POLITIQUE INTERNATIONALE N° 127 - PRINTEMPS 2010

L'EUROPE DU NORD GAGNEE PAR LE POPULISME DE DROITE

Article de Antoine JACOB
Journaliste


Réputée raisonnable et consensuelle, l'Europe du Nord n'est pas pour autant exempte de crispations ni de frustrations qui favorisent l'émergence de formations extrémistes à la droite de la droite traditionnelle. En Norvège et au Danemark, des partis populistes véhiculant des idées islamophobes se sont hissés, respectivement, au deuxième et au troisième rang sur l'échiquier politique national : le Parti du progrès (FrP), qui a recueilli 22,9 % des voix aux élections législatives norvégiennes de septembre 2009 ; et le Parti du peuple danois (DF), qui a réalisé un score de 13,9 % en novembre 2007. En Suède, une telle force populiste n'existe pas, mais un parti xénophobe, directement issu de la mouvance nazie, a de fortes chances de faire son entrée au Parlement à l'occasion des législatives du 19 septembre prochain. Une telle percée constituerait une première dans le royaume depuis les années 1930. Quant à la Finlande, traditionnellement moins ouverte aux étrangers, elle voit à son tour l'immigration s'installer parmi par les questions les plus débattues, à l'instigation d'un parti qui joue sur la méfiance à l'encontre des musulmans.Comme ailleurs sur le continent, les sociétés nordiques - longtemps restées homogènes - sont désormais confrontées aux thèmes de l'identité nationale, de la place à accorder aux immigrés et aux religions qu'ils pratiquent. Après tout, ce n'est pas un hasard si c'est au Danemark qu'ont été publiées les caricatures du prophète Mahomet, à l'origine en 2006 d'une polémique quasi planétaire dont les conséquences se font encore ressentir aujourd'hui. Comment ce courant de pensée a-t-il réussi à s'imposer dans ce bastion de la tolérance qu'était l'Europe du Nord ? Sur quelles idées et quelles méthodes les partis populistes se sont-ils appuyés pour percer au Danemark et en Norvège ? Pourquoi n'existe-t-il pas, comme dans ces deux pays, une vraie force populiste de droite en Suède ? A contrario, comment expliquer que des groupuscules néonazis aient mieux réussi à s'implanter dans ce royaume que chez ses voisins ? Autant de questions qui nous ramènent au passé. 

Dans les années 1930, les pays nordiques ne passèrent pas sous la coupe de gouvernements autoritaires comme il en fleurissait ailleurs en Europe. Les partis directement influencés par le national-socialisme allemand ne connurent un succès électoral que très minime dans des sociétés déjà dominées, dans les pays scandinaves (Danemark, Norvège, Suède), par un courant social-démocrate fort. Le Danemark éprouvait une méfiance certaine à l'égard de tout ce qui était allemand, après avoir dû céder les deux cinquièmes de son territoire à la Prusse et à l'Autriche en 1864. Quant à la Norvège, indépendante depuis 1905, elle traversait encore une phase de consolidation nationale. 

L'admiration pour l'Allemagne

Finalement, du trio scandinave, c'est la Suède qui se révéla être la moins insensible aux thèses nazies. De longue date, elle avait développé des liens particuliers avec l'Allemagne. Protestante comme elle, la patrie de Goethe fascinait par son riche patrimoine culturel et son sens de la discipline. Sur le plan commercial, aussi, les relations étaient prospères. Aussi, lorsque Hitler accéda au pouvoir en 1933, l'entente bilatérale se poursuivit dans bien des cas. Dans les rangs tant de l'armée que de l'intelligentsia, dans les milieux industriels et à la Cour, on ne dissimulait pas son admiration pour l'Allemagne renaissante. Ingmar Bergman raconta très bien dans ses mémoires, Lanterna Magica (1987), comment l'adolescent qu'il était succomba à cet engouement. D'autres tentèrent de l'occulter, comme Ingvar Kamprad, le fondateur d'Ikea, fils d'un Allemand dont les parents avaient émigré en Suède. C'est contre son gré qu'il finit par reconnaître que, dans sa jeunesse, il avait adhéré successivement à deux  groupuscules nazis du sud du royaume, où ils étaient relativement bien implantés (1).

L'idéologie nazie, avec son pendant antisémite et sa célébration d'une race « pure », séduisait parmi diverses associations corporatistes et formations politiques. En particulier la Fédération nationale de Suède (SNF), un parti qui se réclama du fascisme dans les années 1930. Il compta jusqu'à plus de 40 000 membres et, pendant une courte période (1935-1936), trois députés à la seconde chambre du Parlement. Ce sont les seuls militants nazis à y avoir jamais siégé jusqu'à ce jour. Une fois les hostilités engagées, Stockholm prit des libertés avec sa traditionnelle politique de neutralité au bénéfice de Berlin. « La Suède se comporta comme si elle avait été occupée. Sans faire l'objet d'un ultimatum ni d'une intervention militaire, le pays accomplit ce que les Allemands demandaient pour soutenir la machine de guerre nazie », résume Maria-Pia Boëthius, une écrivaine et journaliste ayant travaillé sur le sujet (2).

