Politique Internationale - La Revue n°96 - ÉTÉ - 2002

sommaire du n° 96
CHINE: LES ZONES GRISES DE LA LIBERTE
Article de Liu Xiaobo
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Le pouvoir communiste n'a pas l'intention de relâcher la censure en Chine. Il promulgue fréquemment des interdictions à l'encontre de la liberté d'expression et ne cesse de procéder à des purges, voire à des fermetures autoritaires, dans le secteur des médias. Pour preuve, le 25 février dernier, deux sites Internet célèbres, à tendance libérale, «Bumei zhi ye» (Nuit blanche) et «Dijin minzhu» (La Démocratie par étapes), ont dû cesser toute activité. Plus récemment, le 21 mars, l'hebdomadaire Nanfang zhoumo (Week-end Sud) a, une fois de plus, reçu l'ordre de supprimer un reportage qui révélait l'ampleur du scandale du programme Hope. Le journal a été contraint d'envoyer au pilon les 300000 exemplaires qu'il avait déjà imprimés.

Pour autant, la Chine d'aujourd'hui ne ressemble plus guère à celle de l'époque de Mao Zedong. Des intellectuels indépendants parviennent à agir jusqu'à la limite de ce qui est toléré par les autorités, et les médias (relativement) progressistes osent s'aventurer dans certaines zones interdites. Ces deux réalités témoignent, a contrario, des changements survenus dans les méthodes de censure auxquelles recourt habituellement le pouvoir, mais aussi de son inefficacité croissante face aux évolutions de la société chinoise.

En premier lieu, l'ouverture réformiste engagée dans le pays depuis plus de vingt ans a conduit les communistes à prendre quelque liberté avec l'idéologie orthodoxe. Les phrases pompeuses du type «Que la lutte des classes soit l'axe de nos actions!» ont cédé la place à un discours pragmatique sur le développement économique et au slogan «Prospérez et enrichissez-vous!». De la même manière, la théorie de l'avant-garde du prolétariat a été remplacée par celle des «trois représentations». Le marché et le capital sont devenus les moteurs de la réforme. Le pouvoir politique est, dès lors, obligé d'asseoir sa légitimité sur les résultats économiques obtenus.

Par ailleurs, l'économie chinoise est de plus en plus imbriquée dans l'économie mondiale et, par voie de conséquence, de plus en plus tributaire des financements, du marché et des techniques des pays développés. Dans un tel contexte, le pouvoir ne peut plus ignorer les critiques répétées de l'Occident — et d'abord celles émanant des Etats-Unis — qui se focalisent sur la situation déplorable en matière de droits de l'homme et sur le retard accumulé dans la mise en oeuvre des réformes politiques. Il est donc contraint de jouer un jeu diplomatique de plus en plus subtil: tout en continuant d'arrêter et de relâcher, alternativement, ses dissidents, il négocie son soutien politique sur la scène internationale en échange d'avantages économiques. Mais pour contourner les normes communément admises en la matière, il se voit obligé de forger son propre langage des droits de l'homme.

En définitive, l'effondrement de l'idéologie traditionnelle et la perte brutale de légitimité morale du pouvoir communiste ont amoindri une force répressive beaucoup moins sûre de son bon droit. La censure ne peut plus s'exercer avec la même férocité qu'à l'époque de Mao Zedong.

Cette faiblesse morale a obligé le pouvoir communiste à recourir à des arguments nouveaux — plus sophistiqués — pour réprimer la dissidence. Les déclarations révolutionnaires péremptoires ne sont plus de mise. Désormais, le pouvoir communiste utilise avec une habileté redoutable le jargon des organismes internationaux tout en le transformant. La notion de droits de l'homme est ainsi réduite à celle du «droit à l'existence»; le mouvement Falungong est affublé de la dénomination de «secte»; les déclarations et les actions de certaines minorités nationales qui aspirent à l'autonomie sont qualifiées de «terroristes». Il s'agit, avant tout, de protéger les intérêts du pouvoir en place, de l'Etat et des acteurs économiques. Avec un seul et même leitmotiv: «La stabilité par-dessus tout.» En fin de compte, la volonté de contrôler l'opinion vise à préserver les privilèges des autorités.


Réprimer, oui, mais discrètement

L'écrasement du mouvement démocratique de 1989 a marqué un tournant dans l'évolution des méthodes de répression visant les dissidents. Tout en reprenant le contrôle de la situation, le pouvoir a pris soin de ne pas transformer les victimes en héros populaires et d'atténuer la pression internationale qui pesait sur la Chine. On peut évoquer, à ce propos, le début d'une stratégie à long terme.

La nouvelle méthode choisie est délibérément plus discrète que par le passé. Plutôt que d'agir publiquement en mobilisant la population et en offrant des coupables à la vindicte des masses, on utilise le téléphone pour communiquer les décisions administratives, la date des réunions et envoyer des enquêteurs chargés de verrouiller les unités de production. On examine et traite au cas par cas les différents suspects. Ceux qui sont jugés les moins dangereux par les autorités sont soumis à de fréquents avertissements. Leurs conversations téléphoniques et leur courrier électronique sont surveillés. Durant les périodes «sensibles», ils font l'objet de filatures, et leur liberté de mouvement est limitée. Les suspects qui apparaissent plus gênants pour le pouvoir sont arrêtés; leur domicile est perquisitionné. Ils sont ensuite jugés et condamnés par les tribunaux.

