Politique Internationale - La Revue n°122 - HIVER - 2009

sommaire du n° 122
L'ARMENIE ET LE MONDE
Entretien avec Edward NALBANDIAN
conduit par
la rédaction de Politique Internationale
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Politique Internationale - Monsieur Nalbandian, vous avez été nommé ministre des Affaires étrangères en avril 2008, après trente ans de travail à l'étranger. Comment voyez-vous le monde d'aujourd'hui à partir d'Erevan ? Et quelle est la place de l'Arménie dans ce monde ?
 
Edward Nalbandian - À vrai dire, le monde est devenu tellement petit qu'il est difficile de séparer l'intérieur de l'extérieur ! Il est tout à fait impossible de vivre isolé sans voir ce qui se passe autour de soi. Ce constat vaut spécialement pour l'Arménie et, d'une manière plus générale, pour le Caucase du Sud. D'une part, cette région cherche à s'intégrer davantage au « grand monde » ; d'autre part, c'est le « grand monde » qui s'intéresse de plus en plus à nous. L'Arménie actuelle - que nous appelons la Troisième République, la première étant celle de la période 1918-1920 et la deuxième, qui faisait partie de l'URSS, celle de 1920-1991 - porte l'héritage des précédentes, avec toutes les conséquences qui en découlent. Elle aspire désormais à s'intégrer au maximum dans les processus planétaires en tant que partenaire prévisible et fiable. C'est pourquoi nous multiplions les coopérations au niveau bilatéral et jouons tout notre rôle dans le cadre des structures internationales, aussi bien européennes que régionales.
Il faut savoir que, à l'heure où nous parlons, un tiers seulement de notre peuple réside en Arménie même. Les deux tiers de nos compatriotes sont disséminés dans plus de cent États de la planète. Parfaitement intégrés dans les sociétés des pays où ils habitent, les membres de la diaspora ont, pour la plupart, conservé la langue et les traditions de leurs ancêtres, ainsi qu'un lien spirituel - et pas seulement spirituel - avec la mère-patrie. Ils sont tous réunis par la volonté de voir réalisé le rêve de leurs parents et de leurs grands-parents : une Arménie prospère. Ces gens-là ont créé des dizaines de « petites Arménies » tout autour du globe. La place de l'Arménie dans le monde est donc également définie par l'ensemble de ces « Arménies ». 
 
P. I. - Quand vous dites que l'Arménie porte l'héritage des réalités précédentes, à quoi faites-vous référence exactement ?
 
E. N. - Cet héritage se manifeste dans tout ce qui fait partie de la construction de l'État : le système politique et législatif, que nous avons rapidement réformé et que nous améliorons continuellement ; l'économie ; la situation sociale ; le système éducatif ; et, finalement, la société elle-même avec sa mentalité, ses habitudes et ses aspirations. Il se manifeste aussi, et surtout, dans les complexes questions politiques et de sécurité qui attendent encore leur solution.
 
P. I. - Ces questions-là semblent avant tout liées à l'Arménie actuelle - à la Troisième République, comme vous dites...
 
E. N. - Je ne voudrais pas me charger du rôle de l'historien, mais je vous rappelle qu'il est impossible de comprendre les réalités d'aujourd'hui si l'on n'étudie pas celles du passé. Par exemple, des questions comme celle du Haut-Karabagh ou celle des relations arméno-turques ne sont pas nouvelles : elles sont les conséquences directes de ce qui s'est produit entre la deuxième partie du XIXe et le début du XXe siècle. Les conséquences, en partie, de la révolution bolchevique. À l'époque soviétique, ces sujets étaient passés sous silence, à la fois pour des raisons idéologiques et parce qu'ils n'avaient pas leur place dans la logique de la guerre froide. Ce tabou n'a été levé qu'après l'effondrement de l'URSS - même si les autorités soviétiques ont dû tenir compte de l'avis du peuple arménien et ont autorisé l'édification à Erevan, dans les années 1960, d'un monument dédié aux victimes du génocide arménien. Quant à la décision d'annexer le Haut-Karabagh à l'Azerbaïdjan, elle a été prise en 1921, sur l'initiative de Staline, par le bureau caucasien du parti bolchevik, dans le but un peu étrange de répandre l'idéologie bolchevique dans le monde musulman de l'Orient. Pourtant, depuis des millénaires, le Haut-Karabagh était un territoire arménien peuplé d'Arméniens ! Je vous laisse juger de la légitimité et de la « rationalité » politique de ce rattachement...
 