Pendant ce temps-là, la Norvège et le Danemark subissaient l'occupation allemande depuis avril 1940. À Oslo, un gouvernement de Norvégiens fut mis sur pied avec la bénédiction du IIIe Reich. Son chef, le fasciste Vidkun Quisling, collabora activement avec l'occupant. À Copenhague, le gouvernement issu des urnes avant le conflit fut élargi à tous les partis représentés au Parlement, sous la houlette du social-démocrate Thorvald Stauning. Celui-ci mena une politique de concessions afin d'atténuer les désagréments de l'Occupation parmi la population. En 1943, les Allemands prirent en main la gestion directe du Danemark jusqu'à la défaite. Dans chacun des deux pays, l'occupation fut suivie d'une campagne d'épuration. Elle fut particulièrement prononcée en Norvège, où Quisling fut exécuté. Toute organisation ayant eu un lien avec la collaboration fut placée sous l'éteignoir. La mouvance nationale-socialiste sortit de cette période durablement discréditée, du moins jusqu'au début des années 1960.

Les stérilisations pour une « société meilleure »

En Suède, l'après-guerre fut plus ambigu. D'une part, « les autorités suédoises fermèrent les yeux sur l'arrivée de collaborateurs norvégiens en fuite », estimés à environ 200, comme le rappelle Anna-Lena Lodenius, une experte de l'extrême droite scandinave (3). Certains firent souche dans le pays avec l'aide de sympathisants locaux ; d'autres partirent vers l'Amérique du Sud ou l'Espagne. Par ailleurs, il n'y eut pas d'épuration puisque, officiellement, la Suède était restée « neutre » ! L'esprit d'avant-guerre persista dans certains domaines, dont celui de la médecine. Ainsi, une vaste campagne de stérilisation de personnes considérées comme faibles ou anormales, introduite par une loi eugéniste votée en 1934 et élargie par une autre loi en 1941, se poursuivit bien après la fin des hostilités, comme si la propagande nazie sur une « race pure » était passée inaperçue aux yeux des dirigeants suédois de l'après-guerre. Les stérilisations, entreprises au nom d'un idéal d'assainissement de la population pour faire faire des économies à l'État-providence en cours de construction, connurent même un pic à la fin des années 1940 (4). 

Était-ce par honte du passé récent ou pour oublier les compromissions embarrassantes de la période de la guerre ? Toujours est-il que, une fois l'Allemagne vaincue, la très grande majorité de la population suédoise se détourna de l'extrémisme de droite. Le royaume, qui n'avait pas subi de destructions, regardait résolument vers l'avenir sous la houlette du parti social-démocrate, tout affairé à bâtir une « société meilleure ». L'État-providence, pilier du fameux « modèle » suédois que l'Europe n'allait pas tarder à étudier, voire à envier, prit forme dans un climat social porté sur le consensus. 

Dans ce contexte, les nostalgiques du nazisme qui subsistaient çà et là dans l'ombre « purent hiberner sans trop de tracas », pointe Anna-Lena Lodenius. L'appareil d'État avait d'autres préoccupations en tête : l'Union soviétique, juste de l'autre côté de la mer Baltique, représentait alors une menace bien plus tangible pour les pays nordiques. Avec l'aide des syndicats, la social-démocratie suédoise au pouvoir, qui n'avait pas d'appétence particulière pour le marxisme-léninisme, mena la vie dure aux communistes locaux. L'anticommunisme ambiant permit d'ailleurs à des militants d'extrême droite de se regrouper discrètement derrière une cause moins sulfureuse que l'antisémitisme. On les trouvait dans l'armée, la police ou certains cercles économiques. Ils s'organisèrent davantage à partir des années 1970, en réaction au tournant tiers-mondiste imprimé à la politique étrangère suédoise par le premier ministre d'alors, Olof Palme. Partisan d'une troisième voie entre l'Est et l'Ouest, proche de régimes opposés aux États-Unis, ce social-démocrate dérangeait à la droite de la droite. À tel point que cette piste-là fut explorée (en vain) par les enquêteurs suédois après son assassinat, toujours non élucidé, le 28 février 1986. 

Percée d'un courant populiste anti-impôts

Entre-temps, le Danemark et la Norvège voisines avaient vu apparaître sur leur scène politique les embryons de ce qui allait devenir les forces populistes. À l'origine, ce n'étaient ni la méfiance vis-à-vis de l'étranger ni la crainte du communisme qui fédérèrent une partie des électeurs danois et norvégiens derrière ces nouveaux venus, mais le mécontentement face à la lourdeur des impôts. La fiscalité dans cette région était - et demeure - l'une des plus fortes au monde, y compris pour les bas salaires : c'est le prix à payer pour pouvoir bénéficier d'un régime généreux de protection sociale couvrant l'ensemble de la population. 

Aussi, lorsque l'avocat fiscaliste danois Mogens Glistrup, un beau jour de janvier 1971, affirma à la télévision que les fraudeurs fiscaux devaient être admirés comme les saboteurs de trains allemands lors de l'Occupation, il s'attira l'attention bienveillante d'une partie de ses compatriotes... Partisan de l'abolition de l'impôt direct sur le revenu (qu'il se refusait lui-même à payer !), du démantèlement de l'armée et d'une profonde cure d'amaigrissement du service public, ce provocateur-né créa le Parti du progrès (Fremskridtspartiet en danois) en 1972. Avec un résultat plus que probant puisque, dès l'année suivante, il raflait 15,6 % des voix aux législatives.

La même année, le Parti Anders Lange (du nom de son fondateur) fit son entrée au Parlement norvégien avec 5 % des voix, grâce à un discours plus ou moins similaire, même si cette formation attirait aussi des sympathisants d'extrême droite du fait du parcours idéologique de Lange (5). Celui-ci mourut dès 1974. Son bras droit, Carl Ivar Hagen, jeune cadre d'une entreprise sucrière, prit la succession pour s'affirmer peu à peu comme l'une des principales figures politiques du royaume jusqu'à son retrait en 2006. Très habile avec les médias et capable de s'adresser en termes simples et directs à l'électeur moyen, il parvint à faire de sa formation, rebaptisée entre-temps Parti du progrès (Fremskrittspartiet en norvégien, ou FrP), un acteur clé de la vie parlementaire. En 1985,  c'est lui qui fit tomber le gouvernement de centre droit, auquel il reprochait d'avoir augmenté des taxes sur les carburants. 

