POLITIQUE INTERNATIONALE N° 105 - AUTOMNE 2004

Nicaragua : la démocratie retrouvée

Entretien avec Enrique Bolaños
Président de la République du Nicaragua depuis le 10 janvier 2002
conduit par
Pascal Drouhaud
Éditorialiste


Pascal Drouhaud - Monsieur le Président, pourriez-vous retracer brièvement votre itinéraire ?
Enrique Bolaños - La politique n'est pas pour moi une vocation. En réalité, rien ne me préparait à embrasser une telle carrière. À l'origine, je suis ingénieur dans l'industrie. Avec mon frère, dans les années 1950, j'ai créé une entreprise dans le secteur du textile. Si je me suis lancé en politique, c'est à cause des faits tragiques qu'a connus mon pays au cours des dernières décennies. Au Nicaragua, l'atmosphère a commencé à s'alourdir dans les années 1970. Le 27 décembre 1974, plusieurs responsables politiques ont été enlevés par le Front sandiniste (FSLN). C'était la première fois que ce groupe révolutionnaire faisait parler de lui, mais j'ai tout de suite compris qu'un événement grave s'était produit. J'ai alors cherché à alerter les gens sur le danger que représentaient les Sandinistes, d'abord dans le milieu professionnel qui était le mien, c'est-à-dire celui de l'entreprise. Personne ne voulait me croire. Au fil des mois, les tensions internes s'exacerbaient et le FSLN ne cessait de gagner du terrain. J'avais toujours autant de mal à mobiliser mes collègues contre ce mouvement qui pourtant se réclamait ouvertement du marxisme-léninisme. Il est vrai que le régime d'Anastasio Somoza ne pouvait plus durer.
P. D. - Le 10 janvier 1978, Pedro Joaquin Chamorro, le directeur du grand quotidien La Prensa est assassiné à Managua. Les événements s'emballent : manifestations demandant le départ de Somoza, grèves à répétition, suspension de l'aide militaire américaine. Que faites-vous à ce moment-là ?
E. B. - Je prépare l'avenir. Mon engagement ne faiblit pas. Alors que le Nicaragua connaît des heures cruciales, je réfléchis à ce que pourrait être une voie moyenne entre la défense d'une forme de libéralisme, une approche sociale des problèmes du pays et mon opposition au FSLN.
P. D. - La véritable rupture intervient en 1979 avec le chute du régime de Somoza et la prise du pouvoir par les Sandinistes...
E. B. - À l'époque je n'avais aucune fonction officielle, hormis celle de président de l'Organisation des producteurs de coton de l'est du Nicaragua. À peine arrivés au pouvoir, les Sandinistes ont mis en place un vaste programme de confiscation des terres. Dans le courant de l'année 1979, après le départ de Somoza, le 17 juillet, 200 000 à 300 000 Nicaraguayens ont quitté le pays. Certains chefs d'entreprise ont alors commencé à découvrir le vrai visage du FSLN. Ils ont enfin réalisé que les nouveaux maîtres du Nicaragua étaient en train d'instaurer un régime communiste.
P. D. - Comment avez-vous réussi à mener vos activités d'exploitant agricole alors que le gouvernement du FSLN conduisait une politique collectiviste ?
E. B. - Dès le début, je vous l'ai dit, les biens privés et les actifs industriels ont commencé à être confisqués. Chacun savait que cela pouvait lui arriver un jour ou l'autre, mais il faut bien continuer à vivre. Certains d'entre nous furent tués, comme Jorge Salazar, l'un des leaders de l'opposition. Beaucoup furent emprisonnés : certains pendant des mois, voire davantage ; d'autres moins longtemps ou par intermittence. Ce fut mon cas. Mais je n'ai pas varié dans mes convictions. C'est dans ce contexte que j'ai été élu président du COSEP, l'organisation du patronat nicaraguayen qui, de facto, était la principale force d'opposition au FSLN. Grâce à cette fonction, je me croyais à l'abri, moi et ma famille. Je me trompais : en 1985, c'est-à-dire pratiquement dix ans après l'émergence du Front sandiniste, tous mes biens furent confisqués, sans raison valable. On m'expliqua que l'État devait réquisitionner mes exploitations de coton pour les besoins de la réforme agraire. Je tiens à préciser que je n'en étais pas propriétaire. Ces exploitations appartenaient à un groupement de producteurs qui m'en avaient confié la présidence. Je ne faisais que gérer ces terres mises en commun. D'un seul coup, toute la partie industrielle de mon activité disparaissait : on nous retirait les machines, les tracteurs et les avions qui servaient à épandre les insecticides.
