Politique Internationale - La Revue n°117 - AUTOMNE - 2007

sommaire du n° 117
LA CLEF IRAKIENNE
Article de Mathieu GUIDERE
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Mettons d'emblée les choses au clair : l'unique élément qui empêche les Américains d'accomplir leurs desseins en Irak, c'est l'insurrection qui fait rage depuis 2003. Tout le reste relève de la diplomatie des petits arrangements et d'un jeu politicien - local ou régional - qui demeure sans prise réelle sur le terrain. L'action des groupes rebelles est le seul obstacle à la stabilisation du pays. L'opposition armée est un acteur incontournable de la scène irakienne. C'est même le seul interlocuteur politique valable, dirions-nous en temps de paix.On rétorquera qu'il y a déjà eu des tentatives visant à intégrer la guérilla dans le jeu politique, et qu'elles ont toutes échoué ; que la majeure partie des insurgés refuse par principe de participer d'une façon ou d'une autre à un processus politique parrainé par les Américains ; qu'il s'agit de « terroristes » ou d'irréductibles qu'aucune solution négociée ne saurait satisfaire ; qu'il faut user de la force pour pacifier le pays coûte que coûte avant de pouvoir discuter des modalités politiques...
Mais après quatre ans et demi d'affrontements entre l'armée américaine et cette insurrection qui est loin de faiblir, continuer à raisonner ainsi revient à faire preuve d'aveuglement et d'entêtement. C'est s'enferrer dans une vision étroite et méconnaître la nature et la spécificité de l'opposition. Une opposition armée, certes, mais porteuse d'un véritable projet politique.
Contre les options purement militaires - qui ont largement prouvé leur faillite -, nous affirmons que l'opposition armée constitue un condensé représentatif de la population irakienne ; qu'elle n'est ni minoritaire ni isolée, mais qu'elle est, au contraire, soutenue à l'intérieur comme à l'extérieur par des forces d'envergure ; et que, pour terminer, elle a acquis au cours des dernières années une légitimité incontestable en tant que « résistance à l'occupation ».
Par conséquent, nous soutenons qu'il est possible de sortir du bourbier irakien par le haut. Mais, pour y parvenir, il est indispensable d'abandonner le projet utopique qui consiste à anéantir l'insurrection par la force. Ce n'est qu'en reprenant ce qui fait la spécificité et la vigueur de la rébellion que l'on pourra élaborer une solution globale et consensuelle.
Sommairement, les deux questions que tout le monde se pose aujourd'hui concernant l'Irak, au-delà des divergences de points de vue et d'approches politiques, se résument à celles-ci : qui est qui dans ce bourbier ? et pour quoi se battent-ils ?
Radioscopie d'une insurrection
Tout le monde a entendu parler des « chiites », des « sunnites » et des « Kurdes ». C'est la vision américaine de l'Irak post-Saddam : tripartite et confessionnelle. Est-il nécessaire d'insister : ce n'était pas la vision majoritaire avant 2003. Hélas, elle l'est devenue depuis. Aujourd'hui, c'est la perception prédominante au sein de la population en Irak.
Les sunnites, les chiites et les Kurdes
Les Irakiens sunnites sont des Arabes musulmans qui suivent la tradition du prophète Mahomet, la Sunna. Originaires d'Arabie, ils se sont établis en Irak dès le VIIIe siècle de notre ère, mais ils ont maintenu des liens forts avec l'ensemble des peuples arabes de la région. Sous le régime de Saddam Hussein, les Arabes sunnites détenaient l'essentiel du pouvoir en Irak ; ils l'ont perdu après l'intervention américaine qui a abouti à la montée en puissance des chiites, numériquement majoritaires (1). Ceux-ci ont obtenu, dans les faits, la quasi-totalité des postes politiques et militaires dans le « nouvel Irak ».
Ces Irakiens chiites sont également des musulmans d'origine arabe, mais ils s'opposent aux sunnites depuis le VIIe siècle à propos de la succession du prophète Mahomet. Pour les chiites, le seul successeur légitime est Ali, gendre du prophète. Or Ali et sa descendance ont été écartés du pouvoir dès l'origine, ce qui a créé au sein de l'islam un schisme qui perdure depuis quatorze siècles et qui a largement tourné en faveur des sunnites.
La troisième grande communauté d'Irak, les Kurdes, est justement composée de musulmans sunnites, mais pas arabes. Ils vivent dans le nord du pays, au « Kurdistan irakien », en quasi-autonomie. Leur société connaît des luttes internes qui opposent les partisans de l'indépendance pure et simple aux militants de l'unité nationale et de la réunification de l'Irak.
Chacune de ces trois grandes communautés possède ses propres milices et ses brigades armées qui se battent tantôt contre les Américains, tantôt les unes contre les autres. Ces forces armées irrégulières regroupent aujourd'hui près de 70 000 hommes, soit l'équivalent de la moitié de l'armée française. Les plus médiatisés sont les groupes sunnites, parce qu'ils visent prioritairement les Américains. Et pour cause : les grands vainqueurs de l'intervention américaine, répétons-le, sont les chiites.