Le milieu des années 1980 marqua un tournant décisif pour le courant protestataire en Scandinavie. Après s'être nourri d'un mécontentement populaire contre les impôts et l'État-providence « omnipotent », il dut trouver une nouvelle raison d'être après l'arrivée au pouvoir, au Danemark et en Norvège, de gouvernements de centre droit qui, inspirés par le néolibéralisme en vogue dans le monde anglo-saxon, s'appliquèrent à réduire les dépenses publiques (6). Les Partis du progrès danois et norvégien se concentrèrent dès lors sur l'immigration, à laquelle ils accordèrent une place grandissante dans leurs programmes et campagnes électoraux. Non pas que ce phénomène eût atteint les proportions actuelles. Mais ces contrées d'Europe du Nord, jusqu'alors homogènes, étaient confrontées, pour la première fois de leur histoire, à l'arrivée d'immigrés économiques et de réfugiés politiques en provenance d'horizons lointains. Aucun de ces pays n'avait de passé colonial - si l'on excepte la possession par le Danemark d'une poignée d'îles des Caraïbes et d'un comptoir de commerce dans le sud de l'Inde (7). Jusqu'aux années 1960, bien des habitants de la région n'avaient jamais vu, en chair et en os, de gens de couleur (8).

L'immigration dans la ligne de mire

Au Danemark, Mogens Glistrup s'empara de ce thème à sa sortie de cellule (il fut condamné, en 1983, à trois ans de prison... pour fraude fiscale). La popularité de son parti avait été considérablement écornée par cette longue procédure judiciaire, ainsi que par les rivalités internes qui l'avaient miné en l'absence de son chef. Il lui fallait trouver un moyen de rebondir. Il s'en prit alors aux réfugiés accueillis par le royaume, et particulièrement à ceux originaires d'Iran. « Le Danemark, déclara-t-il à la presse, est sur le point d'être envahi par plein de Mohamed qui importent de la drogue et menacent la danskhed », un terme qui peut être traduit par la « danitude » (ou l'âme danoise), et qui continue à ce jour à faire couler beaucoup d'encre. Aux élections de 1988, le score du Parti du progrès remonta à 8,9 %. Dans la foulée, Glistrup et ses adjoints n'hésitèrent pas à répandre rumeurs et statistiques tronquées pour discréditer les immigrés et susciter la méfiance des Danois de souche à leur égard. Le langage employé, souvent cru et direct, tranchait sur la pondération des partis traditionnels. 

Le Parti du progrès norvégien employa peu ou prou la même tactique. « Les demandeurs d'asile sont en train de mettre la main sur notre patrie ! », clama Carl I. Hagen durant la campagne électorale pour les municipales de 1987. Il lut en public une lettre d'un groupe inconnu affirmant vouloir transformer la Norvège en État musulman, où les mosquées remplaceraient les églises (luthériennes). Lettre qui se révéla, plus tard, être un faux... Cette manoeuvre ne l'empêcha pas de devenir le troisième plus grand parti à l'issue des législatives de 1989 (avec 13 % des voix). Pour y parvenir, le Parti du progrès avait, tout en poursuivant ses attaques contre l'État-providence, réclamé l'arrêt de l'aide aux pays en voie de développement et la tenue d'un référendum sur l'immigration. 

Cette dernière revendication avait déjà été formulée en Suède (9), ce qui prouve bien que le plus grand pays de la région était agité par les mêmes préoccupations. Ici aussi, les changements en cours au sein de la population commençaient à causer un malaise. Après la guerre, le pays avait accueilli des centaines de milliers de Finlandais venus travailler à l'usine. Ces cousins nordiques avaient la réputation d'avoir l'alcool et la lame faciles. À tel point qu'on racontait aux enfants suédois qu'ils seraient « punis par le Finlandais » s'ils n'étaient pas sages... Puis, à partir des années 1960, des Yougoslaves et des Italiens s'étaient installés, temporairement pensait-on. Sous Olof Palme, les portes du royaume s'étaient ouvertes plus largement. Par solidarité, des réfugiés politiques du Chili, d'Irak, d'Iran, de Turquie, de Grèce ou du Vietnam avaient rejoint les immigrés économiques.

Nouvelle démocratie, comète suédoise

Cet afflux progressif, apparemment maîtrisé et canalisé par une politique d'accueil incluant des cours obligatoires de langue suédoise, contribua à remobiliser les militants d'extrême droite, qui virent leur audience s'élargir peu à peu. Dans les années 1980, le sigle BSS (Bevara Sverige Svenskt, soit Garder la Suède suédoise) apparut sur les affiches et les murs. « C'était le premier parti moderne de Suède à être hostile aux immigrés (...). Une formation qui n'était pas hypothéquée par des symboles connotés comme la croix gammée, la roue du soleil et des portraits de Hitler », écrivent Anna-Lena Lodenius et Stieg Larsson (10) à propos du parti dont descendent les Démocrates de Suède - formation d'extrême droite en passe de faire son entrée au Parlement suédois en septembre 2010.

