Politique Internationale - La Revue n°113 - AUTOMNE - 2006

sommaire du n° 113
ALLEMAGNE : LA VOIX DE L'OPPOSITION
Entretien avec Guido WESTERWELLE
Président du Parti libéral allemand (FDP) et du groupe parlementaire libéral au Bundestag.
conduit par
Jean-Paul Picaper
Responsable du bureau allemand de Politique Internationale. Professeur de sciences politiques ŕ Berl
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Líder de la oposición parlamentaria al gobierno Merkel y presidente del partido liberal (FDP), Guido Westerwelle tiene ante sí una brillante carrera política: está seguro de que va a recuperar una cartera ministerial si Ángela Merkel modifica su coalición, pues ya posee una intención de voto de casi un 15%. Mientras que los dos grandes partidos, CDU y SPD se enfrentan a una erosión de sus tropas, el FDP atrae cada vez más nuevos miembros. Su diagnóstico es claro: Alemania necesita menos burocracia y más economía social de mercado. Desdichadamente, la cancillería, que tiene las manos atadas debido a la alianza con los socialdemócratas, ha tomado el camino contrario: en lugar de liberar a la sociedad de sus fardos, el gobierno se orienta hacia un incremento de las cargas fiscales y un endeudamiento récord. Westerwelle está esperando su hora y, habida cuenta de la situación tensa que se ha creado en el seno de la coalición, ésta podría llegar más rápido de lo que se imagina...

Notes :