Mais le degré de répression à laquelle ils sont soumis varie selon la notoriété internationale dont ils jouissent. Pour contraindre les dissidents célèbres à l'exil, le pouvoir les condamne lourdement. A l'encontre de personnalités qui demeurent à l'intérieur du système, il emploie généralement différentes formes de châtiments: suspension des cours pour les enseignants, mise à pied temporaire, licenciement, pressions diverses conduisant à des démissions volontaires, mutations tous azimuts et autres moyens qui ne laissent pas de trace (telles les mises en garde verbales).

La répression de la pratique populaire du qigong, la mobilisation par les autorités de la population contre le Falungong et la célébrité mondiale acquise par Li Hongzhi ont entraîné l'internationalisation de cette question. La répression de la liberté religieuse par le pouvoir chinois est subitement devenue un sujet de préoccupation pour l'opinion internationale. Acculées, les autorités communistes ont été contraintes d'adopter un profil aussi bas que possible. Le pouvoir en a tiré des enseignements pour l'avenir. Les mesures de répression prises par le Parti contre d'autres groupes religieux, comme le «Zhonggong» et les Eglises chrétiennes clandestines, ont, en général, été appliquées dans le plus grand secret. Il convenait de réduire l'impact négatif qu'elles ne manqueraient pas d'avoir sur l'image du gouvernement.

Parmi les transformations «subtiles» qui ont affecté, ces dernières années, les relations entre censeurs et censurés, on citera également le changement d'attitude des policiers à l'encontre des dissidents. Il n'est pas rare, désormais, de les entendre utiliser des phrases comme «Allez, devenons amis!» ou «Nous ne faisons que notre boulot, vous savez ...». Quand les policiers «bavardent» avec un dissident, certains d'entre eux n'hésitent pas à exposer, en aparté, des positions peu orthodoxes. Il arrive même que les forces de l'ordre proposent aux suspects un compromis qui leur permettrait de continuer à s'exprimer tout en assurant au pouvoir une porte de sortie honorable.


L'identité grise des intellectuels

Du côté des censurés, de nombreux intellectuels libéraux célèbres sont désormais affublés de ce que j'appellerai une «identité grise». En tant que professeurs, chercheurs, directeurs de publications, directeurs de chaînes, rédacteurs en chef, chefs de rubrique, metteurs en scène, écrivains et autres présidents ou gérants d'associations bénéficiant d'une certaine renommée, ils demeurent à l'intérieur du système. Ils «mangent à la gamelle impériale» et jouissent de toutes sortes d'avantages procurés par leur position sociale. Mais ils se placent dans le camp de la société civile lorsqu'ils expriment des idées contraires au discours officiel. Aux yeux de l'opinion internationale, ce sont des dissidents «tolérés» par le régime. Grâce à leur relative notoriété, ces intellectuels bénéficient de la protection de leur employeur. Ils continuent à percevoir leur traitement, et conservent leurs titres. Ils peuvent poursuivre leurs recherches et leurs enseignements, et continuent à profiter de tous les avantages liés à leur fonction (notamment l'attribution d'un logement). Dans certains cas, soumises à la pression de leur autorité de tutelle, certaines unités suspendent provisoirement les cours d'un professeur. Les autorités peuvent, par exemple, se contenter de supprimer les cours magistraux bénéficiant d'une large renommée, tout en maintenant les enseignements dispensés à de petits groupes d'étudiants. L'éviction de Liu Junning de l'Institut des Sciences sociales ou le départ de He Qinglian, qui affirma clairement qu'elle s'exilait pour échapper aux persécutions politiques du régime, restent des cas extrêmement rares dans la communauté des professeurs.

Un autre événement a contribué à affaiblir le poids de la censure: les divisions au sommet de l'appareil depuis la fin de la période «absolutiste» (après la mort de Deng Xiaoping). Sur le papier, Jiang Zemin détient le pouvoir suprême sur le Parti, le gouvernement et l'armée. Mais, dans les faits, il ne jouit pas du prestige sans partage d'un Mao ou d'un Deng. Son pouvoir ne s'exerce que sur la base d'un compromis issu d'un marchandage entre les différentes factions qui occupent les hautes sphères du pouvoir. Dans cette configuration, l'opinion publique et les médias disposent d'un espace d'expression: comme le pouvoir politique n'a pas les moyens de contrôler toutes les opinions, il est obligé d'en tolérer la diversité. On distingue grosso modo quatre types d'opinions et d'actions radicales actuellement tolérées par le pouvoir:

1) Les «voix libérales» issues de l'époque de Hu Yaobang et Zhao Ziyang. Il s'agit principalement des factions éclairées de l'appareil et des intellectuels libéraux qui ont émergé du mouvement démocratique de 1989.