Les idées racistes restèrent à l'époque l'apanage de BSS et d'autres groupuscules marginaux, jusqu'au passage d'une comète dans le ciel politique suédois. À peine formé, un parti populiste, Nouvelle Démocratie (Ny Demokrati), recueillit 6,7 % des suffrages aux législatives de 1991. Son programme s'articulait autour de deux points : moins d'impôts et une politique d'immigration plus restrictive. En ce sens, ce parti fondé par un comte et un entrepreneur opportunistes (11) se rapprochait de l'extrême droite, sans en avoir la base idéologique ni la continuité historique. Se targuant de « dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas », Nouvelle Démocratie ne survécut pas à des dissensions internes qui achevèrent de la discréditer dans l'opinion publique. Aux élections de 1994, elle ne récolta que 1,2 % des voix et disparut. Néanmoins, par l'intermédiaire de ce parti typiquement populiste, le thème de l'immigration venait de faire irruption sur la scène politique nationale.

Dans un premier temps, l'attention se focalisa sur les conséquences économiques de l'immigration sur l'État-providence. Alors qu'en France le Front national accusait les immigrés de « prendre le travail des Français », les partis populistes scandinaves leur reprochaient d'« abuser de l'argent public », note Karina Pedersen, chercheur en sciences politiques à l'Université de Copenhague. D'une part, parce que le taux de chômage dans ces pays resta souvent inférieur à celui enregistré en France. Mais aussi parce que l'État-providence est le principal pilier des sociétés scandinaves qui - on l'a vu - permet à tous de bénéficier d'avantages sociaux importants en contrepartie de prélèvements élevés. Ce « contrat social » fonctionne bien si tout le monde est impliqué. Or les immigrés furent souvent perçus par leurs détracteurs comme des éléments qui ne faisaient que retirer les bénéfices du système sans y contribuer. De fait, ces nouveaux venus avaient - et ont toujours - plus de difficultés que les habitants de souche à trouver un travail. Parce que leur formation est inadéquate, mais aussi et surtout parce que la discrimination sur le lieu de travail est une réalité (12). Résultat : en moyenne, les immigrés paient moins d'impôts que les autochtones. 

L'influence du Parti du peuple danois

Depuis une décennie environ, l'axe critique s'est déplacé vers les champs des valeurs, culturelles ou religieuses, et de l'identité nationale. Ces thèmes prennent de plus en plus de place dans le discours et le programme des partis populistes de droite qui, ce faisant, se sont rapprochés du fonds de commerce des formations de l'extrême droite classique. Parallèlement, les partis populistes danois et (dans une moindre mesure) norvégien ont changé leur fusil d'épaule concernant l'État-providence. Après l'avoir vilipendé, ils s'en font désormais les défenseurs au nom de la protection des intérêts des « petites gens » et en particulier des retraités. Cette fois, c'est donc plutôt du côté des principes véhiculés traditionnellement par la social-démocratie qu'ils ont tendance à lorgner.

Cette évolution est particulièrement remarquable au Danemark. Cela s'explique par des raisons structurelles, ainsi que par des changements de personnes. Mogens Glistrup, le fantasque chef du Parti du progrès, finit par être mis en minorité par les siens. En 1990, la présidente du groupe parlementaire, Pia Kjærsgaard, lui succéda. Dépité, Glistrup quitta le parti (13). Pia Kjærsgaard préféra à son tour abandonner cette formation pour repartir sur des bases plus solides. En 1995, elle fonda le Parti du peuple danois (Dansk Folkeparti, DF), lequel est devenu depuis un acteur incontournable de la scène politique nationale. Rapidement, cette ancienne aide-soignante entreprit d'asseoir la crédibilité de son parti pour en faire un partenaire plus fréquentable. « DF a réussi ce pari, tout en repoussant les limites de ce qui est acceptable dans le débat public sur l'immigration, juge Karina Pedersen. C'est lui qui a placé cette question tout en haut de l'agenda politique. »

Avec la complicité implicite d'un quotidien populaire (Ekstra Bladet), ce parti exploita les moindres faits divers, statistiques, déclarations et événements internationaux pour dénoncer les « abus » de la politique d'accueil danoise et le « laxisme » à l'égard des immigrés qui refusent de s'intégrer ou qui commettent des crimes et des délits. Les musulmans, en particulier, étaient dans le collimateur du DF. Une tendance qui s'est renforcée depuis les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001. Comparé à une « tumeur cancéreuse », l'islam est présenté par ce parti comme la principale menace contre l'identité danoise. 

Ce raidissement intervint alors que le Danemark, comparé à d'autres pays d'Europe, restait proportionnellement moins multiculturel. Les immigrants non occidentaux ne représentaient que 5,8 % de la population danoise au début des années 2000 (6,4 % en 2009). Mais ce pays d'à peine 5,5 millions d'habitants éprouve quelques difficultés à se situer. « Depuis l'adhésion à l'Union européenne en 1973, un débat récurrent a lieu sur ce qu'être danois veut dire et il ne fait qu'enfler, pointe Ulrik Pram Gad, chercheur en sciences politiques à l'Université de Copenhague. L'immigration croissante, la mondialisation et même l'américanisation ont fait prendre conscience à la population que le pays n'était plus une nation homogène quasi idéale où l'État, la religion, les références culturelles coïncident en permanence. DF a réussi à problématiser la chose à son avantage. » 

La classe politique traditionnelle, interpellée sur ce sujet délicat, se sentit obligée de réagir en légitimant le discours du parti de Pia Kjærsgaard. Celui-ci sut faire fructifier cette première victoire au moment de monnayer son soutien au nouveau gouvernement de centre droit issu des urnes en 2001, minoritaire au Parlement. Depuis lors, ces partenaires ont procédé à un net durcissement de la législation sur les critères d'accueil des immigrés et des réfugiés et sur leurs conditions de vie dans le royaume, au point que le Danemark est devenu l'un des États les plus restrictifs d'Europe (14). Depuis quelques années, toutefois, les partis libéral et conservateur au pouvoir ont pris conscience qu'on ne pouvait pas indéfiniment serrer la vis, d'autant que le pays vieillissant aura besoin de main-d'oeuvre et de sang neuf. Ils s'appliquent désormais à favoriser l'intégration des « nouveaux Danois » déjà présents dans le royaume en privilégiant les plus volontaires (15). 