P. D. - Au quotidien, comment viviez-vous ces heures difficiles ?
E. B. - Ma femme souffrait. Nous étions angoissés bien sûr, mais on s'habitue à tout. Régulièrement, en fin de journée, nous étions pris à partie devant chez nous. De jeunes militants du FSLN se rassemblaient et hurlaient : " Contre les réactionnaires du Rison (c'était le nom de mon quartier), paredon, paredon " (1). Malgré tout, nous avons survécu. Je pouvais compter sur le soutien de mes collègues du Salvador, du Guatemala et du Mexique. Des organisations telles que Coparnex, CCN, Council of America, Febecamarra du Venezuela, COE d'Espagne, nous appuyaient. Chaque fois que nous étions emprisonnés, ils condamnaient publiquement la mesure qui nous frappait. D'une certaine manière, leur sollicitude nous a fourni une protection. Le gouvernement savait qu'il devait faire attention. C'est sans doute la raison pour laquelle je suis vivant aujourd'hui. Et c'est, aussi, ce qui m'a conduit à faire de la politique.
P. D. - Pourtant, à la fin des années 1980, vous vous retirez de la scène politique...
E. B. - Parce que la politique ne nourrit pas son homme, tout simplement ! Je me suis lancé dans une nouvelle activité professionnelle : je suis devenu programmeur informatique. C'était le tout début des nouvelles technologies, et je suis l'un des premiers au Nicaragua à avoir tenté l'aventure. Il fallait bien que je vive ! Parallèlement, je continuais à suivre, de loin, la vie politique de mon pays. J'ai toujours pensé que, dans le cadre d'élections libres, le sandinisme serait massivement battu. J'en étais tellement convaincu que j'ai préparé un plan d'alternance politique. " Azul y blanco " (bleu et blanc) : tel était le nom que nous lui avions donné. C'est ce plan qui a servi de plate-forme à Violeta Chamorro lorsqu'elle a été élue présidente de la République en février 1990 contre Daniel Ortega.
P. D. - Quel rôle les États-Unis ont-ils joué dans le rétablissement de la démocratie au Nicaragua ?
E. B. - L'installation de Ronald Reagan à la Maison Blanche, en janvier 1981, nous a remplis d'espoir. Il était animé d'une détermination inflexible. C'est lui qui nous a fait comprendre que la situation pouvait évoluer. Il a financé la Contra qui, comme vous le savez, a été le fer de lance de la lutte anti-sandiniste (2).
P. D. - Existait-il des liens entre la Contra et le groupe d'industriels auquel vous apparteniez ?
E. B. - Pas directement. C'était beaucoup trop dangereux. Mais, indirectement, on peut dire que des affinités nous unissaient. Nous brûlions des cierges pour la victoire de la Contra ! À terme, la chute du régime paraissait inéluctable. À la fin des années 1980, elle semblait même imminente. Au sein du COSEP, toutes les informations que nous collections allaient dans ce sens. Lors du sommet américano-soviétique de Malte, en décembre 1989, George Bush et Mikhaïl Gorbatchev se sont entendus sur un modus operandi : au Nicaragua comme ailleurs, les urnes devaient avoir le dernier mot. Les deux chefs d'État ont conclu une sorte de deal : Washington laissait les mains libres à l'URSS en Afghanistan, moyennant quoi Moscou renonçait à intervenir dans la zone d'influence centraméricaine.
P. D. - La victoire de Violeta Chamorro était-elle prévisible ?
E. B. - Dans son immense majorité, la population rejetait le sandinisme. Elle n'attendait que l'occasion d'exprimer son ras-le-bol. Cette occasion allait se présenter en février 1990. Logiquement, c'est moi qui aurait dû être le candidat de l'opposition. Mais je sentais - et cela m'a été confirmé par l'ambassade des États-Unis - que ce n'était pas possible, pour une raison très simple : tous mes interlocuteurs étaient convaincus de la victoire du Front sandiniste et de son leader, Daniel Ortega. Or j'étais perçu comme un homme aux convictions trop affirmées. En cas de victoire du FSLN, on craignait que je ne conteste le verdict des urnes. Bref, nous serions entrés dans une nouvelle période de tensions. Le choix s'est donc finalement porté sur une personne qui pourrait plus facilement admettre sa défaite. Violeta Chamorro était la veuve de Pedro Joaquin Chamorro (3). C'est ainsi que cette mère de famille sans histoire est devenue présidente de la République pour un mandat de six ans.