2) Les «voix d'opposition» incarnées par les dissidents totalement exclus du système à la suite de la répression de Tian'anmen. Les déclarations, plaintes et lettres ouvertes «dissidentes» n'ont en effet jamais cessé de s'exprimer au sein de la population. Les familles des victimes du 4 juin, regroupées autour de Mme Ding Zilin, en sont le symbole le plus éclatant. Sans désemparer, ces familles ont continué de recueillir des témoignages et publié la liste des victimes du 4 juin. Elles ont également organisé le mouvement des «Mères de Tian'anmen» qui jouit d'une audience internationale (il a même été cité pour l'attribution du prix Nobel de la paix).

3) La «voix critique du nationalisme radical» et de la nouvelle gauche portée par des individus plutôt jeunes issus des milieux cultivés, inspirés par des théories importées d'Occident. Ces derniers utilisent la pensée de Mao pour contrer Jiang Zemin (comme les maoïstes à la Deng Liqun) et critiquent sévèrement l'alliance entre les caciques du régime et le grand capital chinois et étranger. Ils vilipendent également la mollesse de Jiang Zemin et de Zhu Rongji à l'égard des Etats-Unis — une mollesse destinée, selon eux, à arracher l'admission de la Chine au sein de l'OMC.

4) La «voix critique des maoïstes» du Parti manipulés en coulisse par Li Peng. Des années 80 jusqu'au début de ce siècle, cette tendance s'est affirmée avec une virulence accrue, notamment après la tournée dans le sud du pays de Deng Xiaoping.

Toutes ces voix dissidentes lancent de violentes diatribes contre la corruption des hauts dignitaires du régime. Mais, tant qu'elles ne citent pas nommément les hauts fonctionnaires impliqués dans ces scandales, leurs écrits peuvent être publiés dans les grands médias chinois. Seule exception incroyable: les révélations sur la corruption de la famille du deuxième personnage du régime, Li Peng. Qui aurait cru que le gouvernement tolérerait sans broncher les défilés dans les rues de Pékin contre le clan Li Peng ? Les victimes de «l'affaire des fonds de Xinguoda», imputée principalement au fils de Li Peng (Li Xiaoyong), brandissaient des banderoles où l'on pouvait lire: «Li Peng, rends l'argent!» Elles demandaient aussi que les corrompus fussent punis, et ont largement diffusé une «Plainte adressée au Comité central et au Conseil des affaires d'Etat concernant l'escroquerie sur le marché à terme de “Xinguoda”».

Plus étonnant encore: au même moment, la revue économique officielle Le marché des titres hebdo (dont le tirage dépasse cinq millions d'exemplaires) a publié un article évoquant «l'électricité de la famille Li». Le lecteur y apprenait, entre autres joyeuses nouvelles, que le clan Li Peng avait transformé la compagnie d'électricité d'Etat «China Energy International» en une lucrative société familiale. Cet article mettait nommément en cause Li Peng, son épouse Zhu Lin et ses fils Li Xiaopeng et Li Xiaoyong. Seule l'existence dans la coulisse de luttes intestines dans les plus hautes sphères du pouvoir explique cette publication totalement inattendue dans un régime de parti unique.


Après nous, le déluge!

La censure ne peut s'exercer que par l'intermédiaire d'agents en chair et en os. Or, dans une période où le pouvoir communiste manque de confiance en sa propre légitimité, où les profits sont accaparés par la classe dirigeante et où le cynisme règne en maître, le pouvoir en général et les fonctionnaires en particulier arbitrent entre les avantages et les inconvénients politiques et économiques liés à la censure. L'immoralité de la société tout entière conduit les fonctionnaires à se montrer plus retors et moins responsables tant vis-à-vis de la population que de leur hiérarchie. Les responsables chargés de l'idéologie ne font pas exception à la règle: pour conserver leur poste et les avantages afférents, ils obéissent aux ordres mais cherchent aussi à tirer parti de leur activité.

Pour autant qu'ils ne mettent pas leur carrière en danger, les agents chargés de la censure n'hésitent pas à fermer les yeux sur l'action des dissidents. Ainsi, de nombreux livres interdits continuent à être vendus ouvertement sur le marché. Dès que l'orage est passé, les médias qui ont été avertis par les autorités, voire purgés, affichent les mêmes positions qu'auparavant et n'hésitent pas à aborder des sujets de société «sensibles». Certains journaux publient des articles signés par des personnalités connues pour leurs idées peu orthodoxes. Les chaînes de radio et de télévision accueillent ces mêmes personnalités dans leurs studios ou sur leurs plateaux. Les intellectuels libéraux qui avaient été montrés du doigt par le régime peuvent à nouveau voyager hors de Chine et participer à des réunions aux côtés de dissidents en exil interdits de séjour dans leur pays d'origine. En Chine, ils ont la liberté d'assister à des réunions, de publier des textes et participent à des émissions de télévision ou à des forums sur Internet. Autre exemple significatif: la Direction du cinéma du Parti peut interdire officiellement la projection en Chine du film de Jiang Wen Les Démons à ma porte et, dans le même temps, fermer les yeux sur la vente du CD-rom pirate à tous les carrefours de Pékin.

