The opposition has been destroyed, the media muzzled, the people systematically exploited. Fearing an Islamist uprising - Afghanistan is close by, and there are Uzbeks who have crossed the border to join the Taliban - Karimov has taken action against all believers who show even the slightest sign of zealotry. Thousands of innocents have been thrown into prison, where torture is common practice. This intolerable situation is roundly denounced in this interview with Mutabar Tadjibaeva, the best known Uzbek dissident, who has been awarded a number of prizes in the West, a testimony to her courage. But will her plea not to abandon Uzbekistan to its fate be heard?
Notes :
(1) Voir : Peter Fedynsky, « Activists Urge Investigation of Uzbek Massacre », Voice of America, 13 mai 2009, http://www.voanews.com/english/2009-05-13-voa36.cfm
(2) Le prix Martin Ennals, créé en 1993, constitue une collaboration unique entre dix des principales organisations internationales de défense des droits de l'homme. Le jury du prix est composé des membres suivants : Amnesty International ; la Commission Internationale des Juristes; la Fédération Internationale des Droits de l'Homme ; Human Rights First ; Human Rights Watch ; l'Organisation Mondiale Contre la Torture ; Service International pour les Droits de l'Homme ; Diakonie Germany ; et Huridocs. Ce prix, qui porte le nom du troisième secrétaire général d'Amnesty International (1968-1980), est décerné chaque année à une personne ou à une organisation dont le combat contre les violations des droits humains a été « courageux et remarquable ».
(3) L'intégralité du discours prononcé à cette occasion par Mme Yade est disponible à l'adresse suivante : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/article_imprim.php3?id_article=69278
(4) Ce prix, institué en 2007, vise à récompenser les femmes du monde entier actives dans le domaine de la défense des droits de l'homme. Voir le site du Département d'État : http://www.state.gov/r/pa/prs/ps/2009/03/120070.htm 
(5) Depuis la fermeture en 2007 de la base militaire de Manas, au Kirghizistan, l'armée américaine cherche à se doter d'une nouvelle base en Asie centrale afin de faciliter le transfert des troupes vers l'Afghanistan. Il semble que l'aéroport de Navoï, dans le centre de l'Ouzbékistan, puisse remplir cette fonction. Le 11 mai dernier, le président Karimov a révélé que l'Otan utilisait déjà cet aéroport pour le transfert d'équipements non létaux vers l'Ouzbékistan. Voir : Deirdre Tynan, « Uzbekistan : Karimov gives Washington the air base it needs for Afghan operations », Eurasia Insight, 11 mai 2009, http://www.eurasianet.org/departments/insightb/articles/eav051109a.shtml#
(6) Le mouvement Akromiya a été fondé au milieu des années 1990 dans la ville d'Andijan par les partisans du leader musulman Akram Iouldachev. Le caractère exact de ce mouvement fait débat. Certains observateurs considèrent que ce groupe est une secte religieuse en rupture de ban avec l'islam traditionnel ; d'autres le voient comme une partie intégrante de l'organisation extrémiste Hizb-ut-Tahrir ; d'autres encore estiment qu'il s'agit d'une sorte d'association locale consacrée avant tout à améliorer le niveau de vie très bas de la ville d'Andijan, dont la plupart des membres d'Akromiya sont originaires. 
(7) Fondé originellement en 1952 en Palestine, le Hizb ut-Tahrir ne s'est réellement implanté en Asie centrale que dans les années 1990. Il appelle à l'établissement d'un califat mondial mais refuse officiellement d'employer la violence à l'encontre des États laïques. Il n'a jamais revendiqué la moindre action violente en Asie centrale et se concentre davantage sur un travail d'islamisation sociale. Ce mouvement a entretenu dans les années 1990 des relations tendues avec le Mouvement islamique d'Ouzbékistan, proche des Talibans afghans, mais semble aujourd'hui avoir accueilli nombre de ses militants dans ses rangs. Il fait l'objet de violentes répressions de la part du gouvernement ouzbek. Pour une étude détaillée des mouvements islamistes ouzbeks, voir : Didier Chaudet, « Terrorisme islamiste en Grande Asie centrale : "Al-Qaïdisation du djihadisme ouzbek" », Russie.Nei.Visions, no 35, décembre 2008.
