WASHINGTON ET LE MONDE ARABE
STEVEN SIMON
En dépit de
l'incompréhension qu'elle suscite dans le monde arabe, la politique américaine
aux Proche et au Moyen-Orient présente une très forte cohérence. L'intérêt de
Washington pour la région ne remonte qu'aux années 40, et est dominé par une
double problématique : celle de la sécurité des approvisionnements pétroliers
en provenance du Golfe en général et l'Arabie Saoudite en particulier ; et
celle de la protection d'Israël. Les priorités américaines sont rationnelles et
le soutien apporté à l'Etat hébreu n'empêche nullement les Etats-Unis
d'oeuvrer, aujourd'hui comme hier, à la résolution du conflit
israélo-palestino-arabe. Quoi qu'en pensent les médias et les opinions
publiques des pays arabes - entretenus dans leur hostilité envers Israël et
l'Amérique par des dirigeants qui dirigent ainsi la colère de leurs peuples,
privés de démocratie et de prospérité, contre des boucs émissaires commodes - ,
l'appui américain à Israël n'est pas inconditionnel. Et il n'y a pas de
politique anti-arabe de Washington. Cependant, les perspectives démographiques
et la faible croissance économique des pays arabes n'incitent guère à
l'optimisme. D'immenses efforts devront être entrepris si l'on veut éviter que
l'incompréhension américano-arabe ne s'aggrave et que la région ne sombre dans
une période de forte instabilité. Les Etats arabes devront engager de profondes
réformes politiques et économiques, tandis que l'Amérique devra se décider à
contribuer massivement au développement de ces pays. La tâche est à la hauteur
de l'enjeu : considérable.