La « renaissance chiite »
Sans le vouloir, les Américains sont à l'origine d'une « renaissance chiite » - comparable à celle qu'a suscitée en 1979 la révolution islamique de Khomeiny en Iran - alors que cette question avait été globalement réglée par les musulmans entre eux au cours des siècles passés. Il faut peut-être rappeler, pour bien comprendre les rapports de forces en présence, qu'aujourd'hui plus de 90 % des musulmans de la planète (plus de un milliard d'individus) sont sunnites. Les chiites ne représentent qu'environ 5 % des adeptes de l'islam. Ils sont, de surcroît, majoritairement concentrés dans un seul pays : l'Iran, unique État chiite au monde. Ils se retrouvent donc noyés dans un « océan sunnite » qui s'étend du Maroc au Pakistan en passant par l'Égypte et l'Arabie saoudite. Et ils en sont conscients.
Les chiites sont doublement minoritaires, à la fois d'un point de vue doctrinal et d'un point de vue ethnique - car la plupart des chiites sont des Perses iraniens, là encore noyés dans un océan d'Arabes ou de peuples se définissant identitairement comme tels (au Maghreb notamment). En raison de cette double position minoritaire, les chiites sont foncièrement perçus par la majorité des musulmans comme sectaires et, surtout, comme portant atteinte à l'unité de l'Oumma, la communauté de foi musulmane, principe fondateur de l'islam s'il en est.
Dès lors, les Irakiens sunnites ne pouvaient que se sentir lésés par le choix politique américain de promouvoir les chiites. Pis : avec les meilleures intentions du monde, les États-Unis se sont mis à dos non seulement la majorité des Irakiens sunnites mais aussi la plus grande partie des musulmans dans le monde, en raison du lien confessionnel mis en relief par la présence américaine. En se contentant d'une analyse locale et restreinte - pour ne pas dire bornée - de la situation irakienne, les stratèges de Washington ont ignoré les sensibilités identitaires et les réseaux de solidarité qui traversent le monde musulman, ce « grand Moyen-Orient » qu'ils voulaient précisément réformer pour prévenir le terrorisme.
Reste une question clé : comment ces trois familles (sunnites, chiites et kurdes) se positionnent-elles dans la lutte armée ?
Les groupes insurgés en Irak
Dans le détail, cinq grands groupes ont réussi, après plus de quatre années de lutte, à étendre leurs actions et leur influence sur l'ensemble du pays (2).
Les groupes sunnites
Chez les sunnites, les deux groupes dominants sontl'« Armée islamique en Irak » (Al-Jaysh Al-Islami) et l'« État islamique d'Irak » (Dawlat Al-Iraq Al-Islâmiyya).
L'Armée islamique est conduite par le chef d'une tribu sunnite, Ismael Joubouri, et regroupe environ 15 000 hommes, en majorité des ex-partisans du régime de Saddam Hussein (baasistes). Cette « armée », où l'on retrouve bon nombre d'anciens officiers des forces irakiennes dissoutes par les Américains, est financée par les élites irakiennes exilées dans les pays limitrophes, en particulier en Jordanie et en Syrie. Elle est active dans le centre et dans l'est du pays, notamment autour des villes de Ramadi, Kout et Samarra. Ses partisans se battent contre les forces américaines mais aussi contre les autres groupes insurgés, au premier rang desquels leur principal concurrent chez les Arabes sunnites : l'État islamique d'Irak.
Cette dernière organisation est issue de l'unification de tous les groupes jihadistes autour du noyau dur d'« Al-Qaïda en Mésopotamie » (3). Elle reçoit le soutien financier et humain des populations sunnites des autres monarchies du Golfe, spécialement d'Arabie saoudite. Cet « État » virtuel est dirigé par un Irakien sunnite d'origine arabe, Abou Omar Al-Baghdadi, qui dispose d'une « armée » bien formée et très disciplinée de près de 15 000 hommes, tous adeptes d'un islam rigoriste. Ses combattants contrôlent la plupart des régions sunnites d'Irak, à commencer par la province d'Al-Anbar, et visent prioritairement l'armée américaine et ses « collaborateurs renégats » : les chiites et leurs milices.
Les groupes chiites
Chez les chiites, deux grands groupes armés embrigadent et contrôlent l'ensemble de la communauté.