(8) Le 16 février 1999, une série d'explosions se produisent à Tachkent. On relève 16 morts et 130 blessés, et des dégâts importants ont été infligés à plusieurs immeubles gouvernementaux et au siège de la Banque nationale. Les autorités accusent les islamistes. En 2004, la capitale ouzbèque connaît deux autres attentats terroristes attribués au Hizb-ut-Tahrir : fin mars, une explosion vise des policiers sur le marché de Tchorsu et, fin juillet, des attentats suicides prennent simultanément pour cibles les ambassades des États-Unis et d'Israël. Le 26 mai 2009, un poste de police est attaqué à Khanabad (à la frontière kirghize). Un policier est tué. Au même moment, un homme non identifié se fait exploser à Andijan. Là aussi, un policier trouve la mort dans l'attentat. Le gouvernement affirme qu'il s'agit d'une attaque concertée perpétrée par des islamistes passés par le territoire du Kirghizistan.
(9) Pour des données statistiques sur le niveau de vie en Ouzbékistan, voir le « Poverty Reduction Strategy Paper » que la Banque mondiale a consacré au pays en janvier 2009 (disponible sur le site www.worldbank.org). Pour une analyse de l'impact de la crise financière sur l'Ouzbékistan, lire : Umida Hashimova, « Financial Crisis Hits Uzbekistan », Central Asia-Caucasus Analyst, 28 janvier 2009, http://www.cacianalyst.org/?q=node/5025. 
(10) En mars 2005, la « révolution des tulipes » a provoqué le départ du président kirghize Askar Akaev, à la suite de manifestations populaires encadrées (ou orchestrées, selon les interprétations) par l'opposition et plusieurs ONG. Au cours des quinze années précédentes, Akaev était parvenu à se maintenir au pouvoir grâce à de multiples manipulations électorales ; mais, cette fois, sa mainmise sur la structure étatique n'a pas suffi à endiguer l'organisation de l'opposition et le rejet massif, par la population, de l'omniprésence de la famille Akaev dans la vie publique. Voir : Sébastien Peyrouse, « Asie centrale : la fin d'une époque? », Politique Internationale, no 115, printemps 2007.
(11) Front Line est une ONG fondée en 2001 et basée à Dublin, qui se définit comme une « Fondation internationale pour la protection des défenseurs des droits humains ». Elle vise à assister les défenseurs des droits de l'homme partout sur la planète. L'organisation possède un statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations unies.
(12) L'Organisation de coopération de Shanghai est une organisation régionale qui regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan. Elle a été créée à Shanghai les 14 et 15 juin 2001 par les présidents de ces six pays. Ses buts sont (selon ses propres communiqués) : renforcer la confiance mutuelle et les relations de bon voisinage entre les États membres ; faciliter la coopération entre ces États dans les domaines politique, économique et commercial, scientifique et technique, culturel et éducatif, ainsi que dans les domaines de l'énergie, des transports, du tourisme et de l'environnement ; sauvegarder la paix, la sécurité et la stabilité régionales ; oeuvrer à la création d'un nouvel ordre politique et économique international, plus juste et plus démocratique.
(13) Craig Murray a été l'ambassadeur du Royaume-Uni auprès de l'Ouzbékistan de 2002  jusqu'à sa révocation, le 14 octobre 2004. À la différence de bon nombre d'autres diplomates, Murray a ouvertement parlé, dès son arrivée en Ouzbékistan, des crimes du régime d'Islam Karimov, de l'usage généralisé de la torture et des liens entre les services spéciaux occidentaux et leurs homologues ouzbeks, auxquels les services américains et britanniques auraient, selon lui, confié de torturer des prisonniers soupçonnés d'appartenir à Al-Qaïda. Renvoyé dans des circonstances houleuses, il a publié un ouvrage qui a fait sensation sur sa mission en Ouzbékistan : Murder in Samarkand - A British Ambassador's Controversial Defiance of Tyranny in the War on Terror, Mainstream Publishing, Londres, 2006.