(1)  Aux législatives du 27 septembre 2006, la CDU/CSU, dont la candidate était Angela Merkel, n'a obtenu que 35,2 % des suffrages (225 députés), soit un point de plus que le SPD social-démocrate de Gerhard Schröder, mais bien moins que les 40 % qu'elle escomptait. Le FDP s'est amélioré à 9,8 % (61 députés), passant devant les Verts, mais pas assez pour obtenir la majorité absolue des sièges au Bundestag en se coalisant avec le parti de Mme Merkel comme le projetait Guido Westerwelle. En effet, l'irruption au Parlement d'un cinquième parti, La Gauche, a rendu mathématiquement plus difficile la constitution d'un gouvernement majoritaire entre un grand et un petit parti. Pour obtenir une majorité stable, la CDU/CSU et le SPD ont dû former ensemble le gouvernement. Les deux autres coalitions possibles : CDU/CSU-FDP-Verts ou bien SPD-Verts-La Gauche se sont avérées irréalisables pour des questions de personnes et d'idéologies.
(2) Voir, dans ce même numéro de Politique Internationale, l'article de Jean-Paul Picaper, « Angela Merkel : l'épreuve de vérité » : il s'agit d'une coalition de la CDU/CSU dont la couleur symbolique est le noir, du FDP de couleur jaune et des Verts. Ce sont les couleurs du drapeau de la Jamaïque.
(3) Au cours de la campagne électorale de l'été 2005, le ministre-président bavarois et président de la CSU, Edmund Stoiber, avait déclaré ne pas accepter que « l'est de l'Allemagne décide à nouveau qui serait chancelier ; il ne faut pas que les frustrés décident du sort de l'Allemagne ». Sans doute se souvenait-il qu'il avait perdu les législatives de 2002 parce que le pacifisme et l'antiaméricanisme de Schröder avaient déclenché chez les Allemands de l'Est des réflexes inculqués par le régime communiste défunt. Mais le SPD et La Gauche exploitèrent à fond ces propos malencontreux de Stoiber, soulignant qu'il avait voulu insulter les électeurs de l'ex-RDA. Le président bavarois eut beau dire après coup qu'il n'avait voulu « insulter personne », rien n'y fit.
(4) Dieter Salomon, né en 1960 en Australie, a grandi en Bavière. Docteur en sciences politiques et membre du parti Vert, il est depuis 2002 maire de la ville de Fribourg en Brisgau (Bade-Wurtemberg). Il est actuellement le seul élu Vert de ce niveau en Allemagne.
(5) Peu après avoir perdu ses fonctions de chancelier, Gerhard Schröder a été désigné président du conseil de surveillance de la société germano-russe NEGP (North European Gas Pipeline), dont la maison mère est Gazprom, qui gère la construction du gazoduc germano-russe de la Baltique. Alexeï Miller, PDG russe de Gazprom, proche du Kremlin, avait désigné en décembre 2005 l'ex-chancelier à ce poste. Schröder a pris ses fonctions le 30 mars 2006. Maître d'oeuvre du futur gazoduc, le NEGP est chapeauté par Gazprom, qui détient 51 % de son capital. Son PDG est un autre Allemand, Matthias Warnig, ancien officier de l'espionnage est-allemand, spécialiste des technologies de pointe. Pour réaliser ce projet industriel, Gazprom a obtenu un crédit très important d'une banque publique allemande au cours de l'été 2005 alors que Schröder était encore en fonctions. La Deutsche Bank et la banque publique Kreditanstalt (KfW) lui ont accordé une avance de 1 milliard d'euros avec l'aval du gouvernement allemand, assorti d'une garantie publique. C'est-à-dire que l'Allemagne les remboursera si jamais Gazprom est insolvable. L'ancien ministre de l'Économie de Schröder, Wolfgang Clement, affirme n'avoir pas su, alors qu'il signait cet accord, que Schröder prendrait du service chez Gazprom. « Rien de plus normal que cet encouragement au commerce extérieur », assure-t-il. Son ancien secrétaire d'État, Bernd Pfaffenbach, clame que Schröder n'avait pas été mis au courant de cette largesse. Mais le parti libéral fait remarquer que les règles de fonctionnement du gouvernement obligent les ministères à informer la chancellerie des décisions de cette importance. « Si cela n'a pas été le cas, c'est que la boutique de Schröder était bien mal tenue », a estimé le leader des parlementaires bavarois CSU, Peter Ramsauer. Personne ne croit qu'un homme comme Schröder, qui était dans la confidence de Poutine, n'ait rien su de ces tractations.
(6) En juin 2000, le gouvernement Schröder a arraché aux industriels de l'électricité le « compromis nucléaire » qui décrète l'extinction de la dernière centrale atomique allemande en 2020, c'est-à-dire l'abandon du nucléaire. La Fédération allemande des Chambres de commerce et d'industrie (DIHK) a effectué, en mars 2006, un sondage auprès de 1 100 entreprises. Plus de 70 % d'entre elles ont déclaré que l'abandon de l'énergie nucléaire « n'était pas raisonnable » et qu'il faudrait « au minimum prolonger le maintien en service des centrales existantes ». Mais le problème a un nouveau nom : Sigmar Gabriel. L'actuel ministre de l'Environnement, membre du SPD, s'oppose à l'abrogation du « compromis » et même à la prolongation des délais de fonctionnement impartis aux centrales. Il invoque le risque d'accident majeur ou d'attentat et la non-résolution du problème du stockage des déchets. Ce n'est pas très convaincant, car on a des endroits où stocker les déchets sur une assez longue période sans aucun danger. 
(7) Née en 1955 à Ulm, après des études de théâtre à Munich et un travail de dramaturge, y compris comme dirigeante d'un groupe musical, Claudia Roth est devenue en 1985 porte-parole du parti Vert au Bundestag, députée européenne des Verts en 1989, puis chef de leur groupe parlementaire, députée au Bundestag en 1998 et enfin, en 2001-2002, présidente du parti Vert allemand, d'abord avec Fritz Kuhn, puis avec Reinhard Bütikofer.
(8) Jürgen Trittin, ancien ministre de l'Environnement du gouvernement Schröder. Bärbel Höhn, ancienne ministre de l'Environnement de Rhénanie-Westphalie. Tous deux sont députés des Verts au Bundestag.
(9) Voir, dans ce même numéro de Politique Internationale, l'article de Jean-Paul Picaper, « Angela Merkel : l'épreuve de vérité », note (5).
(10) Après les élections berlinoises du 17 septembre 2006, le bourgmestre social-démocrate (SPD), Klaus Wowereit, a reformé un gouvernement du Land de Berlin (qui est en même temps le conseil municipal de la capitale) de couleur rose et rouge, SPD-La Gauche-PDS. Or rien ne l'y contraignait, d'autant que le parti de Gysi et de Lafontaine (La Gauche ou Linkspartei) avait perdu une dizaine de points par rapport au dernier scrutin de 2001 et que les Verts avaient presque doublé leur score. Il aurait eu la même majorité d'une voix avec les Verts à la Chambre des députés de la ville-Land de Berlin. Le président du SPD, Kurt Beck, l'a félicité pour cette décision, déclarant qu'ainsi l'unité Est-Ouest de l'Allemagne était préservée (comme si La Gauche post-communiste incarnait l'ex-RDA !) et ajoutant qu'il n'était pas question de créer un alliance socialiste-communiste de ce type au niveau du gouvernement de l'Allemagne (c'est pourtant ce que souhaite Wowereit, et son alliance berlinoise est un modèle pour un gouvernement fédéral). Il faut retenir cette déclaration de Beck au cas où les actes de son parti le démentiraient sous peu. Le paradoxe est qu'en Mecklembourg-Poméranie (Schwerin-Rostock) où des élections régionales ont eu lieu le même jour, le SPD s'est allié à la CDU, alors que là, La Gauche s'était maintenue au même niveau qu'au scrutin précédent.
(11) À titre de comparaison, les Verts ont 40 000 adhérents et La Gauche 61 000.
(12) Une « grande coalition » de la CDU/CSU et du SPD comme au gouvernement fédéral à Berlin. Voir : « Angela Merkel : l'épreuve de vérité ».
(13) Ancien député européen, ancien député au Bundestag et ex-président du groupe parlementaire CDU, Friedrich Merz était l'un des rivaux d'Angela Merkel que cette dernière a réussi à mettre sur la touche. Il a pris une semi-retraite politique en retournant à son métier d'avocat dans sa Westphalie.
(14) Deux personnalités du parti libéral FDP, Hans-Dietrich Genscher puis Klaus Kinkel, ont été successivement ministres des Affaires étrangères  dans les gouvernements d'Helmut Schmidt et d'Helmut Kohl.
(15) Dans ses Mémoires intitulés La Pelure de l'oignon, parus en août 2006, l'écrivain Günter Grass, qui s'était fait une spécialité de pourfendre tous les hommes politiques qui avaient de près ou de loin pactisé avec le nazisme et qui s'était taillé une réputation de grande conscience de la gauche, a avoué avoir été membre des Waffen-SS à l'âge de 19 ans en 1944-1945. S'il l'avait avoué plus tôt, il n'aurait certainement pas bénéficié du soutien des socialistes allemands et européens pour obtenir le prix Nobel de littérature.