Mais le climat est loin d'être apaisé. Comptant dans ses rangs quelques pasteurs influents liés à l'aile la moins tolérante de l'Église luthérienne, DF continue à donner le ton sur le débat autour du port du voile dans les lieux publics ou de la construction de mosquées. De plus, l'affaire des caricatures de Mahomet publiées fin 2005 dans un journal danois (Jyllands-Posten), les menaces contre les journaux les ayant reproduites et les attentats préparés contre l'un des dessinateurs, Kurt Westergaard, ne cessent d'avoir des répercussions intérieures. Ce climat joue en faveur des partis xénophobes nordiques, notamment au Danemark. « Cette affaire conforta l'idée du DF selon laquelle le pays a bien un problème avec ses musulmans. Mais elle favorisa aussi la prise de conscience qu'une autre solution existait, incarnée par Naser Khader, un député musulman bien intégré qui séduisit grâce à un discours musclé face aux intégristes (16) », nuance Ulrik Pram Gad. 

Mieux profiter de la richesse pétrolière

En Norvège, le Parti du progrès (FrP) n'a pas réussi à marquer aussi profondément de son empreinte l'action gouvernementale que ne l'a fait DF au Danemark. Il est vrai que le pays, peuplé de 4,6 millions de personnes, est moins gêné aux entournures que son voisin grâce au pétrole extrait au large du littoral. La prospérité lui a donné une certaine assurance - et lui a permis de rester en dehors de l'UE. Si un sentiment patriotique, voire nationaliste, existe bel et bien, il est relativement paisible et se positionne surtout par rapport à la Suède, l'ancienne puissance tutélaire jusqu'à l'indépendance (1905). Aussi le FrP a-t-il adopté une stratégie plus large, qui a porté ses fruits : avec 22,9 % des voix aux dernières législatives, il a conforté son rang de premier parti d'opposition et de deuxième force politique derrière le Parti travailliste de l'actuel premier ministre, Jens Stoltenberg. 

Sa clientèle principale ? Les Norvégiens mécontents de la qualité des services publics, en particulier du système de santé, dans un pays devenu extrêmement riche en l'espace de quelques décennies. Le FrP voudrait que l'on puise davantage dans l'immense fonds alimenté par l'argent du pétrole (17) pour compenser les imperfections de l'État-providence. Mais les gouvernements de centre droit et de centre gauche qui se succèdent à Oslo ont jusqu'à présent refusé de céder à ces appels, qu'ils jugent « démagogiques ». S'il est moins en pointe que DF, le FrP exploite également le malaise grandissant occasionné par l'arrivée d'immigrants issus de cultures différentes (18). Ce parti désormais dirigé par une femme de 41 ans, Siv Jensen, ne fait pas mystère de sa grande méfiance à l'égard de l'islam et des musulmans. 

En Suède, aussi, une partie de la population est déboussolée par les changements démographiques en cours. Ce pays de 9,3 millions d'habitants est devenu de plus en plus multiculturel, malgré les clichés persistants sur les « têtes blondes ». Fin 2008, 18 % de la population était d'origine étrangère (19). Des mosquées avec minarets ont été inaugurées à Stockholm et dans quelques autres villes. Mais l'intégration n'a pas aussi bien réussi que l'espéraient les autorités : depuis quelques années, les incendies de voitures et les heurts avec la police sont fréquents dans des banlieues qui, si elles n'ont pas l'allure délabrée des « quartiers » à la française, s'apparentent tout de même à de petits ghettos. Comme dans les autres pays nordiques, des « crimes d'honneur » commis contre des jeunes femmes issues de l'immigration par des membres de leur famille ont choqué les autochtones. Ces faits divers contribuent à alimenter le débat sur les « valeurs » suédoises, en opposant le « nous » aux « autres ».

Des xénophobes suédois aux portes du Parlement

C'est dans ce contexte que se dérouleront les élections législatives, le 19 septembre 2010. En fin de journée, les Suédois ne sauront pas seulement si la coalition gouvernementale de centre droit aura été reconduite, quatre ans après avoir succédé aux sociaux-démocrates. Ils sauront également si, pour la première fois depuis les années 1930, un parti d'extrême droite aura réussi à faire élire un ou plusieurs députés au Parlement. Pour y parvenir, il faudra que ce parti franchisse le cap des 4 % des suffrages exprimés, minimum exigé par la Constitution. Au vu des sondages, une telle hypothèse est plausible. Depuis juin 2008, les Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna, SD) se maintiennent aux alentours des 4 %, avec une légère mais stable tendance à la hausse, selon la moyenne des enquêtes d'opinion calculée par le site indépendant Svenskopinion.nu. Fin mars, le pourcentage grimpait à 4,6 %. Contre un résultat officiel de 2,9 % aux législatives de 2006. 

Quelle que soit l'issue du scrutin du 19 septembre, les Démocrates de Suède peuvent d'ores et déjà se féliciter de la manière dont ils sont désormais considérés dans la sphère publique. L'odeur de soufre qui entourait cette formation se dissipe peu à peu. Les médias du royaume ont cessé de les boycotter pour leur donner, à petite dose, la parole. Idem du côté de la classe politique traditionnelle. Pour preuve, le débat organisé sur une chaîne de télévision publique entre le chef des SD, Jimmy Åkesson, et Maud Olofsson, la ministre (centriste) de l'Économie, au lendemain d'une tribune du premier publiée dans l'un des quotidiens les plus lus du royaume. Son titre : « Les musulmans sont notre plus grande menace venant de l'étranger » (20).