D'un côté, il y a l'organisation « Badr » placée sous les ordres de Hadi Al-Amiri, un député chiite au Parlement irakien qui dispose de plus de 10 000 hommes formés et financés par les Iraniens (Al-Amiri entretient des liens historiques avec le régime des ayatollahs). Il faut rappeler que l'organisation « Badr » a été initialement créée en 1983, en pleine guerre Iran-Irak, par un groupe d'exilés opposés à Saddam Hussein. Après la chute du régime en 2003, ses partisans sont rentrés en Irak pour prendre leur revanche. Ils ont réussi à largement infiltrer les forces de police mises en place par les Américains et à phagocyter la nouvelle armée irakienne ainsi que le ministère de l'Intérieur. Par la suite, ils ont usé de leurs positions officielles pour combattre tous les autres groupes, aussi bien sunnites que chiites, souvent au prix d'exactions indescriptibles et de terribles massacres. Au fil des années, ils ont été instrumentalisés tour à tour par les Américains pour accomplir les basses besognes, puis par les Iraniens, désireux d'avancer leurs propres pions en Irak...
Face à « Badr », l'autre groupe armé chiite est l'« Armée d'Al-Mahdi » du jeune chef religieux Moqtada Al-Sadr. Celui-ci contrôle environ 10 000 hommes, en majorité des Arabes chiites issus des facultés de théologie et des quartiers miséreux de Sadr City, une banlieue surpeuplée de Bagdad. Eux aussi se sont engagés massivement dans les nouvelles forces de police mises sur pied par les Américains et sont parvenus par ce biais à infiltrer les services de sécurité de l'État irakien. Ils ont ensuite profité de leurs fonctions pour prendre le contrôle des régions chiites du Sud, autour des villes de Bassora, Koufa, Nadjaf et Nassiriya. Obéissant aveuglément aux ordres de leur bouillonnant leader, ils se battent tantôt contre les forces britanniques et américaines, tantôt contre les autres groupes sunnites et chiites.
Les Kurdes
Enfin, les Kurdes d'Irak disposent de leur propre groupe armé : « Ansar Al-Sunna », littéralement les « Défenseurs des sunnites ». Ce groupe est dirigé par un dénommé Abou Abdallah Al-Hassan Ben Mahmoud, qui peut compter sur près de 10 000 hommes, majoritairement d'origine kurde (mais Ansar Al-Sunna comprend également des Arabes). Initialement, cette milice avait été créée pour combattre l'occupation américaine dans les régions sunnites du Nord ; mais face aux attaques réitérées des milices chiites, elle s'est spécialisée dans la défense des villes et des quartiers sunnites dans le nord et le centre du pays.
Pour quoi les insurgés luttent-ils ?
Chacun de ces groupes possède des objectifs politiques spécifiques. Il est pourtant possible de distinguer deux grands courants idéologiques qui traversent les différentes factions. Qu'ils soient sunnites ou chiites, il y a d'un côté les insurgés pan-islamistes ; de l'autre, les islamo-nationalistes.
Les insurgés pan-islamistes
Du côté sunnite, l' « État islamique d'Irak » rêve de créer un émirat islamiste qui réunifierait tous les musulmans sous une même autorité politique (le calife) et aurait Bagdad comme capitale, à l'instar de l'époque abbasside (750-1258), perçue comme un âge d'or politique.
Du côté chiite, l'organisation « Badr » n'est autre que le bras armé du « Conseil suprême de la révolution islamique en Irak » (CSRII), un parti dont l'objectif - comme son nom l'indique - est l'instauration en Irak d'un régime islamique à l'iranienne. Mais son chef, Hadi Al-Amiri, souhaite également s'allier avec les trois autres pays de la région où les chiites sont forts : l'Iran, la Syrie et le Liban. D'ailleurs, le logo de l'organisation reprend les symboles du chiisme iranien : la couleur verte sur le globe terrestre représente l'extension de la révolution islamique à la Terre entière ; le fusil et la couleur rouge sur la carte de l'Irak indiquent que cette extension se fera par le sang et les armes. Enfin, le verset coranique présent en haut de l'écusson est un appel à l'union de tous les musulmans sous la bannière du chiisme (ce qui dénote la vision pan-islamiste de « Badr »).
Les insurgés islamo-nationalistes
Bien que sunnite, l'« Armée islamique d'Irak » possède un objectif nationaliste clairement affiché. Elle souhaite avant tout assurer la réunification du pays et le rétablissement d'un État central aussi puissant qu'à l'époque de Saddam Hussein. Dans ce combat, elle peut compter sur le soutien d'une partie des Kurdes qui, tout en se montrant respectueux de leurs propres particularités, sont favorables à un État central fort - on les trouve notamment parmi les « Défenseurs des sunnites » - mais, surtout, sur les Arabes sunnites qui résident à l'intérieur et à l'extérieur du pays et qui sont soucieux de récupérer un pouvoir qu'ils ont perdu avec l'intervention américaine.
Chez les chiites, l'« Armée d'Al-Mahdi » s'oppose aux Américains comme aux Iraniens. Son jeune chef, Moqtada Al-Sadr, milite avant tout pour une réunification de l'Irak - mais, à la différence de l'« Armée islamique d'Irak », il souhaite que l'État se retrouve sous la domination des chiites arabes. Partisan d'un État islamique chiite, il se définit pourtant avant tout comme arabe et ne veut pas d'une union avec les chiites d'Iran, qui pourtant le soutiennent et le financent actuellement. Il l'a d'ailleurs signifié politiquement, à plusieurs reprises, à travers la façade politique de son armée, le « Parti de la Prédication » (Hizb Al-Da'wa).