P. I. - Comment les Arméniens ont-ils réagi à l'incorporation du Haut-Karabagh à l'Azerbaïdjan ?
 
E. N. - Les Arméniens n'ont jamais accepté cette injustice. Ils ont, à maintes reprises, saisi les autorités centrales soviétiques afin de leur demander de réexaminer cette décision. De nombreux militants de la cause arménienne ont été emprisonnés, certains y ont perdu la vie... mais les choses n'ont bougé qu'au moment du dégel gorbatchévien. En février 1988, profitant de la « liberté » relative de la perestroïka, les autorités arméniennes du Haut-Karabagh ont présenté à Moscou, à Bakou et à Erevan une demande de réunification avec l'Arménie. Jusqu'à l'effondrement de l'URSS en 1991, le Kremlin n'a pas été en mesure de proposer des solutions acceptables. Bakou, pour sa part, a catégoriquement rejeté cette demande. Les autorités azéries ont d'abord supprimé l'autonomie du Haut-Karabagh. Puis elles ont réprimé les habitants de cette région - dont elles disent pourtant que ce sont « leurs propres citoyens » - en menant contre eux, sous le prétexte de renforcer le régime des passeports, un véritable nettoyage ethnique, avec le soutien de l'armée soviétique. Et, finalement, elles ont déclenché la guerre ! L'Arménie ne pouvait pas rester indifférente. Évidemment, elle est venue en aide au Haut-Karabagh. Dans cette guerre qui nous a été imposée et qui a fait des dizaines de milliers de morts de part et d'autre, les Arméniens du Haut-Karabagh ont réussi à défendre leur indépendance. En 1994 un cessez-le-feu a été signé entre toutes les parties afin de régler la question par le biais de négociations. Telle est la réalité dont la Troisième République a hérité. J'ai cité ces détails de l'Histoire afin de vous donner une idée plus claire de la situation actuelle.
 
P. I. - Justement, où en sont les négociations sur la question du Haut-Karabagh ? Malgré leurs efforts, le Groupe de Minsk de l'OSCE et ses trois co-présidents - les États-Unis, la Russie et la France - n'ont pas enregistré de résultats probants jusqu'à présent et essuient des critiques, à juste titre ou non...
 
E. N. - Je ne partage pas cette analyse. Depuis mai 1994, le cessez-le-feu est globalement respecté - et cela, uniquement grâce à l'engagement des parties au conflit puisque nulle force internationale de maintien de paix n'est présente, ce qui mérite d'être souligné. Même si cette situation de « ni guerre, ni paix » est instable, il est primordial que le cessez-le-feu soit respecté. Primo, parce qu'il a permis d'arrêter les pertes humaines ; secundo, parce qu'il a offert aux parties la possibilité de se concentrer sur les problèmes intérieurs de leurs pays respectifs, comme la mise en place des structures d'État, les réformes économiques et sociales, et toute une série d'autres questions dues à la chute de l'URSS. 
Si le cessez-le-feu au Karabagh a pu être maintenu, c'est aussi grâce à l'équilibre relatif des forces militaires. Malheureusement, l'Azerbaïdjan continue d'augmenter sans cesse son budget militaire : il l'a fait plus d'une douzaine de fois durant les six dernières années...
 
P. I. - Quelles sont les conséquences de cette attitude de l'Azerbaïdjan ?
 
E. N. - Cette politique constitue une violation flagrante du Traité sur les forces conventionnelles en Europe. Pourtant, elle n'a pas suscité de réaction adéquate de la part des autres États membres de ce Traité. Or les événements autour de l'Ossétie du Sud, en août dernier, montrent clairement le danger que représente une accumulation excessive d'armes. En Arménie, nous sommes conscients de cette menace depuis longtemps. Nous avons tenté d'alerter nos amis et partenaires sur le fait que la course aux armements dans la région pourrait conduire à une reprise des conflits militaires. La situation est celle d'une pièce classique : si, dès le premier acte, il y a un fusil sur la scène, au dernier acte il doit tirer ! En tout cas, nous espérons que les événements du mois d'août ont rappelé à tous cette évidence : la guerre n'est jamais une solution.
 
P. I. - Comment jugez-vous l'action du Groupe de Minsk ?
 
E. N. - Il y a un an, lors de la Conférence ministérielle de l'OSCE à Madrid, les co-présidents du Groupe de Minsk ont soumis aux ministres des Affaires étrangères de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan des propositions portant sur les principes d'un règlement du conflit du Haut-Karabagh. Ces principes pourraient servir de base pour la poursuite des négociations. Malheureusement, des mois durant, la partie azerbaïdjanaise a négligé l'existence de ces propositions, et ce n'est qu'en juin de l'année dernière que le président de l'Azerbaïdjan a fini par consentir - lors de son entrevue, à Saint-Pétersbourg, avec le président de l'Arménie - à poursuivre les négociations sur la base du document de Madrid. À l'issue d'une autre rencontre entre les deux présidents, tenue à Moscou le 2 novembre dernier à l'initiative du président Medvedev, une déclaration a été signée par les trois chefs d'État. Ce texte soulignait la nécessité d'un règlement politique et pacifique du conflit. Nous pensions que la Déclaration de Moscou ouvrirait une nouvelle étape du processus de paix. Mais, quelques jours plus tard, les dirigeants azerbaïdjanais ont déclaré que le règlement pacifique n'était pas synonyme d'obligation de non-recours à la force ! Ils sont même allés jusqu'à dire que « l'option militaire n'a jamais été, n'est pas et ne sera jamais exclue en tant que moyen » de régler le conflit... Bien que la déclaration de Moscou proclame que la solution du conflit devrait être fondée sur les normes et principes du droit international, l'Azerbaïdjan insiste pour que le règlement se fasse sur la base d'un seul principe, celui du respect de l'intégrité territoriale des États. Par surcroît, bien que la déclaration stipule clairement que le processus de négociation devrait se poursuivre dans le cadre du Groupe de Minsk, l'Azerbaïdjan complique les choses en discutant de cette question, parallèlement, au sein d'autres instances.
 