En outre, dans un climat de négligence généralisée, des «accidents politiques» ne cessent de se produire dans les médias. La chaîne de télévision de la municipalité de Canton a ainsi exhibé une photo de Zhu Rongji sous-titrée «Un ancien pratiquant du Falungong» ... Autre exemple: la diffusion sur la chaîne CCTV (China Central Television) d'une émission consacrée au site de recherche de personnes disparues «Le filet du ciel», pourtant interdit par les autorités. Alors que le créateur du site, Huang Qi, avait été arrêté, la télévision invita son épouse sur son plateau. Car CCTV ignorait que les services de sécurité avaient, dans le plus grand secret, fermé le site et arrêté ledit Huang Qi. Par la suite, CCTV fut sévèrement critiquée par les instances supérieures et le producteur de l'émission fut limogé.

En résumé, les agents de la censure se montrent essentiellement passifs. Leur devise semble être la suivante: «Du moment que cela ne dépend pas de ma juridiction, le ciel peut bien nous tomber sur la tête ...»


Dernier interdit: le défi frontal

Malgré de violentes secousses, l'économie de marché ne cesse de s'étendre en Chine. Du coup, la diversité sociale induite par une plus grande disparité de revenus s'accroît. Or toutes ces évolutions structurelles octroient une plus grande marge de manoeuvre aux médias. A leur tour, ceux-ci favorisent l'épanouissement d'une société civile autonome au sein de laquelle les intellectuels libéraux peuvent faire entendre leur voix dissonante par rapport au discours dominant. Sans parler de celle de l'opposition extérieure au système, qui défie fréquemment la dictature du parti unique.

Peu à peu, la diversité de la société pénètre l'Etat monolithique. Les «libertés grises» des individus gagnent du terrain. Le mode global de contrôle de la population, tel qu'il s'exerçait autrefois, lorsque les masses étaient appelées à participer à de vastes campagnes idéologiques, faiblit jour après jour. Même si la nature et l'inertie du pouvoir le conduisent encore à recourir aux vieilles méthodes, leur ampleur et leur efficacité réelles sont de moins en moins avérées. Lucides, les dirigeants n'appellent plus à la mobilisation que pour la forme, tandis que le peuple fait mine de jouer le jeu. Le fossé entre ce que pensent les Chinois en leur for intérieur et ce qu'ils expriment ne cesse de se creuser.

Alors que les médias demeurent aux mains et sous le contrôle du pouvoir, certains intellectuels affichent des conceptions franchement libérales. Ils apparaissent de ce fait comme les véritables porte-parole de la société civile. L'exemple de Wu Jinglian est, à cet égard, tout à fait caractéristique.

Disciple de Gu Zhun, ce célèbre économiste est un partisan affirmé du libéralisme économique. En Chine, d'aucuns chantent même les louanges du «marché à la Wu». En dépit de son appartenance à l'état-major de l'appareil et des conseils qu'il octroie régulièrement, à leur demande, aux dirigeants, Wu Jinglian ne cesse de dénoncer l'injustice réservée aux sociétés privées et aux petits porteurs esseulés. Il critique aussi l'affairisme secret du marché boursier chinois, dominé par le mercantilisme du pouvoir et par les magouilles des hauts dirigeants. Ses prises de position lui ont conféré un statut de porte-parole «éthique» de la société civile. L'économiste apparaît souvent à la télévision, tant sur les chaînes nationales que locales, où il parle en toute liberté de l'économie chinoise. Une liberté dont il use: Wu n'hésite pas, en effet, à proférer des critiques extrêmement cinglantes. Ce double rôle lui a valu d'être distingué par Central TV comme l'un des dix personnages «les plus remarquables» du monde chinois de l'économie pour l'année 2001.

La tactique employée par les «censurés», on l'a vu, consiste à faire le gros dos face aux censeurs. Il n'est pas rare d'entendre un intellectuel procéder à son autocritique, avant de continuer à exprimer des opinions illicites. Un individu, qui aura été montré du doigt pour avoir formulé tel jugement dans une revue quelconque, pourra très bien continuer de développer son point de vue dans une autre revue. L'auteur d'un manuscrit sur un sujet sensible qui a été éconduit par une maison d'édition pourra se tourner, avec succès, vers un autre éditeur. Une prise de position exclue par un site sera diffusée par un autre ...

Même cas de figure pour les intellectuels. Ainsi Yu Jie , qui avait été récusé par un Institut de littérature moderne, est désormais sous contrat avec une grande société d'Etat dépendant d'une chaîne de la télévision centrale. Autre exemple: l'émission «Parlons vrai» de Central TV a reçu un avertissement après avoir invité Liu Suli, patron de la célèbre librairie privée «Wansheng shuyuan» (Les dix mille saints) et ancien leader étudiant du mouvement de 1989. De même, l'émission «L'heure de la lecture», diffusée sur la chaîne Central TV, a été sévèrement critiquée pour avoir reçu l'universitaire libéral Zhu Xueqin, ancien membre actif du mouvement de 1989 à Shanghai. Bref, la politique des autorités visant à interdire d'antenne les anciens militants du mouvement de 1989 se révèle inefficace face au pluralisme des médias. Il y a toujours une chaîne pour inviter Zhu Xueqin et Liu Suli, et une revue pour leur commander un article.