La mutation d'Al-Qaïda
Dans ce contexte de puissants clivages confessionnels et politiques, les partisans d'Al-Qaïda ont été rapidement happés par l'un ou l'autre courant. En toute rigueur, il ne faudrait plus parler d'Al-Qaïda en Irak puisqu'elle n'existe plus officiellement en tant que telle, de l'aveu même de son chef, Abou Hamza Al-Mouhajir, qui a fait allégeance à l'« État islamique d'Irak ». Finalement, ce sont les médias occidentaux et, en particulier, américains qui continuent de « faire vivre » une organisation qui n'existe même plus dans les publications des islamistes irakiens qui s'en réclamaient il y a encore un an. Les propagandistes de l'« État islamique d'Irak » se plaignent, d'ailleurs, du fait que leur nouvelle entité ne soit pas suffisamment prise au sérieux ; le « Commandeur des croyants », Abou Omar Al-Baghdadi, a plusieurs fois mis les points sur les i en rappelant publiquement que la cellule irakienne d'Al-Qaïda s'était fondue au sein de son organisation.
L'« État islamique d'Irak », créé autour du noyau dur d'Al-Qaïda, constitue en effet une véritable réussite pour ce qui est de l'assimilation des « qaïdistes ». Il est clairement établi aujourd'hui que, au cours des années, Al-Qaïda s'est quasi totalement « irakifiée » et que la majorité de ses cadres sont à présent des Irakiens de souche. La part des combattants arabes étrangers est devenue, au fil du temps, minime sinon insignifiante. De fait, l'« État islamique d'Irak » semble être désormais l'organisation la plus représentative de la diversité ethnique et territoriale du pays puisqu'on trouve dans ses rangs aussi bien des Arabes que des Kurdes et qu'elle compte même quelques sympathisants parmi les Arabes chiites. Du coup, l'influence idéologique et politique des chefs historiques d'Al-Qaïda, Ben Laden et Zawahiri en tête, est à relativiser, même si tous partagent le rêve d'un califat islamique restauré.
Al-Qaïda contre l'Iran
Au niveau régional, la montée en puissance de l'Iran change radicalement les rapports de forces et contribue également à relativiser le rôle et l'influence d'Al-Qaïda en Irak. Ses partisans savent qu'ils ne sont capables ni de s'attaquer aux Iraniens ni même de contrer l'influence de Téhéran, étant donné leurs ressources et leur position dans le paysage insurrectionnel irakien. D'ailleurs, les dirigeants de l'organisation se sont rarement aventurés sur ce terrain, conscients de leurs limites. C'est pourquoi les chefs locaux d'Al-Qaïda ont systématiquement cherché à s'allier aux groupes armés existants - qu'ils soient islamistes, nationalistes ou tribaux. Ces alliances leur ont permis de ne pas être pourchassés ou broyés par le rouleau compresseur iranien, lequel dispose, en plus, de relais efficaces parmi les chiites irakiens (via l'organisation « Badr »).
Il faut dissiper ici un autre malentendu concernant la destruction du mausolée de Samarra en février 2006, qui a été le catalyseur des violences interconfessionnelles. Cet attentat n'a jamais été revendiqué par Al-Qaïda, alors même que ses brigades revendiquaient à l'époque la moindre escarmouche pour asseoir leur notoriété. Tous les groupes de l'insurrection ont démenti être à l'origine de cette action et ont pointé du doigt les services secrets iraniens. Mais le mal était fait et le cycle des violences irréversible.
Les attentats sur les marchés ont fini par convaincre les plus réticents de s'engager dans une lutte sans merci pour la défense de leur communauté. Mais il est clair que la guerre des milices a commencé en raison des terribles exactions perpétrées au cours des deux premières années par les milices chiites, en particulier les brigades « Badr », avec l'appui des services iraniens. Rapidement, tous les groupes ont bénéficié de l'appui iranien, mais les Américains ont tardé à en tirer les conséquences - ce qui a renforcé l'image d'impuissance américaine progressivement intériorisée par les Irakiens.
Al-Qaïda contre les milices
Il ne faut pas oublier que, longtemps, les groupes sunnites - y compris Al-Qaïda - ont demandé aux Américains de protéger leur communauté contre les milices chiites et les escadrons de la mort armés par l'Iran. En vain. À partir de 2006, l'insurrection sunnite prend les choses en main et se bat sur deux fronts : contre les Américains pour accomplir le « devoir du jihad », mais aussi contre les milices chiites pour défendre la communauté sunnite. Sous la double pression des opérations américaines et du harcèlement incessant des milices chiites, l'insurrection, loin de se retrouver isolée de la population, s'est profondément et durablement implantée dans les provinces sunnites. Même à Bagdad, la protection des quartiers sunnites est assurée presque exclusivement par les groupes insurgés.