P. I. - L'OSCE s'est prononcée une fois de plus sur cette question lors de sa dernière Conférence ministérielle...
 
E. N. - En effet. À l'issue de la Conférence ministérielle de l'OSCE tenue à Helsinki le 2 décembre dernier, les 56 ministres des Affaires étrangères de cette Organisation, à laquelle appartiennent l'Arménie et l'Azerbaïdjan, ont adopté une déclaration concernant le Haut-Karabagh. Cette déclaration stipule clairement que le règlement doit se faire exclusivement par la voie pacifique et qu'il faut maintenir l'impulsion positive née de la rencontre des présidents à Moscou et poursuivre les négociations en coopération avec les co-présidents du Groupe de Minsk pour rapprocher les positions des parties sur la base des propositions de Madrid. En plus, à Helsinki, une déclaration conjointe, allant dans le même sens, a été faite par les ministres français et russe des Affaires étrangères, MM. Bernard Kouchner et Sergueï Lavrov, et le sous-secrétaire d'État américain, M. Daniel Fried. L'Arménie partage pleinement cette vision. Pour régler le conflit du Haut-Karabagh, nous devons continuer à négocier dans l'esprit des déclarations de Moscou et d'Helsinki, c'est notre certitude.
 
P. I. - Concrètement, autour de quoi les négociations tournent-elles ? Et sur quels principes sont-elles fondées ?
 
E. N. - Bien que les détails des négociations ne soient pas encore dévoilés, les principes en sont connus. Beaucoup de choses ont été écrites sur ce thème. Aujourd'hui, les négociations sont menées sur la base des principes des documents fondamentaux de l'OSCE, notamment l'Acte final d'Helsinki sur le non-recours à la menace ou à l'emploi de la force, l'intégrité territoriale et le droit à l'autodétermination (1). La question primordiale est le statut final du Karabagh, la reconnaissance et la réalisation du droit à l'autodétermination de son peuple et l'assurance de sa sécurité, dans l'acception large du terme.
 
P. I. - L'Azerbaïdjan a mis la question des « territoires occupés » à l'ordre du jour de l'Assemblée générale de l'ONU. Après avoir « arraché » une résolution sur ce dossier, il essaie de changer le format des négociations en affirmant que le Groupe de Minsk est « inefficace ». Par surcroît, comme vous venez de le signaler, Bakou n'exclut pas l'usage de la force militaire si la question traîne. Dans de telles conditions, comment ne pas s'interroger sur l'efficacité des négociations actuelles ?
 
E. N. - Il y a plusieurs explications à cette attitude des autorités de Bakou. Entre autres : 1) L'Azerbaïdjan cherche à faire pression sur l'Arménie afin d'obtenir d'elle plus de compromis. 2) Il essaie de faire pression sur le Groupe de Minsk. 3) Ce positionnement répond à une logique interne.
Ce qui est sûr, c'est que l'Azerbaïdjan caresse l'illusion de pouvoir facilement transformer ses revenus pétroliers en supériorité militaire et de résoudre ainsi la question en sa faveur. Ce sont de mauvais calculs, qui font traîner le règlement du conflit. L'équilibre militaire relatif qui existe aujourd'hui entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan permet encore de garantir un fragile cessez-le-feu, alors que la course aux armements, elle, ne promet rien de bon à personne. La guerre ne résout rien, nous l'avons déjà constaté. Les rares cas de violation du cessez-le-feu - quelques échanges de tirs qui surviennent sporadiquement ici ou là - représentent un grand danger, surtout étant donné la propagande militariste continuelle de l'Azerbaïdjan. Cette propagande a conduit près d'un tiers de la population de ce pays à penser que la solution armée est la seule voie qui permettrait de mettre fin au conflit. À l'inverse, en Arménie, vous ne trouverez même pas 1 % de la population qui partage ce point de vue ! Nous sommes très vigilants sur ces questions et nous appelons la partie azerbaïdjanaise à les aborder avec la même responsabilité. Les tentatives visant à tester la capacité militaire de l'autre partie sont extrêmement dangereuses : elles peuvent accidentellement déboucher sur de vastes actions militaires qui coûteront très cher à nos peuples. Encore une fois, le cas de l'Ossétie du Sud en offre le malheureux exemple.
 