P. D. - Et vous, qu'avez-vous fait ?
E. B. - J'ai continué à diriger ma petite entreprise d'informatique, mais il est vrai que ma situation financière et économique était très difficile. Il m'a fallu huit ans pour sortir la tête de l'eau. Pour l'élection présidentielle de 1996, c'est Arnoldo Aleman qui fut choisi pour défendre les couleurs du Parti libéral. Il avait besoin de moi pour rallier les voix des secteurs dont j'avais la confiance en ma qualité de président du COSEP. Il m'a donc proposé de figurer sur son " ticket " comme candidat à la vice-présidence. Non pas que j'y tenais particulièrement, mais j'ai fini par accepter sous la pression de mes amis et par sens du devoir civique. Vous connaissez la suite.
P. D. - Qu'avez-vous retiré de cette expérience ?
E. B. - J'ai pu voir comment fonctionnaient les organes du pouvoir. Arnoldo Aleman est un homme politique au sens plein du terme : il fait de la politique toute la journée, y compris quand il dort. Et il ne partage pas. En tant que vice-président, mon champ de compétences restait limité : je m'occupais de la réforme de l'État et du système financier. J'ai crée le Comité national de l'intégrité afin de lutter contre la corruption ; mais compte tenu des circonstances, ce Comité n'a jamais pu aller au-delà des manifestations de bonne volonté. Le président avait la haute main sur la justice. Il bénéficiait d'une " hégémonie légale " contre laquelle je ne pouvais rien. Dès 2000, nous avons commencé à préparer la présidentielle de 2002 : avec l'aide de la Banque mondiale, nous avons mis en place un nouveau système de vote, destiné à assurer une plus grande transparence - un système qui a d'ailleurs fait ses preuves lors du dernier scrutin. Mais, malgré ces avancées, le mécontentement grandissait au sein de la population. Les gens avaient le sentiment que la corruption gangrenait le pays.
P. D. - Comment avez-vous réussi à vous tenir à l'écart de ce climat de corruption dans lequel baignait l'entourage d'Aleman ?
E. B. - Comme je vous l'ai dit, Arnoldo Aleman contrôlait totalement le Parti libéral. Aujourd'hui encore, depuis sa prison, il continue de tirer les ficelles - en particulier à l'Assemblée nationale où son clan reste très influent. Moi-même et quelques autres au sein du gouvernement, dont l'actuel ministre des Affaires étrangères, n'appartenions pas à ce clan. Nous apparaissions comme différents aux yeux de la population. Beaucoup - y compris la majorité des membres du Parti libéral - étaient convaincus que, si je n'étais pas candidat, les Sandinistes étaient assurés de revenir au pouvoir. Face à ce danger, Aleman a fini par se laisser fléchir.
P. D. - En plaçant la lutte contre la corruption au centre de votre projet, vous vous heurtiez de front à Aleman...
E. B. - C'était inévitable. Pendant la campagne, j'ai refusé que le docteur Aleman nous accompagne sur le terrain. Je n'ai jamais permis qu'il participe à un meeting ou qu'il monte sur une estrade. Sa seule présence aurait suffi à détruire toute mon action politique. Je ne voulais pas qu'on pense que j'étais lié à lui, de quelque manière que ce fût. Nos relations s'en sont évidemment ressenties. C'était moi le candidat officiel, point ! Et il n'était pas question que l'ex-président me vole la vedette. J'ai voulu que les choses soient claires : mes dépenses de campagne n'ont pas été prises en charge par le Parti libéral ; et mon QG était à un autre endroit que le siège du parti. Même si la campagne était celle des libéraux, la population a bien compris qu'il s'agissait d'autres libéraux que ceux d'Aleman. Je voulais éviter que se répète le scénario des élections municipales de Managua, où le soutien encombrant du président Aleman avait finalement coûté sa victoire au candidat libéral, Wilfredo Navarro. C'est, en tout cas, mon interprétation.