L'économiste libéral Mao Yushi, banni des médias durant un temps par le Bureau de la propagande du Parti, prend souvent la parole sur l'avenir des réformes en Chine en tant que directeur du Centre de recherche sur l'économie naturelle, l'un des principaux pourvoyeurs d'idées sur l'économie non gouvernementale. Ce centre, qui continue à fonctionner tout à fait normalement, organise tous les quinze jours des conférences et des débats. Il est même devenu l'un des salons de la pensée non officielle les plus courus de Pékin.

La télévision par satellite du Hunan a elle aussi été critiquée pour avoir invité Zhu Houze, l'ancien ministre de la Propagande de Hu Yaobang. Pour autant, cette mise en garde n'a pas empêché d'autres médias de l'inviter comme si de rien n'était. Le 18 décembre 2001, le Centre de recherche et d'observation économique Dajun (établi à Pékin) organisa au Grand Hôtel Changlong de Canton un «Séminaire sur la question de la paysannerie chinoise et l'économie privée». A cette occasion, il invita Zhu Houze, mais aussi Du Runsheng, Li Rui, Yu Guangyuan, Wu Xiang: tous d'anciens cadres de haut rang à l'époque de Hu Yaobang et Zhao Ziyang (13), qui restent très actifs dans les cercles non officiels.


Internet, vecteur de liberté

L'utilisation par les médias modernes de techniques sophistiquées, en particulier avec l'expansion rapide du réseau Internet, pose un grave problème à la censure. Malgré les règles d'une sévérité accrue édictées par le pouvoir pour en restreindre l'usage, l'«adversaire» a jusque-là toujours trouvé la parade. Les autorités ont investi des sommes colossales, mais le réseau n'en reste pas moins incontrôlable. Les communistes ont de moins en moins les moyens de leur politique.

Pour plusieurs spécialistes (tel Lin Yusheng), l'accroissement — réel — des libertés individuelles en Chine n'est pas suffisamment important pour pouvoir susciter la création d'un espace public commun. Selon ces analystes, sous le régime du parti unique une majorité croissante de Chinois refuseraient, en effet, de s'impliquer dans la sphère publique pour mieux préserver un domaine privé conquis de haute lutte. De ce fait, la Chine, caractérisée actuellement par l'existence d'une «demi-société civile», éprouverait de grandes difficultés à évoluer spontanément vers une société civile de type libéral.

Il me semble que cette analyse ne rend compte que d'une partie de la réalité. La participation de la société civile aux affaires publiques est loin d'être catastrophique, en particulier grâce au développement rapide du réseau Internet qui garantit aux Chinois un remarquable espace de liberté.

D'une part, Internet a totalement modifié l'accès des Chinois à l'information. Grâce au réseau, les internautes peuvent obtenir des informations plus rapides et plus riches que celles transmises par les médias traditionnels. D'autre part, il leur permet de faire connaître leur opinion. Une possibilité dont les Chinois ne se privent pas: tous les grands événements politiques, économiques et culturels survenus dans le pays ces dernières années ont été soumis au feu roulant de la critique sur Internet. Dans un contexte marqué par un relâchement moral effarant, on peut même s'étonner de l'excellent niveau de participation des internautes aux affaires publiques.

Les milieux intellectuels libéraux, eux, utilisent massivement Internet. Depuis l'apparition des «Frontières de la pensée», les sites non officiels de tendance libérale ou les sites semi-officiels se comptent par dizaines en Chine. Parmi eux, on peut citer: «Nuit blanche», «Le jardin de la pensée de Yangzi», «Questions et doctrine», «Jugements intellectuels», «Le penseur libre», «Critique mordante», «Toile critique chinoise», «La maison de thé Guantian», «Le triangle de Beida», «La critique de l'épée et de l'arc-en-ciel», ou encore le site nouvellement créé par Wang Lixiong, «La démocratie par étapes». On relève par ailleurs l'existence de sites animés par des médias officiels qui critiquent abondamment le régime actuel (tels «La tribune de l'Etat fort», «La ligue de la jeunesse en ligne», «La toile du Sud»). Bref, une véritable société civile de la toile a vu le jour.

D'autant que la censure officielle ne parvient pas à marginaliser les médias étrangers. Outre les nombreux auditeurs des radios internationales, le réseau Internet permet aussi de prendre connaissance de l'opinion mondiale sur les évolutions en cours en Chine. Des sites d'information en langue chinoise de Chine ou de l'étranger («Duowei», «Dajiyua», «Boxun», «Wanwei»), des publications sur Internet («La Chine démocratique», «Yibao», «Le nouveau siècle», «La tribune démocratique», «Printemps de Pékin», «Reader's Digest de Chine», «Le tunnel», «Références d'Amérique», «Rivalise», «Ouverture»), ou des sites en anglais célèbres («BBC», «New York Times», «Voice of America», etc.) garantissent aux internautes une information diversifiée.