P. I. - Quelles peuvent être les conséquences de cette propagande azérie ?
 
E. N. - Je veux d'abord dire que, de mon point de vue, il serait plus raisonnable de préparer les sociétés de nos deux pays à la réconciliation ! Hélas, en Azerbaïdjan, la propagande officielle anti-arménienne confine à l'arménophobie. À un tel point que si demain nous parvenons à un accord dans les négociations, la partie azerbaïdjanaise pourra rétorquer que sa société ne l'acceptera pas - c'est déjà arrivé une fois, quand après l'accord passé sur les « principes de Paris » (2), l'Azerbaïdjan a déclaré que son opinion publique n'y était pas prête. J'ajoute que la propagande azerbaïdjanaise prend également pour cible le Groupe de Minsk. Cette attitude paraît étrange : d'une part, nos voisins invitent les États-Unis, la France et la Russie à jouer un rôle de médiateurs et, d'autre part, ils les critiquent ! Résultat : 82 % des Azéris sont aujourd'hui opposés à la médiation du Groupe de Minsk. 
Vous avez mentionné le projet de résolution présenté par l'Azerbaïdjan à l'Assemblée générale de l'ONU. J'aimerais rappeler que ce projet n'a été formellement approuvé que par 39 des 192 membres de l'ONU. De plus, le vote a démontré une autre réalité : les co-présidents du Groupe de Minsk ont voté contre ce texte et la majorité écrasante des États membres - y compris tous les membres de l'Union européenne - ont refusé de soutenir cette approche. Pour une raison simple : ce texte revêtait un caractère partial et non constructif puisqu'il ne mettait en avant qu'un seul principe du droit international - l'intégrité territoriale - et ignorait les autres principes, à commencer par celui du droit des peuples à l'autodétermination qui est, selon nous, irrévocable.
 
P. I. - Le Kosovo a proclamé son indépendance en février 2008, suivi en août de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. Ces événements pourraient-ils être considérés comme des précédents pour le cas du Haut-Karabagh ?
 
E. N. - Cette question est souvent posée. Nous avons toujours répondu que chaque conflit possédait ses particularités et sa propre logique. Il est vrai que nous pourrions utiliser le précédent du Kosovo, ainsi que ceux de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, et les reconnaître... puis reconnaître officiellement l'indépendance du Haut-Karabagh. En effet, en matière de droit international, les arguments avancés en faveur de l'indépendance de ces trois contrées sont tout à fait valables pour le Karabagh. Je dirais même qu'ils sont encore plus valables pour le Karabagh ! Mais, aujourd'hui, je le répète, les négociations autour du Haut-Karabagh sont en cours, et nous espérons trouver une solution de compromis.
 
P. I. - Au printemps 2008, l'Arménie s'est dotée d'un nouveau président : Serge Sarkissian a succédé à Robert Kotcharian. Ce changement au sommet de l'État a-t-il modifié la position de l'Arménie concernant la question du Haut-Karabagh et, d'une manière plus générale, la politique étrangère de votre pays ?
 
E. N. - Comme le président Sarkissian l'a souligné dans son discours d'investiture, des changements substantiels ne sont pas prévus en matière de politique étrangère. Nous continuons de conduire une politique étrangère active, multiforme et multidirectionnelle qui vise, comme auparavant, à diminuer les tensions dans notre région, à établir des relations de coopération et de bon voisinage avec les autres pays de la zone, ainsi qu'à susciter une vaste implication internationale. Cette implication internationale permettra, nous l'espérons, de consolider la stabilité, la sécurité, la paix, le développement et la prospérité dans le Caucase et au-delà.
 
P. I. - L'Arménie apparaît très liée à la Russie, qu'elle considère comme sa meilleure alliée dans toute la région du Caucase du Sud. C'est d'ailleurs à Moscou que M. Sarkissian a effectué sa première visite en tant que président, au mois de juin...
 
E. N. - La Russie est pour nous un partenaire stratégique ; même si certains cherchent à voir d'autres nuances dans les étroites relations arméno-russes, il n'y a rien à cacher ici. Nos peuples sont liés par une amitié séculaire et une profonde sympathie mutuelle. Et s'il peut y avoir des changements, ce sera pour consolider encore plus nos relations. Il n'empêche que, tout en restant fidèles aux obligations auxquelles nous avons souscrit en tant qu'alliés, nous souhaitons renforcer nos relations tous azimuts : nous sommes déterminés à approfondir nos liens avec les États-Unis ; à confirmer notre coopération avec les structures et les pays européens ; à affermir les rapports existant avec nos voisins et à en établir de nouvelles avec tous les autres États.
 
P. I. - Quid de la Turquie ? La question des rapports arméno-turcs a toujours été particulièrement compliquée. Comment envisagez-vous ces rapports dans l'avenir ? Quelles actions concrètes avez-vous entreprises pour les améliorer ?
 
E. N. - Début juin, le président Sarkissian a invité son homologue turc, Abdullah Gül, à se rendre à Erevan pour assister à un match de football opposant les équipes nationales d'Arménie et de Turquie. Le président Gül a longtemps réfléchi avant de répondre à cette invitation. Il est possible que les événements du mois d'août autour de l'Ossétie du Sud aient pesé sur sa décision finale. Quoi qu'il en soit, quelques jours avant la rencontre, qui s'est tenue le 6 septembre, le président Gül a déclaré qu'il acceptait l'invitation. Nous comprenons que, pour lui, ce n'était pas une décision facile à prendre, mais c'était certainement une décision sage.
Ce match de football, l'équipe d'Arménie l'a malheureusement perdu ; mais la « diplomatie du football » a gagné. On peut même dire que cette notion a désormais sa place dans le vocabulaire diplomatique ! L'entretien que les deux présidents ont eu le 6 septembre à Erevan a instauré une atmosphère favorable. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont été chargés d'entamer des négociations visant à normaliser les relations bilatérales. Depuis, avec mon homologue turc, Ali Babacan, nous avons eu de nombreuses rencontres que je crois pouvoir qualifier de constructives et de très utiles. Nos deux dernières rencontres ont eu lieu à Istanbul, le 24 novembre, dans le cadre de l'Organisation de la coopération économique de la mer Noire, dont l'Arménie est le président en exercice, et à Helsinki, le 4 décembre, dans le cadre de la Conférence ministérielle de l'OSCE.
 