P. D. - Votre stratégie a porté ses fruits...
E. B. - En effet : 93 % des électeurs sont allés voter et je l'ai emporté de 14 points sur Daniel Ortega qui, le soir même, a reconnu sa défaite. C'était la première fois que l'écart entre deux candidats était aussi grand avec une participation aussi massive. Mais les difficultés n'étaient pas terminées pour autant. Arnoldo Aleman voulait faire croire qu'il gouvernait encore le pays. En fait, en 2000, il avait passé une sorte de pacte avec Daniel Ortega. Une réforme constitutionnelle avait été votée qui organisait un véritable partage du pouvoir. Il fut convenu que le jour où il quitterait la présidence, Arnoldo Aleman deviendrait député. Avec la majorité dont il disposait, il savait qu'il n'aurait aucun mal à se faire élire président du Parlement. En contrepartie, Ortega avait obtenu que le FSLN fût mieux représenté au sein du système judiciaire : à la Cour de justice, le nombre de juges passa à 16 (8 issus du FSLN, 8 du Parti libéral). Au Conseil suprême électoral aussi, ils s'étaient réparti les postes : 4 libéraux, 3 sandinistes. Et c'est exactement ce qui s'est passé : le 23 janvier, quelques jours après ma prise de fonctions, Aleman était élu président de l'Assemblée ! Vous ne m'ôterez pas de l'esprit que tout était préparé d'avance.
P. D. - Quelle est votre marge de manœuvre politique ?
E. B. - Il est clair que je suis pris entre les feux croisés d'Aleman et d'Ortega. Ma position n'est pas facile, mais j'avance avec ténacité sur la voie que je me suis fixée.
P. D. - Sur le plan économique, le Nicaragua a-t-il amorcé un redressement ?
E. B. - Le Nicaragua est un pays riche qui s'est appauvri du fait de l'impéritie de certains gouvernements, notamment ceux de l'époque sandiniste. Nous possédons le pétrole du futur - des lacs et des fleuves - même si, jusqu'à présent, nous n'avons pas su gérer cette richesse ni en tirer profit sur le plan énergétique. Nous avons aussi des terres fertiles, un territoire relativement vaste et peu peuplé, couvert de forêts aux deux tiers. Notre potentiel est immense, mais, pour l'instant, la situation n'est guère brillante. Il y a encore quelques années, la dette extérieure atteignait un montant équivalant à 50 années d'exportations. Elle a été réduite de moitié (en partie sous le gouvernement de Violeta Chamorro et, en 1998, après la catastrophe de l'ouragan Mitch), mais elle demeure gigantesque. Quant au déficit public, lorsque j'ai été élu il s'élevait à 21 % du PNB. Pour vous donner un ordre de grandeur, au plus fort de la crise, il n'était en Argentine que de 5 % ! Et ce n'est pas tout : du temps d'Aleman, sept banques ont fait faillite, laissant une ardoise qu'il a bien fallu rembourser. Le problème, c'est que 50 % de nos revenus financiers proviennent de l'aide extérieure et que, en raison de la corruption, le Nicaragua a perdu la confiance de la communauté internationale. Il est donc urgent de restaurer cette confiance. Pour cela, je m'efforce de remplir, à la virgule près, les engagements pris durant la campagne. En luttant contre la corruption, non seulement je renforce la crédibilité du Nicaragua, mais je dégage des ressources budgétaires pour financer le développement du pays. Grâce aux nouvelles zones franches (4), nous pouvons espérer un redémarrage de l'industrie des services et de la sous-traitance. Par ailleurs, j'ai taillé dans les dépenses militaires qui, traditionnellement, en Amérique centrale, représentent un poste budgétaire très important. Sept missiles SAM ont été détruits. Je constate que nous ne sommes pas seuls à suivre cette voie et que le Guatemala a réduit ses forces armées de 50 %, tout comme le Salvador.
P. D. - L'intégration centraméricaine n'est-elle pas une chimère ?
E. B. - Tout dépend du niveau auquel on se situe. Aujourd'hui, l'objectif consiste à faire disparaître les barrières douanières. Ce sont des négociations longues, difficiles, mais indispensables. Quand un produit arrive en Amérique centrale, pourquoi ne pourrait-il pas y circuler librement ? Un traité de libre-échange a été signé avec les États-Unis. Il faut maintenant qu'il soit ratifié par le Congrès américain et les Parlements des différents pays centraméricains.