Le jugement de dissidents étroitement surveillés, l'existence de manifestations de paysans et d'ouvriers, les mouvements de protestation du Falungong, les atteintes aux droits de l'homme: tous ces événements peuvent être instantanément transmis à l'extérieur du pays par courrier électronique. Puis les Chinois en prennent connaissance via les sites étrangers. Par ailleurs, la revue électronique Références petites et grandes, créée par l'étudiant Richard Long durant son séjour aux Etats-Unis, constitue la nourriture spirituelle de tout internaute chinois qui se respecte.

Grâce à ces différentes sources d'information, les internautes chinois sont désormais capables de formuler des jugements pertinents sur les mesures prises par le pouvoir communiste.

Ce réseau permet de nourrir les plus grands espoirs pour l'avenir. Son développement introduit de plus en plus de brèches dans le mur de la censure bureaucratique. Dans un pays où l'information demeure en grande partie opaque, il est certes difficile d'évaluer l'impact de ce phénomène sur la politique du gouvernement. Son influence n'en est pas moins indéniable.

Pour preuve, l'affaire de l'explosion qui a endeuillé l'école primaire du village de Fanglin dans le Jiangxi (14). La diffusion rapide de l'information sur Internet a suscité une forte pression populaire et contraint le premier ministre Zhu Rongji à présenter des excuses aux victimes et à la population. C'est également grâce aux révélations des médias que les cercles dirigeants se sont intéressés au grave accident survenu dans les mines de charbon de Nandan. Depuis, les responsables et les fonctionnaires locaux ont été punis sévèrement.


Le nouveau roi : le client
En théorie, les communistes continuent d'employer les vieilles méthodes de censure définies par l'«organe du parti». Mais, dans les faits, le pouvoir se voit obligé de s'adapter aux mutations de grande ampleur qui affectent la société chinoise.

Les médias, par exemple, ne sont plus de simples courroies de transmission dépendant du régime mais des entités qui cherchent à se développer de manière autonome. Mus par la quête du profit et soumis à la pression du marché, les organes traditionnels sont de moins en moins bien adaptés à la concurrence marchande exacerbée et se voient, de ce fait, contraints de modifier leur fonctionnement. La gestion interne, la fabrication des programmes, les modes d'émission et de diffusion et les sources de financement évoluent radicalement.

Progressivement, la presse a abandonné le principe selon lequel seule comptait «la voix d'en haut» pour celui-ci: «seule compte la voix d'en bas.» Jadis, on affirmait en Chine que les médias ne montraient «que ce que le parti acceptait de montrer aux gens». Aujourd'hui, il est admis qu'ils s'efforcent de montrer «ce que les gens ont envie de voir». Autrement dit, c'est le choix du consommateur qui dicte l'offre. La règle d'or de la presse est désormais la suivante: faire semblant de plaire aux hauts dignitaires et tenter de satisfaire, en le flattant, le client qui paie.

Pour les hauts dirigeants du Parti, le maintien de la stabilité sociale est devenu l'objectif prioritaire. Il s'agit d'assurer l'expansion économique du pays. Cette stabilité équivaut à garantir les profits des autorités locales, des petits groupes industriels et, en définitive, des individus. Désormais, les organes du pouvoir communiste ne se réduisent plus à de simples yamen (15). L'alliance perverse entre le pouvoir et le capital a rapidement engendré un monstre, lequel est tout à la fois le siège du pouvoir et un groupement d'intérêts monopolistiques.

La recherche d'avantages économiques sous couvert de politique, ou d'idéologie, est désormais partagée par les yamen communistes de bas en haut de la pyramide de l'appareil. A cet égard, les institutions responsables de l'idéologie ne font pas exception. Les divers organes de propagande, les maisons d'édition et de presse, la Direction générale de la radio et de la télévision, le ministère de la Culture, le ministère de l'Education, l'Union des gens de lettres, l'Association des écrivains sont étroitement liés aux grandes entreprises et sociétés. Ils retirent de cette dépendance de nombreux et substantiels avantages économiques.

Ainsi Le Temps industriel et commercial de Chine, qui a raconté dans un article que le taux de retour des voitures Volkswagen mal montées à Shanghai et vendues à Canton était très élevé, a subi de fortes pressions de la part du Bureau de la propagande du Parti pour modifier le contenu de son enquête.

Une obsession : la croissance économique
Pour le pouvoir communiste, on l'a dit, le maintien d'un fort taux de croissance économique constitue l'objectif numéro un. Le régime de Jiang Zemin et Zhu Rongji place, de façon obsessionnelle, toutes les ressources financières au service de ce but. Pour les services gouvernementaux et les fonctionnaires eux-mêmes, «la politique prioritaire, c'est de faire de l'argent». Pour atteindre cet objectif, les hauts dignitaires se livrent à une privatisation échevelée en recourant à de véritables méthodes de gangsters. Les communistes s'acharnent à accaparer un pouvoir de type monopolistique non pas pour éradiquer le capitalisme ou libérer l'humanité mais bien pour engranger des profits. Ils garantissent ainsi une prospérité largement illusoire aux échelons supérieurs de l'appareil et parviennent à préserver la stabilité du pouvoir. Mais le règne de l'argent-roi a également eu pour conséquence d'affaiblir l'efficacité de la censure en Chine.