P. I. - Qu'entendez-vous par « normalisation des relations bilatérales » ?
 
E. N. - Concrètement, nous souhaitons l'établissement de relations diplomatiques et l'ouverture des frontières. L'Arménie est prête à le faire sans aucune condition préalable. Nous espérons que la Turquie est prête à en faire autant.
À ce propos, je tiens à souligner qu'il n'est pas juste de présenter l'éventuelle ouverture des frontières comme une faveur que les Turcs feraient aux Arméniens. La partie turque n'y est pas moins intéressée que nous !
De même, aucun d'entre nous ne ferait une faveur à l'autre en acceptant l'établissement de relations diplomatiques. Les deux pays en ont également besoin. Un tel développement serait dans l'intérêt de nos deux nations.
Partout dans le monde, de nombreux pays voisins ont des divergences, mais entretiennent tout de même des relations normales. C'est ce qui leur permet de discuter dans de bonnes conditions de leurs désaccords et d'examiner tranquillement toutes les questions d'intérêt mutuel. Pourquoi en irait-il autrement entre l'Arménie et la Turquie ?
 
P. I. - Les Turcs vous accusent d'avoir porté la question de la reconnaissance du génocide arménien sur la scène internationale, et d'avancer des exigences territoriales à l'égard de la Turquie et de l'Azerbaïdjan...
 
E. N. - Un génocide, c'est un crime contre l'humanité. En tant que tel, il concerne l'humanité entière et pas uniquement le peuple qui l'a subi. De plus, les descendants des victimes du génocide vivent non seulement en Arménie mais, aussi, dans de nombreux pays partout dans le monde, et personne ne peut leur ôter le droit à la mémoire, tout comme personne ne peut demander aux Juifs d'oublier l'Holocauste. Je tiens à souligner - comme je l'ai déjà fait à maintes reprises - qu'aucune personnalité officielle arménienne n'a jamais demandé et ne demandera jamais à la diaspora arménienne de renoncer à exiger la reconnaissance internationale du génocide arménien. C'est absolument impossible.
Quant aux exigences territoriales, c'est bien simple : l'Arménie n'a jamais fait aucune déclaration en ce sens. Enfin, en ce qui concerne le Haut-Karabagh, je rappelle que la Turquie est, elle aussi, membre du Groupe de Minsk. Par conséquent, elle a l'obligation de rester neutre et d'avoir une approche impartiale et équilibrée de ce dossier.
Ma conviction, c'est que nous devons, dans l'attente de résultats positifs, nous engager dans un dialogue constructif. Peut-être suis-je optimiste, mais je crois à la future réconciliation arméno-turque. 
 
P. I. - La question arméno-turque est également abordée dans le cadre des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE : les Européens appellent la Turquie à régler ses différends avec votre pays. Quel regard l'Arménie porte-t-elle sur la perspective européenne de la Turquie ? Estimez-vous que la Turquie devrait reconnaître le génocide arménien avant de devenir membre de l'Union européenne - comme l'a dit le président français Jacques Chirac lors de sa visite en Arménie, en septembre 2006 ? Ou bien pensez-vous que la Turquie n'a pas vocation à adhérer à l'Union, comme l'a affirmé le président Sarkozy ? 
 
E. N. - Il appartient aux peuples et aux pays membres de l'UE de décider si tel ou tel pays répond ou non aux critères de l'Union. En tout cas, qui ne voudrait pas avoir pour voisin un pays qui partage pleinement les valeurs européennes ?
 
P. I. - Vous parlez souvent des intérêts communs du Caucase du Sud. Mais les gazoducs et les oléoducs contournent votre pays, les voies ferroviaires et les routes sont fermées de trois côtés, et vous n'avez pas d'accès à la mer...
 