P. D. - Comment qualifieriez-vous vos relations avec les États-Unis ?
E. B. - Nos relations ont toujours été bonnes, sauf sous le régime sandiniste, bien sûr. Personne ne peut nier le fait que les États-Unis constituent un espace gigantesque qui attire tous ceux qui gravitent autour. Ils pèsent très lourd dans les affaires internationales, alors imaginez pour le Nicaragua ! C'est le plus grand marché du monde, à deux heures de vol de Managua. Nous voulons leur vendre nos produits, et c'est pour cela que nous avons signé le Traité de libre-échange. Les États-Unis y trouvent aussi leur compte. S'il y avait une explosion sociale en Amérique centrale, des millions de personnes partiraient vers le nord, avec les conséquences que vous imaginez. Les Américains ont plus intérêt à acheter nos produits que des produits chinois, par exemple. Car, pour chaque dollar que nous leur vendons, nous leur achetons un dollar. Le rapport est beaucoup moins avantageux avec la Chine. Et puis n'oubliez pas que de nombreux Nicaraguayens vivent là-bas. Les " remesas ", l'argent qu'ils envoient à leurs familles, représentent 800 millions de dollars par an.
P. D. - Pourquoi le Nicaragua a-t-il participé à la dernière guerre en Irak ? En quoi vous sentez-vous concernés par la lutte contre le terrorisme ?
E. B. - Nous ne pouvions pas rester indifférents face aux événements qui ont frappé les États-Unis le 11 septembre 2001. Cette tragédie a eu des répercussions dans le monde entier, et tout spécialement en Amérique latine. Chez nous, nous avons un proverbe : " Quand les États-Unis ont la grippe, le Nicaragua attrape une pneumonie ! " Avec l'Espagne et d'autres pays, nous avons considéré que l'Irak de Saddam Hussein faisait peser une menace potentielle sur notre sécurité. C'est pourquoi nous avons envoyé sur place des troupes humanitaires, notamment des spécialistes du déminage. Le Nicaragua a, en effet, le triste privilège de compter les meilleurs experts au monde en la matière.
P. D. - Monsieur le Président, quelles sont les personnalités du monde politique, économique ou culturel que vous admirez le plus ?
E. B. - Il y en a tellement ! D'une manière générale, j'aime les gens déterminés qui parviennent aux buts qu'ils se sont fixés, comme Winston Churchill, Abraham Lincoln, Thomas Jefferson ou Harry Truman. Ici, au Nicaragua, j'ai beaucoup de respect pour l'ancien président Tomas Martinez et le " Commandeur " Cornelius Vanderbilt, deux héros de notre histoire (5).
P. D. - Quel Nicaragua souhaitez-vous léguer à votre successeur à la fin de votre mandat ?
E. B. - Je voudrais lui remettre les clés d'un pays en meilleur état que je ne l'ai trouvé en arrivant. Je voudrais que les programmes sociaux soient évalués non pas sur la base du nombre de personnes qui en bénéficient, mais sur la base du nombre de personnes qui n'en bénéficient plus parce qu'elles ont pu se réinsérer dans la société. Je voudrais aussi que notre pays vive en harmonie avec ses voisins au sein d'une vaste zone de libre-échange centraméricaine. Mais je m'arrête là, car je pourrais parler des heures du Nicaragua de mes rêves !



 
Notes de :

(1) De " pared ", mur en espagnol. Formule utilisée pour indiquer le mur où devaient être fusillés ceux qui résistaient au régime sandiniste.
(2) La Contra était un mouvement de guérilla et de lutte armée contre le régime sandiniste. Essentiellement composée de membres de l'ancienne garde nationale, elle reçut l'appui des États-Unis durant les années 1980.
(3) Pedro Joaquin Chamorro était journaliste et avocat. Opposant notoire à Anastasio Somoza, il était le directeur du principal quotidien nicaraguayen, La Prensa, bastion de l'anti-somozisme. Pedro Joaquin Chamorro a été assassiné le 10 janvier 1978, à Managua. L'enquête a révélé l'existence d'un complot auquel était mêlé le premier cercle d'Anastasio Somoza. Cet assassinat a accéléré l'insurrection nationale qui devait emporter le régime somoziste en 1979.
(4) Ces zones franches ont été créées par le gouvernement nicaraguayen afin de favoriser l'activité industrielle en attirant les investisseurs étrangers. Des groupes nord-américains, européens et asiatiques y produisent des biens de consommation courante.
(5) Tomas Martinez fut président du Nicaragua de 1860 à 1864 avant d'être réélu en 1868.
Le millionnaire nord-américain Cornelius Vanderbilt était à la tête d'une compagnie de bateaux à vapeur qui assuraient la liaison entre Greytown (mer des Caraïbes) et San Juan (sur le Pacifique). Le Nicaragua lui accorda la concession de la route maritime, concession qui fut annulée après l'invasion de William Walter. En 1860, le général Tomas Martinez, devenu président du Nicaragua, confirma cette décision.