Dans le secteur des médias, l'Etat continue certes d'interdire obstinément l'utilisation de fonds personnels en matière d'investissements, ainsi que les fonds étrangers pour la création de nouveaux titres ou toute prise de contrôle majoritaire du capital par un actionnaire étranger. Mais dans la réalité, à l'instar de ce qui se produit dans l'édition, un vaste marché parallèle s'est développé dans tous les domaines de la communication. L'achat d'un numéro d'ISBN ou d'une autorisation de tournage obéit à cette règle. Certains éditeurs et chaînes de télévision ne vivent que grâce aux apports de fonds parallèles, essentiellement d'origine «extra-professionnelle», étrangère et individuelle.

L'utilisation de multiples filières secrètes permet aux investisseurs de contourner la législation et d'acheter, de fusionner et de gérer en synergie différents supports médiatiques. Loin d'être minoritaires, les journaux et revues contrôlés par des fonds privés, des fonds «non professionnels» ou des fonds étrangers sont légion. Autre exemple caractéristique: l'émission «Grandes variétés», diffusée sur la chaîne CCTV, a toujours été financée par des fonds étrangers. La plupart des émissions de variétés du week-end sur les chaînes de télévision locales sont, elles aussi, payées par des fonds extérieurs à la profession. Et il en va de même pour les sites Internet et de nombreuses publications. Dans la Chine actuelle, la puissance de l'argent parvient à briser les interdits édictés par le pouvoir.

Rappelé à l'ordre, à maintes reprises, par les services de la propagande de plusieurs provinces, le Nanfang zhoumo (Week-end Sud) est dans le collimateur du Bureau de la propagande du Parti. Il a même été purgé de certains éléments de sa rédaction. Or, à ce jour, il n'a jamais cessé de paraître. Et cela, pour plusieurs raisons. La fermeture autoritaire d'un journal jouissant d'une large audience aurait un coût politique élevé pour le pouvoir. Elle ne manquerait pas de susciter un fort mécontentement chez les lecteurs et au sein des autres journaux. Mais elle attirerait également l'attention de la communauté internationale et risquerait de détourner les investisseurs étrangers des régions côtières.

Les exemples de ce type foisonnent. Récemment, la Direction générale de la radio et de la télévision a interdit les télévisions par satellite Phénix et Rayon de soleil. Sous couvert de préserver la stabilité politique du pays, il s'agissait surtout, pour de petits groupes d'intérêts, d'engranger de nouveaux profits économiques. En effet, la chaîne Phénix est totalement en adéquation avec la ligne définie par le pouvoir communiste. Au point que des esprits avisés ont pu la surnommer par dérision la «10e chaîne nationale». Mais cette chaîne a un défaut: installée à Hong Kong, elle applique dans ses modes d'exploitation, de production et de diffusion des critères internationaux. Ces quelques avantages suffisent à lui assurer une meilleure qualité (en particulier pour les infos) que celle des émissions chinoises. Cette supériorité a été mise en évidence par la couverture des événements du 11 septembre. Avec ses reportages tournés en direct du lieu même des attentats, Phénix a largement surpassé ses concurrents de la télévision chinoise. Le résultat est là: une majorité de Chinois du continent regardent Phénix. En termes de profits économiques, l'irruption et le succès de Phénix ont posé de vrais problèmes à la télévision centrale. Son explosion constitue un défi au monopole de la CCT. La pression internationale consécutive à l'entrée de la Chine au sein de l'OMC risque d'ajouter au désarroi des autorités.

L'époque est révolue où le pouvoir exerçait un contrôle sans partage sur les médias, accaparant du même coup d'énormes profits. Avant de libéraliser progressivement l'exploitation des médias, la Direction générale de la radio et de la télévision entend profiter au maximum de sa toute-puissance pour limiter, dans la mesure du possible, l'introduction de médias étrangers et susciter la création d'un grand groupe de presse placé dans son orbite.


L'existence d'une censure fondée avant tout sur le critère du profit et le recours à des moyens secrets pour réprimer la dissidence offrent, en définitive, le spectacle d'un régime dictatorial en phase terminale. D'aucuns décrivent ce phénomène proprement aberrant en ces termes pleins de dérision: pour administrer le pays, le parti au pouvoir utilise les méthodes secrètes d'un parti clandestin. Ce faisant, il illustre la faiblesse actuelle du pouvoir et l'absurdité de l'autorité dans la Chine d'aujourd'hui. L'action gouvernementale est en pleine déchéance. Les esprits sont corrompus à un degré inimaginable. Les évolutions qui s'étaient produites, il y a un peu plus de dix ans, en URSS et dans les pays de l'Est sont désormais à l'oeuvre en Chine. Les mêmes, mais en pire.