E. N. - À mon avis, cette situation ne convient à personne. Bien sûr que l'Arménie y perd, mais pensez-vous que quiconque y gagne ? Même l'Azerbaïdjan ou la Turquie - qui, depuis quinze ans, nous imposent un blocus - n'y gagnent pas, que ce soitau niveau économique ou politique. C'est par l'Arménie que passent les chemins de fer reliant la Russie à la Turquie et à l'Iran (après avoir traversé la Géorgie et l'Azerbaïdjan). Mais ils ne fonctionnent pas à cause des frontières fermées. Du coup, l'Azerbaïdjan et la Turquie sont obligés de dépenser des sommes importantes pour en construire d'autres ! Constat similaire pour les grands axes routiers nord-sud traversant l'Arménie : ils ne sont pas utilisés pour les mêmes raisons. L'Arménie est la voie la plus courte et la plus rapide pour le transit des combustibles... et pourtant, les autres États engagent d'immenses moyens financiers pour la contourner !
En dépit de ces obstacles, l'Arménie continue à se développer. Nos résultats économiques parlent d'eux-mêmes : nous avons enregistré, en moyenne, 12 % de croissance par an au cours des huit dernières années. Nous sommes bien intégrés dans la communauté internationale, qui nous considère comme un partenaire fiable. Bref, le blocus qui nous est imposé n'a apporté aucun profit économique ou politique à personne. Alors que l'ouverture des frontières et la liberté de circulation pour les biens et les personnes seraient extrêmement profitables à tous les pays de la région ! Ceux qui y perdent le plus, ce sont naturellement les simples citoyens.
L'Arménie a plusieurs fois proposé à l'Azerbaïdjan et à la Turquie de mettre en place des conditions favorables à la coopération économique et de lancer des projets communs qui non seulement contribueraient au développement de nos pays mais, en plus, diminueraient les tensions et favoriseraient la résolution des problèmes les plus complexes. Tout ce que je peux dire aujourd'hui, c'est que nous restons sur cette même position.
 
P. I. - Un autre grand voisin de l'Arménie, l'Iran, focalise l'attention internationale. Vous entretenez de bonnes relations avec ce pays. Sauf erreur, un gazoduc Iran-Arménie est actuellement en construction, et vous avez encore d'autres projets dans le domaine de l'énergie. Dans les années de blocus et de crise énergétique, l'Iran a toujours été une voie d'approvisionnement vitale pour vous. La tension actuelle vous inquiète-t-elle ?
 
E. N. - Bien sûr qu'elle nous inquiète ! Nous voudrions que les questions autour du programme nucléaire de l'Iran soient résolues par la voie diplomatique. Concernant le Caucase du Sud, Téhéran a toujours adopté une position équilibrée et a tâché de contribuer, dans la mesure du possible, au règlement des conflits existants. Nous l'apprécions. Les relations politiques et économiques arméno-iraniennes sont basées sur l'intérêt mutuel. Je me suis récemment rendu à Téhéran, où j'ai rencontré les plus hautes autorités politiques du pays. Nous avons discuté des perspectives d'approfondissement de la coopération bilatérale, notamment dans les domaines de l'énergie et des transports, où des projets importants sont envisagés. 
 
P. I. - Si le conflit irano-américain s'approfondissait et que les États-Unis vous demandaient votre soutien, quelle serait votre réponse ?
 
E. N. - Je préfère ne pas envisager l'approfondissement du conflit. Nous sommes favorables à la résolution pacifique des conflits. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que ce conflit ne dégénère pas.
 
P. I. - Les trois pays du Caucase du Sud sont inclus dans la Politique de voisinage de l'UE, ainsi que dans le Plan d'action individuel pour le Partenariat (IPAP) de l'Otan (3). Mais, pour ce qui concerne les organisations régionales, les trois États apparaissent assez divisés (4). À un moment où l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud et le Haut-Karabagh représentent des sources de tension sérieuses, cette dispersion n'est-elle pas de trop pour une si petite région ?
 
E. N. - Si, sans doute. Cet état de fait montre bien que la reconfiguration du Caucase du Sud, consécutive à l'effondrement de l'URSS, n'est pas terminée. Comme vous le savez, le Caucase est l'un des endroits les plus sensibles du monde. Depuis des temps très anciens, les peuples, les religions, les cultures et les civilisations s'y côtoient. Aujourd'hui le danger de voir apparaître des lignes de séparation dans la région est réel. Nous n'encourageons pas cette évolution. La situation et les tendances à l'oeuvre dans le Caucase du Sud et dans les pays avoisinants exigent de chacun de nous un maximum de retenue et de responsabilité.
 
P. I. - Étant donné que, depuis quinze ans, la Turquie garde ses frontières avec l'Arménie fermées, l'Iran et la Géorgie sont les seules voies de communication de votre pays avec le monde extérieur. Comment avez-vous réagi au conflit russo-géorgien de l'été dernier ?
 
E. N. - Les affrontements autour de l'Ossétie du Sud, qui ont causé de grands dégâts et de nombreuses tragédies humaines, nous ont évidemment inquiétés. À cause de ces événements, l'économie de l'Arménie a subi des pertes que nous estimons à 600 millions de dollars. L'approvisionnement de notre pays a été considérablement perturbé. L'Arménie est probablement l'un des pays les plus intéressés à la stabilité et à la sécurité de notre voisine la Géorgie - non seulement parce que plus de 70 % de nos échanges commerciaux se font à travers le territoire géorgien, mais aussi parce que nos deux nations sont liées par une amitié séculaire.
 
P. I. - Concernant ces événements de l'été dernier en Géorgie, deux points de vue s'opposent : 1) la Russie n'a fait que répondre, certes de manière musclée, à une provocation irresponsable du président géorgien ; 2) la Russie s'est rendue coupable d'une agression sans précédent contre un État souverain membre de l'ONU. De laquelle de ces deux visions vous sentez-vous le plus proche ?
 
