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Patrick
Wajsman
Directeur Général |
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La santé a un coût, mais elle n'a pas de prix. Derrière la banalité d'une formule, les réalités. À l'heure où l'humanité compte près de 7 milliards d'êtres, la plus grave crise financière depuis les sombres années 1930 déroule son cortège d'incertitudes, de chômage, de pauvreté. Les nations du Nord quêtent la croissance nouvelle et ploient sous le fardeau de la dette. Les grands émergents foncent à toute vapeur vers la terre promise du développement. Restent des centaines de millions de laissés-pour-compte. De fait, en Afrique, en Asie, voire en Amérique latine, de nombreuses populations ont vu leur état aggravé par le tsunami. Un milliard d'individus vivent avec, plus ou moins, un euro par jour. Plus d'un milliard d'habitants n'ont toujours pas accès à l'eau potable et à un logement décent. Malnutrition, manque d'hygiène, carences de soins, déficit en médicaments/médecins/logistique, mortalité infantile, la nouvelle pauvreté accentue les facteurs de pathologies, d'épidémies, voire de pandémies. Or les maladies qui affectent en premier lieu les plus démunis sont cause de désorganisation sociale quand ce n'est pas de déséquilibres locaux et régionaux. Moralement inacceptable. Politiquement dangereux.Un espoir se lève. En ce début de XXIe siècle, la santé, dans son acception la plus large, devient affaire de conscience et d'enjeu planétaire. Briser les cycles de la pauvreté, allouer les ressources, maîtriser la démographie des naissances, rassembler la communauté internationale en faveur du développement, beaucoup comprennent que c'est oeuvrer à la paix et à la sécurité. Il y a une dizaine d'années, la grande croisade contre le sida s'est ébranlée à l'initiative, principalement, de la France et du Brésil. Elle a, d'une certaine manière, donné le la à cette grande mobilisation pour l'aide internationale qui rassemble désormais un large éventail d'acteurs - des États eux-mêmes aux organisations institutionnelles en passant par la société civile, les associations et les fondations à but caritatif, les universitaires et les chercheurs. Sans oublier le monde des affaires. Il est plaisant d'observer qu'au-delà des sensibilités et des intérêts particuliers la coopération s'exerce dans le meilleur esprit. L'aide se révèle de plus en plus efficace. Les gouvernements donateurs du Nord, certains d'entre eux au moins, augmentent leurs contributions malgré la rigueur ambiante. Des pays du Sud eux-mêmes veulent dépenser plus pour la santé. Aux Nations unies, de grands dirigeants planétaires se mobilisent, conscients que, dans les régions à faibles revenus, 8 millions d'enfants meurent encore chaque année de maladies et 350 000 femmes, des suites de complications liées à la grossesse et à l'accouchement ! Prévenir mais aussi guérir : sur le terrain, la vaccination et le traitement pour l'éradication des maladies « tueuses » d'enfants et d'adultes progressent quotidiennement. Souvent dans un cadre de coopération public-privé. Encourageant. Sauver et prolonger la vie : légitime et immense ambition. Beaucoup reste à faire, à imaginer, à initier. Sans oublier, naturellement, que les grandes problématiques de santé publique ne sont pas l'apanage des pays pauvres. Dans les démocraties du Nord, l'allongement de l'espérance de vie, le vieillissement donc, est porteur de lourds paradoxes. À peine la santé devient-elle un droit fondamental que l'objectif de justice, de qualité médicale et d'universalité des soins bute sur le défi du financement, sur la soutenabilité socio-économique. Mettre en oeuvre une politique de « santé équitable » nécessite aussi, en face des progrès de la science, de s'accorder sur les critères de morale et d'éthique. Et suppose enfin, last but not least, de résoudre l'équation de la recherche fondamentale et appliquée au coeur de la médecine de demain. Par dizaines de milliards chaque année, les dépenses de l'industrie de la pharmacie et du biomédical ne cessent de progresser. Or le nombre de médicaments nouveaux approuvés par l'autorité publique diminue tandis que croissent les exigences du public. Recherche, épidémiologie, avancées, qualité des soins, mutations, hausse des besoins, financement : les dirigeants ont la responsabilité de pérenniser les systèmes de protection menacés par le stress budgétaire ; définir le juste ratio coûts/bénéfices pour la collectivité ; et garantir à la recherche un niveau d'investissement compatible avec les enjeux scientifiques. Évidemment d'une grande complexité, le sujet santé s'impose comme priorité absolue. Une nouvelle ère s'ouvre qui exacerbe les défis en termes de prévention, d'intervention, de préservation de la biodiversité, de climatologie. Ce Dossier exceptionnel de Politique Internationale consacré à la santé ne prétend pas être exhaustif, mais choisit de donner la parole à de grandes personnalités et à de grandes institutions, que nous remercions de leur sollicitude. Analyses et témoignages édifiants. Par nature, le postulat, c'est que l'aide au développement n'est et ne sera jamais suffisante. OEuvrer au bien-être : la tâche est d'autant plus considérable qu'une part de l'humanité doit prioritairement s'atteler à l'édification d'une politique de santé, d'un système de protection sociale propre qui ne sera jamais qu'un très lointain cousin du modèle d'État-providence échafaudé au Nord sur les ruines de la guerre. Mais, réconfortant, le mouvement est en marche. Des voix se font entendre. De grands pays émergents, telle la Chine, rejoindront un jour prochain le club des donateurs, lequel a donc vocation à s'élargir. La mobilisation elle-même s'exerce déjà sur un front plus large. La coopération et les financements innovants (Unitaid et autres) ouvrent des perspectives de ressources insoupçonnées. Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme enregistre des résultats probants. Sans doute l'argent reste-t-il le nerf de la guerre. Une quarantaine de milliards de dollars : tels sont les besoins qui permettraient d'atteindre l'objectif annuel de la Stratégie globale de l'ONU. La crise financière, dit-on, aurait coûté au moins 5 000 à 6 000 milliards, c'est selon. Henry Lauret Coordonnateur de ce Dossier spécial |
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