Cette situation chaotique a fini par démontrer à l'insurrection la faillite du modèle confédéral promu par les Américains : comment parer à la faiblesse des futures provinces autonomes face au puissant voisin iranien s'il est impossible d'assurer la sécurité au sein même de Bagdad ? Dès lors, tous les groupes ou presque se sont ralliés à l'idée d'un Irak réunifié et doté d'un gouvernement central fort. Dans les discours de certains chefs de l'insurrection exaspérés par le chaos environnant, on a même ressenti, parfois, des relents de nostalgie de l'ère Saddam...
Depuis janvier 2007, tous attendent le départ des Américains pour refonder l'État irakien sur de nouvelles bases ; mais aucun groupe, aucun parti, aucune organisation ne possède la puissance militaire ni l'assise populaire qui lui permettrait de s'imposer d'entrée de jeu. La solution politique ne peut venir que d'un compromis sur la base d'un « dénominateur identitaire commun », parfois esquissé dans les publications et dans les déclarations des chefs de l'insurrection.
Comment sortir de l'insurrection ?
On l'aura compris : au-delà des divers « groupes », des « armées » et des « brigades » de toutes sortes, l'insurrection irakienne est tout à la fois arabe, sunnite, islamiste et nationaliste.
Trouver le dénominateur identitaire commun
Les multiples identités des Irakiens se croisent, s'entremêlent, s'affrontent et, parfois, se complètent. Le compromis politique, s'il intervient, sera nécessairement fondé sur le plus petit dénominateur commun à ces identités.
- L'identité arabe
L'insurrection est avant tout arabe parce qu'elle s'exprime prioritairement en langue arabe et parce qu'elle a rallié majoritairement des combattants arabes, originaires d'Irak mais aussi des autres pays musulmans. Par « arabe », il faut comprendre, dans le contexte irakien, un ancrage tribal fort et une généalogie valorisée dans l'imaginaire collectif, où les représentations anciennes des tribus arabes continuent de structurer la société et les relations intercommunautaires.
Cette composante arabe offre à l'insurrection irakienne une vraie « profondeur démographique » dans les pays du Golfe. Les solidarités claniques et tribales ne s'arrêtent pas aux frontières ; dès lors, le combat de la rébellion dépasse le cadre strictement national de l'Irak. Qu'on le veuille ou non, tout ce qui affecte les Arabes d'Irak touche également les Arabes des pays voisins et, bien au-delà, jusqu'au Maghreb.
- L'identité sunnite
Cette insurrection est ensuite sunnite - rien d'étonnant à cela car, on l'a dit, l'écrasante majorité des musulmans dans le monde, et pas seulement au Moyen-Orient, est sunnite. Cet ancrage dans le sunnisme permet à l'insurrection d'étendre son influence et son pouvoir sur l'ensemble du territoire irakien : les sunnites, même s'ils ne sont pas majoritaires dans toutes les provinces d'Irak, sont implantés un peu partout sur le territoire et jouissent d'une image valorisée. En tout état de cause, le sunnisme permet de rallier la plupart des Kurdes au Nord, contrebalançant du même coup la supériorité numérique des chiites dans le sud du pays.
Le fait que les sunnites aient accaparé le « créneau insurrectionnel » durant toutes ces années s'explique simplement. Il suffit de consulter les premiers communiqués de la rébellion, rédigés alors que la lutte n'avait pas encore pris une tournure résolument confessionnelle. À cette époque (2003-2004), de nombreux chiites souhaitaient rejoindre les rangs de la « résistance » (muqâwama). Certains d'entre eux avaient même formé des brigades de moudjahidines dans le sud du pays. Mais les chefs sunnites se sont plaints de leur manque d'expérience et de leur maladresse tactique, coupant ainsi court aux velléités de ralliement chiite. Il est vrai que les chiites n'ont pas toujours eu une bonne formation ni une bonne image dans la société irakienne... Toujours est-il que leur marginalisation a conduit à la concentration des moyens et des ressources de la lutte armée contre les Américains entre les mains des sunnites, mieux préparés et mieux formés, en particulier au cours des deux premières années du conflit. Conséquence : aujourd'hui, les sunnites portent seuls l'étendard de cette guérilla que les Irakiens considèrent majoritairement comme étant la résistance légitime à l'occupation étrangère. Inutile d'insister sur l'aura et sur la gloire que les sunnites tirent de cette image de résistants et de moudjahidines, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Irak. Dans l'ensemble du monde musulman, les chiites sont plus que jamais perçus comme les enfants indignes de l'islam.