Notes :

(1) Le Projet de l'espoir, généralement présenté en anglais sous le nom de « Hope », est un programme de parrainage pour enfants sinistrés, qui fait appel à la générosité de donateurs individuels ou institutionnels et jouit d'une grande publicité dans les médias chinois. Nanfang zhoumo a dénoncé le fait qu'il fournissait l'occasion d'énormes détournements de fonds.
(2) En juillet 2001, le président Jiang Zemin a prononcé un discours dans lequel il a affirmé que le Parti communiste ne devait plus se contenter de représenter la classe ouvrière, mais qu'il devait également représenter « les forces productives avancées, une culture chinoise développée et les intérêts fondamentaux de la majorité ». Cette formule est devenue la base théorique d'une idéologie rénovée et a ouvert la voie à l'entrée des chefs d'entreprise au sein du Parti communiste.
(3) Le qigong, ou maîtrise du souffle, est une pratique à la fois physique et spirituelle ancrée dans la tradition culturelle taoïste la plus ancienne. Le Falungong, Discipline de la Roue de la Loi, en est une adaptation moderne, mise au point par Li Hongzhi au début des années 90, en même temps que le Zhonggong, Discipline du Milieu, dont le grand maître est Zhang Hongbao. Li et Zhang sont actuellement tous deux poursuivis par le gouvernement chinois et réfugiés aux États-Unis.
(4) Liu Junning, figure marquante du libéralisme chinois, profondément inspiré par Edmund Burke, vit et travaille en Chine. He Qinglian, sociologue, auteur d'une étude intitulée La Chine au piège de la modernisation a trouvé refuge aux États-Unis au cours de l'été 2001.
(5) Mme Ding Zilin, qui a perdu son fils au cours de la répression du mouvement démocratique de juin 1989, a fondé le Collectif des familles de victimes de la place Tian'anmen.
(6) Né en 1915, Deng Liqun a adhéré au Parti en 1936 et a fait ses premières armes à Yan'an dans le Département de l'Institut du marxisme-léninisme, puis comme directeur de la propagande. Orthodoxe de la première heure, il le reste en 2002.
(7) La Chine commença sa longue marche pour entrer dans l'OMC (qui s'appelait encore le GATT) en 1986. Les sanctions économiques et politiques qui suivirent les événements de 1989 ont interrompu les négociations jusqu'en 1994. L'accord final ne fut signé qu'en novembre 2001, après de difficiles pourparlers bilatéraux avec chacun des membres de l'organisation.
(8) Il s'agit d'un voyage dans la province du Guangdong, pendant l'hiver 1992, au cours duquel Deng Xiaoping a prononcé un discours qui a marqué le début de l'accélération des réformes économiques.
(9) L'affaire Xinguoda a fait la « une » de la presse chinoise à la fin de l'année 2000. Li Xiaoyong avait effectivement créé une société qui gérait des fonds sur les marchés à terme au début de l'année 1998. En août 1998, alors que quelques milliers d'investisseurs avaient déposé l'équivalent de plus de 100 millions de dollars dans la société, les gérants de Xinguoda ont prétendu que leur associé taiwanais s'était enfui avec la caisse et qu'ils devaient déposer le bilan. Les victimes de cette escroquerie n'ont toujours pas été dédommagées et Li Xiaoyong n'a jamais été inquiété.
(10) Dans Guizi laile (Les démons à ma porte), l'acteur et réalisateur Jiang Wen donne une image particulièrement dure de l'occupation japonaise dans la province du Shandong des années 30 et 40. Les autorités chinoises ont craint que ce film stimule dangereusement les sentiments xénophobes de la population chinoise vis-à-vis des Japonais. Il a pourtant été présenté à Cannes en 2000.
(11) Gu Zhun est considéré comme un précurseur du libéralisme contemporain en Chine. Né à Shanghai en 1915, il adhéra dès 19 ans au Parti. Après 1949, il devint l'un des principaux directeurs financiers de la ville de Shanghai. Mais son esprit indépendant et ses initiatives audacieuses lui valurent d'être limogé de toutes ses fonctions en 1952. Condamné comme droitier en 1957, puis de nouveau en 1965 alors qu'il était simple chercheur dans un institut de recherches économiques à Pékin, il connut un sort misérable pendant la Révolution culturelle. De 1972 à 1974, il se consacra à l'étude des fondements du communisme et reste vénéré comme le modèle de l'intellectuel intègre.
(12) Yu Jie est, à 28 ans, un écrivain déjà célèbre depuis plus de cinq ans. Son premier essai Le Feu et la glace avait fait sensation alors que Yu Jie était encore étudiant de l'Université de Pékin. Il a depuis publié plusieurs ouvrages, recueils d'essais critiques à la manière du célèbre pamphlétiste des années 30 Lu Xun, tels Dire ou ne pas dire, en février 1999, ou Les Ailes veulent voler mais l'oiseau est faible, en janvier 2000.
(13) Hu Yaobang fut secrétaire du Parti communiste chinois de septembre 1982 à janvier 1987, date de son limogeage. Zhao Ziyang prit la relève et fut limogé à son tour lors des événements démocratiques de juin 1989. Les deux hommes avaient tenté d'introduire des réformes politiques avant d'être censurés par Deng Xiaoping.
(14) L'explosion eut lieu dans une école qui abritait un atelier de fabrication de pétards. Le gouvernement commença par dire qu'elle avait été provoquée par un déséquilibré ayant pénétré dans l'école avant d'être obligé d'avouer que les écoliers devaient travailler tous les jours dans cet atelier pour payer leurs frais de scolarité.
(15) Résidence du mandarin et siège du pouvoir dans les provinces à l'époque de la Chine impériale.