Aujourd'hui aux portes du Parlement, les Démocrates de Suède sont les héritiers directs de Gardons la Suède suédoise (BSS), groupuscule disparu en 1986. Des rivalités internes ont retardé leur éclosion au niveau national. La nomination à leur tête, en 1995, d'un ancien membre du Parti centriste contribua à les rendre plus respectables. Du même coup, les plus radicaux, déçus par ce tournant, rejoignirent des mouvements plus durs. Les « rénovateurs », emmenés par Jimmy Åkesson (31 ans en mai), finirent par l'emporter en 2005 sur l'aile traditionaliste, surnommée aussi « phalange bunker ». Parallèlement, les SD réussirent quelques coups d'éclat lors d'élections municipales. Leur principal fait d'armes remonte à 2006, lorsqu'ils obtinrent 22 % des voix à Landskrona, ville de 40 000 habitants dans l'extrême sud du pays ! Ils sont en principe représentés dans les conseils municipaux de la moitié des 290 communes suédoises... mais un septième de leurs mandats restent sans titulaire faute de candidats crédibles. Ces résultats leur ont néanmoins permis de recevoir des subsides publics bien utiles pour financer leur campagne électorale en vue des législatives de septembre.

L'exception suédoise

Jusqu'à présent, ce parti n'est pourtant pas parvenu à décoller au niveau national. Pourquoi ? En partie à cause du peu de crédibilité de ses dirigeants, avance Anna-Lena Lodenius. De plus, estime-t-elle, « les Suédois restent un peuple tolérant ». À moins qu'ils ne soient très sensibles au politiquement correct. Il n'est pas de bon ton d'admettre publiquement sa méfiance, voire sa haine, de l'étranger, ni de soutenir un parti entretenant des liens avec des formations européennes d'extrême droite, comme le Front national. Le discours public est très cadré. Le moindre faux pas est dénoncé par des médias qui font parfois office de police morale. De plus, les Suédois, extrêmement sensibles au regard qu'on porte sur leur pays de l'étranger, détesteraient qu'on les prenne pour des racistes. Les errements de la Seconde Guerre mondiale les mettent suffisamment mal à l'aise comme cela...

Cet état d'esprit ne laisse guère de place à un réel débat au-delà du discours consensuel. Ce qui explique partiellement la faible audience de l'extrême droite parlementaire jusqu'à présent. Mais aussi, en réaction, l'existence, en marge de cette société très normée, de mouvements ultra-minoritaires, parfois violents ou pour le moins radicaux. C'est le cas, notamment, des bandes de motards type Hells Angels ou Bandidos dont les affrontements sanglants, à fin des années 1990, firent une quinzaine de morts. C'est également le cas de dizaines de groupuscules néonazis, qui se complaisent dans un rôle à la fois de martyrs et d'épouvantails. Cette mouvance regrouperait quelque 3 000 individus, selon le magazine suédois Expo, qui s'est donné pour objectif de surveiller et de dénoncer leurs activités. Ils ne veulent en aucun cas participer au jeu démocratique. En cherchant à vivre dans la clandestinité, en organisant des défilés avec drapeaux et tenue de camouflage et en produisant de la musique rock dite « du pouvoir blanc » (aux textes violents et explicitement xénophobes), ils attirent des jeunes plus ou moins désoeuvrés. 

Évoqués dans la trilogie policière Millenium de Stieg Larsson (l'un des fondateurs d'Expo), ces groupuscules comptent à leur actif bon nombre de vols et de cambriolages, y compris de matériel militaire. C'est l'un de leurs sympathisants qui, semble-t-il, a dérobé l'inscription Arbeit macht frei de l'ancien camp de concentration d'Auschwitz (21). Outre des attentats perpétrés à l'aide de bombes artisanales ou d'engins incendiaires contre des commerces d'immigrés et des infrastructures d'accueil de réfugiés, ils s'en prennent régulièrement à leurs bêtes noires : immigrés, homosexuels, militants antifascistes ou journalistes. Depuis 1985, 25 personnes ont été assassinées par ces extrémistes, toujours selon Expo.

De temps à autre, ces groupes surveillés par la Säpo (le service de sûreté de la police suédoise) ont été soupçonnés de préparer un complot « contre l'État » ou certains de ses représentants. Des préparatifs souvent caractérisés par un certain amateurisme. Les autorités du royaume ont réagi en durcissant la législation contre les crimes à caractère raciste ou visant les homosexuels. Mais la liberté d'expression restant en Suède un pilier de l'état de droit, il n'est pas question d'interdire ces groupes sous prétexte qu'ils représentent un danger pour la démocratie, comme c'est le cas en Allemagne.

À l'image de BSS dans les années 1980, les Démocrates de Suède tentent de se démarquer de cette mouvance dans la formulation de leurs idées, même si une partie de leurs adhérents en sont le pur produit. Leur symbole est désormais une innocente marguerite bleue avec un pistil jaune (les couleurs du drapeau suédois). Ils cherchent à magnifier les traditions culturelles et religieuses, les costumes folkloriques, les auteurs romantiques du XIXe siècle et certaines coutumes vikings. Le thème de l'immigration demeure au centre de leur discours, bien qu'ils prétendent ne pas être racistes. Leur but, disent-ils, est de mettre en garde contre une « dérive multiculturelle » de la Suède qui, à les en croire, menace d'ores et déjà le pays. Selon leur président, « l'élite multiculturelle suédoise actuelle est aveugle face aux dangers que représentent l'islam et l'islamisation » (22).