- L'identité islamiste
Cette situation a abouti, dans les faits, à l'établissement d'une sorte d'équivalence entre « musulman » et « sunnite », comme si les sunnites étaient devenus les seuls représentants et les seuls défenseurs attitrés de l'islam partout sur la planète. En réalité, cette résistance est plus précisément « islamiste », c'est-à-dire qu'elle se réclame d'un islam politique qui possède ses postulats et son propre agenda. L'insurrection irakienne est à dominante islamiste parce qu'elle se réfère clairement, toutes factions confondues, aux dogmes de l'islam (à des degrés divers). Ce constat vaut, en particulier, pour des nationalistes tels que les insurgés de l'« Armée islamique en Irak » - dont le nom même indique l'orientation idéologique.
À ceux qui s'inquiètent de la possible installation d'un régime islamiste à Bagdad en cas de retrait américain, les plus pragmatiques parmi les chefs de l'insurrection - et ils sont nombreux - répètent à loisir que ce futur régime ne pourra pas être plus dur que celui du voisin iranien ni plus fermé que celui du « frère wahhabite » (l'Arabie saoudite), étant donné l'histoire et la composition de la société en Irak. Ils appellent donc de leurs voeux l'instauration d'un État islamique... mais correspondant à un « islamisme à l'irakienne », pour ainsi dire.
- L'identité nationale
Enfin, cette insurrection est, paradoxalement, de nature nationaliste et moderniste. « Nationaliste » dans la mesure où elle n'accepte pas une partition de l'Irak - même sous une forme confédérale - et se battra jusqu'au bout pour une réunification effective du pays sous une autorité centrale forte et homogène. Et « moderniste » puisque l'électrochoc américain lui a appris à ne pas vivre dans le passé en suivant la voie des Salafs (selon la terminologie islamiste), mais à composer avec son temps tout en préservant ses traditions et ses valeurs (4).
De ce point de vue, le régime saoudien est fortement critiqué pour sa politique étrangère, mais son modèle de société est jalousé. La divergence fondamentale concerne la relation privilégiée que les Saoudiens entretiennent avec les Américains - une relation qui suscitera sans doute des frictions en cas de mise en place d'un État islamique en Irak. Les islamistes irakiens rêvent, en effet, d'un pôle sunnite fort capable de juguler les tentations hégémoniques de l'Iran tout en se passant de la tutelle américaine ; mais ils savent que le pacte américano-saoudien sera difficile à rompre.
La solution politique
C'est l'évidence : l'insurrection est si bien implantée qu'une solution politique ne peut venir que des chefs de cette insurrection. Ceux-ci peuvent être impliqués dans un processus politique vertueux qui serait fondé sur les points qui les unissent. Car ils ont bien des objectifs en commun...
Un préalable consensuel : le retrait américain
Sur le plan militaire, tous les groupes de l'insurrection exigent le retrait des forces américaines d'Irak. Tous les chefs sunnites, kurdes et chiites (à l'instar de Moqtada Al-Sadr) estiment livrer une « guerre de libération » et se définissent comme des « résistants à l'occupation américaine » - un véritable leitmotiv des publications de la rébellion. Ils sont perçus et soutenus comme tels par la population, dans le nord comme dans le sud du pays. Il suffit, pour s'en convaincre, de visionner les vidéos que ces groupes tournent régulièrement dans les rues des villes irakiennes.
Pour eux, le retrait américain est un préalable à toute solution politique précisément parce que l'insurrection s'est formée et affirmée avant tout comme une « résistance à l'occupation » et qu'elle ne cessera d'exister qu'avec la disparition de cette raison d'être originelle. Ce retrait est d'autant plus urgent que la présence américaine a été discréditée sur le terrain par des années de violence, de scandales et de chaos.
D'un point de vue interne, il est logique que les « résistants » d'aujourd'hui soient les cadres politiques de demain. Seules les modalités pratiques de ce passage de témoin doivent être discutées. Cette transition est d'autant plus pertinente que les chefs de cette insurrection-résistance ont démontré, dans la durée, leur capacité à mobiliser efficacement leurs troupes et à faire évoluer la situation sur le terrain.
Une revendication politique commune
Sur le plan politique, ensuite, tous souhaitent le maintien de l'unité territoriale de l'Irak et le renforcement du pouvoir central à Bagdad. Tous - y compris les Kurdes, qui redoutent de ne pas pouvoir résister à la pression turque en cas de partition - sont opposés à la partition du pays entre les trois communautés. L'objectif national est un facteur commun aux principaux chefs de l'insurrection, y compris les chiites et les islamistes les plus radicaux. Un sentiment qui s'explique naturellement par le refus de voir l'Irak se retrouver pour longtemps sous la domination du voisin iranien en cas d'affaiblissement de l'État...
Il existe donc deux puissants dénominateurs communs qui permettent d'envisager une solution politique rapide et viable. La première urgence est de fixer une date de retrait des forces américaines d'Irak pour répondre à la principale attente des chefs de l'insurrection. Il faut ensuite réaffirmer l'unité territoriale et politique du pays en rétablissant les institutions et les structures nationales qui garantissaient cette continuité.