E. N. - Cette guerre a été une terrible tragédie. L'essentiel, aujourd'hui, c'est d'unir nos efforts pour éviter qu'une telle catastrophe se reproduise. L'important, c'est l'avenir. Nous estimons que les accords obtenus grâce aux efforts des présidents français et russe constituent une base sérieuse pour la solution pacifique de ce problème. La position de l'Arménie sur cette question a été exprimée dans la déclaration des chefs des États membres de l'Organisation du traité de sécurité collective, dont l'Arménie est actuellement le président en exercice.
 
P. I. - Quel regard portez-vous sur l'accord signé entre la Russie et l'UE à Moscou, le 8 septembre ? S'agit-il d'une victoire de l'UE (qui a mis fin à la crise) ou de la Russie (qui a réussi à entériner la sécession définitive des deux régions indépendantistes de Géorgie) ? 
 
E. N. - Je ne pense pas que, dans cette situation, il soit avisé de chercher à déterminer qui a gagné et qui a perdu. L'essentiel, c'est que l'accord fonctionne. Les armes se sont tues. Il n'y a plus de victimes et de pertes humaines. À présent, il s'agit de superviser la mise en oeuvre de cet accord, de vérifier que chaque partie tient bien ses engagements, et de tout faire pour que les négociations de Genève (qui mettent en présence toutes les parties au conflit) puissent déboucher sur les résultats attendus.
 
P. I. - La région du Djavakhk, en Géorgie, qui est principalement peuplée d'Arméniens, est une autre source de tensions dans la région. Le précédent de l'Ossétie du Sud peut-il inciter l'Arménie à remettre en question les frontières héritées de l'Union soviétique ?
 
E. N. - Je ne partage pas votre évaluation concernant les tensions au Djavakhk. Il est vrai que la situation sociale et économique est défavorable dans cette région, mais elle fait, ces derniers temps, l'objet d'une attention particulière des autorités géorgiennes. Et nous menons constamment des discussions constructives avec ces dernières. En ce qui concerne la frontière arméno-géorgienne, je tiens à être clair : nous ne l'avons jamais remise en question.
 
P. I. - La Russie doit-elle être considérée comme une menace pour la sécurité régionale ?
 
E. N. - La politique que mène la Russie dans le Caucase du Sud depuis la chute de l'URSS montre qu'on aurait tort de poser la question en ces termes. Il convient de rappeler que c'est justement grâce à l'intervention active de la Russie qu'un cessez-le-feu a été établi en 1994 pour mettre fin à la guerre du Haut-Karabagh. Au fond, nous considérons que la Russie est un facteur important de stabilité, de sécurité et de coopération dans la région.
 
P. I. - La situation dans le Caucase est particulièrement complexe, et le cas de votre pays l'illustre bien. D'une part, vous êtes membre de l'Organisation du traité de sécurité collective - une alliance militaire où Moscou joue un rôle central - et la Russie possède une base militaire terrestre importante au nord du pays, ainsi qu'une base aérienne non loin d'Erevan. D'autre part, l'Arménie est engagée dans le programme « Partenariat pour la paix » de l'Otan, reçoit une aide militaire américaine non négligeable et a envoyé des soldats en Irak. Comment vous positionnez-vous entre la Russie et les États-Unis ? Est-ce que vous envisagez de devenir membre de l'Otan ?
 
E. N. - Vous avez raison : la situation régionale est tout sauf simple ! Le conflit de l'été dernier en Ossétie du Sud l'a montré : à la moindre imprudence, le Caucase peut devenir une bombe explosive ! Chacun en est conscient. Pour notre part, nous sommes engagés dans une coopération étroite avec l'Otan. Lors de la rencontre Arménie-Otan à Bruxelles, l'Alliance s'est montrée très satisfaite de la façon dont nous avons mené à bien le cycle de deux années de l'IPAP. À l'heure où nous parlons, l'élaboration du prochain programme se trouve dans sa phase finale. Ces bonnes relations avec l'Alliance ne doivent pas vous faire penser que nous sommes sur le point de faire une demande d'adhésion. Je le dis très clairement : l'adhésion à l'Otan n'est pas à l'ordre du jour de la politique arménienne.
Quant à l'Organisation du traité de sécurité collective, c'est une structure militaire et politique régulant les relations stratégiques des pays membres. Notre appartenance à l'OTSC contribue à garantir notre sécurité. 
 
P. I. - Dans ce contexte, comment avez-vous réagi à l'initiative de la Turquie consistant à former une « plate-forme de stabilité et de coopération du Caucase » (5) ?
 
E. N. - Dans notre région, la coopération et la sécurité sont des domaines dont il faut discuter en permanence. Dès lors, on ne peut que saluer un projet visant à améliorer la coopération, la confiance mutuelle et la sécurité - même si certains points doivent encore être clarifiés, à commencer par le format et les mécanismes de cette plate-forme.
 