Les Vrais Finlandais à l'offensive

En Finlande, aussi, l'émergence d'un parti populiste xénophobe est favorisée par les problèmes causés par l'immigration et l'intégration difficile de certains groupes, en particulier les Somaliens, dans une société assez hermétique. Baptisé Les Vrais Finlandais (Perussuomalaiset), ce parti fondé en 1995 exploite le malaise d'une partie de la population face à un phénomène qu'elle maîtrise mal. Jusqu'aux années 1990, la Finlande n'accueillait que peu d'étrangers originaires d'autres continents. Parce que la langue (de la famille finno-ougrienne) est particulièrement difficile à apprendre ; parce que les Finlandais sont réputés fermés ; parce que la législation n'était pas favorable et l'intolérance pas suffisamment combattue par les autorités. Aujourd'hui, ce pays vieillissant se doit d'ouvrir un peu plus ses portes, ce qui effraie une partie de l'électorat, bien que moins de 3 % de la population (de 5,2 millions d'habitants) soit d'origine étrangère. En conséquence, le thème de l'immigration, longtemps passé sous silence par les partis traditionnels, est en train d'envahir le débat public, sous l'impulsion des Vrais Finlandais. Non sans succès pour ce parti, puisque, avec 9,8 % des voix aux élections européennes de 2009, il a doublé son score réalisé un an plus tôt aux municipales. Progrès à mettre au crédit de son chef, Timo Soini, dont les qualités d'orateur font mouche face à des opposants plutôt désarmés sur ce sujet nouveau et sensible. 

Cette percée électorale s'explique également par l'euroscepticisme de ce parti. Car, pour toute la mouvance xénophobe nordique, qu'elle soit populiste ou néonazie, l'Union européenne est un mal qu'il faut combattre au nom de la défense de la souveraineté nationale et des particularismes locaux. Mais, sur ce point, l'extrême droite n'est pas la seule à avoir de telles convictions dans une région d'Europe encore relativement méfiante à l'égard de Bruxelles...


 
Notes de :
(1) Un chapitre est consacré à cet aveu et à ses conséquences dans la biographie autorisée d'Ingvar Kamprad, traduite en français sous le titre de Un design, un destin. La saga d'Ikea, par  Bertil Torekull (Michel Lafon, 2000). Le jeune Kamprad continua, jusque dans les années 1950, à entretenir des relations personnelles avec l'« admirable » chef d'un groupuscule raciste. Il l'invita à son premier mariage et distribua un de ses livres. « Le plus grand fiasco de ma vie », confessa l'entrepreneur dans une lettre d'excuses adressée en 1994 à tous les employés d'Ikea.

(2) Citée dans « Les taches sombres de la Suède "neutre" », une enquête d'Antoine Jacob publiée dans Le Monde daté du 13 octobre 2000.

(3) Anna-Lena Lodenius est notamment co-auteur de Extrem högern (Extrême droite), publié en 1991 avec une édition mise à jour en 1994 (éditions Tiden, Stockholm). L'autre auteur est Stieg Larsson, journaliste spécialisé dans ce domaine, qui se rendit célèbre avec sa trilogie policière Millenium, publiée en 2005 peu après sa mort.

(4) Quelque 63 000 personnes (dont 95 % de femmes) ont été stérilisées en Suède entre 1935 et 1975, dont près de la moitié par la force ou à la suite de pressions, selon une commission d'enquête chargée par le gouvernement de faire la lumière sur cette affaire. Officiellement justifié par la recherche d'une société « meilleure », ce programme eugéniste a été appliqué en vertu de critères médicaux, mais aussi sociaux ou raciaux. Ce n'est qu'en 1997 que le royaume a pris conscience de l'ampleur de ce programme. Depuis, l'État a dédommagé une partie des personnes ayant demandé à l'être. 

(5) Admirateur de Mussolini - mais pas de Hitler - avant la guerre, Anders Lange anima une revue d'extrême droite à partir des années 1950 et adhéra à plusieurs groupuscules situés dans cette mouvance.

(6) Les Partis du progrès danois et norvégien étaient, d'une certaine façon, les « précurseurs » du courant néolibéral qu'allaient incarner Margaret Thatcher au Royaume-Uni (à partir de 1979) et Ronald Reagan aux États-Unis (1980), estiment les chercheurs Jørgen Goul Andersen et Tor Bjørklund dans Scandinavia and the Far Right, un chapitre de The Far Right in Europe. An Encyclopedia (Greenwood World Publishing, Oxford, 2008).

(7) Le royaume régna sur les Antilles danoises (ou les Indes occidentales danoises) entre 1754 et 1917, lorsque Copenhague les vendit aux États-Unis qui les rebaptisèrent îles Vierges américaines. Le comptoir indien de Tranquebar (de nos jours Tharangambadi) fut la propriété du Danemark entre 1620 et 1845 avant d'être vendu au Royaume-Uni. 

(8) Le nombre de demandeurs d'asile arrivés en Norvège passa de 200 en 1983 à 8 613 en 1987. Au Danemark, ils furent 800 en 1983 contre 9 300 en 1986 (chiffres cités par Andersen et Bjørklund).

(9) Un tel référendum a été organisé en 1988 dans la commune de Sjöbo, dans le sud de la Suède, à l'initiative de politiciens centristes opposés à l'accueil sur place de demandeurs d'asile. Le « non » aux réfugiés l'emporta largement, ce qui eut un certain retentissement dans le pays.