Certes, les chefs de l'insurrection irakienne oeuvrent dans la clandestinité mais ils sont connus de leurs troupes et de la population. Dans un processus de transition politique aussi complexe que celui qui se profile en Irak, il faut seulement savoir privilégier les interlocuteurs dont le profil est le plus consensuel et le plus susceptible de fédérer les différentes factions, c'est-à-dire ceux qui représentent justement le dénominateur identitaire commun.
Ces chefs fédérateurs se trouvent aussi bien chez les sunnites de l'Armée islamique et de l'État islamique d'Irak que chez les chiites de l'Armée d'Al-Mahdi et les Kurdes d'Ansar Al-Sunna.
Par leur ancrage arabe, les chefs de l'insurrection irakienne sont capables de rallier la composante chiite de la population qui ne veut pas d'une alliance avec l'Iran et qui ne comprend même pas la langue des ayatollahs (le farsi). Elle se sent profondément arabe, à l'instar de la communauté sunnite, et le clame haut et fort.
Par leur ancrage islamiste, les leaders rebelles ont déjà rallié une bonne partie des solidarités humaines et financières qui structurent le monde musulman. Ils ont également attiré et assimilé avec succès les combattants partisans d'Al-Qaïda. L'héritage historique de l'Irak en tant que siège du pouvoir central musulman pendant des siècles n'est pas étranger à ce pouvoir d'attraction et d'assimilation. Si un régime islamiste est instauré un jour à Bagdad, il y a fort à parier que ce sera la fin du jihad global prôné par Al-Qaïda.
Enfin, grâce à la culture nationaliste des dirigeants de l'insurrection et, surtout, grâce aux acquis des années de lutte contre les Américains, il est quasiment certain que l'Irak unifié retrouvera rapidement son rang de puissance régionale après une période d'ajustement face à l'Iran et à l'Arabie saoudite.
À cet égard, il faut s'attendre à ce que le dénominateur identitaire commun qui existe de fait entre les communautés irakiennes et les monarchies du Golfe permette l'émergence d'un pôle politique fort et stabilisateur dans la région.
Les Américains face aux aspirations locales
Le seul obstacle à une sortie honorable réside dans le fait que l'approche américaine de la situation n'est pas strictement politique ni même géopolitique, comme le pensent parfois les Européens : elle est avant tout économique. Passé l'euphorie de la « libération de Bagdad », la culture du business a rapidement pris le dessus. L'un de mes amis américains, directeur d'un think tank basé à Washington et proche de l'administration Bush, m'a dit récemment et sans état d'âme une phrase qui résume bien la vision américaine : « La guerre en Irak est mauvaise pour l'image des États-Unis mais elle est bonne pour leur économie. »
Une guerre « privatisée »
Le commandement central américain a livré, en juillet 2007, des chiffres instructifs sur l'état des troupes et des protagonistes en Irak (5). Il y a désormais sur le terrain plus d'intervenants privés - que les Américains appellent contractors - que de soldats américains (180 000 contractants privés contre 160 000 soldats). De quoi se poser des questions sur cette privatisation de la guerre !
Outre la prédominance des sociétés militaires privées - un phénomène typiquement anglo-saxon mais en forte expansion -, le rapport du commandement central met en évidence un autre élément important : les Américains se sont maladroitement appuyés sur des partenaires ayant des intérêts immédiats et directs en Irak. Pour ne donner qu'un exemple pour le moins étonnant : la plus importante société privée sous contrat avec le gouvernement américain est un groupe turc (Kulak) qui emploie en Irak plus de 30 000 personnes... alors que la Turquie a refusé au début de la guerre jusqu'au survol de son territoire par les avions américains !
Il faut préciser, à cet égard, que si les Arabes d'Irak redoutent des pressions de la part de l'Iran en cas de retrait américain, les Kurdes, eux, craignent une intervention directe d'Ankara - une intervention dont on sait bien qu'elle a été préparée de longue date par les généraux turcs et qu'elle pourrait être officiellement justifiée par la volonté d'en finir avec les combattants du PKK qui trouveraient refuge dans le nord de l'Irak.
La nécessaire prise en compte des perceptions dominantes
Pour résoudre le conflit, il faudra nécessairement respecter les perceptions dominantes qui existent en Irak et dans le reste des pays de la région. Actuellement, ces perceptions sont propices à une unification des positions politiques autour du dénominateur commun décrit plus haut. Il est temps, donc, de changer d'arguments et de rhétorique et d'insister dorénavant sur les composantes identitaires de ce dénominateur commun (composantes arabe, musulmane et nationale).
Plus concrètement, il faudrait que l'administration américaine abandonne sa stratégie officielle de « divide and rule » (« diviser pour régner ») qui consiste à passer, en fonction des régions, des alliances avec de petits groupes armés contre d'autres groupes prétendument « affiliés à Al-Qaïda ». On sait, à partir des publications et des interviews réalisées avec les combattants, que cette stratégie a globalement échoué et qu'elle tend à présent à nourrir la guerre civile suivant de nouvelles lignes de fracture.