P. I. - Quels sont vos projets vis-à-vis de l'Union européenne ?
 
E. N. - L'une des priorités de notre politique étrangère est le rapprochement avec l'Europe. Cette volonté s'exprime dans la coopération étroite que nous entretenons avec les structures européennes. Comme je vous l'ai dit, nous participons activement à la Politique de voisinage de l'UE. Lors de la visite du président Sarkissian à Bruxelles en novembre, ainsi que lors du Conseil de coopération Arménie-UE en décembre, l'Union nous a d'ailleurs félicités pour la qualité de notre mise en oeuvre du Plan d'action. L'Arménie approuve également l'initiative du Partenariat oriental de l'UE (6). Nous y voyons un  moyen supplémentaire de rapprocher encore davantage l'Arménie de l'UE.
 
P. I. - Pour terminer cet entretien, nous aimerions revenir à notre première question : comment l'Arménie se perçoit-elle ? Par ses racines historiques et culturelles, elle a toute sa place dans la civilisation européenne ; elle est l'une des premières nations chrétiennes ; mais au cours de son histoire elle a fait partie de la Perse, de Byzance et de l'Empire ottoman, ainsi que de la Russie durant les deux derniers siècles. Finalement, l'Arménie appartient-elle à l'Orient ou à l'Occident ?
 
E. N. - Il est vrai que, par nos racines et par nos valeurs, nous nous considérons comme des Européens. Il est vrai, aussi, que l'histoire et la géographie ont profondément influencé notre pays. Pour résumer, il y a un peu de tout chez nous ! Je crois que cette diversité fait notre richesse, ainsi que la particularité et le charme du Caucase...
Notes :
(1) Signé en 1975, l'Acte final des Accords d'Helsinki définit le périmètre et les principes d'action de la CSCE (qui deviendra OSCE en 1995). Parmi ces principes : le non-recours à la menace ou à l'emploi de la force ; le respect de l'intégrité territoriale des États ; et le droit à l'autodétermination des peuples.
(2) Le 26 janvier 2001, à Paris, grâce à la médiation du président Chirac, des négociations ont été organisées entre les présidents Kotcharian et Aliev, qui ont abouti à un accord appelé « les principes de Paris ». Sur la base de cet accord, les médiateurs du Groupe de Minsk de l'OSCE ont élaboré un texte et l'ont présenté aux deux présidents en avril 2001 à Key West, en Floride. Les présidents Kotcharian et Aliev ont apporté des dernières corrections au texte. L'accord de paix semblait prêt mais, après son retour à Bakou, le président Aliev a rejeté la proposition sous le prétexte que les élites, ainsi que l'opinion publique azéries, n'étaient pas prêtes à l'accepter.
(3) Lancés en novembre 2002 au Sommet de Prague, les Plans d'action individuels pour le Partenariat (IPAP) sont ouverts aux pays manifestant la volonté politique et la capacité d'approfondir leurs relations avec l'Otan. Élaborés sur une base biennale, ces plans sont conçus de manière à réunir dans un même cadre l'ensemble des divers mécanismes de coopération par lesquels se déploient les interactions entre un pays partenaire et l'Alliance, ciblant plus précisément les activités visant à soutenir ses efforts internes de réforme. L'Arménie a établi son IPAP avec l'Otan le 16 décembre 2005.
(4) L'Arménie et l'Azerbaïdjan font toujours partie de la Communauté des États indépendants (CEI), mais la Géorgie a quitté cette organisation en août dernier ; l'Azerbaïdjan et la Géorgie participent au GUAM (une structure de coopération diplomatique et économique considérée comme « pro-occidentale » qui regroupe la Géorgie, l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et la Moldavie) tandis que l'Arménie appartient à l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC, une alliance militaire pro-russe fondée à Moscou en 1992, qui regroupe la Russie, l'Arménie, le Bélarus, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l'Ouzbékistan et le Tadjikistan) ; enfin, des trois États du Caucase, seule la Géorgie a officiellement fait acte de candidature à l'Otan.
(5) À l'automne 2008, la Turquie a annoncé son souhait de mettre en place une Plate-forme pour la stabilité et la coopération du Caucase (CSCP) - un projet dont le ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan, précise qu'il n'est pas destiné à « devenir une alternative à n'importe quelle institution, mécanisme ou n'importe quelle organisation internationale qui traite des problèmes du Caucase. Au contraire, c'est une plate-forme complémentaire visant à faciliter la communication entre les pays de la région, une structure pour développer de la stabilité, de la confiance et de la coopération, un forum pour le dialogue. » Cf. Ali Babacan, « Calming the Caucasus », International Herald Tribune, 23 septembre 2008. 
(6) Présenté début décembre 2008 par la Commission européenne, le projet de Partenariat oriental de l'UE - dont de nombreux analystes considèrent qu'il représente pour l'UE l'équivalent, à l'Est, de ce que sera l'Union pour la Méditerranée au Sud - vise à intensifier les relations de l'Union avec six États situés à ses frontières orientales : l'Ukraine, la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Moldavie et le Belarus (à condition que le président Loukachenko consente à démocratiser son régime). Le premier sommet dans le cadre de ce Partenariat oriental devrait se tenir en avril 2009.