(10) Extrem högern, id.

(11) Connus de la plupart des Suédois avant même leur aventure politique, le comte Ian Wachtmeister, fondateur d'Empire AB, une entreprise d'électroménager, et Bert Karlsson, producteur de disques et directeur de parcs d'attractions, surent attirer l'attention des médias grâce à une campagne électorale très personnalisée. 

(12) « La discrimination raciale porte toujours atteinte à certains membres de minorités ethniques en Suède dans leur vie quotidienne. Si la discrimination est particulièrement préoccupante en matière d'emploi, elle est aussi largement répandue dans les domaines du logement, de l'accès aux lieux publics et dans d'autres domaines. La ségrégation de fait dans les zones résidentielles et les établissements scolaires va toujours à l'encontre des efforts déployés pour promouvoir une société intégrée », écrivait la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI), mise en place par le Conseil de l'Europe, dans son dernier rapport en date sur la Suède. Publié en 2005, il reste d'actualité. 

(13) Mogens Glistrup retrouva, en 1999, la présidence du Parti du progrès, qui n'était plus que l'ombre de lui-même. Aux législatives de 2001, le parti ne parvint pas à franchir la barre des 2 % des voix nécessaire pour être représenté au Parlement. En 2003, Glistrup fut condamné à 20 jours de prison pour incitation à la haine raciale. Un an plus tard, il se retirait du parti à la suite d'un désaccord financier. Cette figure du populisme de droite nordique est morte en juillet 2008 à l'âge de 82 ans.

(14) Les critères exigés pour faire venir des personnes au Danemark dans le cadre du regroupement familial ont été considérablement durcis à partir de 2002, officiellement pour lutter contre les mariages forcés ou arrangés. Les conjoints doivent notamment être âgés d'au moins 24 ans pour espérer être réunis (pour plus de détails, lire une page Enquête du Monde daté du 5 septembre 2003, « Être ou ne pas être danois », par Antoine Jacob). Le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe critiqua certaines de ces règles, qui contribuèrent à diviser par trois le nombre de personnes acceptées à ce titre (entre 2001 et 2008). Par ailleurs, le délai nécessaire pour obtenir un permis de résidence permanent passa de trois à sept ans, période durant laquelle les étrangers sont loin de bénéficier des mêmes avantages sociaux que le reste de la population. Les signaux de sévérité envoyés par Copenhague découragèrent les candidats à l'immigration. En sept ans, le nombre de demandes d'asile acceptées a été divisé par huit (1 453 en 2008), selon la direction des étrangers. 

(15) Le 16 mars 2010, le gouvernement danois, en accord avec DF, a proposé un projet de loi visant à durcir encore les critères d'accueil et les conditions de séjour des immigrés, tout en prévoyant un traitement de faveur pour ceux qui démontrent vouloir s'intégrer. Ainsi, un système de points sera instauré, qui seront décernés en fonction de la maîtrise de la langue danoise, de l'occupation quotidienne (emploi ou non), de l'intérêt pour la société danoise, etc. Les immigrés qui contribuent « positivement » à la société obtiendront plus rapidement (mais jamais avant quatre ans) le permis de séjour permanent, synonyme d'accès à tous les avantages sociaux. Inversement, les cas jugés difficiles risquent de ne jamais l'obtenir.

(16) Fils d'un Palestinien et d'une Syrienne, Naser Khader, arrivé à l'âge de 9 ans au Danemark, fonda le mouvement Musulmans démocratiques en 2006, en pleine affaire des caricatures. Il créa ensuite la Nouvelle Alliance, un parti qui obtint 2,8 % des voix aux législatives de 2007 (cinq sièges) avant de péricliter. Depuis 2009, ce musulman laïque est membre du Parti conservateur et réclame l'interdiction du port de la burqa dans les lieux publics.

(17) Selon une loi votée en 2001 par le Parlement d'Oslo (contre l'avis du FrP), l'État ne doit pas prélever plus de 4 % du fonds pétrolier chaque année, au risque de provoquer une surchauffe et de voir le bas de laine s'effilocher. Cela n'a pas empêché le gouvernement actuel de piocher davantage dans la cagnotte en 2009 (à hauteur de 5,7 %) pour financer un vaste plan anticrise. Le fonds pétrolier pesait 2 640 milliards de couronnes, soit 329 milliards d'euros, fin 2009 ! De quoi remplir son objectif : assurer les beaux jours des générations futures, lorsque les hydrocarbures extraits off-shore se seront taris (lire, à ce sujet, « Norvège : le bonheur est dans le fjord », par Antoine Jacob, dans le n°117 de Politique Internationale, automne 2007).

(18) Lorsque les Norvégiens, dans des sondages réalisés avant les législatives de septembre 2009, ont répondu que l'école était leur préoccupation prioritaire, ils voulaient notamment évoquer le thème de la violence dans les lycées des grandes villes, causée en partie par l'intégration difficile de jeunes issus de l'immigration, et plus spécialement de Somaliens et de Pakistanais. Suivaient dans la liste des préoccupations : l'environnement, les personnes âgées, le système de santé, etc. Le chômage (environ 3,3 %, le plus faible taux d'Europe) arrivait en dernière position. 

(19) Ce chiffre de l'Office suédois des statistiques (SCB) ne prend en compte que les habitants nés à l'étranger et ceux nés en Suède de deux parents nés à l'étranger.

(20) Aftonbladet, 19 octobre 2009.

(21) À la demande de la justice polonaise, un Suédois issu de la mouvance néonazie devait être extradé dans l'affaire du vol de cette inscription, survenu en décembre 2009. 

(22) Aftonbladet, 19 octobre 2009.