Dans l'immédiat, toute idée d'élections nouvelles serait saugrenue étant donné le contexte d'occupation étrangère et de violences interconfessionnelles. La solution la plus pragmatique et la plus raisonnable consisterait à transférer progressivement les rênes du pouvoir dans les villes irakiennes aux éléments les moins extrémistes de l'insurrection. Selon les rapports des services américains eux-mêmes, le gouvernement irakien n'exerce quasiment aucune autorité réelle sur le pays. De fait, ce sont les groupes insurgés qui contrôlent la situation sur le terrain à travers le jeu complexe mais efficace du système clanique et tribal.
Pour accompagner politiquement ce transfert de pouvoir, il faudra également s'appuyer, dans les mois à venir, sur d'autres acteurs internationaux que ceux qui ont participé à la coalition depuis 2003. On sait que cette coalition a été d'emblée perçue comme « croisée » et discréditée aux yeux de la population par le simple fait qu'elle ne comportait aucun contingent issu des pays musulmans. L'ONU devra absolument en tenir compte si elle veut réussir son retour en Irak et assurer la stabilisation durable du pays.
Pour terminer, insistons avec force sur le fait que l'approche extérieure des situations locales est dépassée : ce n'est pas par rapport à nous qu'il faut voir les problèmes, mais par rapport aux protagonistes qui y sont directement engagés. « Voir un problème », c'est l'analyser d'abord avec le regard de l'Autre, c'est recueillir le point de vue de l'intérieur avant de décider de la conduite à adopter, c'est juger les rapports de forces en interne avant d'engager des forces externes. Bref, pour parvenir à des solutions raisonnables et durables, il faut chercher ce fameux dénominateur identitaire commun sur lequel il est possible de fonder rapidement la décision et l'action. Ce qu'il y a de rassurant et d'optimiste dans cette approche, c'est que ce dénominateur commun existe toujours au sein d'une aire culturelle... même entre les pires ennemis.
Notes :
(1) Concernant la question numérique, il faut rappeler un fait notable mais souvent ignoré : lorsque les Américains sont entrés en Irak, ils n'ont pas fait de recensement de la population. D'emblée, ils ont décrété les chiites « majoritaires » et ont construit tout le processus politique sur cette base (découpage des circonscriptions, attribution des sièges au Parlement, répartition des pouvoirs et des postes au gouvernement, etc.). Bref, tout découlait de cette perception faussée, alors que la question du recensement était jusque-là un enjeu majeur en Irak. Les autorités de Bagdad organisaient des recensements tous les dix ans, les trois derniers ayant eu lieu en 1977, 1987 et 1997. Seul le recensement de 1977 est plus ou moins accepté par toutes les parties. Dans tous ces recensements, le comptage de la population et les enquêtes d'opinion montrent une majorité d'environ 75 % d'Arabes. Du jour au lendemain, les Américains ont mis en avant le critère confessionnel (chiites versus sunnites), balayant d'un revers de main l'acquis identitaire et stabilisateur de plusieurs décennies (la composante arabe de la population). Aujourd'hui, les chiffres promus par les Américains sont : chiites (50 %), sunnites (30 %), Kurdes (20 %).
(2) Voir : M. Guidère et D. Baran, « Sons et images de l'opposition irakienne », Le Monde diplomatique, mai 2005, p. 9 ; voir aussi : M. Guidère et P. Harling, « Qui sont les insurgés irakiens ? », Le Monde diplomatique, mai 2006, p. 14. Pour un aperçu général des groupes de l'insurrection, voir la cartographie finale dans M. Guidère, « L'Irak ou la terre promise des jihadistes », Critique internationale, n° 34, pp. 45-60.
(3) Voir le compte rendu en anglais de ce rapport dans : Christian Miller, « Private contractors outnumber U.S. troops in Iraq », Los Angeles Times, 4 juillet 2007.
(4) Le nom exact est : « Al-Qaïda au Pays des Deux Fleuves » (Tanzim Al-Qâ'ida bi-Bilâd Al-Râfidayn). Cette branche irakienne d'Al-Qaïda a été créée en 2004 par le Jordanien Abou Moussab Al-Zarqawi, avec la bénédiction de Ben Laden, à partir des combattants arabes qui avaient afflué en Irak pour combattre les Américains. Zarqawi est mort lors d'un raid américain en juin 2006 mais son groupe lui a survécu en se plaçant sous le leadership de l'« État islamique d'Irak ».
(5) Par « moderniste », il faut comprendre que cette mouvance se préoccupe des problèmes quotidiens de la vie moderne et les intègre dans ses schémas de lutte, contrairement à la mouvance strictement salafiste, qui ignore les problèmes de la modernité en ayant des préoccupations essentialistes et une optique de lutte purement religieuse et traditionaliste.